Fin de l’Ouzbekistan et arrivée au Tadjikistan : les montagnes approchent !

 

08/08/16  Samarcande – qqpart dans la montagne = 71 km / +1020m
09/08/16  … –  plus loin = 103 km / +250m
10/08/16  … – encore plus loin = 62 km / +925m
11/08/16  … – Boysun = 54 km / +790m
12/08/16  … – 18km avant la frontière = 117 km / +620m
13/08/16  … – Dushanbé (Tadjikistan) = 88 km
14 et 15 /08/16  Dushanbé = repos, blog et ravitaillement

 

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élu plus beau vélo de la terre par un jury composé de moi et ma gueule

1ere étape très pénible en partant de Samarcande avec un faux-plat montant qui laisse place ensuite à une vrai montée de col, le tout sous une chaleur accablante. Mais la vue d’en haut (1700m) est magnifique et on trouve un beau spot de bivouac au calme un peu plus bas, juste après avoir fait un plein d’eau massif qui nous permettra de nous laver.IMG_5844 On respire, il fait 14°C quand le réveil sonne, à 5h.IMG_5848

Gros faux-plat descendant ensuite, les kilomètres défilent et on claque 80 km avant 13h. Les longues portions dans le désert entre 11h et 13h sont rudes et on frôle la surchauffe.

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arrivée au bivouac

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longue ligne droite sur la poêle à frire

C’est Ophélie, la Normande, qui supporte finalement le mieux le soleil. Étonnant pour quelqu’un qui ne l’a vu que 2 fois par ans pendant 20 ans, avant d’émigrer dans la flamboyante Picardie. On se trouve un resto le midi : pas de frigo, pas de bouteilles d’eau mais une tireuse à bière réfrigérée. Classique.

 

Fred – 14h25 –  » Viens, on fait un selfie avec la tête « 

Pendant qu’on mange des somsas, ils amènent un mouton à 10m de notre table-lit et commencent à aiguiser des couteaux. Le spectacle va commencer. Certains d’entre vous trouvent ça dégueulasse et inhumain ? Acheter de la viande en barquette au supermarché revient exactement au même au final, non ? On se salit juste moins les mains et la conscience.

Donc, dans l’ordre : egorgeage, c’est gore mais l’animal meurt très rapidement, incision au niveau d’une patte, gonflage à la bouche pour décoller la peau, depecage, étetage, émasculation à la main (ça vient étonament facilement, ça fait peur), éviscération et découpage. Ils ne jettent que les pattes, le sang et une partie de la panse, tout le reste servira pour nos délicieux somsas. Rapidement, car je rappelle qu’ils n’ont pas de frigo.IMG_5883
Pour nous faire marrer le gars gonfle les poumons en soufflant directement dans la trachée. Des poumons bien rosâtres, ce mouton n’était vraisemblablement pas un gros fumeur.

Benoit – 14h35 –  » Vas-y, prend-moi en photo avec les couilles « 

On remonte sur les vélos vers 16h, il fait toujours une chaleur à crever mais la route est facile. On vise un fleuve visible sur le GPS, juste avant une longue côte qu’on se réserve pour le petit déjeuner du lendemain. Sur le pont enjambant ce fleuve, on balaye l’horizon de nos beaux yeux : « OK, spot potable à 10h, rive gauche, attention aux nombreux enfants » – « spot accessible à 11h, rive droite, prendre à gauche après le pont, peu d’habitation ». Et c’est finalement dans le resto devant lequel on s’est arrêté qu’on passera la nuit.

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on se lavera dans ce canal, suspendus au traverse, en mode Cliffhanger

C’est un ado qui s’en occupe et il nous invite gentiment à nous installer dans un spot de rêve au bord du canal. Pour le remercier, on lui commande 4 pintes de bière, grands princes. Alice lui offrira une boite de caramel, la larme à l’œil.
Le lendemain, on repart à la fraîche à 6h30. « Fraîche », c’est 27°C à l’ombre. à 7h, 30°C. A 12h, 40°C. A 16h, 39°C.

