La France de Kamini en catimini

 

J 549 à  553 / de Signy l’Abbaye à …

  • du 05 au 10 octobre
  • 3 étapes
  • 280 km
  • un changement de dernière minute

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Les Terr’Ailleurs ont eu la chance d’admirer 2 Panardos en mode repos : la femelle plutôt dynamique s’affairant aux fourneaux et le mâle, pitoyable, vautré dans le canapé et répétant en boucle « faut que j’mette à jour ce putain de blog, ça me saoule ! ». Pierrot a tout de même réussi à nous arracher de sa belle maison pour faire une balade à pied sur les crêtes. L’idée de départ était de faire un tour en vélo et on a été trop soulagé quand il a finalement opté pour la voiture + le chien. On ne voulait surtout pas lui montrer qu’on n’est pas les bêtes de course légendaires décrites dans ce blog frauduleux.  Il se fait guide touristique : « là c’est la Grande Forêt et là c’est la Petite Forêt ». Ils s’embêtent pas trop pour les noms dans les Ardennes.  C’était sympa cette balade, du coup j’ai laissé gagné Pierrot au billard et aux fléchettes, il n’a rien vu et il était si heureux, ma BA de la journée. Béa, elle, était au taf, on ne l’a pas nargué le matin, on voyait bien à sa tête qu’on risquait un coup de boule, voire même une balayette-projection.

On les quitte à regret, mais faut bien continuer et ça devenait chaud patate pour nos artères la cuisine « solide et gourmande » de Pierrot. Ce mec, c’est pire que Maïté. Quand il fait des bananes flambées, y’a pas beaucoup de banane et ça brûle pendant un p’tit quart d’heure.

05/10/2017  Signy l’Abbaye – Montrehain = 103 km / +910m

Comme toujours après avoir larvé récupéré, les jambes sont lourdes mais ça disparaît au bout de quelques kilomètres et on retrouve un semblant de giclounette. La forêt est belle, ça sent si bon les feuilles mortes qu’on en boufferait. On finit pas sortir des crêtes ardennaises et retrouver des paysages picards. Le vent se lève et nous cingle un sympathique crachin dans la face. Malgré un gros manque de motivation, les corps passent en pédalage automatique et ça roule tout seul. Les routes sont calmes, très peu de circulation mais les infrastructures cyclistes sont inexistantes. On se fait la réflexion que les cyclistes hollandais sont protégés alors qu’en France, on dit aux cyclos de se protéger : porter un casque, mettre un gilet ridicule, rouler sur le trottoir, porter une médaille de St Christophe et serrer les fesses très fort. La route, c’est pour les bagnoles !

Les choses changent doucement mais vivement que le litre d’essence passe à 2 €.

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On passe par Marly-Gaumont, tout petit bourg rendu célèbre par Kamini.

Dédicace à tous ceux qui viennent des p’tits patelins,
Ces p’tits patelins paumés pour qui personne n’a jamais rappé,
Même pas un flow,
Ces p’tits patelins paumés que même la France elle sait pas qu’ils sont là chez elle,
Les p’tits patelins paumés que personne ne connaît, même pas Jean-Pierre Pernault

On s’installe dans un magnifique abris-bus pour manger du vieux pain avec un reste de fromage, la boulangerie était fermée. Y’a des zizis dessinés sur les parois et des gens qui « nike la police » et qui fument du « chit ».

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On ne croise pas beaucoup de commerce sur ces petites routes de l’Aisne, faut vraiment avoir du bol pour tomber sur un truc ouvert quand y’a faim. Le pire a été quand un boucher-charcutier, le seul croisé dans la journée, baissait son rideau à notre passage à 12h50 -au lieu de 13h !!- alors qu’on avait un franc besoin de rillettes.

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On tombe ensuite par hasard sur l’Eurovélo 3, belle piste cyclable sous les chênes bombardeurs de gland, ancienne voie de chemin de fer, donc bien plate. Elle nous mène à Guise (prononcé Gouize, un peu comme dans guouèstouze) où nous retrouvons notre ami Arnaud et son vélomobile. Le mec est hyper calé dans plein de domaine, et particulièrement en électricité. Son engin dispose d’une assistance de 3000 watts, c’est l’équivalent de 3 micro-ondes à fond. Ouais, c’est pas très parlant un micro-onde, alors disons que c’est 15 fois plus puissant qu’un Panardos en forme. Arnaud a plein de projet comme ça, le prochain, c’est adapter un moteur de sous-marin nucléaire sur un solex. Ça va dépoter.

