J 331 à 340 / de Pakse à Thakhek via le plateau des Bolovens / 614 km
- 01/03/17 Pakse – Paksong = 68 km / +1230m
- 02/03/17 … – 20 km avant Sekong = 87 km / + 330m
- 03/03/17 … – Tad Lo = 96 km / +830m
- 04/03/17 Tad Lo = c’est beau de ouf
- 05/03/17 Tad Lo – Katu = 27 km et visite d’une plantation de café bobo
- 06/03/17 … – sur la route 13 = 69 km / +180m
- 07/03/17 … – Seno = 158 km
- 08/03/17 … – Thakhek = 109 km
- 09 & 10 Thakhek = torticolique

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Merci à tous pour les supers commentaires qu’on a eu sur les derniers articles, c’est notre EPO à nous. Parmi les followers, une poignée de psychopathe m’a littéralement harcelé pour que je publie la photo d’un chien tout rouge. Un cliché atroce que je comptais garder pour ma petite collection personnelle. Mais non, j’ai reçu des messages flippants du genre :
- François de Chantilly : « balansse la tof, je c’est ou t’abite »
- Maxime le rital : « Ma que !! Yé soui nou dans mon saloune, les bougies sont prêta, y’attends la photo »
- Philippe de Creil : » La photo ou j’tues un chien !! »
- Louison du Nord : » Si tu ne mets pas la photo, je ne t’offre pas un rolhoff quand tu rentres comme promis »
Me voilà donc contraint de la partager. Par respect pour ceux qui n’aiment pas trop ça ou qui n’ont pas un CAP boucherie-charcuterie, je la mets en tout petit. Il suffit de cliquer dessus pour agrandir.
CHIEN TOUT ROUGE
On repart de Pakse en pleine forme et il valait mieux vu qu’on monte pendant toute l’étape, passant de 200 à plus de 1200m d’altitude sur une pente faible. Il fait chaud, c’est un peu pénible au début puis le trafic se calme, l’air se rafraîchit gentiment et on arrive aux premières chutes d’eau pour la pause déjeuner. La piste menant à la première est au milieu de plantations de caféiers, c’est magnifique. Vert bleu ocre.
On râle un peu quand il faut payer pour le parking et l’accès aux cascades, on argumente, on geint mais le laotien est inflexible parfois. Alors on squatte une table du resto pour se faire un pique-nique de crevard, niark niark niark, on est des guedins.
La cascade de Tad Champee est magnifique et nous sommes seuls sur le site. Rien que son nom est mignon déjà.


l’eau fraîche est excellente pour mes varices
On remonte quelques minutes sur les vélos pour se rendre à la cascade de Tad Fane. Là encore il faut payer mais on arrive à avoir le parking gratuit en prenant un peu la tête au guichetier. Impressionnante, même si on ne la voit que de loin.
Un peu plus loin, c’est Tad Yuang. A ce stade, on comprend que « Tad » doit vouloir dire cascade (je vous arrête tout de suite, ça ne s’applique pas à Tad Merde, ça reste une insulte)
Dans la descente caillouteuse, on fait la rencontre d’un jeune couple de Belge qui vient de se vautrer en scooter. Ophélie sort l’antiseptique et on fait connaissance : la nana est de Watermael-boitsfort, la ville jumelée avec Chantilly !

Cette cascade est probablement celle qu’on a préféré, en grande partie pour la baignade incroyable qu’on a pu y faire. Le souffle produit par la chute était puissant et la vue d’en bas des plus belles. Encore une fois, il n’y avait personne.
On se sèche devant des laotiens jouant à la pétanque et papotons avec les Belges. La pétanque est un sport qui va bien au laotien, ça excite pas trop entre 2 séances de hamac. Les Belges seront en Mongolie dans un mois pour une immersion dans une famille d’éleveur. On ne voit pas le temps passer et il est tard quand on remonte sur les tanks pour rejoindre la ville de Paksong. Il y a plus de kilomètres que prévu et on finit dans le noir complet avec les lampes frontales, cherchant une guesthouse loin de tout karaoké, ce qui n’est pas si facile. La température chute à 15°C, trop bon.


