Nouveau départ – les Pieds au camping

Salut les followers !

Je voulais faire paraître cet article hier, un 4 avril, pile 2 ans après notre départ vers l’Asie, et pile 1 an après notre embarquement dans le ferry pour le Japon. Mais il n’était qu’à moitié écrit et y’avait plein de fautes. Voilà, il est prêt, il reste des fautes, on est le 5 avril (bonne fête Irène) et il est grand temps de vous parler de la chose la plus importante au monde : nous.

« Nouveau départ ??? Que…quoi… ?? Ces p’tits bâtards repartent déjà ? » vont s’écrier certains. Non non non, pas encore, je vous rassure, les vélos prennent toujours la poussière et ne devraient pas sortir avant les beaux jours. Et ça sera sans les sacoches, juste pour la balade et se demander comment on a fait pour rouler sur des enclumes pareilles. Nos enclumes chéris d’amour. Papa vous aime, ne vous inquiétez pas. Papa nettoiera vos chaînes et vous sortira de la cave.

On se baladera en Normandie, dans le Cotentin, tout près des plages du débarquement. C’est joli ce coin là, c’est très vert, des grands arbres ceinturent les champs, on entend des mouettes, c’est champêtre, bucolique, c’est Jean-Pierre Pernaud, on sent la mer, en un mot : c’est kikinou.

On ira d’un village à un autre, se repérant grâce aux clochers des églises. Pour rentrer chez nous, ça sera facile, c’est le clocher sur lequel pendouille un parachutiste américain .

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Et puis notre maison sera commode à trouver car elle est à 300m et y’a écrit CAMPING en gros sur le toit.

Je clarifie : on a racheté le camping de Sainte-Mère-Eglise !!! Bon y’a pas encore nos trognes sur le site internet mais je mettrais à jour bientôt. Et non, il ne s’appelera pas le camping des Panardos car on garde le nom de la commune, le Maire refusant de renommer cette dernière PanarTown. Dommage.

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C’est depuis le début qu’on visait un camping, le mot début faisant référence à très très longtemps, avant même l’existence des Panardos, soit avant le blog, en 2012. Oui, il y a eu une vie avant la bible ce blog, c’est dur à croire. On savait déjà qu’on aurait du mal à retourner dans la matrice après notre année sympathique aux Amériques. On avait un choix à faire à ce moment là.


Avril 2014, de retour d’Ushuaïa

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Non mais il est trop mortel ce blog, y’a Morpheus en guest-star !

  • Morpheus (M) : Bonjour les Panardos, je suis…
  • Fred (F) : Morpheus, oh putain ! J’suis l’élu, j’en étais sûr ! J’ai vu défiler les codes une fois sur le Minitel !
  • M : merci de ne pas m’interrom…
  • Ophélie (O) : C’est qui lui ?
  • F : Le gars dans Matrix !! Laurence Fishburne !
  • O : « Laurence », hihihi, c’est un prénom de fille ! T’as vu sa tête ? ça lui va pas du tout
  • F : non mais c’est son nom d’acteur, dans Matrix c’est Morpheus, il a trop la classe
  • O : j’aime pas Matrix, j’préfère Love Actually. Ou Dirty Dancing.
  • F : Rhaaaaaa, on parle de Matrice là ! Un monde manipulé, l’illusion du bonheur, tout ça tout ça
  • O : C’est pas romantique, je préfère quand y’a des bisous
  • M : heu, je peux conti…
  • F : Morpheus, truc de ouf !
  • O : il est moins beau que Hugh Grant
  • M : Je… ?!
  • F : MOR-PHE-US, j’y crois pas !
  • O : elles tiennent comment ses lunettes ? Y’a pas de branches…
  • M : VOS GUEULES BORDEL !!!
  • F : ok, vas-y man, on écoute
  • O : moi j’m’en fous, j’vais lancer une lessive, salut Mordicus.
  • M : c’est Morpheus…
  • O : c’est ce que j’ai dit

