10 000 km – Vientiane

 

J 234 à 245 / de Luang Prabang à Vientiane / 424 km

  • 24/11/16 Luang Prabang – Namming = 57 km / +1100m
  • 25/11/16 … – Phouleuy = 47 km / + 1450m
  • 26/11/16 … – Hot Spring = 49 km / + 870 m
  • 27/11/16 … – Vang Vieng = 82 km / + 450 m
  • 28/11/16 Vang Vieng = balade de 30 km
  • 29/11/16 Vang Vieng – Hin Heup = 63 km / + 280m
  • 30/11/16 … – Vientiane = 96 km / + 360 m – 10 000 km !!
  • 01 au 05/12 Vientiane = en attendant le visa thaïlandais

 

Le système organique du cyclo se décompose en : circulation respiratoire, circulation sanguine, et circulation routière, celle-ci commandant les deux autres.

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L’article précédent se terminait dans un suspense insoutenable avec une histoire de fièvre tropicale pécolesque et on espère que vous avez été nombreux à paniquer dans vos humbles chaumières, vous rongeant les ongles, au bord de l’ulcère, tenant fébrilement votre smatphone dans l’attente du ding-dong signalement l’arrivée d’un nouvel article, ne pouvant – c’est tragique – suivre qu’à moitié Plus belle la vie et ne donnant même plus à manger au chat.

Mettons un terme immédiatement à votre supplice : après une nuit de repos et une autre suée nocturne, Bibi est d’aplomb pour se recoucher sur son drôle de vélo. Même Bibette est contente de repartir et d’aller bouffer un peu de montagnes.

Au bout de 20 km plus ou moins plat, on commence une ascension qui nous prend des heures à notre rythme d’escargot. L’humidité a monté d’un cran et les t-shirt sont mouillés en permanence. Au col, c’est magnifique et on regrette de ne pas pouvoir y camper par manque d’eau.img_8346 Alors on descend, forcément, c’est rare que ça monte après un col. En bas, on a le très vague espoir de trouver une guesthouse ou un coin d’herbe pour poser la tente en bord de rivière. Que dalle, le village est charmant mais on doit continuer un peu, remonter un peu et demander à des habitants si on peut poser la tente dans leur cour.

Ça fait du bien de camper à nouveau, le voyage a beaucoup moins de charme quand on va de guesthouse en guesthouse. Et il était temps de déballer le matos car ça commençait sérieusement à moisir avec l’humidité ambiante, la tente se transformait tranquillement en champignonnière. On profite d’un robinet pour se laver à grandes eaux, sans choquer les Laotiens qui ont l’habitude de se laver en slip devant tout le monde. Le spot est sympa, la forêt est étonnamment silencieuse (très peu d’oiseaux), les moustiques discrets, et la nuit apporte rapidement sa fraîcheur.

On se lève à 6h30 pour être à 8h sur les vélos. Aujourd’hui, le ciel se dégage très rapidement et on sue tout de suite « like a whore in a church » comme dirait la Reine d’Angleterre. Ça grimpe pas mal et lors d’une pause cacahuète-tête-sous-une-source-d’eau, nous somme rejoins par Brigitte et Nico, partis un peu plus tard que nous la veille.p1110406

Ces 2 là, c’est des monstres, ils font 2000 kilomètres par mois depuis leur départ de France début mars, ils ne se reposent jamais. Alors on est tout content quand on constate qu’on grimpe presque à la même vitesse et on se fait une très belle étape ensemble, clôturé par un bivouac 10 millions d’étoiles.

Le lendemain, c’est l’étape de rêve dans les plus beaux paysages du Laos, avec des villages toujours aussi jolis et des gens toujours aussi souriants. Arrivés en haut de la montagne, un panorama incroyable fait de massifs karstique se dévoile devant nous. img_8414On se régale les yeux mais ça remplit pas l’estomac, alors on file dans un resto un peu plus bas. En bon cyclo, on étend les toiles des tentes mouillées au soleil avant d’aller manger.