Record de chaleur sur cette journée, nous boirons 7 L chacun, sans presque rien pisser. Heureusement qu’on se trouve un petit resto avec pièce privative climatisée, sinon on finissait en merguez. Pour commander à manger, on va directement dans les cuisines pour voir ce qui mijote. OK, c’est ambiance gras de mouton, non merci. On est hyper prudent avec nos bides, faudrait pas tout gâcher. Surtout que ça doit être un vrai défi d’être malade avec des toilettes qui se résume à un trou dans le sol de 10 x 20 cm. Dans ces conditions, impossible de faire un switch (terme de basketball, quand le ballon tombe dans le panier sans toucher le cerceau). Ophélie sort alors la botte secrète, précieux cadeau de nos amis Coco & Lolo : le Point It. C’est un petit carnet avec un millier de photos d’objets, d’aliments et de situation de la vie courante. Grâce à ça, on a pu manger des frites aussi grasses que bonnes avec des œufs au plat gras et une saucisse grasse.

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A vélo, évitez de ne pas manger gras salé et sucré

On était aux anges.

Ophélie :  » J’aime pas les pandas « 

On reprend la route à 16h, le soleil tabasse un peu moins et on l’a dans le dos. En grimpant, on croise un couple de français à vélo dans la cinquantaine. La nana est au bout de sa vie, on dirait qu’elle n’a pas vu l’ombre d’une crème solaire ou d’une gourde d’eau depuis 3 mois. Tout 2 sont rôtis par le soleil, on dirait Jean-Marie Perrier et Cathy Getta. La conversation tourne court quand le gars commence à dire qu’on devra pousser sur la Pamir avec nos vélo-couchés et nos petites roues avant (sous-entendu de merde). Ça m’énerve les préjugés sur nos vélos, surtout que le gars n’en a jamais fait. Et puis il se la raconte en disant qu’il a déjà fait le tour du monde à vélo et que, là, il comble les trous. On aurait dû lui demander comment il a fait un tour du monde sans passer ni par l’Asie Centrale ni par l’Asie du Sud-Est. Ça m’énerve les gens qui parlent de tour du monde, y’a qu’une poignée de cyclos dans le monde qui peut prétendre à ça. Le soleil a trop cogné, je m’énerve un peu vite, soit.IMG_5968
On se trouve une fois de plus un spot sympa pour la nuit. Comme on dort uniquement avec la moustiquaire, on voit les étoiles de notre lit. Pendant environ 1 minute, ensuite on pionce ferme.

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Le lendemain, on rejoint Boysun et un petit hôtel pour 1/2 journée de repos. En Ouzbekistan, les voyageurs doivent se faire enregistrer dans un hôtel toute les 3 ou 4 nuits, les règles ne sont pas très claires. Pas de climatisation cette fois mais des ventilateurs, donc ça va. Sauf pendant la coupure d’électricité de 15 à 17h, pile poil pendant la sieste. Un sauna.
Dans la cour de l’hôtel, une nana fait griller des pieds de vache au-dessus d’une flamme. On veut même pas savoir ce qu’elle va en faire, et on rigole en voyant nos vêtements sécher juste au-dessus.IMG_6005
Le lendemain, c’est le 12 aout, anniversaire de François Hollande, Djibril Cissé, Pete Sampras, Mark Knofler, Julien Lepers et de moi, mélange des talents de tout ces gens, mais dans le désordre malheureusement :
– Le toucher de balle de Julien Lepers (Pourquoi il n’y a pas de ballon sur le plateau de Question pour un Champion ? Parce que Julien le perce. Ah ah ah)
– La virtuosité à la guitare de François Hollande
– La culture générale de Djibril
– Le jeu au pied de Pete Sampras

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Alice et Benoît m’offrent une langue de belle-mère en forme de smiley et un puzzle Ouzbek (5 bouts de carton attachés ensemble, on n’a pas bien compris). Ophélie m’offre une étape de 117 km vent dans le dos avec une belle grimpette, puis des dunes pétrifiées, des champs de coton, suivi d’un bivouac au bord d’un canal d’irrigation boueux mais rafraichissant. Ça me va parfaitement mais j’aurais pas craché sur un p’tit massage des jambes, à bonne entendeuse.


