Cascades, cafés, cou qui craque et cul qui fuit

 

J 331 à 340 / de Pakse à Thakhek via le plateau des Bolovens / 614 km

  • 01/03/17 Pakse – Paksong = 68 km / +1230m
  • 02/03/17 … – 20 km avant Sekong = 87 km / + 330m
  • 03/03/17 … – Tad Lo = 96 km / +830m
  • 04/03/17 Tad Lo = c’est beau de ouf
  • 05/03/17 Tad Lo – Katu = 27 km et visite d’une plantation de café bobo
  • 06/03/17 … – sur la route 13 = 69 km / +180m
  • 07/03/17 … – Seno = 158 km
  • 08/03/17 … – Thakhek = 109 km
  • 09 & 10 Thakhek = torticolique
Bolovens

cliquez pour agrandir

Merci à tous pour les supers commentaires qu’on a eu sur les derniers articles, c’est notre EPO à nous. Parmi les followers, une poignée de psychopathe m’a littéralement harcelé pour que je publie la photo d’un chien tout rouge. Un cliché atroce que je comptais garder pour ma petite collection personnelle. Mais non, j’ai reçu des messages flippants du genre :

  • François de Chantilly : « balansse la tof, je c’est ou t’abite »
  • Maxime le rital : « Ma que !! Yé soui nou dans mon saloune, les bougies sont prêta, y’attends la photo »
  • Philippe de Creil :  » La photo ou j’tues un chien !! »
  • Louison du Nord :  » Si tu ne mets pas la photo, je ne t’offre pas un rolhoff quand tu rentres comme promis »

Me voilà donc contraint de la partager. Par respect pour ceux qui n’aiment pas trop ça ou qui n’ont pas un CAP boucherie-charcuterie, je la mets en tout petit. Il suffit de cliquer dessus pour agrandir.IMG_0183

CHIEN TOUT ROUGE


 

On repart de Pakse en pleine forme et il valait mieux vu qu’on monte pendant toute l’étape, passant de 200 à plus de 1200m d’altitude sur une pente faible. Il fait chaud, c’est un peu pénible au début puis le trafic se calme, l’air se rafraîchit gentiment et on arrive aux premières chutes d’eau pour la pause déjeuner. La piste menant à la première est au milieu de plantations de caféiers, c’est magnifique. Vert bleu ocre.

P1110841 On râle un peu quand il faut payer pour le parking et l’accès aux cascades, on argumente, on geint mais le laotien est inflexible parfois. Alors on squatte une table du resto pour se faire un pique-nique de crevard, niark niark niark, on est des guedins.

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La cascade de Tad Champee est magnifique et nous sommes seuls sur le site. Rien que son nom est mignon déjà.

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l’eau fraîche est excellente pour mes varices

On remonte quelques minutes sur les vélos pour se rendre à la cascade de Tad Fane. Là encore il faut payer mais on arrive à avoir le parking gratuit en prenant un peu la tête au guichetier. Impressionnante, même si on ne la voit que de loin.

Un peu plus loin, c’est Tad Yuang. A ce stade, on comprend que « Tad » doit vouloir dire cascade (je vous arrête tout de suite, ça ne s’applique pas à Tad Merde, ça reste une insulte)

Dans la descente caillouteuse, on fait la rencontre d’un jeune couple de Belge qui vient de se vautrer en scooter. Ophélie sort l’antiseptique et on fait connaissance : la nana est de Watermael-boitsfort, la ville jumelée avec Chantilly !

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Cette cascade est probablement celle qu’on a préféré, en grande partie pour la baignade incroyable qu’on a pu y faire. Le souffle produit par la chute était puissant et la vue d’en bas des plus belles. Encore une fois, il n’y avait personne.

On se sèche devant des laotiens jouant à la pétanque et papotons avec les Belges. La pétanque est un sport qui va bien au laotien, ça excite pas trop entre 2 séances de hamac. Les Belges seront en Mongolie dans un mois pour une immersion dans une famille d’éleveur. On ne voit pas le temps passer et il est tard quand on remonte sur les tanks pour rejoindre la ville de Paksong. Il y a plus de kilomètres que prévu et on finit dans le noir complet avec les lampes frontales, cherchant une guesthouse loin de tout karaoké, ce qui n’est pas si facile. La température chute à 15°C, trop bon.