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  • Morpheus : Reprenons… N’as-tu jamais fait ces voyages Frédo, qui sont plus vrais que la réalité ? Si tu étais incapable de sortir d’un de ces voyages, comment ferais-tu la différence entre le monde du voyage et le monde réel ?
  • Fred : Trop facile, en voyage, j’ai toujours un peu de cambouis sur les doigts
  • M : Je suppose que pour l’instant tu te sens un peu comme Alice, tombée dans le terrier du lapin blanc.
  • F : On pourrait dire ça. C’était vraiment trop classe la careterra australe, fait chier de retourner au taf…
  • M : Je le lis dans ton regard. Tu as le regard d’un homme prêt à croire tout ce qu’il voit, parce qu’il s’attend à s’éveiller à tout moment… Et paradoxalement ce n’est pas tout à fait faux. Crois-tu en la destinée Frédo ?
  • F : Heu, pardon, mais si c’est pour rejoindre les Témoins de Jehova, ça ne m’interesse pas
  • M (soupirant et se massant les tempes): Crois-tu en la destinée ?
  • F : Non
  • M : Et pourquoi ?
  • F : Parce que je n’aime pas l’idée de ne pas être aux commandes de ma vie.

 

*** Silence ***

 

  • F : c’est moi qui vient de dire ça ?
  • M: Bien sûr ! Et je suis fait pour te comprendre… Je vais te dire pourquoi tu es là. Tu es là parce que tu as un savoir. Un savoir que tu ne t’expliques pas mais qui t’habite. Un savoir que tu as ressenti toute ta vie. Tu sais que le monde ne tourne pas rond sans comprendre pourquoi mais tu le sais. Comme un implant dans ton esprit. De quoi te rendre malade. C’est ce sentiment qui t’a amené jusqu’à moi. Sais-tu exactement de quoi je parle?
  • F : Schyzophrénie paranoïaque ?
  • M : … heu, non, pas vraim…
  • F : Syndrome d’alcoolisation fœtale ? Nan parce que je sais que ma mère a eu le levé de coude facile pendant sa grossesse
  • M : je suis fatigué…
  • F : à moins que ça soit la pécole, ça expliquerait tout
  • M : la pécole ? Qu’est-ce donc ? Est-ce là la clef pour nous délivrer ? Ais-je donc bien en face de moi l’Elu, celui qui nous sauvera ?
  • F (mort de rire) : la pécole, c’est la peau du cul qui s’décolle !! J’t’ai eu !

 

*** grand silence ***

 

  • F : pardon…
  • M (se relevant après un micro-coma) : reprenons, sais-tu exactement de quoi je parle?
  • F : de la frustration au travail ?
  • M : exact, est-ce que tu veux également savoir ce qu’elle est ?
  • F : Oui, même si j’ai pratiqué quelques temps
  • M : la frustration au travail est universelle, elle est omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre de ton bureau ou lorsque tu allumes ton PC. Tu ressens sa présence quand tu pars au chagrin, quand tu reviens de congès, ou quand tu vas te coucher le dimanche soir. Elle est le Monde qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité.
  • F: Quelle vérité ?
  • Morpheus: Le fait que tu es une feignasse Frédo. Comme tous les autres, tu es né démotivé. Le monde du travail comme le dessinent les puissants est une prison où il n’y a ni espoir ni saveur ni odeur, ni assez de RTT. Une prison pour ton esprit. C’est la Macrice.
  • F :  truc de ouf, la Macrice… Les 4 premières lettres désignent donc…
  • M : oui, son créateur. Et son plus grand défenseur
  • F : j’savais que c’était un robot !

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  • Morpheus : Choisis la pilule rouge et l’histoire s’arrêtes là, tu te réveilles dans ton lit, tu retournes bosser dans un burlingue, derrière un écran d’ordinateur, pour un taf qui t’excites autant qu’un poulpe mort.
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Bon ok, je dois reconnaître que ça m’excite un petit peu en fait.

  • M : Pilule bleue, tu te sorts le doigts et tu trouves une solution pour un taf plus épanouissant et peut-être moins chronophage.