Une journée mémorable comme le voyage à vélo nous en offre régulièrement. C’est juste du vélo, c’est juste l’Ouzbékistan, c’est juste une nuit sous la tente, c’est juste avant d’entrer au Tadjikistan, c’est juste trop bien.


Donc voilà, j’ai 35 ans officiellement. Un peu moins dans les jambes, j’espère, et beaucoup moins dans la tête, très probablement. Il est temps, chers amis, de faire un GRAND BILAN DE MA VIE.IMG_5929


GRAND BILAN DE MA VIE

C’était chouette, des fois super chouette. Merci maman et papa.

FIN DU GRAND BILAN DE MA VIE


 

Ophélie :  C’est ça ta vie ?
Bah ouais
C’est tout ?
Bah ouais, t’as vu ? Je remercie mes parents en plus
Oui merci, je sais lire. T’as rien d’autre à dire ? Genre les bons et les mauvais moments ?
Les vacances chez ma mamie, c’était bien, on mangeait des paupiettes. Par contre, j’aimais pas quand mes parents nous laissaient mon frère et moi enfermés dans la voiture quand ils allaient mangé au Flunch tout les dimanches en été. Mais on avait le droit de lécher le sapin magique pour se rafraichir. J’aime bien la lavande.
Heu, ok… Et l’avenir sinon ?
Tout va bien, les pneus sont en bon état et on a plein de patins de frein de rechange
Desesperant…
Ouais, je sais. Ils tiennent facile 7000 km, j’aurais dû en prendre moins.
Aller, viens, je vais te préparer un bol de Chocapic
Youhou !!!

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Quelques kilomètres nous séparent de la frontière avec le Tadjikistan que l’on atteint avant 8h. Côté Ouzbékistan, on tombe sur un enfoiré. Ça l’embête que des gens passent la frontière quand il n’est pas en congés apparemment. Après 1 heure d’attente, il interpelle seulement Kevin (cyclo qu’on vient de retrouver ici), Benoît et moi, les filles restent derrière. Il nous met la pression pour qu’on passe tout nos bagages aux rayons X.  » Put your bags, hurry up ! Hurry up !  » alors que personne ne regarde le moniteur… Dans la précipitation, Benoît dépose sa poche à eau de 10L (pleine) sur le tapis roulant. A l’autre bout, elle se coince entre le tapis et les rouleaux et SPLASH !! Explosée la poche à eau ! Grand moment. Le mec engueule Benoît comme du poisson pourri (« Have you a brain ?? ») alors qu’il est fréquent qu’on doive passer strictement tout aux rayons X. Kevin tente d’expliquer au gars que ça pourrait être de la vodka dans la poche mais je lui souffle que c’est peut-être pas la peine d’insister. Il nous demande si on a des serviettes pour essuyer et on répond que non. Du coup, le pauvre est obligé d’aller chercher la serpillière à 3 mètres de là et de passer un aller-retour parterre. On espère qu’il n’aura pas de courbatures.
Ensuite c’est  » open your bags, hurry up ! « . Il survole du regard les grosses sacoches, celles au fond desquels on pourrait mettre facilement 20 kg de drogue. Non, ce qui l’interesse, c’est les ordis et les appareils photos, il est à la recherche de « sexual contents ». Benoît se félicite d’avoir effacer la veille son intégrale de Jacky & Michel en Alsace. Moi, en allumant l’ Eeepc, je vois que j’ai laissé bien en évidence sur le bureau le film Alerte en Iran. Merde, le con ! Le regard du douanier est immédiatement attiré par les mots « Alerte » et « Iran » et il veut le voir. Je peux comprendre, c’est accrocheur. Je regarde Benoît avec un petit sourire et une grosse suée sous les aisselles. Je fais le gars qui a rien entendu et ouvre innocemment le dossier photo préparé la veille en demandant  » You want to see photo ? « . Peine perdu, il a flairé le truc et lance le film. Heureusement que ça démarrait par direct par la main au cul. Il avance et tombe uniquement sur les scènes non tendencieuses. Ouf ! Dire que j’avais failli appelé le film Gaywatch…
Ensuite il va dans le dossier vidéos et je flippe quand le curseur passe plusieurs fois au-dessus de La vie d’Adèle. Pour finir, on va dans un cagibi pour une fouille express. Peut-être qu’elle dure plus longtemps habituellement mais je pense que son nez a dû lui piquer très fort quand on a lever les bras en l’air.