On a tellement aimé cette journée pleine de cascades qu’on se décide à faire la grande boucle sur le plateau des Bolovens, ajoutant environ 150 km au parcours. Bon, on aurait su à l’avance ce qui nous attendait, on aurait sûrement gardé le plan petite boucle. On croyait bêtement que dans « plateau des Bolovens », y’avait le mot « plateau » comme on le connaît, un truc que tu montes une fois et ensuite t’es peinard. Comme le causse Méjean, l’altiplano bolivien, le plateau de l’Aubrac ou le plateau de fromage de ma tata Michèle. Mais là non.
On repart donc de Paksong la fleur au fusil et arrivons aux chutes de Tad Tayicseua pour la pause déjeuner après une belle portion de piste.
La descente pour la première cascade est abrupte avec quelques passages d’escalade, l’accès pour personnes handicapées n’est pas pour demain. Ophélie renonce et m’attend à l’ombre. En bas, c’est à couper le souffle (qui était déjà coupé par la descente).
La remontée me flingue les cuisses et on ne trouve pas le courage d’aller crapahuter dans la forêt pour voir les 4 autres cascades du site. Sage décision puisque on se bouffe ensuite 3 petits murs à 14% sur la piste rejoignant la route.
Et là ça descend. C’est quoi ce bordel ?! On est sur un plateau, oui ou non ? On est dégoûté, on repasse à 300 m d’altitude et faudra se coltiner une bonne grimpette le lendemain.

aaaahhh, des grands espaces, que c’est bon !
En route, on rencontre un couple de cyclo polonais. Ils font presque le même voyage que nous mais dans l’autre sens, alors on papote et on se file des tuyaux qui tournent essentiellement autour de la bouffe et un tout petit peu autour des visas. Le mec est complètement flippé par la malaria, il nous pose plein de question sur les moustiques. Non, y’en a très peu depuis qu’on pédale en Asie, oui on se fait tout de même piquer presque tous les jours, non on ne prend aucun traitement car ça n’arrive qu’aux autres de choper la dengue, le paludisme ou la malaria, oui nous sommes les Panardos et les moustiques repartent de nos chevilles avec le plein de giclette.
En fin de journée, alors qu’on envisage de camper au bord d’une rivière, on voit une publicité sur un resort avec des tentes. On y va et négocions un bon prix pour monter notre super tente au lieu d’utiliser les leurs.

L’endroit est superbe, très calme et nous avons la surprise de découvrir une nouvelle chute d’eau au pied de laquelle nous nous baignons juste avant le coucher du soleil et juste avant de se cuisiner un bon plat de pâte (pour la sauce : oignons fondants, boîte de tomates pelées, vache-qui-rit et herbes de Provence. Un must). Finalement, ça valait bien le coup de faire cette grande boucle. Du vache-qui-rit peut clairement sauver une journée.
Le réveil sonne à 5h, on avale notre gruau et profitons de la fraîcheur matinale dans un beau paysage.
Ça ne dure pas longtemps et on finit par passer des heures sur un faux-plat montant avec vent de face et gros cagnard. Ophélie passe en mode robot pendant je passe en mode autiste avec les écouteurs dans les oreilles et la voix hypnotisante de Fabrice Drouelle. Au bout de 70 km comme ça, on arrive enfin au village qu’on visait et déjeunons dans un petit resto. On avait prévu de se trouver une GH ici mais Ophélie consulte mapsme et constate que les 25 km pour rejoindre Tad Lo sont en descente. Soit, allons-y.

vélo de feignant
Le village est charmant, pas du tout pourri par le tourisme et nous trouvons une superbe chambre petit budget avec vue sur la cascade. L’endroit est idéal pour une journée de pause. On observe la vie des laotiens sur la rivière : baignade, pêche au filet, lessive, lavage des dents et apéros (avec leurs putains d’enceintes portables d’un mètre de haut).
On va de suite voir la cascade et on assiste par chance à la baignade des éléphants qui a lieu tous les jours à 16h. Par respect pour eux, on attend qu’ils sortent de l’eau pour aller nous décrasser.