Une longue descente et une courte montée assassine nous amène ensuite à une source d’eau chaude, l’endroit est magnifique et on peut monter les tentes dans des cabanes sur pilotis, sous les cocotiers. Ouais, c’est une putain de journée. img_8432Après un long bain seuls dans les sources, on se fait un concert de réchaud et un bon gueuleton : patates sautées, poêlée d’aubergine et fondue de courgette coco-curry-aneth de la part de nos compagnons de route. Les patates sautées, c’est vraiment le truc qui nous manque le plus je crois. On en refera plus souvent, faudra juste qu’on trouve une plus grande poêle qui laisse pas 1 cm de croûte brûlée au fond.

Le lendemain, on se lève tôt et filons… 15 mètres, Brigitte a un pneu à plat, le 1er en 17000 km. En démontant, Nico se rend compte qu’il y a d’autres trucs à réparer et on démarre sans eux. Alala, ils ont trouvé un sacré prétexte pour ne pas avoir à avouer qu’ils n’arrivent pas à nous suivre ! Mais on a vu clair dans leur jeu ! Alice et Benoît avait déjà fait pareil avec des prétendus « chiasses », comme ils disaient, moi je trouve ça très vulgaire.p1110424

La route est toujours aussi belle même si c’est un poil moins impressionnant que la veille. Lors de notre pause banane sous une paillote, ils nous rattrapent tout de même (m’étonnerait pas qu’ils aient fait du stop) et on repart ensemble pour arriver assez tôt à Vang Vieng.

Vang Vieng, c’est le summum du tourisme classe au Laos : jeunes australiens, français ou anglais bourrés dans la rue en pleine après-midi, nanas en string rapportant leur bouée après du tubing sur le Mekong, occidentaux perdus en quête de drogues pas chers regardant de vieux épisodes de Friends dans les bars et quelques quinquagénaires pris de fièvre jaune. Oui, je généralise un peu, certains regardaient The Big Bang Theory.

On trouve une agréable guesthouse dans nos prix et pendant qu’Ophélie nous enregistre, nous pouvons admirer TOURISTATOR, un magnifique japonais réalisant un super-combo, dommage que j’ai pas eu le temps de prendre une photo :

  • T-shirt BeerLao (équivalent local de Kronenbourg)
  • sarouel motif éléphant
  • tongs
  • appareil reflex à 2000 € en bandoulière
  • sac banane

Grandiose, il manquait juste le chapeau « I love Thaïlande » et le badge « HardRock Café – Melun ». Et un porte-clef Hello Kitty.

On est écœuré par tout ça et renonçons rapidement à un quelconque tour organisé, alors qu’on était plutôt partant pour une petite descente en kayak suivi d’une visite de grotte. Mais ça fait trop usine alors on zappe. Peut-être que le voyage à vélo rend asocial, sûrement qu’on l’était déjà pas mal avant de partir mais on n’a pas du tout envie d’être assimilé à cette minorité de touristes donnant une drôle d’image de l’occident.img_8535

Alors le lendemain, pendant qu’Ophélie profite du balcon de notre chambre pour faire son activité favorite (la lessive) et que Brigitte et Nico filent (z’avaient dit, ils se reposent jamais), je pars faire une boucle à vélo à l’ouest de la ville. Les «  20 km peinards, j’en ai pour 1h » sont en fait 30 km sur une piste parfois bien défoncée sur laquelle je suis obligé de dégonfler les pneus. Mais ça vaut le coup, c’est beau, sauvage, paisible et il n’y a personne en dehors des buffles et des habitants des petits villages. J’aurais su, on serait venu planter la tente dans le coin, au bord d’une rivière.

Sur la toute fin, je croise des hordes de chinois en buggy brisant la quiétude des lieux. Dommage que j’avais pas ma herse, ou quelques clusters.

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j’ai eu un prof de physique-chimie qui avait à peu près la même tête, en moins avenant

Le soir, on tombe par hasard sur une pizzeria tenue par un français et on est pas passé loin de l’orgasme en y dînant avec Tim, notre nouvel ami australien. On s’entend toujours au poil avec les australiens, surtout côté bouffe.p1110443

Le lendemain, on reprend la route avec Alessio et Binh, un couple italiano-franco-vietnamien avec qui on était plus ou moins en contact, ayant un ami (Chantal The Baroudeur) en commun. Le courant passe très bien, forcément, surtout qu’Alessio était chef d’un resto étoilé à Paris. Ce mec s’est donné pour mission de goûter à tout, tout le temps, même dans un petit village paumé il arrive à nous dégoter des brochettes d’escargots grillés pour la pause du midi, avec l’inévitable sticky rice (riz collant).