Les Transpanados : 1 – Le douanier : 0.
C’est bon, on peut y aller et attendre tranquillement les filles dehors (sans ombre).
Alice et moi attendons de l’autre côté avec d’autres femmes ouzbeks. On constate que les hommes Ouzbeks passent devant nous … Cela m’aggace au plus au point !!! Bande de machos !!
Pour se venger de cette injustice, on décide d’imaginer des scènes ou nous devons brutaliser le douanier avec des outils provenant de nos sacoches. Moi, j’imagine lui mettre des coups d’aiguilles de couture sous les ongles des doigts de la main et Alice pense lui mettre une pince à épiler dans le fond de l’oreille. Cela me fait bien marrer d’imaginer ces scénarios …
A un moment, la dame douanière nous appelle et nous demande de venir avec les vélos. Monsieur le Connard Douanier nous voyant arrivé, nous fait des signes pour faire demi-tour mais la femme douanière lui explique que c’est elle qui a demandé de nous faire venir.
On commence la fameuse partie de « tu décroches tes sacoches-tu les mets dans le scanner qui sert à rien ». Ensuite, les deux gars douaniers (dont Monsieur Le Connard) nous demande d’ouvrir toutes nos sacoches pour les inspecter.
Monsieur Le Connard Douanier tombera sur la trousse à pharmacie d’Alice et fera le gars offusqué lorsqu’il verra sa boîte de tampons. Pour moi, pas de bol, il tombe sur le disque dur externe ou nous stockons nos photos de voyages, des films, papiers … Et la malheur, il décide de l’inspecter !!! Par chance, il regardera que des films de voyage à vélo en France. Je le presse un peu car Alice a terminé son inspection. Il décide de stopper le contrôle. Ouf ! je suis sauvée sinon je restais 5h s’il avait décidé de tout visionner.
On passe avec succès l’étape de la cabine blanche ou une femme douanière nous touche le bout des seins et les poches du pantalon. Ensuite, on commence une longue attente en plein cagnard (car pas de clim) pour avoir le précieux tampon de sortie. Nous serons obligés de jouer des coudes pour que les femmes Ouzbeks ne nous doublent pas ainsi que les hommes qui essayent de passer devant tout le monde. En tout cas cette expérience m’a donné envie de me battre pour les droits des femmes et de militer à ce sujet à mon retour en France. Vive la parité hommes – femmes !

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Hop, nous voilà donc au Tadjikistan, un pays qu’on avait dans le viseur depuis le départ et qui, vous le verrez, nous comblera. Comme en Ouzbékistan, les gens sont comme des dingues à notre passage. Est-ce le fait qu’on soit 4 sur des étranges vélos ? Ou est-ce notre bogossitude rayonnante qui, telle une comète en or massif, attire le regard et la sympathie des gens ? Bref, on fait pas 5 kilomètres que des gars nous arrêtent pour nous filer des pastèques. En bons crevards, on ne refuse pas et on se retrouve méchamment lestés de quelques kilos. Je trimballerais la mienne pendant 60 km grâce à mes sacoches magiques : tu crois qu’elles sont pleines, tu rajoutes une pastèque de 5 kilos et il reste de la place.