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On a tellement aimé cette journée pleine de cascades qu’on se décide à faire la grande boucle sur le plateau des Bolovens, ajoutant environ 150 km au parcours. Bon, on aurait su à l’avance ce qui nous attendait, on aurait sûrement gardé le plan petite boucle. On croyait bêtement que dans « plateau des Bolovens », y’avait le mot « plateau » comme on le connaît, un truc que tu montes une fois et ensuite t’es peinard. Comme le causse Méjean, l’altiplano bolivien, le plateau de l’Aubrac ou le plateau de fromage de ma tata Michèle. Mais là non.

On repart donc de Paksong la fleur au fusil et arrivons aux chutes de Tad Tayicseua pour la pause déjeuner après une belle portion de piste.

La descente pour la première cascade est abrupte avec quelques passages d’escalade, l’accès pour personnes handicapées n’est pas pour demain. Ophélie renonce et m’attend à l’ombre. En bas, c’est à couper le souffle (qui était déjà coupé par la descente).IMG_1026

La remontée me flingue les cuisses et on ne trouve pas le courage d’aller crapahuter dans la forêt pour voir les 4 autres cascades du site. Sage décision puisque on se bouffe ensuite 3 petits murs à 14% sur la piste rejoignant la route.

Et là ça descend. C’est quoi ce bordel ?! On est sur un plateau, oui ou non ? On est dégoûté, on repasse à 300 m d’altitude et faudra se coltiner une bonne grimpette le lendemain.

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aaaahhh, des grands espaces, que c’est bon !

En route, on rencontre un couple de cyclo polonais. Ils font presque le même voyage que nous mais dans l’autre sens, alors on papote et on se file des tuyaux qui tournent essentiellement autour de la bouffe et un tout petit peu autour des visas. Le mec est complètement flippé par la malaria, il nous pose plein de question sur les moustiques. Non, y’en a très peu depuis qu’on pédale en Asie, oui on se fait tout de même piquer presque tous les jours, non on ne prend aucun traitement car ça n’arrive qu’aux autres de choper la dengue, le paludisme ou la malaria, oui nous sommes les Panardos et les moustiques repartent de nos chevilles avec le plein de giclette.

En fin de journée, alors qu’on envisage de camper au bord d’une rivière, on voit une publicité sur un resort avec des tentes. On y va et négocions un bon prix pour monter notre super tente au lieu d’utiliser les leurs.

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L’endroit est superbe, très calme et nous avons la surprise de découvrir une nouvelle chute d’eau au pied de laquelle nous nous baignons juste avant le coucher du soleil et juste avant de se cuisiner un bon plat de pâte (pour la sauce : oignons fondants, boîte de tomates pelées, vache-qui-rit et herbes de Provence. Un must). Finalement, ça valait bien le coup de faire cette grande boucle. Du vache-qui-rit peut clairement sauver une journée.

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Le réveil sonne à 5h, on avale notre gruau et profitons de la fraîcheur matinale dans un beau paysage.P1110880 Ça ne dure pas longtemps et on finit par passer des heures sur un faux-plat montant avec vent de face et gros cagnard. Ophélie passe en mode robot pendant je passe en mode autiste avec les écouteurs dans les oreilles et la voix hypnotisante de Fabrice Drouelle. Au bout de 70 km comme ça, on arrive enfin au village qu’on visait et déjeunons dans un petit resto. On avait prévu de se trouver une GH ici mais Ophélie consulte mapsme et constate que les 25 km pour rejoindre Tad Lo sont en descente. Soit, allons-y.

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vélo de feignant

Le village est charmant, pas du tout pourri par le tourisme et nous trouvons une superbe chambre petit budget avec vue sur la cascade. L’endroit est idéal pour une journée de pause. On observe la vie des laotiens sur la rivière : baignade, pêche au filet, lessive, lavage des dents et apéros (avec leurs putains d’enceintes portables d’un mètre de haut).

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On va de suite voir la cascade et on assiste par chance à la baignade des éléphants qui a lieu tous les jours à 16h. Par respect pour eux, on attend qu’ils sortent de l’eau pour aller nous décrasser.

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Après une journée de repos et une autre baignade des éléphants, on reprend la route, mais pas pour aller loin cette fois. 27 petits kilomètres nous conduisent chez Mr Vieng, un gars qui fait du café bio.