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Arnaud voulait absolument qu’on passe par Guise pour voir le Familistère de Godin. Notre première réaction a été « pfff, il fait chier, on a 100 bornes à faire, on n’a pas le temps de faire un détour, surtout pour un machin culturel ». En fait, c’était pas un détour et c’était une chouette découverte que cette utopie réalisée de Godin. Comme quoi les grands patrons ne sont pas tous des crapules. Enfin avant en tout cas.

On file ensuite dans la campagne picarde, le ciel se dégage et ça devient carrément beau. Oui oui oui, c’est beau la Picardie, surtout là ou y’a pas les grands champs stériles glyphosatés et retournés sur 40 cm de profondeur.C’est tendu pour les taupes dans le coin.

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Arnaud nous guide jusque chez nos hôtes warmshowers : Catherine et François, des gens formidables. Et je dis pas ça parce qu’ils risquent de lire cet article, vraiment formidables. Catherine fait pousser plein de légumes dans son potager et nous en régale le soir, Ophélie a mangé de la soupe et a trouvé ça bon, un miracle !IMG_6767 François, lui, prépare 80 kg de pain au levain chaque jour, dans sa cour. Son four est transportable et il va souvent faire saliver les gens sur des festivals. Hyper-actif le mec. Il récupère également tous les vélos qui lui passent sous le nez, je suis comme un fou en voyant ces tas de ferrailles partout, y’a plusieurs centaines de vieux biclous, de quoi faire des beaux bricolages et se la péter vintage-écolo-bobo-chemise-à-carreaux dans les quartiers chauds de Chantilly. On repassera les voir, c’est sûr.

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On passe une super soirée et on se rend compte une nouvelle fois que le monde est petit : en gribouillant dans leur livre d’or, on retrouve les Karoutchos, un couple à vélo rencontré au Tadjikistan, et également un couple de ricains qu’on avait accueilli chez nous en 2014, 2 jours avant qu’ils ne viennent chez Catherine et François. On se couche tard, même pas le temps de feuilleter les Carnets d’Aventures.

06/10/2017  Montrehain – Soissons = 84 km / +700m

Arnaud a dormi sur place  et on repart ensemble le lendemain après un long au revoir à nos hôtes.

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Mon vélo d’abord, le reste au second plan. Toujours.

La veille, en discutant, on s’est rendu compte qu’on était juste à côté de Chantilly. Ouais, on navigue au GPS en ce moment et le gros inconvénient de ce truc est qu’on n’a pas une vue globale. Du coup, on n’a pas vu qu’on était à moins de 200 bornes de la ville princière, capitale mondiale du Cheval. Alors changement de plan, on va dormir chez Arnaud près de Soissons et on fera la surprise à mes parents le lendemain. Tant pis pour Dieppe, tant pis pour la côte et tant pis pour le port du Havre. Heu non, pas tant pis pour le port du Havre, on l’a déjà fait et c’est horrible.

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L’étape est superbe, il fait beau et on assiste à la récolte de l’or picard : eu’ch bettrôves ô suc’.

 

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Arnaud est parti devant avec sa torpille et on le retrouve à 16h30 comme prévu. On est devenu trop balèze pour prévoir l’heure d’arrivée. Un p’tit goûter et je file avec lui pour essayer son fatbike, on peut rouler dans les champs, c’est sympa. Ça parait tellement léger comparé à nos Azub… mais qu’est-ce qui ne parait pas léger comparé à nos Azub à part ceux d’Alice et Benoît ? On range le vélo et je répète dans ma tête « Je n’aime pas le fatbike, je n’aime pas le fatbike, je n’aime pas le fatbike ». Voila, 1000 boules d’économisé.