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spot de camping en face !! STOOOOOP !!

En début d’après-midi, en passant sur un pont enjambant une superbe rivière, Alessio et moi pilons devant la vue d’un spot de bivouac de fou. Il ne nous faut pas longtemps pour convaincre les filles et Tao (un chinois qui voyage avec nous, adorable même si on ne peut pas communiquer) de se poser là. Papotage autour des tentes, longue baignade, petite lessive et repas au bord de l’eau, la belle vie de cyclo.img_8578

img_8564Vers 20h30, alors qu’on est tous sous nos tentes, les paupières lourdes, des flics à scooter débarquent avec des lampes de poche. L’un d’eux a une kalachnikov en bandoulière dans son dos. Ils nous expliquent qu’on ne peut pas rester ici, que c’est dangereux à cause du pont, que après-demain c’est un jour férié, que mon cul sent la groseille, que blablabla… c’est pas clair, on comprend rien. On leur demande pourquoi ils sont pas venus avant alors qu’on était là avec nos tentes depuis 15h, qu’on est fatigués, qu’on a trop la flemme de tout plié et qu’on n’ira pas dans une guesthouse, sauf s’ils payent pour nous (et qu’ils nous apportent des croissants au petit déjeuner suggérera Ophélie, toujours à l’affût). On discute calmement, on sent bien que les mecs font juste leur taf, ils sont plutôt sympas mais au bout d’une heure de palabre, on se résout à les suivre et plions les tentes déjà trempées pour les remonter 500m plus loin, juste à la sortie du pont très très dangereux, va comprendre. Ophélie a le pneu avant à plat et un bar karaoké juste en face fait trembler le sol, ambiance. Mais on se trouve un coin d’herbe moelleux, les flics nous disent au revoir, le bar ferme et on passe une bonne nuit au calme finalement.p1110459

Levé à 6h30, comme d’hab, déjeuner très copieux, comme souvent, et nous voilà repartis. On avait prévu de prendre une route secondaire et d’atteindre la capitale Vientiane en 2 jours mais cette histoire de jour férié nous oblige à filer afin de faire notre demande de visa Thaïlandais à temps. La route est plate, les paysages beaucoup moins intéressants, alors on se met en mode Pedalators avec écouteurs dans les oreilles, s’offrant tout de même quelques pauses gourmandes, surtout quand on arrive à repérer les stands vendant du jus de canne à sucre. Avec un peu de citron vert, j’vous raconte pas.

Et hop ! 10 000 km au compteur ! Enfin virtuellement puisqu’on a plus de compteur mais on sait où on en est.

On arrive à Vientiane rapidement et rejoignons une guesthouse qu’Ophélie avait repéré sur internet. Oui, en ce moment, le repérage de guesthouse est sa 2eme grande passion après la lessive. Pour le coup, elle a vu juste et on s’offre 4 nuits dans une ancienne villa coloniale fleurie avec petit déjeuner inclus et… piscine !! Des vrais vacances en attendant nos passeports qui resteront 5 jours au consulat Thaïlandais à cause de 2 jours fériés et du week-end.

Dans notre villa (prononcez nôôôôtre villââââ), une française nous laisse des affaires qu’elle ne ramène pas chez elle, dont un somptueux maillot de bain une pièce.

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Vientiane n’est pas le pire endroit au monde pour rester bloqué 5 jours, la ville est petite, aérée et agréable. Entre siestes et baignades, nous retrouvons chaque jours nos amis cyclos autour d’assiettes de Pad Thaï, de saucisses laotiennes, de riz sauté et de soupes de nouilles. Le soleil des derniers jours nous a explosé les lèvres et le mélange épice / citron vert nous donnerait presque envie d’être nourri par intraveineuse.

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Nous allons également visité le musée de la COPE, une organisation à but non lucratif venant en aide aux survivants d’explosion de sous-munitions : création de prothèses, rééducation et sensibilisation. Le bombardement du pays a été tellement massif que la vente des résidus de bombes aux ferrailleurs est toujours un vrai business. Aux risque de leurs vie, des laotiens, souvent enfants, arpentent les forêt en quête de bout de métal.