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On y passe une journée relax même si son arabica serré nous a complètement empêché de faire la sieste dans les hamacs. Il nous fait visiter sa plantation et nous explique son choix de repousser les avances des marchands d’engrais pour cultiver bio. S’il acceptait, le rendement de ses plants de café serait multiplié par 10 mais sa terre deviendrait stérile au bout de quelques années. Et il ferait quoi alors ? Il laisserait quoi à ses enfants ?

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Donc, il produit peu mais s’en sort grâce au label bio, au commerce équitable et aux amateurs de bon café.

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des fourmis rouges fraichement écrasées, un délicieux goût de citron

Il nous explique comment ça pousse, que le caféier met 6 ans avant de donner des grains, qu’il faut le couper au pied tout les 5 ans et qu’il met ensuite 3 ans à reproduire. Les plants ont besoin d’ombre également, c’est pour cela qu’on trouve tout autour des jaquiers et d’autres arbres totalement inconnus des Panardos et dont on goûte les fruits ou les insectes y vivant. Il y a aussi des plants de manioc au rendement incroyable. En ce moment, c’est la récolte, ils conservent les tiges car une fois la saison humide de retour, il suffit d’en planter un bout dans le sol pour que ça reparte.

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Le soir, on dîne avec un couple de français insoumis, donc on s’entend très bien et la discussion se poursuit tard dans la soirée. Si tard qu’on a pas le courage de se lever à 5h, donc c’est grasse mat’ ! Le réveil ne sonnera qu’à 6h, youpi !

Je me réveille avec un méchant torticolis, je ne peux ni relever la tête ni la tourner. On dirait Quasimodo, Ophélie se moque de moi mais c’est de bonne guerre je le reconnais. La position est tout juste tenable sur le vélo couché, heureusement qu’on est pas en vélo droit sinon c’était impossible. Faut vraiment que je m’achète des nouvelles cervicales, en titane, ça serait bien, c’est léger. Ou en Reynolds 531, c’est confortable l’acier, et puis ça se ressoude facilement n’importe où.

Pour ne pas avoir à repasser par Pakse, on décide de couper en prenant une piste qui nous ramènera sur la route 13, l’axe principale du pays. C’est très jolie et nous traversons des bleds reculés ou les gens semblent voir des falangs pour la première fois, alors avec nos vélos c’est la folie auprès des gamins et on a mal aux bras à force de faire coucou. Mes coucous font pitié vu que je ne peux par tourner la tête, mais ça donne un style très cantilien (habitant de Chantilly), du genre « le bon prince vous salue bien, petit peuple crasseux » du haut de son cheval.

La piste devient rapidement très poussiéreuse et les véhicules, très rares heureusement, soulèvent de gros nuages. On se croirait au Paris-Dakar, sauf qu’on ne roule pas assez vite pour dégommer les p’tits sauvages qui traversent. On enchaîne aussi beaucoup de portions totalement défoncées qui me torturent les cervicales, les grosses pierres et la tôle ondulée étant masquées par le sable fin.

Tiens, certains followers, ceux qu’ont pas bien suivi nos aventures aux Amériques, se demandent ce qu’est la tôle ondulée. Je les invite à lire L’incroyable histoire d’Igmard Washboard.

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On retrouve le bitume au bout de 50 km, corps et vélos recouverts de poussière rouge comme si on avait roulé sur Mars.

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Après un repas (dois-je préciser que c’était surtout du riz ?) et un jus de canne à sucre, on enquille une trentaine de kilomètrse sous grosse chaleur. Il n’est que 13h quand on décide de se replier dans une GH avec climatisation. Mon cou est verrouillé en position « je matte mes pompes » et Ophélie a l’estomac qui fait des loopings à cause des 2 arabicas atomiques qu’elle s’est enfilée le matin. On fait vraiment un beau couple torticolique (Ophélie ne valide pas ce jeu de mot hilarant).

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On passe les vélos et les sacoches au jet d’eau puis les corps sous la douche, la poussière martienne s’est incrustée partout et on laisse de grosses traces rouges sur les serviettes. Ophélie me montre fièrement son coton-tige : « regarde, j’en ai plein les oreilles ». J’ai du me cambrer pour voir.

On dort comme des bébés et on panarpédale dès 6h15, toujours en mode torticolique, l’un bloqué du cou, l’autre pas confiante du c.. . Malgré ça, on enquille une étape monstre, la route était sympa avec des petites bosses et des petites descentes faisant varier l’effort, un vent légèrement favorable, un temps couvert empêchant la température d’atteindre les sommets habituels et un trafic très faible. Ophélie n’arrive pas à manger suffisamment pendant cette journée et finit l’étape au bord de l’évanouissement. Certains vont encore me prendre pour un bourreau mais c’est bien la victime qui a voulu faire cette distance.