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  • Ophélie (revenant de sa lessive, rayonnante, accomplie) : Ah, je suis contente, tout est propre ! Faudra vraiment jeter ton t-shirt bleu à la poubelle ! Et j’sais pas ce que t’as fait avec tes boxers mais y’avait des sacrés… oh des bonbons, j’peux en avoir ?
  • F : Tuttuttuttutt, du calme jeune aveuglée, ce sont les pilules du destin pour s’extraire de la Macrice qui nous enferme dans un…
  • O : La rouge est à la fraise ? J’peux la prendre ?
  • F : Hé ho, tu m’écoutes ? J’suis l’Elu j’te signale !
  • O : c’est des pilules magiques ?
  • F : heu… oui, en quelque-sorte
  • O : elles peuvent faire apparaître des licornes ?
  • F : sors de mon dialogue stp.

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  • F : rhaaaaaa ! Trop dur ! Déjà que j’ai du mal à choisir à la pizzeria !
  • M : « la pizzeria » ? Mais bordel, c’est quoi le rapport ? Je te parle de ton avenir là !
  • F : ça se voit que tu connais pas Côté Sud toi. Bon, ok, laisse-moi le temps de la reflexion
  • M : bien, ce n’est pas une décision facile à prendre, je reviendrais plus ta…
  • F : non non c’est bon, j’ai choisi
  • M : ??!!
  • F : Pilule rouge stp
  • M : Que… ? T’es con ou quoi ? Why ?
  • F : faut qu’on reparte vite à vélo mec, c’est trop important. Alors on va gentiment retourner bosser dans la Macrice, mettre des sous de côté et pour la pilue bleue, on verra plus tard
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oui je sais, je lui ressemble, c’est bon, lâchez-moi


On voulait repartir à vélo, il le fallait, donc c’était plus pratique de retourner dans nos jobs plutôt que de se lancer dans un truc nouveau. J’ai eu un peu de mal à l’avaler mais c’était mon choix et puis grâce à des supers collègues, un fauteuil massant, une cantine 3 étoiles et des horaires cool, c’était pas si terrible, faut pas déconner, et on a fait 2 ans d’entre-voyage plutôt sympa, et j’irais même jusqu’à dire sympatoche, voire sympatochasse.


Octobre 2017 : Opération pilule bleue

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Et là, en rentrant de ce voyage France-Japon-France, on s’est mis à fond sur la pilule bleue et on l’a trouvé rapidement, à notre grande surprise. Dès mi-décembre, c’était réglé.

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Sainte-Mère-Eglise, première commune de France libérée le 6 juin 1944,  à 1h30 du Mont St Michel, à 30 minutes à vélo des plages du débarquement (20 minutes en Azub), juste à côté de l’Eurovélo 4, sur le GR 223, à 3h de Paris en voiture, encore moins par le train.

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Ophélie n’est pas trop dépaysée et moi ça me plaît bien ce coin de France, c’est campagne mais pas trop. On a un beau petit camping 2 étoiles, tout simple, le genre où on se serait bien arrêté en vacance cyclo-camping, en centre-ville avec plein de place et de l’herbe bien tendre pour nos amis les campeurs en tente et nos tous nouveaux amis les camping-caristes (40% du chiffre d’affaire). Y’a 9 mobile-homes aussi pour ceux qui voudront nous aider à rembourser notre crédit plus rapidement.

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2 chambres et 2 salles de bain dans celui-ci. Le camping à la dure.

Oui, car la banque est également devenu notre nouvelle amie avec un prêt dont le montant nous permettrait de voyager à vélo une vingtaine d’année. Ca fait peur, première fois qu’on achète un truc plus cher que nos Azub !

Voilà pour la petite histoire, il me semblait important de partager le cheminement de ce qui a amené les Panardos à devenir une SARL. Véridique, on a choisi ça comme nom. C’est jouissif d’entendre la comptable, la banquière ou le notaire dire « Les Panardos ».  On aura même une carte bancaire et un chéquier « Les Panardos », c’est pas la classe ? Vivement qu’on fasse faire des goodies (stylos, brosses à dents, décapsuleurs, stérilets, tresses de yak, hâches, écorches-chatons, lances-poussins et autres jouets pour enfants).