Après une journée de repos et une autre baignade des éléphants, on reprend la route, mais pas pour aller loin cette fois. 27 petits kilomètres nous conduisent chez Mr Vieng, un gars qui fait du café bio.

On y passe une journée relax même si son arabica serré nous a complètement empêché de faire la sieste dans les hamacs. Il nous fait visiter sa plantation et nous explique son choix de repousser les avances des marchands d’engrais pour cultiver bio. S’il acceptait, le rendement de ses plants de café serait multiplié par 10 mais sa terre deviendrait stérile au bout de quelques années. Et il ferait quoi alors ? Il laisserait quoi à ses enfants ?
Donc, il produit peu mais s’en sort grâce au label bio, au commerce équitable et aux amateurs de bon café.

des fourmis rouges fraichement écrasées, un délicieux goût de citron
Il nous explique comment ça pousse, que le caféier met 6 ans avant de donner des grains, qu’il faut le couper au pied tout les 5 ans et qu’il met ensuite 3 ans à reproduire. Les plants ont besoin d’ombre également, c’est pour cela qu’on trouve tout autour des jaquiers et d’autres arbres totalement inconnus des Panardos et dont on goûte les fruits ou les insectes y vivant. Il y a aussi des plants de manioc au rendement incroyable. En ce moment, c’est la récolte, ils conservent les tiges car une fois la saison humide de retour, il suffit d’en planter un bout dans le sol pour que ça reparte.
Le soir, on dîne avec un couple de français insoumis, donc on s’entend très bien et la discussion se poursuit tard dans la soirée. Si tard qu’on a pas le courage de se lever à 5h, donc c’est grasse mat’ ! Le réveil ne sonnera qu’à 6h, youpi !
Je me réveille avec un méchant torticolis, je ne peux ni relever la tête ni la tourner. On dirait Quasimodo, Ophélie se moque de moi mais c’est de bonne guerre je le reconnais. La position est tout juste tenable sur le vélo couché, heureusement qu’on est pas en vélo droit sinon c’était impossible. Faut vraiment que je m’achète des nouvelles cervicales, en titane, ça serait bien, c’est léger. Ou en Reynolds 531, c’est confortable l’acier, et puis ça se ressoude facilement n’importe où.
Pour ne pas avoir à repasser par Pakse, on décide de couper en prenant une piste qui nous ramènera sur la route 13, l’axe principale du pays. C’est très jolie et nous traversons des bleds reculés ou les gens semblent voir des falangs pour la première fois, alors avec nos vélos c’est la folie auprès des gamins et on a mal aux bras à force de faire coucou. Mes coucous font pitié vu que je ne peux par tourner la tête, mais ça donne un style très cantilien (habitant de Chantilly), du genre « le bon prince vous salue bien, petit peuple crasseux » du haut de son cheval.
La piste devient rapidement très poussiéreuse et les véhicules, très rares heureusement, soulèvent de gros nuages. On se croirait au Paris-Dakar, sauf qu’on ne roule pas assez vite pour dégommer les p’tits sauvages qui traversent. On enchaîne aussi beaucoup de portions totalement défoncées qui me torturent les cervicales, les grosses pierres et la tôle ondulée étant masquées par le sable fin.
Tiens, certains followers, ceux qu’ont pas bien suivi nos aventures aux Amériques, se demandent ce qu’est la tôle ondulée. Je les invite à lire L’incroyable histoire d’Igmard Washboard.

On retrouve le bitume au bout de 50 km, corps et vélos recouverts de poussière rouge comme si on avait roulé sur Mars.

Après un repas (dois-je préciser que c’était surtout du riz ?) et un jus de canne à sucre, on enquille une trentaine de kilomètrse sous grosse chaleur. Il n’est que 13h quand on décide de se replier dans une GH avec climatisation. Mon cou est verrouillé en position « je matte mes pompes » et Ophélie a l’estomac qui fait des loopings à cause des 2 arabicas atomiques qu’elle s’est enfilée le matin. On fait vraiment un beau couple torticolique (Ophélie ne valide pas ce jeu de mot hilarant).