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le classique jus de canne à sucre

On se pose dans une GH et je répare une nouvelle crevaison en pensant à une bière fraîche pendant qu’Ophélie retrouve un semblant de vitalité sous la douche.

Note pour les cyclos qui nous lisent : les rustines autocollantes, c’est de la daube. Y’en a qui tiennent mais la majorité se décolle légèrement au bout d’un moment, notamment par forte chaleur. Donc vaut mieux rester sur la bonne vieille rustine à papa, ça prend juste 3 minutes de plus. A moins évidemment d’avoir des Marathon Plus qui, c’est bien connu, sont increvables et inusables.

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Ce soir encore, Ophélie picore. Moi je mange pour 2, ça compense.

Réveil à 4h45, ça pique. On vise Thakhek, prochaine « grande » ville à 100 km. Nous quittons la route 13 au bout de quelques kilomètres afin de rejoindre une voie secondaire longeant le Mekong au plus près. Les nuages s’assombrissent un peu et une pluie légère se met à tomber. La pluie, c’est vraiment le truc qu’on déteste le plus à vélo, bien plus que le vent de face, la chaleur, les pistes défoncées ou les klaxons des Kamaz. Mais cette fois on l’accueille avec le sourire et enfilons gaiement nos vestes ad hoc, appréciant une fraîcheur si longtemps attendue.P1110909

Petit passage warrior quand on atterrit sur une piste rendue collante par la pluie qui redouble, le moral et notre vitesse s’effondrent, on se dit qu’on aurait dû rester sur la 13, qu’on va morfler comme ça toute la journée. Mais le bitume reprend au bout de 8 km et on finit par atteindre Thakhek vers 14h. On a retrouvé les joies simples de pédaler couché sous la pluie : l’eau s’infiltrant inévitablement par le col et les manches, les pieds trempés, la peau des doigts toute fripée, les frottements à l’aine (nous étions restés en short), les chaînes qui crissent et les sacoches pleine de boue.

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On trouve très rapidement une GH dans nos prix, l’absence de climatisation étant très largement compensée par un buffet petit déjeuné. La ville n’a pas de charme particulier mais est agréable et facile à parcourir à pied, même avec un cou bloqué et des fesses serrées. Nous y restons 2 jours, histoire de buller un bon coup en attendant que nos petits bobos disparaissent.

Le soir, sur la place principale, il y a des petits stands où l’on peut manger pour vraiment pas cher, notamment des frites et des gaufres monstrueuses avec de la crème glacée. Y’a des belges qui ont dû trainer dans les parages à une période.

Le tourisme est discret, les falangs n’apparaissent que le soir, revenant fourbus d’une boucle en scooter dans la belle cordillère annamitique au nord-est de Thakhek. C’est ce qui nous attend pour les prochaines étapes qui nous mèneront au Vietnam.

Il sera alors temps de vous parler de notre grand retour.

Quasimodo et Ophéliquide.

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De la fournaise Khmer aux îles du Mekong, du purgatoire au paradis

 

J 321 à 331 / du Cambodge aux 4000 îles / 426 km

  • 19/02/17 … – Preah Vihear = 60 km / +130m
  • 20/02/17 … – Cheab = 57 km / +100m
  • 21/02/17 … – Stung Treng = 93 km / +320m
  • 22/02/17 … – Khone Phapheng (Laos) = 78 km / +170m
  • 23/02/17 … – île de Don Khone = 12 km
  • 24/02/17 Repos et tour de l’île = 15 km
  • 25/02/17 … – Muang Khong = 23 km
  • 26/02/17 … – bord du Mekong = 57 km
  • 27/02/17 … – Pakse = 88 km
  • 28/02/17 Paksé = repos
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le Panaparcourt au Cambodge, expéditif

Le réveil sonne à 5h30, je suis encore dans le pâté à cause de l’hypoglycémie de la veille mais tout de même suffisamment d’aplomb pour faire se lever Ophélie sans avoir à utiliser un pied de biche, un treuil ou un taser. Un café, un porridge à la banane et c’est parti pour 60 km sans intérêts. Tout est grillé aux alentours, les arbres sont trop loin, reste que les gens sont toujours souriants et les coucous amicaux. img_0634