Arnaud et Sandrine nous accueillent comme des rois et on élit le matelas de ce soir « meilleur matelas du voyage ». On aurait dit un truc de la NASA avec mémoire de forme.  Ils avaient aussi un canapé si moelleux qu’on a regardé M6 déco, il aurait été massant on aurait pu enchaîner avec Plus belle la vie sans problème. Valérie Damidot a toujours un soucis avec le violet, les miroirs et les bougies. On est vraiment bien reçu par nos followers, y’a pas à dire, ce blog nous fait vraiment passer pour des gens sympas. Merci encore les amis.

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Azub en force !

 

07/10/2017  Soissons – Chantilly = 93km / +700m

Le lendemain, Arnaud nous donne un petit pas de conduite pour nous mettre sur la route de Pierrefonds. C’était pas exactement sur notre chemin mais le château, la boulangerie et la charcuterie valent carrément le détour.

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Croissants aux amandes croustillant miam miam miam, une bombe calorique qui nous fera pédaler les 55 km suivant, belle prouesse.

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Vive la France

A partir de là, on connaît la route par cœur : Morienval, Béthisy-St-Pierre, Néry, Raray, Ognon, Chamant, Senlis, Avilly… et Chantilly ! C’est trop le bordel pour prendre la photo à côté du panneau de la ville alors on se contente de la bicoque médiévale derrière.

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Matez un peu cette écharpe de maire qu’on a trouvé en France juste après la frontière belge, la classe FN.

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On passe devant l’hippodrome pour le départ de la 4eme course, dépassons la pizzeria Napoli, tournons à gauche pour rejoindre le Bois-St-Denis et remontons le long de la forêt pour une arrivée furtive, autant que 2 gros vélos et 2 cyclistes en veste fluo peuvent le permettre. Billy avait pensé à plein de plans sympas pour surprendre mes parents mais ils impliquaient trop souvent un pied de biche, des cagoules, une fenêtre à changer, des tigre-bison 4, un méga-phone et 2 arrêts cardiaques en pleine nuit. Alors on l’a fait simplement et c’était mignon. Gentil garçon 1 – Billy 0.

Mes parents sont contents, mais pas au point de ne pas aller à l’apéritif dînatoire chez des voisins et on se retrouve seuls comme 2 glands dans la maison. Z’ont de la chance qu’une lessivee tournait déjà avec tous nos vêtements de vélo sinon on fuguait. Alors on prend le téléphone, on appelle 75% de nos amis (4 personnes) et allons massacrer une pizza trop petite à 13 € (au Napoli si vous avez bien suivi). On était comme des dingues de remettre des habits normaux, du genre où y’a pas marqué Quechua, du genre sans merino ni polyester ni odeurs tenaces.

  • Ophélie – 19h24 : « regarde ! Je rentre dans ce pantalon !
  • Ouais c’est un peu serré quand même
  • connard
  • J’suis bogosse avec ce jean ?
  • y’a un trou sous les couilles

Ça fait du bien de revoir les copains, ils ont bien suivi le blog et on n’a pas besoin de faire un résumé d’une histoire qui n’est même pas encore fini.

On reste ensuite 2 jours, mes parents nous ont fait l’honneur de rester avec nous pendant quelques minutes, j’ai pris des branlées à Fifa, on s’est fait une toile (Le sens de la fête, excellent) et on a mangé des fjords de Danone, enfin des fjords qu’on peut enchaîner sans pleurer ses cuisses ! Ah ah ah, humour norvégien. On reste « focused », le voyage n’est pas fini, faut pas se laisser engluer dans un confort oisif qui nous conduirait direct à la dépression, les sacoches restent prêtes au départ direction le Mont St Michel !!!

La suite au prochain épisode avec les dernières étapes, les derniers bivouacs, l’été indien et le célèbre Frisounette en guest star.

Il essaye de cacher ses cheveux avec sa main. Impossible. On dirait Carlos Valderrama en brun.

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25°C à 10h, vive le réchauffement global !

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Les Pieds en France, des Pays-Bas à chez Béa via Ankara

Hé ouais les Loulous, nous voici en France, les beaux p’tits villages, les p’tites routes, les bars-tabac, les cheminées des centrales nucléaires, les boulangeries, les bagnoles omniprésentes, les clochers des églises, les pistes cyclables, les Terrailleurs, les chipolatas, les « bonjour », les marchés, tout ça tout ça. Ça fait du bien, c’est rassurant, c’est beau, c’est paisible, y’a des bouses de vache sur la route et des chômeurs qui grattent un Banco. On est dans les Ardennes, à Signy-l’Abbaye, ça ressemble à la France de Jean-Pierre Pernault. Y’a un truc dans l’air, c’est unique, c’est chez nous. Ça doit quand même voter FN à fond dans le coin, vaut mieux pas qu’on montre nos visas Iraniens.

