Plus haut que le Mont Blanc – Paso de Jama

12/11/13  San Pedro de Atacama = Repos

13/11/13  San Pedro – qque part à 4300m = 40 km (D+ = 1900m)

14/11/13 … – au bord d’un lagune = 77 km (D+= 1050m)

15/11/13 … – Jama (Argentine) = 53 km (D+ = 370m pffff, ça fait tapette maintenant…)

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Finalement, nous sommes restés une journée de plus à notre paisible hôtel de San Pedro car je n’étais toujours pas en grande forme. On a pu cuisiner, hamaquer et prendre un bon apéro rosé-cacahuète : back to basics !

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Ça fait vraiment du bien de pas avoir à faire tout ces petits trucs qui pompent de l’énergie mine de rien : planter la tente, ranger les sacoches, creuser un puit pour trouver de l’eau, cuisiner accroupi par terre, faire la vaisselle avec 3 cl, sculpter un banc et une table, re-ranger les sacoches, déplier le matelas et le sac de couchage, installer les pièges à loup… On s’embourgeoise me direz-vous ? Oui, mais juste le temps d’être à nouveau à 100% !

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Le lendemain, c’est parti pour la traversée des Andes. Bam ! ça en jette cette phrase, non ? Sur le papier, c’est le plus gros défis de notre voyage mais on y va sereinement, sans appréhensions, avec une grosse envie de tuer un max de D+.

« Rien ne devient jamais réel tant qu’on ne l’a pas ressenti » – John Keats

Pour le coup, on l’a bien ressenti la côte, bien réelle, pas de doute. On nous avez dit que c’était raide mais jusqu’à 3400m environ, c’est assez facile avec du 5 ou 6%.

Mattez un peu cette route... ils s'embêtent pas trop à faire des lacets

Mattez un peu cette route… ils s’embêtent pas trop à faire des lacets

Ophélie grimpe tranquillement et moi, comme souvent dans les longues côtes, je me mets en mode autiste avec les écouteurs dans les oreilles. Je me laisse bercer par la voix de Jean-Claude Ameisen et son excellente émission Sur les épaules de Darwin. J’alterne un peu avec les Words Apart et et Hélène Segara pour pas devenir trop intelligent quand même, faut se méfier.

Pour info, en côte, on roule chacun à notre rythme et j’attends Ophélie de loin en loin. Ça laisse le temps de prendre des photos et de manger la plaquette de chocolat que j’avais acheté dans son dos.

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Ensuite, ça se corse avec du 7 puis du 8%, avec des longs passages à 9 ou 10%. Aucuns répits, ça monte en permanence. On fait des pauses toutes les 45 minutes/300 m d’élévations. 3500, 3600,3700… l’altimètre motive bien dans ces moments là. Ophélie commence à avoir le souffle un tout petit peu plus court; de mon côté, je ne ressens pas l’altitude même si je sens une baisse de rendement côté cuisses. Vive l’acclimatation, on est des vrais lamas maintenant ! Avec l’odeur en prime !

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Hilleberg devrait me payer pour ça

A 4100m, après 1700 de D+, on est cuit et on décide de planter la tente en bord de route. On visait 2000 m de D+ mais les 8% de pente nous découragent, ça fait déjà quelques kilomètres qu’on est dans un effort anaérobique et l’acide lactique commence à couler à flot dans nos jambes de poulet. On s’endort comme après un bon fix à la morphine.

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La clocharde et le taulard

A 9h, on est en selle, ou plutôt sur le siège. Nous avons du attendre 7h30 avant de sortir de la tente car ça caillait bien. Quelques étirements et c’est reparti. Au bout de 4km et 350 m de D+, nous voilà à un croisement indiqué sur notre carte.

ici, nous sommes à seulement 7 km de la Laguna Verde

ici, nous sommes à seulement 7 km de la Laguna Verde

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Très bonne surprise puisque nous sommes 200m plus haut que ce qu’indique mon mytho de compteur ! Ce qui veut dire que la veille, nous avons grimpé 1900m, atteignant 4300m d’altitude ! Nous sommes donc déjà à 4650m et c’est la fin de la partie difficile. La suite jusqu’au col à 4850  s’avale rapidement et nous y voilà déjà !

« I believe I can fly » – R. Kelly

Même s’il n’y a aucun panneaux ni passage visible du col, on est super content et très fier d’avoir grimpé autant. C’était pas si difficile en fait de rouler plus haut que le Mont Blanc.