On arrive dans la jolie ville de Preah Vihear avant midi et trouvons rapidement un hôtel pour passer l’après-midi à l’ombre. C’est un vrai bâtiment en dur, il y fait assez frais pour se passer de climatisation et donc économiser un peu de sous. On va faire nos emplettes au marché avant de nous réfugier dans la chambre jusqu’au lendemain matin. Le soir, grand moment, on ouvre la dernière boite de pâté Henaff, sans émotions finalement. Il fait bien trop chaud pour apprécier du pâté, surtout s’il est tartiné sur un pseudo pain de mie sucré. On donnerait cher pour de la feta et des olives en revanche.

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un p’tit jus de canne à sucre pour refroidir le moteur

Départ à 8h le lendemain. Comme la veille, on ne prévoit qu’une petite étape afin de ne pas rouler après midi. Le thermomètre affiche 38°C à l’ombre depuis un moment déjà quand on finit par arriver à 11h30, le soleil tape très très fort, on est vraiment content d’avoir nos beaux chapeaux et de la crème solaire de qualité.p1110787

Le seuls autres clients de l’hôtel sont un couple de cyclo danois, Camelia et Sorn, et nous sommes tous contents de voir qu’on n’est pas les seuls à galérer dans cette poêle à frire cambodgienne. On se met rapidement d’accord pour rouler ensemble les jours suivants, on pourra avoir de longues discussions du genre :

  •  » ‘fait chaud hein ?
  • ouais grave, j’en peux plus ! Il est quelle heure ?
  • 8h34
  • Gushtenfrütte (c’est du danois, intraduisible) !! Ça va être long… Hé ! C’est quoi ce truc derrière, on dirait un vampire ??!!
  • C’est Ophélie, elle vient de se mettre de la crème solaire. N’ai pas peur. »

On passe l’après-midi à bouquiner sous le ventilo pendant qu’une musique digne des fêtes foraines les plus classes commence à se faire entendre. Le volume du son est prodigieux, les murs tremblent sous l’impact des basses. C’est des fous les cambodgiens avec leur musique, ils adorent mettre à fond, c’est insupportable. Ophélie commence à s’inquiéter pour la nuit à venir et part mener son enquête. Elle a déjà sa tête de vénère.

C’est tellement fort qu’on dirait que ça vient de la maison juste à côté mais en fait ça vient d’un bar à 150m, monstrueux. Des enfants sont là, les mains plaquées sur les oreilles. Le mec doit baisser le son pour pouvoir parler avec la « falang » au cheveux blond qu’a pas l’air contente. Résultat de l’enquête : va y avoir du gros son jusqu’à 11h minimum, même s’il n’y a aucun client.

Ophélie part voir le gars de l’hôtel pour qu’on ait une nouvelle chambre à l’opposé du bruit. Il refuse tout net. Ophélie passe en mode super saïen de la colère et ne lâche rien jusqu’à ce qu’il craque et on passe une nuit acceptable.

Il fait 28°C dans la chambre quand on se lève à 5h et sommes sur les vélos à 6h avant le levé du soleil.p1110794

Avec nos nouveaux amis danois, nous claquons les 93 km-vent-de-face-sans-manger qui nous séparent de la ville suivante dans la matinée. On se trouve rapidement une chambre et Camélia, qui supporte mal la chaleur, lâche une galette dans les toilettes avant de passer l’après-midi allongée.

Ce jour-là, nous aurions vraiment mieux fait de prendre la clim, la température n’est pas passée en dessous de 31°C dans la nuit, affreux, on récupère très mal.p1110799

Malgré ça, nous sommes à nouveau sur les vélos à 6h le lendemain et prenons une belle averse juste après avoir franchi le Mékong. Ça nous dégueulasse les vélos mais ça fait du bien. Le soleil revient trop rapidement, ainsi que son ami le vent de face et l’étape devient physique une fois de plus.

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On passe la frontière avec le Laos, quittant le Cambodge sans un dernier regard en arrière. C’est vraiment la première fois qu’on a le sentiment de ne pas avoir aimé un pays. On était certainement pas aux meilleurs endroits ni au bon moment et avons pris peu de plaisir à rouler. Mais on ne regrette pas du tout car c’était un passage nécessaire pour accéder au sud du Laos et les temples d’Angkor valait bien le détour.