Je suis assez content de cette petite introduction, aller, place au récit ! Avec les kilomètres, des photos des vélos, une bête crevée, des paysages, la route et des amis.

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  • 21/09/17  Assen – Kampen = 73 km
  • 22/09/17  Kampen – Amsterdam = 97 km
  • 23/09/17  Amsterdam = visite

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On repart d’Assen en forme après une journée et demi de repos. Enfin c’est ce qu’on croit au début puisqu’on se remet à se traîner comme des loques au bout de 30 km. Pour cette article, j’ai failli mettre comme titre « Les Pieds raplapla dans le plat pays », c’est dire. Le plat nous flingue les jambes, nous ne retrouverons la giclette que dans les premières côtes belges.

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des cèpes monstrueux aux pieds des chênes

Après une bien belle étape entre chênes et canaux, nous sommes accueillis chez Erwin et Carla, des warmshowers qui ne font pas de vélos mais aiment rencontrer des bogosses warriors de l’extrême voyageurs. Ils sont hyper sympas, on rigole bien (surtout après la bière et le Lambrusco) et ils ont une douche de malade, y’avait assez de place pour se laver avec les vélos, la tente et 3 poneys. Ophélie prépare un crumble, ça sent tellement bon que leur fille court chercher de la glace vanille pour aller avec. IMG_6556

Ce crumble, on peut le dire maintenant, est une réussite internationale, et je dirais même interplanétaire car même dans les Ardennes ils aiment ça. Je l’ai vu de mes propres yeux.

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Carla nous prépare un p’tit dej’ de champion, on se fait un « hug » à l’américaine et remontons sur les vélos, les jambes toujours récalcitrantes. Canaux, éoliennes, champs, belles pistes cyclables, vent de face, vaches, c’est un peu toujours pareil mais très agréables, à part le vent de face, mais c’est toujours mieux que la pluie. En route, on croise 3 vélomobiles et 2 vélos à mandalier. Tout le monde n’est pas geek du vélo alors j’explique :

  • Le vélomobile : non, ce n’est pas un vélo qui est mobile…enfin si, c’est bien un vélo et c’est mobile… tout les vélos sont mobiles, non ? Ah oui, en effet, les vélos d’appartement sont immobiles… j’en étais où moi ? Billy, j’en étais où ? Repose ce chaton et cette pelle stp ! Ah oui, le vélomobile… c’est tout simplement un cycle protégé par une carrosserie aérodynamique. Cette carrosserie, généralement rigide, est soit complète, soit ouverte dans la partie supérieure. Elle dispose souvent d’un trou dans la partie inférieure, au niveau des pieds. Merci wikipédia mais c’est pas très parlant. Disons simplement que c’est un suppositoire doté de 3 roues, généralement 1 à l’arrière et 2 à l’avant. Des prototypes avec 3 roues devant et aucune derrière ont été développés mais les essais n’étaient pas concluant, ça se traînait un peu, pire qu’un Nazca. Dans ce suppositoire pédale un cycliste, à peu près dans la même position que nous sur nos vélos. Ces engins coûtent un bras, voire même 2, mais ils remplacent souvent une voiture pour les trajets pendulaires et permettent de rouler vite, surtout avec des infrastructures adaptées et un profil plat comme ici.Vélomobile-01
  • Vélo à mandalier : non, ce n’est pas un vélo qui distribue des mandales, même si ça serait drôlement utile pour remettre l’automobiliste pressé, dangereux et agressif  (= automobiliste français de base) dans le droit chemin. Non, pour ça, le lance-roquette est bien plus « impactant ». Il est très difficile de filer des mandales sur un vélo à mandalier car les mains sont occupées à pédaler, pendant que les jambes sont…euh…bah…euh sanglées quelque-part car ce vélo s’adresse aux paraplégiques. On l’appelle communément handbike, ça évite les confusions.