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« j’aime pas la pastèque, z’auriez pas du camembert par hasard ? Au lait cru. Moulé à la louche. »

A midi, on se pose dans un petit resto, avec lit-table au-dessus d’une rivière. Un nouveau cyclo nous rejoint, il s’appelle Matthias, est allemand, trimballe 60 kg de matos et vient de passer par l’Afghanistan (oui oui, c’est possible. Le visa ne coute que 10 $ mais c’est compliqué d’y rouler à vélo entre les villes, donc faut prendre des bus ou l’avion). Le gars est hyper sympa et on passera les 4 prochains jours en sa charmante compagnie.P1100495 Les filles tombent carrément amoureuses de lui : blond, 1m90, jamais fatigué, toujours souriant et de bonne humeur, rapide sur son vélo, photographe doué, intelligent et sûr de lui. Pour Ben et moi, il ne fait aucun doute qu’il est le produit d’expériences génétiques est-allemande, un peu comme Ivan Drago dans Rocky IV. « Ce mec est une machine ». Ivan DragoC’est pas possible, il pète jamais et ne pue même pas de la gueule après avoir mangé des ravioles au gras de mouton !
Notre joyeuse équipe s’agrandit et c’est désormais à six que nous roulons vers la capitale Tadjik, se faisant offrir du raisin et toujours autant de sourires en route. Ouf, la comète en or massif n’a pas été eclypsé par le cyborg Matthias-le-soleil-vivant-qui-donne-très-très-chaud-aux-slips-des-filles.
A Douchanbé, les hôtels sont pleins à cause de nos amis du Mongol Rally. C’est quoi le Mongol Rally ? C’est des jeunes désœuvrés (probablement issus d’écoles de commerce) qui parcourent la Route de la Soie dans des vieilles bagnoles recouvertes d’autocollants trop cools et de messages d’espoirs pour la planète, le tout sur fond de collecte d’argent pour des ONG, histoire d’avoir bonne conscience. La grosse aventure, ils ont mis seulement 3 semaines pour arriver là, ça traîne pas. Du coup, on comprend qu’ils n’aient jamais eu le temps de s’arrêter quand ils nous doublaient sur la route, sous le cagnard. On pouvait crever la bouche ouverte, pas un seul ne nous a demandé si on avait besoin d’eau. Même pas un bonjour, tout juste un geste désinvolte de la main par la fenêtre. Bon, du coup, on avait déjà une petite dent contre eux avant d’arriver à Douchanbé. Alors quand on voit que les hôtels pas chers sont plein à cause d’eux, ça nous démange carrément d’aller crever des pneus. Merde quoi, il devrait y avoir une priorité pour les cyclos, c’est nous les héros qui puons le plus !
Après 1 heure de recherche, on finit par se dégoter un B&B au poil. Comme il est plein, on dort la 1ere nuit dans le sous-sol, dans la salle de musculation, sur un tatami. Et pour les 2 autres nuits, les gérants nous installent des matelas au dernier étage, dans un penthouse : 150m², une cuisine, un billard géant, des canapés, une boule à facette, des lasers, des peaux d’ours et des têtes de cerfs  accrochées aux murs. On se croirait dans un clip de Booba. On y fêtera l’anniversaire de Benoît, il manquait juste une douzaine de nana en mode booty-shack pour parfaire l’ambiance.


Notre court séjour dans cette ville se résumera à faire le plein de bouffe précieuse pour la suite et reposer nos jambes (sauf Matthias qui n’est pas concerné par les désagréments habituels du corps humain).P1100498 Par « bouffe précieuse », je ne parle pas de caviar ou de macarons, juste de Nutella, de sardines, de chocolat et de Vache-qui-rit, le genre de truc qu’on trouvera très difficilement sur le magnifique itinéraire qui nous attend : la Pamir Highway !! Pour votre plus grand plaisir, chers lecteurs, sachez qu’on a choisi d’emprunter la route nord jusqu’à Khorog, la plus dure mais la plus belle. Récit à suivre dans quelques jours.P1100598

Enfin, merci beaucoup pour vos commentaires sur le dernier article, ça nous motive bien pour continuer à faire vivre ce blog. Il y a eu un certain relâchement à un moment, vous étiez en vacance ou quoi ? C’est quoi ce bordel ?

Merci pour vos commentaires, ça nous donne de l’énergie pour continuer dans les moments difficiles !