Côté Laos, on paye à nouveau pour un visa puis un gars nous demande 4$ supplémentaire pour les tampons d’entrée. Ben voyons ! On refuse, c’est mentionné nul part ces frais. Il insiste, on demande un reçu. Ça l’énerve, il met nos passeports de côté :  » You don’t pay, no passport « .

On n’a pas la patience de jouer et d’attendre, d’autant plus que le groupe de français juste derrière va forcément payer ces même frais. Alors on lui lâche rageusement ses 4 $ et filons avec des envies de meurtre.

On est tout de même très content d’être à nouveau au Laos. Les paysages sont d’emblée plus sympas, y’a qu’un seul côté de la route qui est brûlé.

On se pose dans un hôtel avec option climatisation cette fois. Ça change tout, on dort comme des bébés pour la sieste. En fin de journée, je vais faire un tour aux cascades de Khone Phapheng à 2 km. Ça disait  » la perle du Mékong ». Mais l’entrée est payante, plus de 6 € !! La poule aux œufs d’or du Mékong ouais ! Ils ont mis des toboggans et un stand de tir au dauphin ou quoi ? J’essaye de trouver un chemin pour y aller en mode furtif mais leur petit business est bien verrouillé  et je ne verrais cette cascade que d’en haut. img_0656Tu vois pas grand-chose d’en haut, juste que l’eau disparaît à un moment. Ça m’énerve quand il faut raquer pour voir la nature, surtout quand on y vient à vélo ou à pied.

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Après une très bonne nuit, on file rejoindre le Mékong afin de prendre un bateau pour l’île de Don Khone. C’est magnifique, enfin ! Nous sommes dans la régions des 4000 îles du Mékong et c’est aussi beau que le nom le laissait présager. On charge facilement les 4 vélos dans une barque et avançons sereinement dans ce décor incroyable. Ça fait vraiment du bien de voir toute cette eau et cette verdure après ces derniers jours dans la pampa carbonisée.

Il faut s’imaginer la taille du Mékong à cet endroit, si large qu’il comporte des îles de plusieurs kilomètres. Certaines ont des ponts mais la plupart ne sont accessibles que par voie fluviale.

On débarque donc à Don Khone, île réputée pour sa tranquillité et ses belles cascades. Le tourisme est finalement assez discret et on se trouve une guesthouse charmante en surplomb du Mékong, avec hamac et ventilo. Bon, le hamac en filet, ça fait super mal et le dos ressemble à un rosbeef au bout de 10 minutes.img_0692

Sur nos tanks, on part le lendemain à la découverte de l’île via des petits chemins que les VTTistes appelleraient singletrack. On lâche une petite somme pour aller voir la cascade de Li Phi et on admet que ça valait bien le coup. Gigantesque, un débit impressionnant qui n’est pas sans nous rappeler le Rio Baker en Patagonie (et il était gratos lui).

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Après les cascades, on suit des petits panneaux en bois  » to the beach »,  » to the beach », « to the beach ». L’envie de faire trempette est de plus en plus forte, forcément. Plus que quelques mètres « to the beach », on passe un bar tout en bois et bambou, descendons une volée de marche et la plage apparaît enfin derrière un dernier petit panneau en bois :  » strong current, do not bath  » (courant fort, ne pas se baigner). La blague.img_0770

J’y vais quand même, trop chaud, c’est trop bête d’aller to the beach si on ne se bath pas. L’eau est chaude et le courant pas si fort si on reste au bord. Pour aller au milieu, vaut mieux avoir des palmes avec un bon cardio ou avoir envie de voir le Mékong autrement, très longtemps.img_0790

On continue notre balade jusqu’au sud de l’île. Y’a une colonie de dauphin qu’on peut aller voir moyennant un avant-bras ou un demi-rein. Un groupe de sympathiques français en vient, on les interroge :  » bof, y’en a que 5, on les voit de très loin et ils ne remontent que pour respirer brièvement. C’est à vous les vélos ? Ça grimpe bien en côte ?  » Et c’est parti pour se la raconter pendant un quart d’heure.

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Passage délicat

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On remonte ensuite vers le nord via une autre cascade, gratuite mais pas folichonne comparée à l’autre. On continue dans la forêt, sur une ancienne ligne de chemin de fer construite ici par les français au temps de l’Indochine, elle servait à transporter des grumes d’un bateau à un autre, entre les cascades infranchissables. Il ne reste presque rien à part 2 locomotives rouillées et le pont reliant Don Khone à Don Det.