On se pose au camping à 20 minutes en train d’Amsterdam, belle pelouse au calme, on est hors-saison désormais, les cassos venus chercher la vérité dans les herbes médicinales et l’Amour dans le quartier rouge sont rentrés jouer à FIFA chez eux, probablement en Golf Bon Jovi. Le lendemain, nous allons visiter la ville, à reculons. C’est pas notre truc les villes mais on fait un voyage à vélo, on aime le vélo et c’est LA ville du vélo, allons voir. On y va en train en revanche, car c’est aussi LA ville où on se fait chourer son vélo parait-il. Et on a bien fait car l’hyper-centre se parcourt bien mieux à patte qu’à biclou, y’a trop de monde, trop de pavés, trop de gens pressés, trop pas de place pour accrocher son vélo quelque-part, trop stressant.IMG_6595

Alors, oui, c’est très mignon Amsterdam, un vrai charme avec tout ces canaux, ces ponts, ces petites rues, ces petites boutiques et échoppes, ces gens à vélo, les coffee-shops, les fleurs au balcons… Y’a des nanas qui pédalent dignement en mini-jupe sans rien montrer de la salle de jeu, c’est prodigieux, sûrement un grand mystère de la physique. IMG_6606Mais ça nous soûle très rapidement, y’a un monde fou et la ville ne semble habitées que par des jeunes cadres dynamiques hipsters vegans bobos tatoués trendy vintage hyper-connectés, aucune mixité sociale. On a jamais vu autant de barbier, et je ne parle pas du barbier populaire comme en Turquie, je parle du barbier pour hipsters vegans bobos tatoués trendy vintage hyper-connectés. Je déteste.

On est aussi entré dans un magasin de vélo pour voir. Paire de mitaine en cuir = 150 €. Mouais, non, c’est pas si cher quand t’as un I-Phone 8 à 1200 € et que tu viens de te faire tailler la barbe pour 60 €.

Sinon, y’a plein de musée à visiter. Prix de l’entrée = 20 € par personne. Ça donne pas envie de se cultiver alors on a préféré investir dans une pizza puis retourner rapidement dans le monde réel (celui où on pédale et où on ne travaille jamais).

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  • 24/09/17  Amsterdam – sud de Utrecht = 54 km
  • 25/09/17  … – avant Turnhout (Belgique) = 104 km
  • 26/09/17  … – Schaerbeek (Bruxelles) = 87 km
  • 27 & 28   Chez Stéphane en mode Tuche

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Vachement plus sympa Utrecht, moins de canaux mais c’est une ville très aérée, très boisée et avec des vieux bâtiments magnifiques. C’est con, j’ai fait aucune photo à part celles des parkings à vélo.

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On se pose dans un camping nature, autorisées seulement aux tentes. Il y en a partout aux Pays-Bas et… en Auvergne ! C’était marrant de voir Brioude sur la carte. Il faut être membre d’un truc mais le gars est sympa et ne nous fait pas payer le supplément. Un p’tit feu, des lardons pour aller dans les pâtes et au dodo.IMG_6623

On profite des belles pistes cyclables, le temps est au beau fixe et les arbres commencent à se parer de leur robe automnale, tout en nous bombardant de glands. C’est vicieux un chêne. On arrive sur une ancienne ligne de chemin de fer, c’est tout droit dans la forêt et -hop- nous voilà en Belgique.

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Premier panorama belge, étonnant

On s’offre une Kriek au camping, demain nous entrons en francophonie ! Ça se fête !

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Pour arriver chez lui, Steph nous a tracé un superbe itinéraire. On continue sur l’ancienne ligne de chemin de fer puis sur des belles pistes cyclables à la mode néerlandaise. On voit des noms de ville intéressant sur les panneaux : Leffe, Hoegarden, Grimbergen.IMG_6646

C’est parfait jusqu’à Mechelen, à partir de là, ça parle français et l’automobile reprend ses droits : les pistes cyclables sont pourris/en travaux/sur le trottoir et faut redevenir vigilent. L’arrivée sur Bruxelles est violente, nous n’avons plus l’habitude de tout ce remue-ménage, ces magasins partout, cette circulation, cette publicité, ce monde, ce béton. En plus, on se tape les sorties d’écoles et les « wesh, trop chelou l’vélo ». Trop de stimuli, on fuit. On arrive enfin dans le quartier de Steph, nord de Bruxelles, surnommé « le petit Ankara » du fait d’une grande communauté Turque. On retrouve les kuaförs, les baklavas, les boulangeries, génial. Un peu oppressant mais génial.