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Le camping a ouvert le 29 mars, ferme théoriquement fin octobre (sauf craquage des nouveaux gérants => fin septembre) et y’a vraiment plein de choses à faire et à voir autour, à commencer par le musée Airborne à 300m du camping et les impressionnantes célébrations du 6 juin. On vous en dira plus dans un prochain article pour vendre notre came et vous faire découvrir le camping et la région. Vous apprendrez, comme moi, qu’on peut passer des supers vacances dans le Cotentin, même sans être fan de la chose militaire. Et d’ici là, j’aurais peut-être à nouveau un appareil photo et pourrais vous mettre autre-chose que des clichés choppés sur le net.

 

En attendant, je peux déjà vous parler de notre tout nouveau métier atypique. Travailler en couple n’est pas chose aisée à ce qu’on dit alors on se répartira les tâches. J’ai proposé à Ophélie de m’occuper du planning, elle a accepté. Le coup du siècle ! elle n’a rien vu venir !

Voici d’abord celui d’Ophélie. En jaune, les obligations professionnelles. En vert, les moments de détente.

Planning O

Cliquez pour agrandir

 

Et le mien. J’adore le vert, c’est ma couleur préférée.

Planning F

Tous les matins, pendant 6 ou 7 mois sans week-end, ni RTT, ni CP, ni jours fériés, Ophélie va donc officiellement devenir une Dame Pipi, elle sera dans ses sanitaires avec son tablier et ses crocs blanches.

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J’ai proposé Mademoiselle Caca mais elle accroche pas.

Oui, parce que faut pas croire, ça a l’air sympa gérant de camping mais on passe pas mal de temps à nettoyer des chiottes. Et des fois ça bombarde sévère.

chiottes

Quant à moi, ça sera pantalon beige, chemisette bleue et casquette rouge. Vous voyez le tableau ?

Forrest Gump (1994)

Avec Forrest, on ne partagera plus seulement les même initiales. Entre autres.

Pour de vrai, on se partagera équitablement les tâches de merde, sauf la comptabilité, Ophélie adooooore et moi ça me donne de l’eczema. Pour les toilettes, j’ai personnellement découvert un monde. J’avais jamais fait avant. Comme beaucoup de mec, je croyais qu’un petit lutin venait la nuit pour nettoyer les toilettes et la salle de bain. En fait non, c’était Ophélie, et puis avant mon père ou ma mère, dingue !

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Un monde peuplé d’éponges, de chiffons, de serpillières, de vinaigre blanc, de gants Mappa et de bicarbonate de soude. Un monde dans lequel des gens militent pour que les hommes pissent assis, chient bien droit et utilisent la… heu…le… heu… le bidule par-terre. Renseignement pris auprès d’Ophélie, il s’agirait de la « balayette à chiotte ».

Bon, je vous ai assez fait rêver comme ça, le mieux sera quand même de venir nous voir, on vous attend.

A tantôt.

Les Panardos

www.camping-sainte-mere.fr

 

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Nice – Mont-St-Michel en 563 jours

J 551 à 563 / de Chantilly au Mont-St-Michel / 513 km


Oh putain !

Oh putain de putain de putain !

Oh putain comme c’est vulgaire de démarrer un article avec plein de « oh putain » !

Oh putain c’est fini ! Nous ne sommes plus les pieds devant depuis le 19 octobre, date à laquelle nous avons atteint le Mont-St-Michel, date à laquelle les vélos ont rejoints un sombre garage normand et n’y ont plus bougé depuis, date à laquelle Ophélie a arrêté de stresser pour les lessives, date à laquelle nous avons échangé nos costumes d’aventuriers-warriors-chasseur-d’ours-de-ouf-de-l’extrême-déglingo-over-the-rainbow contre celui, un peu moins vendeur, de chômeurs déphasés en voie de réinsertion dans une société gangrénée. La quecla !

Va falloir qu’on trouve notre place dans ce bousin !