Les restes de bombes servent également dans leur vie quotidienne : pilotis pour leurs maisons, ustensiles de cuisine, échelles, divers outils…

D’après ce qu’on a appris, la dépollution du Laos serait le 1er employeur du pays avec environ 5000 salariés, juste devant les brasseries Beerlao.

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Dans une salle, on peut visionner des interviews de victimes de sous-munition de par le monde : Laos, évidemment, mais aussi le Maghreb, l’Arménie, le Tadjikistan, le Liban, l’Afghanistan… la liste est très longue et les témoignages bouleversants. Je retiens celui d’une femme arménienne qui a perdu d’un coup son mari et 2 de ces fils lors d’une explosion dans un champs. Encore sous le choc, elle ne voit pas partir sa fille à vélo. Demandant à un de ses autres fils où elle est, il lui répond qu’elle voulait voir les corps, restés sur place. 10 minutes plus tard, elle entend une nouvelle explosion…

On est un peu secoué en rentrant et alors qu’on marche dans une rue tranquille, un gars déboule et passe juste à côté de nous en courant, pieds nus et menottes aux poignets, suivis quelques secondes plus tard par des policiers armés. Le mec vient de s’enfuir d’un commissariat ! Notre petite troupe tourne au coin de la rue quelques mètres plus loin et nous entendons 2 coups de feu espacés. Je vais jeter un œil mais ils sont déjà loin, ils ont dû le manquer, vu la pétoire qu’ils avaient, ça serait pas étonnant. On l’espère.

Bon, on ne peut pas finir cet article sur des notes si sombres. Alors voici quelques clichés en hommage aux quelques Lady-boys qu’on a croisé jusqu’à maintenant. L’occasion aussi de vous présenter Miss Vientiane 2016. J’aimerais comprendre un jour pourquoi j’aime tant me ridiculiser.

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Demain, on entre en Thaïlande.


Petite précision : si je ne m’occupais pas de lire entièrement les guides de voyage des pays que nous allons visiter, nous ne n’aurions pas beaucoup d’info sur les sites sympas à visiter, hôtel et restaurants … Chose qui ne passionne guère le Responsable d’Expédition de ce voyage mais qui a de l’importance pour trouver des endroits bucoliques …

Ce n’est pas ma seule passion dans la vie ! A bientôt chers lecteurs

Petit message personnel pour mon grand-père dont c’est l’anniversaire le 06/12.Bon anniversaire grand père !!!

Ophélie


BONUS

Rubrique santé et animaux, cette semaine, nous vous présentons :

  • un œdème à la main dû à une morsure de fourmi
  • Un rat tatouille de toute beauté. Je sais que notre lectorat est en manque d’animaux crevés. Y’a même un sociopathe de l’Aisne qui m’a envoyé les photos d’un chat mort en nous écrivant « petite pensée pour vous ». Vianney, ce rat est pour toi.img_8350
  • Et un animal mystère. Il était encore chaud.img_8549
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Les PanarLaos, au pays des clusters

 

J 224 à 233 / de Mohan (Chine) à Luang Prabang (Laos) / 295 km

  • 14/11/16 Mohan – Na Mor = 50 km / + 270m
  • 15/11/16 … – Odoumxai = 51 km / + 600m
  • 16 & 17 Odoumxai = repos
  • 18/11/16 … – Pakmong = 83 km / + 1350 m
  • 19/11/16 … – Luang Prabang = 111 km / + 700m
  • du 20 au 23/11 Luang Prabang = tourisme

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4 étapes en 10 jours, y’a du relâchement dans l’air, ça aurait presque un parfum de vacance.

A Mohan, on profite du petit déjeuner inclus de l’hôtel : Ophélie se contente de quelques pains vapeurs et de raviolis fourrés pendant que je m’enfile une soupe de noodles bien relevée. Je suis devenu un vrai nouach, je rajoute des trucs piquants et du glutamate à chaque fois, finissant la bouche en feu en me disant que j’en ai mis trop. On se prépare rapidement et filons à la frontière, ne sachant pas comment ça va se présenter et ne voulant pas y passer des heures.