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les très beaux immeubles de Schaerbeek

Steph est un follower et une connaissance de la communauté velo-couché de longue date, il nous accueille chaleureusement et ose nous demander si une carbonnade-frites nous ferait plaisir. On répond « oui-oui-oui ! » pendant qu’il nous tend une canette de Jupiler, fierté de la nation. On passe 2 jours chez lui à se reposer et mater des séries, on avait un gros besoin de sédentarité, à tel point que nous ne sommes même pas allés visiter la capitale. La flemme, et ce n’est qu’à 2h30 de Chantilly.

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On dirait San Francisco

On boit plein de bières et mangeons plein de frites, c’est important de s’immerger dans la culture d’un pays. Steph, comme la plupart des foyers belges, c’est pas une légende, à une friteuse. Elle s’appelle FriFri, c’est pas trognon ? Grace à elle, on a pu goûter les croquettes, des espèces de grandes pommes-noisettes cylindriques, je suis fan. Sinon, on s’est fait des salades de chicon, Ophélie a fait tourner la lessiveuse, on stockait les frites dans le surgélateur. Steph se faisait des tartines pour le midi, qu’il emballait dans un essuie-main, le torchon étant réservé pour laver le sol. Il nous a montré son kot à vélo où il entasse ses trikes et son brol , ils sont bien à l’abri quand il drache. J’adore ces petites différences de langage, on retrouve des mots communs avec euch’ picordie hein ! et la Normandie.

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Départ aux aurores avec Steph qui peine à cacher son ignoble vélo droit

  • 29/09/17  Bruxelles – Tihange (Huy) = 114 km / +890 m
  • 30/09/17  Chez Yves et Claudine
  • 01/09/17  Tihange – Givet (FRANCE !!!) = 82 km
  • 02/09/17  … – Signy L’Abbaye chez les Terrailleurs !!! = 77 km / +790m
  • 03 et 04  Repos, purée, saucisses, tartiflette, filet-mignon et blog
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BANZAIIII !!!!

La sortie de Bruxelles est affreuse, on n’est pas encore acclimaté aux villes et je dois bien reconnaître que je hais les voitures encore plus qu’avant.

IMG_6680 Il y a bien des pistes cyclables mais c’est Bagdad comparé à la Hollande. Mais Steph nous a encore concocté une belle trace et on se retrouve rapidement dans la campagne. IMG_6679Ça monte, ça descend, ça secoue sur les nombreuses portions en pavé mais les Panardos ont retrouvé la giclette. L’été indien est là, on pédale en t-shirt. Au bout de 50 km, on retrouve Yves et son fils Jérôme sur un RAVEL , Réseau Autonome des Voies Lentes, les pistes cyclables belges.

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Yves et Jérôme sont également 2 amis du vélo-couché que l’on croise plus ou moins régulièrement depuis 10 ans, lors des rassemblements. Jérôme, ou Jéjon, est un peu une légende dans le milieu, il a claqué le Paris-Brest-Paris (1200 km) en 52 heures, c’est le record sur un VC non caréné. Je l’ai déjà vu roulé en t-shirt en hiver et il parait même qu’il a tué un lion à coup de pédalier. Je crois même que c’est 2 lions et 8 hyènes.

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Je roule quelques kilomètres sur sa fusée tout en carbone mais je reprend vite mon enclume, c’est un coup à claquer 4000 balles dans un nouveau vélo, non non non. Il a fallu que je me répète plusieurs fois « tu n’aimes pas le carbone, tu n’aimes pas le carbone, tu n’aimes pas le carbone ».