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l’Ouzbékistan aura été une très belle surprise et restera un de nos gros coup de cœur du voyage

 

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Iran – Turkménistan – Ouzbékistan

 

26/07/16  Bajgiran – Ashgabat (Turkmenistan) = 3km à vélo, le reste version luxe
27/07/16  Ashgabat = Visite puis départ en train de nuit
28/07/16  Ashgabat – Farap – 38 km avant Boukhara (Ouzbekistan) = 71 km
29/07/16  … – Boukhara = 38 km
30/07/16  Boukhara = visite

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Alors, où en étions-nous ? Vélo, Iran, bogosses à la plage, bivouac… Ah, voilà :  Bajgiran, frontière Iran-Turkmenistan, camping dans un parc, vélos nettoyés, pièce ressoudée, blablabla…
Une courte montée nous amène donc à la dite frontière. On montre les passeports à une douzaine de personnes, passons les sacoches aux rayons X, obtenons nos visas Turkmènes en 10 minutes (et une soixantaine de dollars par personne…) et entrons au Turkmenistan. Je vous passe la scène où les filles ôtent leurs voiles en chantant  » Délivréééééeeees !!! Libéréééééeeesss !!! Nous ne nous voilerons plus jamais ! « , c’était trop pathétique et ça défiait beaucoup trop l’autorité de Benoit et moi-même, leurs maîtres absolus quelque soit le pays.
On rejoint notre guide qui nous escortera jusqu’à la sortie du pays : Nasar, Naser ou Nazar (pas Jean-Paul, c’est sûr. Encore moins Cyril-Alain), ancien électricien pour Bouygues parlant couramment le français. Les vélos étaient censés embarquer dans un fourgon dédié mais du fourgon, y’en a pas. A la place, 2 mini-bus de 8 places aux sièges non démontables. Bah tant pis pour ces derniers, on charge les vélos à l’arrache dessus, après avoir râlé un petit coup, pour la forme.

IMG_5375Direction Achgabat, vers notre hôtel. Vu comment on avait fait les crevards lors de la négociation avec l’agence de voyage, on s’attendait à un bloc de ciment dans le plus pur style soviétique, en bordure de ville, entre un abattoir de mouton et un concessionnaire Lada, ce qui n’aurait pas été pour nous déplaire, ça fait des trucs à raconter après. Mais pas du tout, on est conduit en haut d’une colline dominant la ville, sous une espèce de géode visible à 10 km à la ronde. Le gros luxe, à l’image du reste de la capitale Turkmène.IMG_5409.JPG
C’est une sorte de Las Vegas post attaque bactériologique, genre 28 jours plus tard, sans les Zombies. Partout des palais en marbre blancs, impossible de savoir leurs fonctions, ni même si c’est des habitations, des bureaux, les plus grandes chiottes du monde, un Flunch ou des ministères. C’est gigantesque, vide, mort. Il n’y a aucune vie et les 2 x 5 voies desservant la ville sont quasiment désertes. Nasar botte en touche lorsqu’on lui demande pourquoi il n’y a personne et nous fait faire le tour de la ville :
– Là, c’est une Université (sans personne aux alentours), construite par Bouygues
– Ici, c’est le Ministère des finances (3 voitures garées devant), construit par Bouygues
– Là, ce sont des logements (sans aucun linge séchant aux balcons) construits par Bouygues
– Là, c’est un Graboulouchou (désolé, je comatais sous la clim du mini-bus, j’ai pas tout saisi), il y a une grande roue à l’intérieur. Construit par Bouygues

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On enchaîne avec divers monuments à la gloire de la liberté, des grandes figures de l’histoire, de la paupiette de veau et de l’amitié entre les pays, le Turkmenistan étant « la Suisse de l’Asie ». D’après notre guide, le pays s’entend bien avec tout le monde. D’où les nombreux miradors, les canons anti-aériens et la quadruple rangée de barbelé le long de la frontière. Oui, je suis médisant, m’en fout, c’est mon blog.
Bouygues, Bouygues, Bouygues. Après l’indépendance en 1991, Bouygues a obtenue 63 chantiers dans la ville, ce qui, à vu de nez, devait bien représenté plus de 80% du marché total. Un bien bel appel d’offre ma foi, y’en a qu’ont dû bien se frotter les mains.
Le clou du spectacle est le palais présidentiel. A côté, le Taj Mahal est une cabane de pêcheur. Pas de photos, c’était interdit. Faudrait surtout pas faire croire que le Président Turkmène s’arroge quelques petits privilèges par-ci par là, non mais. Ce président, notre guide l’adore, il voudrait l’avoir à vie. Ce qui risque bien d’arriver en fait.
C’est une star le gars, il est en 4 x 3 partout dans la ville, sur les couvertures des magasines et même à la TV. Bel homme, le sourire extra bright, c’est bien simple, on dirait Jonathan Hart. Jusqu’en 2015, il offrait 120 litres d’essence par mois à chaque foyer. Quant au gaz, il est presque gratos. Donc généreux le gars.