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tournage d’un téléfilm à la frontière. Mon vélo a pu rester en place pendant que je devais reculer. Ça en dit long.

C’est rapide, un coup de tampon côté chinois et un visa délivré en 10 minutes côté laotien contre 31 $ chacun. C’est parti pour environ 3 semaines au Laos, 700 km plein sud vers Vientiane, la capitale, avant d’entrer en Thaïlande. Autant dire qu’on a beaucoup de temps et qu’on n’a pas besoin de se presser.

Le changement est radicale et on est tout de suite séduit par les charmes du Laos, dont le slogan est « simply beautiful », très proche de notre slogan à nous « simplets et bogosses ».p1110379

D’abord les villages pittoresques avec toutes ces petites cahutes en bois sur pilotis qui s’intègrent si bien au paysage, parfois remplacées par des constructions en dure au couleurs vives. J’aime pas ce mot, mais tout nous semble « authentique », comme dans le journal de 13h du grand journaliste percutant Jean-Pierre Pernault. p1110361Ça fait très carte postale, les paysages sont fidèles aux images d’Épinal qu’on peut avoir de ce pays. Dans les villes, les administrations arborent encore des inscriptions en français, héritage du protectorat de la France apportant un charme suranné.p1110340

Ensuite les gens : très présents en bord de route, sauf à l’heure de la sieste, ils nous saluent en souriant avec un enthousiaste « Saibaidee » (bonjour en laotien). Les nombreux enfants, très petits et mignons, ne manquent jamais de nous faire coucou ou de tendre la main pour qu’on tape dedans, ça nous rappelle le Tadjikistan, en moins exubérant. Impossible de faire mieux qu’un gamin Tadjik, celui qui déboule de n’importe où, tapant un 100 m en tong en moins de 10 secondes en criant HELLO HELLO HELLO !!!, comme si on était le père Noël.

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route bloquée par un accident, seul les vélos passent, la route est à nous.

On nous avait pourtant dit que le Laotien était plutôt froid mais il semble que nos vélos de clown arrivent à briser la glace. Ils sont certes tout en retenue, assez discrets, courtois, pas intrusifs et calmes mais ce n’est pas pour nous déplaire. Comble du bonheur, on voit très peu de smartphone ! Fini d’être filmé ou photographié à la dérobée, sans un bonjour ni rien. Les gens ont une vraie vie ici ! Sans Facebook ni Tweeter ! Si si, c’est possible apparemment !

Enfin les routes : nous pédalons sur l’axe principale du pays et c’est l’équivalent d’une petite départementale française, aussi bien au niveau de la largeur que du trafic. C’est magnifique, la route serpente le plus souvent à flan de montagne ou sur des crêtes, révélant des paysages grandioses, intacts, à peine troublé par quelques lignes électriques ou téléphoniques. On est loin de la Chine où le moindre m2 exploitable est exploité. Le Laos est encore en grande partie recouvert de forêts primaires, même si elles sont de plus en plus menacées, comme partout.p1110381

Quand on pense au Laos, on imagine aussi des paysans sautant sur des vieilles mines datant de la guerre du Vietnam. Ce qui n’est pas totalement faux, même si ce n’est pas des mines. Le Laos est sans conteste la plus grande victime de cette guerre. Sans même avoir jamais été engagé dans le conflit, il a tout de même été le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité. De 1965 à 75, juste parce qu’il était au mauvaise endroit (entre les méchants communistes Vietnamiens et les gentils américains basés en Thaïlande), l’aviation US a déversé sur le Laos plus de 3 millions de tonnes de bombes, de clusters  et d’agent Orange (un herbicide sur-dosé, rien à voir avec des vendeurs en téléphonie mobile, encore plus nocif. Et produit par vous savez qui ? Monsanto…), c’est à dire plus que le Japon et l’Allemagne réunis durant la 2eme guerre mondiale. Certaines montagnes ont perdu 7m d’altitude sous l’impact des bombes. Bon, pour nous à vélo, c’est 7m de moins à grimper, voyons le bon côté des choses.