On se fait un ride exceptionnel sur un ravel hyper facile, on papote gaiement et le soleil tape fort. Dans un virage, voyant qu’il peine à me suivre, Jéjon me fait une queue de poisson et je me rétame. Jérôme, tu sais, il suffisait de me demander de ralentir, ça arrive de ne pas avoir la giclette.IMG_6690

On arrive à Huy au bout de 105 km et j’ai la super-patate pour me faire le célèbre mur, connu des fans de cyclisme (c’est Steph qui nous en a parlé, on ne connaissait pas, on préfère Grey’s Anatomy). Le panneau au départ me surexcite et je décide de le faire avec les sacoches, sinon ça compte pas.IMG_6693

Pas si dur finalement, on a vu pire. Yves me récompense avec une pinte de Jupiler, et Ophélie a tout de même droit à une Kriek. Journée parfaite qui s’achève ensuite chez Yves avec Claudine, Jérôme et Élisabeth autour de plats de lasagnes (et quelques bières, tiens-donc).IMG_6697

On avait prévu de repartir dès le lendemain mais la pluie tombe et on reste tout naturellement avec nos amis. Yves nous fait découvrir les boulettes de Lièges et le joli centre-ville d’Huy. Après c’est apéro !

Le matin, le beau temps est de retour et Yves et Claudine nous donnent un petit pas de conduite le long de la Meuse, jusqu’à Andennes. Steph, Poupa, Claudine, Jéjon et Elizabteh, un grand merci pour ces bons moments !IMG_6703

Ouais, c’est chiant, je suis obligé de fayoter vu qu’ils lisent le blog. Nan mais sérieux, merci les amis.IMG_6706

A Andennes, Yves a eu le nez fin de faire demi-tour puisqu’on se tape alors un méchant vent de face pendant 50 km et on n’a plus de jambes une fois arrivé à Jambes. Hi hi hi, c’est trop drôle ce blog.

Pendant qu’Ophélie fait les courses, je papote avec 2 jeunes SDF (c’est le terme poli pour clodos). Ils sont complètement défoncés mais sympas et je laisse celui qu’est pas en chaise roulante monter sur mon vélo. Il adore, je lui raconte qu’on est allé au Japon et qu’on est revenu, il me dit  » truc de ouf, la Tunisie, l’Iran ! ». Je dessine un vélo sur le plâtre de son pote (26 ans, à la rue depuis 10 ans) et ils m’offrent une Jupiler, en insistant, il est à peine 11h30. J’ai le temps de la boire avant qu’Ophélie ne revienne et je checke vite-fait avec mes potes quand elle me fait les gros yeux.

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On se bouffe le vent de face jusqu’à Givet et son camping municipal, moins de 6 €. Ah oui, on vient d’entrer en France, y’avait aucun panneau.

IMG_6715Comment on se sent après 18 mois à l’étranger ? Hop hop hop, un peu de patience les amis, on vient de faire seulement 2 km, on verra ça demain. Pour l’instant on s’installe au camping, petite ville fantôme peuplée de caravane et de mobile-home. Oui, c’est assez moche.

Un groupe joue à la pétanque, oulalala dès que je les ai vus j’me suis dit que c’était du lourd et du très bon pour le blog. Déjà ils gueulent, ils savent pas parler, surtout la nana quand elle appelle un de ces gros chiens « Noémiiiiiiiiie !! ». Bordel, mais qui appelle son chien Noémie ? Elle, je pense qu’elle s’appelle Kimberley et que si elle avait des enfants (Dieu nous en protège), on aurait du Dylan et de la Kelly. Y’a 3 autres gars, assez bruyants aussi, mais presque des moines comparé à elle. Notre petite bande boit des Heinekens, ce qui est une insulte à la Belgique toute proche. Quand on propose une Heineken, une 1664 ou une 33 à un Belge, il répond « non merci, je veux une bière ». Ils écoutent de la musique grâce à une enceinte portable, c’est une calamité ce truc, l’ONU devrait intervenir, des gens souffrent dans le monde entier. Billy commence à aiguiser sa pelle sur du Louise Attack; quand Indochine a commencé, il a fait le tour des caravanes pour récupérer des bonbonnes de gaz et des boulons. Billy est très créatif. Heureusement qu’ils n’avaient pas du Maître Gims sinon y’aurait eu un grave « incident » nucléaire dans la région de Givet. Nous voilà de retour dans un monde plus latin, loin de la discrétion japonaise, scandinave ou hollandaise. Mes propos pourraient laisser croire que je méprise tout ça mais pas du tout, on change juste de culture, c’est comme ça. Mais cette Kimberley était vraiment un numéro.