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Oui-Oui au travail, Oui-Oui fait du vélo électrique et Oui-Oui fait du bateau très très cher

On va également faire un tour dans un des bazars de la ville. On croise enfin du monde et un peu de vie. Les femmes turkmènes sont, de l’avis générale de 4 cyclistes esthètes roulant en Azub 5, les plus belles du monde. Des visages harmonieux dont les traits mêlent l’exotisme de l’Asie, le souffle d’un peuple ancien et la rudesse d’un ex-pays soviétique. Un port de tête digne, comme si elles faisaient toutes de la danse classique. Une taille mannequin mise en valeur par leurs longues et belles robes cintrées. La classe. A côté, on se sent un peu misérable avec nos pauvres t-shirt Quechua aux aisselles moites.
Dans le bazar (une grande halle de marché en fait), Benoit et moi sommes vulgairement suivi par un avion de chasse, du genre 90-60-90, pommettes hautes, poitrine agressive et lèvres pulpeuses. Pour nous échapper, on se réfugie dans un restaurant et nous dissimulons derrière une montagne de purée-boulette de viande-nouille sautées- poivrons farcis. Une tuerie, on n’avait pas aussi bien mangé depuis les Lokantasi de Turquie dont les moussakas me font encore baver aujourd’hui.
Il est l’heure d’aller à la gare avec nos vélos. L’agence de voyage (Owadan pour ne pas les citer) n’a pas cru nécessaire de réserver les billets à l’avance. Heureusement il reste de la place. Elle s’est dit aussi que c’était pas la peine de vérifier si il y avait bien un wagon à bagage, ce qui n’est pas le cas. Naser négocie avec le chef de train, on file un peu d’argent et casons les vélos dans la salle des machines, à grand coup de pédalier dans les portes.
Un petit dodo et nous débarquons à 5h du mat à Turkmenabat , il fait déjà très chaud. Un coup de mini-bus et nous voilà à nouveau sur les vélos pour sortir du pays. Passeports, passage aux rayons X, passeports, fouille complète des sacoches, passeports et visionnage des photos de nos appareils. On avait mis toutes celles du Turkmenistan sur une clef USB. Concernant la coke, on avait tout sniffé à l’hôtel et les kalachnikovs étaient dans le cadre des vélos, comme d’habitude. Il a fallu batailler un peu pour ne pas se faire doubler par tout le monde, surtout les femmes qui nous collaient, moins belles qu’à Achgabat malheureusement.
Hop, 2 minutes de vélo et on remet ça au poste frontière Ouzbèke, mais en beaucoup plus cool : prise de température, déclaration des biens de valeur et des sommes en liquide et fouille de la boite à médicament. Vallait mieux pas avoir d’anti-douleur, heureusement qu’on s’était enfilé toute la codéine la veille. Un coup de tampon sur le visa, une petite quenelle pour échanger des devises à la sortie et nous voilà pédalant sous le cagnard Ouzbèke. Passé une partie désertique, on aborde des zones plus habitées et croisons des autochtones. A 1ere vue, les Ouzbèkes n’ont pas l’air très différents du reste de l’humanité : bipèdes, 2 bras, 2 jambes, des cheveux, des mains pleines de doigts et des bouches pleines de dents. Ah ah,et c’est là qu’est la grande différence : les dents ! On croise plein de Joey Starr, beaucoup d’hommes et femmes ont des dents en or sur le devant, bien visibles. On apprend plus tard que c’est un peu leur Livret A, une manière sûr de mettre de l’argent de côté. Un coup dur ? Ils vendent une incisive. Le petit dernier veut faire du violon ? On arrache les canines.
Et leurs dents, on les voit très souvent car ils sont très souriants et joviaux. Sur la route, les enfants courent à notre rencontre et tout le monde nous interpellent en sifflant ou en criant,  nous faisant de grand signes auxquels on se doit de répondre. Ils sont adorables, de la pure gentillesse, un enthousiasme communicatif. Ils sont  très curieux et veulent savoir d’où on vient :  » A kouda te ?  » A kouda te ? « – « Francia ! » –  » Ooooh Fraaancia ! Paris !!! « . Encore une fois, on se rend compte que la France a une aura incroyable. Beaucoup d’Ouzbèke connaissent quelques mots de français ainsi que quelques villes comme Paris, évidemment, mais aussi Lyon, Bordeaux, Marseille ou Strasbourg. En France, qui connait Boukhara, Tashkent ou Denov ?
On fait le plein d’eau au puit chez des gens. L’eau courante ne semble pas très présente dans ce pays, faudra faire avec. De plus, le pays a la réputation de ne pas laisser les estomacs et les caleçons des cyclos indemnes, donc on filtrera systématiquement. Youpi, on se sert enfin du filtre qu’on trimballait pour rien depuis 4 mois ! Pour info, l’eau des fontaines en Turquie et l’eau du robinet en Iran sont parfaitement potables, nous n’avons jamais été malades et notre stock de Micropure est intact.
Un peu plus loin, on quitte la grande route pour se trouver un coin de bivouac. Un gars devant sa maison m’interpelle et nous propose un thé. Oulala, en plus d’être sympas, z’ont l’air accueillant ! On accepte, on fait connaissance avec sa femme et sa fille, ils nous installent un tapis et des petits matelas. Le thé se transforme naturellement en accueil pour la nuit. IMG_5417