Cette histoire de costumes, c’est une image, je vous rassure. Je porte toujours les même habits qu’en voyage, le futal gris foncé et la polaire rouge, vous vous souvenez ? J’ai quand même fait l’impasse sur le t-shirt bleu, y’avait un gros risque sanitaire.

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Trop la classe cet écusson

On était content d’arriver, content de remiser les vélos, de décrocher les sacoches pour de bon et de mettre les cuisses au repos quelques temps. Mais là, un bon gros mois plus tard, rien que de l’écrire, ça me rend nostalgique et je pense à nos vieilles chaînes qui doivent s’oxyder doucement, je pense à mon pneu arrière qui doit être à plat à cause de cette crevaison lente datant du Japon, je pense au fanion d’Ophélie, tristement immobile, je pense à mes leviers de frein qui ont fait parti de mon horizon pendant 1 an et demi. C’est con de penser à des leviers de frein. Je pense à la tente, je pense au gonflage des matelas le soir, je pense à mon réchaud et sa flamme bleue, je pense à Ophélie et ses « tu t’arrêtes dès que tu vois un coin pour pisser, j’vais exploser ». Je pense qu’on aura peut-être vite envie de repartir un jour.

Oh putain !

Et enfin je pense à vous les amis followers, vous qui nous avez suivis sur ce si long voyage, vous qui attendiez fébrilement un nouvel arrivage encore tout chaud d’ « animaux de la route », vous qui avez découvert quelques pays à travers nos yeux, nos mots bancals, nos petits maux, nos coups de pédale et nos papilles, vous qui vous êtes bien marrés sur les carnets de bord de ma mère, vous qui, je l’espère, rêvez de brûler des camping-car. Et je pense même aux quelques chacals qui attendaient avec impatience qu’on choppe une gastro. C’est vrai que c’est toujours marrant un récit de gastro. Dire qu’on n’en a pas eu cette fois… quelle tristesse.

On vous doit donc bien un dernier article pour clore cette aventure, on va quand même pas vous laisser tomber comme des vieilles chaussettes merino trouées. Putain, France-Japon-France ! Si on nous avait dit qu’on ferait ça un jour…


  • 10/10/17  Chantilly – Cuignières = 38 km / +275m

Après la ripaille, les Ripailles

Les Ripailles, c’est le nom du rond-point le plus dangereux du monde, il est à la sortie de Chantilly. Il est à 2 voies, sur le tracé de la nationale, direction la grosse verrue de zone commerciale de St Maximin, le genre d’endroit que les corbeaux survolent à l’envers et que je ferais sauter en premier si j’avais un drône pacificateur américain (en 2nd ça serait Paris-Nord 2, en 3eme l’usine des 1000 vaches et en 4ème, pour le fun, le bar de Plus belle la vie). En voiture, ce rond point se prend tranquillement en 3eme vitesse et même en 4eme pour les plus joueurs. Le virage est incliné, un peu comme dans les circuits de Nascar. Franchement, même avec un Doblo ça passe crème à 70 km/h.

Ce rond-point, c’est un peu une légende dans le monde souriant du BTP car c’est peut-être bien le premier « carrefour à l’anglaise » de France, construit au début des années 70 et ouvrant la voie au délire giratoire de tout le pays.

A vélo, c’est chaud patate et faut s’imposer cash pistache, en plein milieu, car faut prendre la sortie à gauche, donc faire le 3/4 du tour. C’est un très bon entraînement pour ceux qui veulent rouler un jour dans Teheran. Voilà pour l’échauffement, ensuite on passe devant une décharge à ciel ouvert, traversons Creil, Nogent-sur-Oise, Cauffry et commençons enfin à respirer quand la campagne reprend après Rantigny. On a des grosses envies de Scandinavie après des moments comme ça. On ne va pas très loin aujourd’hui car on s’arrête chez Pascal, islamo-gauchiste bien connu sur ce blog sous le pseudo de Frisounette. Il habite Cuignières. Cuignières, 244 habitants aucun commerce, labellisé « ville voisins vigilants et solidaires », y’a des petits panneaux super acceuillants pour le signaler. J’adore ce truc ! Ce sentiment de peur permanent ! Cette ambiance d’insécurité ! Génial ! Walking Dead !