img_8590Les clusters, parlons en un peu. On les appelle « Bombies » ici, c’est mignon « bombies ». Alors, les clusters, c’est génial, les psychopathes ayant passé des journées entières à jouer à Worms 2D sur un vieux PC savent de quoi je parle. Un cluster est une sous-munition, de la forme et de la taille d’une balle de tennis, les enfants du Laos adorent jouer avec quand ils en trouvent un en forêt. img_8589

Les bombes contenaient 680 clusters, ayant chacun un rayon mortel de 30m lors de leur explosion. On estime que sur les 260 000 000 de clusters gentiment semés dans les belles foret Laotiennes, 80 000 000 n’ont pas explosé, ce qui laisse de belles opportunités aux habitants de perdre un bras, une jambe, la mâchoire, la vie ou un proche.Ou tout à la fois pour les grands gagnants.img_8606

Non, c’est génial le cluster. L’Homme est tellement créatif et imaginatif pour ce genre de choses ! Il a inventé des trucs vaguement beaux et utiles comme l’écriture, les vaccins, l’agriculture, la bicyclette, la crème de marron et les réchauds à essence. Mais les clusters bordel, ça c’est de l’invention ! Le napalm, la classe ! Le lance-flamme, splendide ! La mine-S, trop forte ! Le truc te saute à hauteur de la ceinture et le shrapnel te coupe en 2, toi et tes potes ! Je dis « prix Nobel » pour ça !

Donc, comme 1/3 des bombes n’a pas explosé, le Laos est truffé d’environ 1 million de tonnes de joujous en métal sur lesquels il ne vaut mieux pas donner un coup de bêche. Pas étonnant qu’il y ait encore aujourd’hui, 40 ans plus tard, 300 morts par an. La bêche est très populaire parmi les cultivateurs.

Le dépollution coûte extrêmement cher, surtout dans un pays aux pentes escarpées recouvertes de forêts. Heureusement, les USA, pas chiens, versent 1 million de dollar par an. Généreux les gars, surtout quand on sait qu’ils ont dépensé 900 milliards durant la guerre du Vietnam, pour rien. Désamorcer définitivement tout un district du Laos ou acheter un nouveau drone pour amener paix et bonheur au Pakistan, c’est le même prix mais, franchement, tout le monde choisirait le drone. Quand t’es gamin, si on te laisse le choix entre jouer à la voiture radio-commandée ou ramasser le plat de lasagne que t’a renversé sur la moquette du salon, tu réfléchis pas longtemps.

Non vraiment, faudrait être mauvaise langue pour dire que l’histoire s’est répétée avec l’Irak et l’Afghanistan.

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Faudra pas oublier de regarder dans nos chaussures avant de les mettre le matin au bivouac. Heureusement, celui-ci est bien trop gros pour y entrer. Ouf !

Nous faisons 2 courtes étapes pour arriver à Odoumxai, prenant nos marques doucement : à quelles heures sont les repas ? Combien coûte les choses ? Ou trouver du pain ? C’est la grosse panique le pain, on se sent perdu si on en a pas dans les sacoches. On a toujours réussi à en trouver jusque là, même en Chine, mais le Laos risque d’être un gros défis.img_8058

On découvre le mode de vie des Laotiens, plutôt très cool, z’ont pas l’air trop stressés, ça nous plaît. Un dicton du coin dit : « Les vietnamiens labourent la rizière, sèment et repiquent le riz, les cambodgiens le regardent pousser et les laotiens l’écoutent pousser ». Leur rythme est calé sur le soleil, ils se lèvent tôt et les rues sont vites désertes dès qu’il fait nuit, vers 18h. Aux alentours de 16h, on croise souvent des gens se lavant en slip ou même carrément à poil sous un robinet en bord de route. Même comme ça ils nous saluent avec un grand sourire. J’essaye encore cependant d’effacer de ma mémoire la vieille mamie croisé au détour d’un virage… elle avait au moins 160 ans.

A Odoumxai, nous restons 3 nuits pour reposer les cuisses et profiter des petits resto à tomber. La nourriture coûte bizarrement 2 fois plu cher qu’en Chine mais ça reste raisonnable. Le vrai problème vient des quantités, souvent insuffisantes pour un appétit de cyclo. Alors on complète avec les petites bananes qu’on trouve au marché.