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Maintenant, qui oserez dire qu’un vélo couché n’est pas bon en côte ? C’est une réflexion qu’on entend souvent d’autres cyclistes n’en ayant jamais fait, ou pas assez visiblement. Avec Ophélie, nous ne sommes pas des monstres du vélo et encore moins des grimpeurs (quoique un peu maintenant par la force des choses), et pourtant, nous avons emmené nos vélos très haut, sans se griller complètement. Le mien faisait environ 60 kg en partant de San Pedro et ma vitesse moyenne a été de 6,8 km/h jusqu’au sommet. Aurais-je été plus vite en vélo droit ? Je ne crois pas.

Laguna Verde

Laguna Verde

Ophélie est montée plus lentement, avec des longs passage à 3,5 km/h. Aurait-elle été plus vite en vélo droit ? Non, car elle aurait surement mis pied à terre à cause du souffle.

Fin de la parenthèse « tous à vélo couché, c’est bonheur avec du 20×34 en développement mini »

ils ont des soucis avec les distances ici

ils ont des soucis avec les distances ici

Ensuite, on redescend à 4500m. Les paysages sont à la hauteur de l’effort accompli.

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on adore ce panneau. Celui avec la flèche vers la droite bien sur

on adore ce panneau. Celui avec la flèche vers la droite bien sur

Difficile de décrire une grandeur pareil. Nous retrouvons nos amis les flamands roses et les vigognes, ces animaux incroyablement adaptés à l’altitude et à l’aridité. Quand t’arrives aux alentours de 4300m et que tu commences à te dire que rien ne peut vivre ici, c’est à ce moment là que t’aperçois un troupeau de vigognes qui gambadent.

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On fait le plein d’eau dans un espèce de lac. Je goute l’eau : elle n’est ni soufrée, ni salée mais légèrement crevettée comme on s’en apercevra au-dessus de la casserole le lendemain. Par précaution, on la fera bouillir. L’eau, pas la crevette.

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je me suis bien geler les mains à faire le plein de flotte. Ophélie me faisait coucou avec ses gants.

je me suis bien gelé les mains à faire le plein de flotte. Ophélie me faisait coucou avec ses gants.

Je propose à Ophélie de camper là, malgré le vent. Il n’est que 14h30 mais j’irais bien me taper une sieste et glander sous la tente. Mais j’oublie que j’ai fait de cette ex-marmotte Normande une véritable usine à pédaler. Elle est motivée pour grimper le col suivant (4830m, re-plus haut que le Mont Blanc au passage). Ok, c’est reparti.

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On attaque la côte et BOOUUMM  PFFFUUIIITTTTT, mon pneu avant explose. Vous vous souvenez de la fissure de l’autre jour ? J’y passe mon doigt maintenant, donc un filou de caillou a du facilement s’y faufiler pour percer la chambre à air.

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Heureusement, le trou n’est pas trop gros donc je répare la chambre, monte le pneu neuf que je trimballe et on repart. Je garde le pneu fissuré, c’est réparable également. Par chance, ça n’a pas pété dans une descente, j’aurais eu chaud aux fesses, au propre comme au figuré.

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Le temps de finir cette montée et j’ai déjà oublié cette incident. Et il valait mieux ne pas trop y penser puisque dans la descente suivante, j’explose mon recorde de vitesse !!! Yaaaaaaaa, trop bien en ce moment, tous les records tombent !!!

102,82 km/h

Les autres records :

  • étape la plus lente = 7 km/h (la veille)
  • plus gros dénivelé positif = 1900m (la veille)
  • plus haute altitude à vélo = 4850m
  • crevaison la plus haute = 4650m
  • spaghettis thon-parmesan les plus hauts = 4300m

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On se fait un bivouac de rêve, en surplomb d’une lagune, abrité du vent par un muret.

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Dès que le soleil disparait, la température chute. Il ne fait plus que 4°C quand on se replie sous la tente à 20h. Au réveil, il fera -5°C dans la tente, surement -10°C dehors.

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Mais c’est un froid très sec, pas comme cette pourriture glacée que vous subirez bientôt en Picardie. Et je ne parle même pas des pluies de grenouille radioactive de la Vallée de l’Automne.

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la vue de la chambre était pas trop mal

la vue de la chambre était pas trop mal

L’étape du jour est facile jusqu’à Jama, point de passage en Argentine. Les pentes ne dépassent plus les 3 ou 4%, quel bonheur, on s’envole ! En prime, pas de vent ce matin. Côté paysage, c’est toujours grandiose et changeant : dunes géantes pétrifiées, lagune à flamand roses (pas la même espèce qu’avant, ils ont un bec noir maintenant), montagnes dodus, timides canyons, rochers esseulés… pas de Mc Do malheureusement, on boirait bien un coca là.

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On arrive vers 12h à la douane, juste avant un bus pleins de gringos qui feront la queue. On fait tamponner les passeports avec 90 jours pour l’Argentine.