On passe les vélos et les sacoches au jet d’eau puis les corps sous la douche, la poussière martienne s’est incrustée partout et on laisse de grosses traces rouges sur les serviettes. Ophélie me montre fièrement son coton-tige : « regarde, j’en ai plein les oreilles ». J’ai du me cambrer pour voir.
On dort comme des bébés et on panarpédale dès 6h15, toujours en mode torticolique, l’un bloqué du cou, l’autre pas confiante du c.. . Malgré ça, on enquille une étape monstre, la route était sympa avec des petites bosses et des petites descentes faisant varier l’effort, un vent légèrement favorable, un temps couvert empêchant la température d’atteindre les sommets habituels et un trafic très faible. Ophélie n’arrive pas à manger suffisamment pendant cette journée et finit l’étape au bord de l’évanouissement. Certains vont encore me prendre pour un bourreau mais c’est bien la victime qui a voulu faire cette distance.


le classique jus de canne à sucre
On se pose dans une GH et je répare une nouvelle crevaison en pensant à une bière fraîche pendant qu’Ophélie retrouve un semblant de vitalité sous la douche.
Note pour les cyclos qui nous lisent : les rustines autocollantes, c’est de la daube. Y’en a qui tiennent mais la majorité se décolle légèrement au bout d’un moment, notamment par forte chaleur. Donc vaut mieux rester sur la bonne vieille rustine à papa, ça prend juste 3 minutes de plus. A moins évidemment d’avoir des Marathon Plus qui, c’est bien connu, sont increvables et inusables.

Ce soir encore, Ophélie picore. Moi je mange pour 2, ça compense.
Réveil à 4h45, ça pique. On vise Thakhek, prochaine « grande » ville à 100 km. Nous quittons la route 13 au bout de quelques kilomètres afin de rejoindre une voie secondaire longeant le Mekong au plus près. Les nuages s’assombrissent un peu et une pluie légère se met à tomber. La pluie, c’est vraiment le truc qu’on déteste le plus à vélo, bien plus que le vent de face, la chaleur, les pistes défoncées ou les klaxons des Kamaz. Mais cette fois on l’accueille avec le sourire et enfilons gaiement nos vestes ad hoc, appréciant une fraîcheur si longtemps attendue.
Petit passage warrior quand on atterrit sur une piste rendue collante par la pluie qui redouble, le moral et notre vitesse s’effondrent, on se dit qu’on aurait dû rester sur la 13, qu’on va morfler comme ça toute la journée. Mais le bitume reprend au bout de 8 km et on finit par atteindre Thakhek vers 14h. On a retrouvé les joies simples de pédaler couché sous la pluie : l’eau s’infiltrant inévitablement par le col et les manches, les pieds trempés, la peau des doigts toute fripée, les frottements à l’aine (nous étions restés en short), les chaînes qui crissent et les sacoches pleine de boue.


On trouve très rapidement une GH dans nos prix, l’absence de climatisation étant très largement compensée par un buffet petit déjeuné. La ville n’a pas de charme particulier mais est agréable et facile à parcourir à pied, même avec un cou bloqué et des fesses serrées. Nous y restons 2 jours, histoire de buller un bon coup en attendant que nos petits bobos disparaissent.
Le soir, sur la place principale, il y a des petits stands où l’on peut manger pour vraiment pas cher, notamment des frites et des gaufres monstrueuses avec de la crème glacée. Y’a des belges qui ont dû trainer dans les parages à une période.
Le tourisme est discret, les falangs n’apparaissent que le soir, revenant fourbus d’une boucle en scooter dans la belle cordillère annamitique au nord-est de Thakhek. C’est ce qui nous attend pour les prochaines étapes qui nous mèneront au Vietnam.
Il sera alors temps de vous parler de notre grand retour.
Quasimodo et Ophéliquide.







Tu vois pas grand-chose d’en haut, juste que l’eau disparaît à un moment. Ça m’énerve quand il faut raquer pour voir la nature, surtout quand on y vient à vélo ou à pied.









Bingo en début d’après-midi, une belle pelouse verte et moelleuse !! Je demande à un moine, pas de problèmes pour poser la tente et il m’indique la douche. La douche ! Avec un pommeau ! Ophélie est folle de joie, elle va pouvoir faire un shampoing.