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Pas de perte de temps ici, tu peux tout faire en même temps : douche, brossage de dent, pipi, électrocution et lessive

On croise des touristes occidentaux, pour la 1ere fois depuis trèèèèssss longtemps. Va falloir qu’on s’y habitue, ce n’est que le début. Les alentours proposent quelques attractions touristiques, toutes payantes, alors on préfère rester peinard dans la ville. On rencontre 2 autres cyclos suisses : Romain et Julien. Mais c’est des pseudos, ils s’appellent Ricola et Ovomaltine en vrai. On sympathise vite, on se raconte nos souvenirs de guerre sur la Pamir et débattons âprement sur le bien fondé de lubrifier sa chaîne de vélo avec du Téflon dans des régions humides. Passionnant, Ophélie a failli tomber dans le coma.img_8049

On reprend les vélos direction Luang Prabang. Comme il y a du dénivelé, on part tôt afin de profiter au maximum de la fraîcheur matinale. Mais pas de bol, Ophélie crève au bout de 10 km et je perd une heure à tenter de faire tenir une rustine. Peine perdue, le collage ne prend pas à cause de l’humidité et je mets une chambre à air neuve (l’une des 3 qu’on trimballe pour rien depuis plus de 7 mois). Ça grimpe gentiment, sans aucune difficulté. Comme tout les matins, le ciel se dégage entre 10h et midi et révèle les montagnes auxquels s’accrochent les restes de brumes et nuages. Entre 2 cols, on s’arrête à un boui-boui en bord de route et mangeons le plat unique habituel du coin : une soupe de nouilles de riz avec quelques lamelles de bœuf et des tranches d’une espèce de boudin blanc. On ajoute à ça quelques haricots verts crus, quantité d’herbes fraîches (menthe, basilique, coriandre, ciboule), un peu de salade et on assaisonne avec de la sauce soja, de la sauce poisson et de la pâte d’écrevisse pour les plus téméraires (ce truc pue encore plus que les pieds d’Alice en Iran, c’est dire). Frais, diététique, hydratant et facile à digérer, on a les crocs 2 heures plus tard. Ça vaut pas un bon hachis parmentier des familles mais ça permet d’enchaîner un 2eme col sans transitions et sans rototos.

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Ophélie a refusé de camper ici, j’ai boudé une heure

Après 1 nuit dans une guesthouse un peu glauque à Pakmong, on file d’une traite à Luang Prabang. On pensait le faire tranquillement en 2 étapes mais on est frais au bout de 70 km et une glace Magnum hors de prix et on enchaîne les 40 km restant assez rapidement, arrivant au bout de 7 heures de pédalage, euphoriques et affamés, dans le coin le plus touristique du pays.img_8011

La ville est rempli d’occidentaux en vacance, c’est déroutant et j’ai du mal à m’y faire au début. C’est juste des gens en vacance, comme nous, et je me retiens très fort pour pas être acerbe. Mais y’a quand même un portrait type qui se dégage des touristes et la médisance crasse est une des caractéristiques de ce blog, avec la mauvaise foi, les fautes d’orthographe, les généralités, la stigmatisation et les animaux crevés. On a bien conscience de ne pas valoir mieux que les autres.

Donc, portrait type du touriste à Luang Prabang :

  • Jeune, bronzé, tatouages nombreux, barbe de hipster. Presque un footballeur
  • Débardeur distingué (d’une marque de bière de préférence), short de bain (le Laos n’a aucun accès à la mer) et tong (même pour marcher 3 heures). En cas de soirée frisquette, peut porter un magnifique sarouel motif éléphant fabriqué au Vietnam.
  • Ne dis pas bonjour, mais « how much ? »
  • Aime aller dans les endroits plein de gens comme lui
  • Pour les plus âgés, le classique et indémodable sandales-chaussettes. On note aussi un étonnant retour du sac banane, très très classe avec une mini-jupe.
  • Premier réflexe en débarquant : acheter une carte SIM et recharger la GoPro pour filmer des trucs extrêmes comme la visite d’une grotte, un plongeon monumentale de 1m50 dans une rivière ou la traversée du Night Market.
  • Capable de porter un bonnet sous 28°C. Comme Yannick Noah.
  • Est très préoccupé par les problèmes d’écologie et les bouleversements climatiques. N’hésites pas à traverser la planète en avion pour une semaine de vacance.
  • Ne vois presque rien du Laos (nous n’avons croisé quasiment personne avant d’arriver à LP)
  • Est en manque de pizzas et hamburgers au bout de 3 jours. Heureusement trouvables à Luang Prabang, pour 4 fois le prix qu’un plat traditionnel.
  • File ensuite par avion à Phuket ou Pattaya, là où il pourra vraiment s’épanouir à fond au milieux des siens
  • Réserve ses chambres sur Booking, mettant parfois dans la panade les cyclos n’y pensant pas