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« Un peu plus près des étoiles
A l´abri des colères du vent (mouais…)
A peine un peu plus libres qu´avant »Gold

Jama, en contre-bas

Jama, en contre-bas

La douanière est sympa et nous laisse partir rapidement, sans avoir à passer les sacoches aux rayons X, comme font toutes les autres personnes. De cette façon, on vient de faire passer 1 pomme, 1 banane et 2 kiwis de manière illégale, des vrais hors-la-loi, des psychopathes, on n’a plus peur de rien.

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Maintenant, on la choix entre :

a) continuez à rouler (on a déjà fait 53 km, les 2 jours d’avant ont laissé des traces et ça sent le bon gros désert pour la suite) 😦 😦 😦

b) se poser à l’hôtel tout l’après-midi  🙂 🙂 🙂

Devinez ce qu’on a choisi ?? Un indice : le vert est ma couleur préférée.

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Repos avant le Paso

09/11/13 Calama – Calama = 25 km…craquage…demi-tour…tentatives de bus…

10/11/13 Calama – San Pedro = en bus

11/11/13 San Pedro = repos total

Malgré la fatigue accumulée sur les jours précédents, on est d’attaque pour manger d’un coup les 100 bornes jusqu’à San Pedro. A 5h45, on est déjà sur les vélos, content de quitter Calama. Au programme : 62 km pour passer de 2300m à 3410m puis 38km de descente vers San Pedro de Atacama (2450m).

Mais au bout de 10km, je craque complètement et propose à Ophélie de faire demi-tour et de prendre un bus. Le vent souffle à nouveau, très fort et toujours de face. On a plus du tout envie de pédaler pendant plus de 8h dans un paysage morne et unique, faut que le vélo reste un plaisir.

A 7h30, on est déjà de retour en ville et on fait le tour des agences de bus. Le prochain est à 13h, pas de soucis, on retourne à l’hôtel dans lequel on peut rester jusqu’à midi.

A 11h50, prévoyant que nous sommes, on est au point départ du bus mais il est déjà parti !! Il est 13h50 en fait ! Ça vous rappelle quelque-chose, non ? Aaaaah, on est dégouté ! On fait changer nos billets gratuitement pour celui de 18h.

Que pasa ? Après enquête minutieuse, il semble qu’on nous ait enduit d’erreur à la douane chilienne : il fallait avancer et non reculer d’une heure. Que miseria…

On poireaute jusqu’à 15h30 avec des cassos défoncés, la picole du samedi semble être un sport très pratiqué dans toute l’Amérique du sud. Y’a même un gars avec 4 dents qui nous proposera de la cocaïne. Ophélie la goûtera mais elle était trop coupée, pas de la bonne. Je plaisante bien sur, Ophélie estime qu’on est un junky dès le 1er joint…

Bref, à 15h30 un bus se pointe, c’est celui qui repassera à 18h. La journée pourrie continue puisque c’est un bus à double étage, donc sans soute !! Elle pouvait pas nous le dire la nana du guichet ? Elle savait bien qu’on avait des vélos ! Du calme Fred, du calme, va pas l’immoler, faut garder l’essence pour le réchaud.

Elle nous change encore les billets, gratuitement, pour le bus du lendemain 8h15. Pourvu qu’on ne tombe pas une fois de plus dans un vortex temporel !

Pas de soucis le lendemain, on arrive à San Pedro vers 10h. Les paysages étaient comme prévus, sauf à la fin avec des beaux rochers comme à Bryce Canyons. En cherchant un hôtel, on discute avec un cycliste Allemand qui a l’air tout malheureux. Ça ne doit pas être marrant tous les jours de voyager seul, surtout dans ces contrées. Il vient de traverser le Sud Lipez :

  • Comment c’était ?
  • Heu… j’ai beaucoup poussé… disons que c’est un truc que tu fais qu’une fois dans ta vie

On se trouve un hôtel charmant avec hamac et cuisine équipée ! Tout nous parait cher ici, normal quand on sort de la Bolivie. De plus, San Pedro est un petit village hyper touristique. Mais charmant.

Je n’ai pas du tout la forme depuis les 122 km quasiment à jeun et je passe 2 jours couché, à mater la fin de Walking Dead saison 3, une tuerie cette série !!! Ophélie, elle, pète la forme. La 1ere nuit, je vomis des trucs avalés 4 jours avant, bizarre… et ça ira mieux après. Bon appétit !

On part normalement demain (12/11) pour l’un des plus gros défis du voyage : la traversée des Andes par le Paso Jama, 7 cols à plus de 4000m dont le 1er à 4850, plus haut que le Mont Blanc !

RDV donc dans quelques jours en Argentine.

Pas de photos cette fois, mais une petite vidéo sur notre virée en 4×4 dans le Lipez :

A bientôt