On mange ensemble un riz-au-lait au gout d’omelette avec du pain et du raisin, c’est simple mais ça nourrit bien. Le lait vient de la vache dans leur cour. On admire leur doma (maison) : construite en torchis, elle surplombe et encadre un grand potager et une petite étable. Pour la cuisine, ils utilisent un four conique en torchis également, efficace et ne consommant que peu de bois. Du bon sens, on ne parle probablement pas d’écologie ici mais ce mode d’habitation nous semble plein de sagesse.

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Hossein

On se décrasse avec une bassine et Benoît fait bien marrer notre hôte Hossein en voulant se laver la figure avec l’eau qui a servi  àrincer les pieds de tout le monde. Moi, ça ne m’avait pas choqué.
Après la visite d’amis et de cousins, ils nous installent sur une sorte de grand lit à l’extérieur. On en verra partout par la suite, aussi bien chez les gens que dans les restaurants, c’est hyper pratique, on y mange et on y dort. Très appréciable pour un gars comme moi qui pique du nez dès la dernière bouchée. Encore plus quand la vodka est de la partie, on en reparlera. Matelas, couvertures, oreillers et nuit fraîche sous les vignes et les étoiles, on touche la volupté ce soir.IMG_5426.JPG
On se réveille tôt le lendemain et déjeunons ensemble : thé, pain maison et un bol de lait chaud avec du beurre fondu ultra-nourrissant.
On remercie chaleureusement notre famille d’un soir et filons à Boukhara.

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On traverse la ville; l’ambiance, les couleurs et les monuments nous incitent immédiatement à rester 2 nuits dans le super B&B qu’on dégote. IMG_5480.JPG

Rien que pour le p’tit dej, ça valait le coup de rester de toute façon. Et pour la clim aussi. Et pour le grand lit. Et pour les chiottes normaux. Et pour les oreillers moelleux. Rhhhaaaaaaaa !!! Putain de confort !! IMG_5630
Quelques photos de Boukhara pour finir. La suite du récit dans quelques jours, on va rattraper le retard.IMG_5621

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