Cependant, la ville a beaucoup de charme et la zone touristique est très concentrée. Et puis on trouve de la vraie baguette française, des vrais croissants et on peut refaire le plein de Nutella et beurre de cacahuète.

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comme vous l’aurez deviné, la nana au milieu est allemande

Le lendemain, on retrouve Ovomaltine et Ricola pour aller visiter les chutes de Kang Si en fin d’après-midi, en partageant un Tuk-tuk pour y aller. C’est très jolie et après une baignade rafraîchissante avec des poissons nous mordant les doigts de pied, nous grimpons en haut de la grande chute de 70m. La zone est déserte, le soleil se couche, moment unique.img_8130

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Retour à Luang Prabang et les suisses nous amènent manger dans une ruelle du night market (marché de nuit, presque aussi classe que celui de St Raphael sur la côte d’azur). Ils nous préviennent, cette ruelle est un piège. Poissons grillés, saucisses, lards, boudin noir, poulets grillés, pancake à la noix de coco, crêpes, jus de fruit, on est comme des dingues devant cette profusion. Sans surprise Ophélie prend des saucisses, râlant qu’il n’y ait pas de galettes. Moi, j’opte pour le poisson, que je finis avec les doigts, ça va bien 2 minutes les baguettes. On accompagne ça d’un « bol du crevard » : tu payes 1,7 euros pour le bol et tu le remplis au maximum de riz, légumes sautés, beignets de banane, courges, nouilles diverses, tofu et chips. Les suisses ont même développé la technique dites « des tranches d’aubergines » : ils en glissent sur le côté pour augmenter la contenance du bol. La Suisse est un pays ayant connu de grandes privations.

Le jours suivant, Ophélie me traîne pour visiter un atelier de tissage de la soie. Impressionnant, les nanas passent 8 heures par jour dans une sorte de cage très bien pensée à réaliser des foulards ou des tentures, travaillant parfois plusieurs mois pour réaliser une seule pièce. On comprend pourquoi ils vendent des bouts de rideau à 2000 $.

On s’offre ensuite un massage à la croix rouge laotienne, le bon plan à 2 pas de notre maison d’hôte. Vaut mieux pas être sensible car ils appuient comme des brutes pendant 1 heures non stop, du vrai massage, parfait pour nos jambes dures et nos bras et dos atrophiés.img_8254

Le soir, on retrouve Nico et Brigitte, 2 cyclos français qu’on avait déjà croisé à Chengdu. On décide d’aller ensemble visiter les grottes de Pak Ou le lendemain. Les grottes nous laissent un peu indifférents mais la petite croisière sur le Mekong est agréable et nous donne l’occasion de voir des buffles et nos premiers éléphants. C’est tellement beau un éléphant, on espère en voir de plus près, sans touristes juchés dessus.img_8227

Le soir, je me sens patraque, j’ai mal partout. Pendant la nuit, je brûle de fièvre et suis tout courbaturé. Est-ce le massage qui a libéré 20 ans de tensions accumulées ? Est-ce Ophélie qui m’a empoisonné pour repousser les 4000m de D+ sur 220 km qui nous attendent ? Est-ce les touristes qui m’ont refilé une bonne vieille grippe de chez nous ? Est-ce une saleté de moustique qui m’a refilé la dengue ? Est-ce les premiers symptômes de la pécole ?img_8306

On reste donc une journée supplémentaire, à bouquiner et écrire ce billet manquant de vélo et donc d’entrain, espérant que ça ira mieux demain pour repartir les pieds devant et continuer à crever loin de chez nous !