Le soir, le réchaud pousse son dernier soupir et sa flamme s’éteint à jamais. Je le démonte et remonte 3 fois mais y’a rien à faire. Les bonnes pâtes, la sauce Pesto Ricotta et Noix, le parmesan et l’huile d’olive retournent dans la sacoche et on avale des tristes sandwichs. Bon, il a tenu jusqu’en France mais je pensais qu’il irait un peu plus loin que 2 km après la frontière, le salaud. Mais j’avais pris les devants et un tout nouveau modèle nous attend chez les Terrailleurs, gentiment offert par le fabricant Optimus. Ils n’étaient pas obligés mais ils ont aimé notre histoire, celles qu’on a fait vivre à notre réchaud et la photo sur le salar d’Uyuni a dû les faire craquer. Même Kimberley aurait été émouvu.

Uyuni

On passe une très bonne nuit, le vent a soufflé et on plie une tente sèche. Ophélie va demander de l’eau chaude à un vieux couple d’Hollandais. Commencer une journée sans café ? Ah ah ah ! Et pourquoi pas pédaler avec les pneus crevés ?IMG_6720

On longe la Meuse un moment encore, c’est splendide et sauvage comme on aime. On fait les courses à Fumay, au Carrefour Market. Y’a les journaux Fakir, Charlie Hebdo et Siné Mensuel. Tout n’est pas foutu ! A moins que ça soit les invendus.

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Blaireau, probablement percuté par un blaireau d’une autre espèce

Ensuite, ça grimpe un peu dans la forêt et on redescend sur une campagne pimpante : les crêtes préardennaises, dures pour les cuisses. On est super motivé, ça fait plus d’un an qu’on attend ce moment : on va chez les Terr’Ailleurs ! On va bouffer une tartiflette semi-divine !!IMG_6722

Les Terr’Ailleurs, c’est Pierrot et Béa, c’est presque des Panardos, c’est même eux qui ont inventé le mot « Panardos ». On voyageait en même temps aux Amériques, ça a créé un lien d’amitié virtuelle car on ne s’est jamais rencontré en route. Puis ils sont passés par Chantilly en été 2014 et on s’est vu dans le monde réel. Ça faisait bizarre, Béa est très grande en vrai et Pierrot a une grosse barbe, du coup on n’a pas fait de partouze. Depuis notre départ pour l’Asie, leurs commentaires « impliqués » dans le blog ont été d’un immense soutien et une grande source de motivation pour pondre des textes pas trop barbants. Ils nous ont envoyé beaucoup de giclette, des followers au top. Et mieux que ça, notre nouveau départ les a tellement excité qu’ils repartent eux aussi le 6 février pour une grande aventure aux USA, de Miami à San Diego et peut-être même un peu plus. Je vous conseille de vous inscrire à la newsletter, c’est du haut niveau de narration et ils sont bien barrés. Ne le montrez pas à des enfants en revanche, Pierrot adore mettre des photos de lui tout nu, il a un soucis. Hier il m’a emmené voir son vélo dans sa remise sombre, j’ai eu très peur.IMG_6733

Pierrot – 12:03 –  » Ça sent l’fond d’culotte !! »

Leur accueil a été terrible avec une immense pancarte accrochée à leur baraque, on était déjà connu dans tout le bled, en tout cas par ceux qui savent lire. Ça faisait très chaud au cœur de voir ça de loin. Vous noterez tout de même leur égo surdimensionné, c’est limite si « Panardos » n’était pas écrit sur un post-it.

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On ne prévoyait de ne rester que 2 nuits mais le courant passe trop bien et on mange léger : purée-saucisse, tartiflette, œufs à la savoyarde, filet-mignon au maroilles (une tuerie), mousse au chocolat et crumble, of course. Vive la France. Vive l’amitié Terraillo-Panardienne.IMG_6735

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Demain on repart en direction de Dieppe à travers les beaux p’tits villages, les p’tites routes, les bars-tabac, les cheminées des centrales nucléaires, les boulangeries, les bagnoles omniprésentes, les clochers des églises, les pistes cyclables, les chipolatas, les « bonjour », les marchés, tout ça tout ça.

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