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le pont français

Le lendemain, on dit au revoir ou à plus tard à nos Danois et partons vers le nord. On traverse Don Det, l’île des fêtards, encore endormi à cette heure. Une barge nous conduit alors sur l’île de Don Som, puis une autre sur celle de Don Khong, la plus grande. Superbe balade à vélo entre rizières à sec, buffles, Mékong et les « sabaidee » enthousiastes des très nombreux enfants. Grand moment de vélo.

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Pour faire durer le plaisir, on s’arrête dès 10h30 dans un hôtel et profitons de sa piscine une bonne partie de l’après-midi. Le soir, on se fait une super omelette pomme de terre ciboulette. Les touristes du resto d’à côté ont dû nous regarder bizarrement. On devrait se faire une pancarte : « Ça fait 5 mois qu’on bouffe du riz, aidez-nous ! »

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Au matin, après un petit déjeuner devant un fleuve miroitant dessinant les pêcheurs en ombre chinoise,on se fait une étape des plus belles.

La piste serpente au dessus du Mékong, longeant des petits villages, on est à l’ombre, les gens nous saluent de partout, moment magique.

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En fin de matinée, on s’arrête pour assister à des combats de coq, la grosse animation du dimanche ici. Pas assez expéditif à mon goût, ils devraient mettre des lames de rasoir au bout des pattes. Ou alors faire des combats mixtes, du genre coq vs yorkshire.

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Les temples sont très nombreux et on prend le temps d’en choisir un bien.p1110830 Bingo en début d’après-midi, une belle pelouse verte et moelleuse !! Je demande à un moine, pas de problèmes pour poser la tente et il m’indique la douche. La douche ! Avec un pommeau ! Ophélie est folle de joie, elle va pouvoir faire un shampoing.

Je profite du temps libre pour réparer mon vélo : crevaison lente à l’arrière et point dur dans la direction. Les moines observent, peut-être qu’ils me prennent pour un des leurs avec mon t-shirt orange. On est si bien dans ce temple.img_0849

Le soir, on fait sauter le reste de patates avec des oignons et de l’ail et complétons avec du riz gluant pour bien caler. Il fait un poil plus frais désormais et nous passons une bonne nuit, à peine troublée par les froissements d’ailes des nombreuses chauve-souris passant autour de la tente. On entend leurs petit cris stridents à l’aube, elles squattent la toiture du bâtiment à côté. Braves bêtes, elles mangent les moustiques.

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Le lendemain, la belle ballade continue toujours à travers les villages pittoresques. Les gens vivent de peu de choses et ont l’air très heureux. La piste est fantastique, le trafic quasi inexistant.

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On emprunte de nombreux ponts enjambant des bras morts puis montons dans une barge que des écoliers empruntent dans l’autre sens. Pour la toute première fois, une jeune laotienne surmonte sa retenue et fait un selfie avec Ophélie-Roswell. On se dit qu’on pourrait rouler des semaines entières comme ça.

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On arrive à Champasak avant midi, on avait prévu de se poser là mais il ne fait plus si chaud que ça et on décide de pousser 36 km de plus pour rejoindre Paksé. C’est du bitume, ça roule tout seul.

Un long pont nous fait franchir à nouveau le Mékong et nous voici arrivés.

  • Ophélie – 13H38 :  » Tu pourras aller chez le coiffeur à Pakse, ça serait pas du luxe
  • Fred : Yes, j’me ferais bien faire le maillot aussi. Faudra que je trouve un jardinier pour ça. »

On revoit à nouveau des backpackers avec des sacs à dos énormes, on se demande ce qu’ils mettent dedans sachant que la plupart n’a pas d’équipement de camping, ni de doudoune, ni 2 kg de pomme de terre, ni de poêle anti-adhésive de 28 cm et ni des chambres à air de rechange. On se sent tout léger du coup.

On tente notre chance dans une GH recommandée dans le Lonely Planet ==> complet. On se rabat alors dans une autre qu’on a passé juste avant, c’est bon. Hop, on prend 2 nuits histoire de faire une pause, me faire tondre et mettre à jour le blog, au frais.

La suite : une grande boucle sur le petit plateau des Bolovens, des cascades, du bon café et des matins frisquets !!! On rêve d’enfiler nos polaires !

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