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Pascal s’est fait brûler sa bagnole l’an dernier.

Cuignières

Cuignières. Le nom décrit bien ce petit bourg de la plaine Picarde (appelée « petite Sibérie » en hiver, càd d’octobre à fin mai) : imaginez le bruit d’une vieille porte grinçante s’ouvrant doucement sous une brise automnale humide et froide… CUUUUUIIIIIIIGNIIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEERRE.

Voilà.

Pascal nous propose purée-paupiettes pour ce soir, retour aux sources. C’est quand même toujours la misère d’enlever cette putain de ficelle autour de la paupiette, on s’en fout partout.


  • 11/10/17  Cuignières – Etrepagny = 77 km / +750m
  • 12/10/17  … – Ormes = 74 km / +605m
  • 13/10/17  … – St Pierre-sur-Dives = 88 km / +590m
  • 14/10/17  … – St Martin des Besaces = 79 km / +975m

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On repart ensemble le lendemain, Frisounoux est en congés et a donc l’honneur de nous accompagner pour le dernier bout. Il roule devant, crinière au vent, il a des cheveux magnifiques, des belles bouclettes souples et soyeuses. De loin, on dirait Marie-Antoinette en brun, c’est hypnotisant.

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Non, ce n’est pas un caniche sur sa tête, bande de moqueurs !

On empreinte les petites routes, celles en blanc ou jaune sur la carte Michelin. La routine du voyage en France s’installe tout de suite : arrêt boulangerie vers 10h, pique-nique sur les places des villages ou près des églises, remplissage des gourdes dans les cimetières, recherche du bivouac en fin d’après-midi puis apéro de temps en temps. Le voyage à vélo n’est qu’une graaaande balade à vélo.

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Le matin au bivouac…

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… faut rejoindre la route

On aurait pu faire du Warmshower mais on a préféré se faire du cyclo-camping à l’ancienne avec choix de l’itinéraire au dernier moment et des bons petits bivouacs. Surtout que le temps est au beau fixe, on a l’été indien qu’on espérait. Même les soirées sont douces.

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Et faire la vaisselle ne glace pas les mains, surtout si c’est pas les nôtres mais celles de notre soubrette à bouclette.

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On passe au nord du Vexin, ça grimpe un peu, puis dans le pays d’Auge, assez vallonné, et on arrive dans la Suisse Normande, très casse-patte.

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près de 25°C à 10h, vive le réchauffement !

Au 3eme bivouac, qui sera aussi notre dernier, on se trouve une petite rivière pas trop vaseuse, le St Graal après 3 jours sans douche. Je suis comme un dingue, une baignade mi-octobre ! Pascal me suit et je regrette encore de ne pas avoir filmé ses petits cris de chochottes quand a) il a gouté l’eau que je qualifiais de « très bonne » et b) s’est frotté aux orties en remontant.

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La fin de la suisse normande nous arrache des cris de douleur dans du 11%, on ne s’y attendait pas mais les paysages valaient bien l’effort, comme souvent.

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Le soir après une grosse étape, on galère à mort pour trouver un coin de bivouac. Cette fois, tout n’est que barbelé ou champs labourés, rien à se mettre sous la bâche. Alors on continue, on grimpe à St Martin des Besace, on est crevé,  Gégé sort du bistrot et nous dit qu’il ne manque que la TV sur nos vélos. On redescend et croisons un panneau « camping », le 1er depuis 3 jours. Tant pis pour le dernier bivouac, celui d’hier était chouette. On se pose et profitons des derniers rayons de soleil pour faire sécher les tentes, pliées complètement trempées ce matin. Une p’tite douche, une p’tite bière et un p’tit repas au réchaud. C’est le nouveau réchaud, celui qu’on a eu gratos, il est fanta… c’est une bom… je l’aime.

  • 15/10/17  St Martin des Besaces – Chanteloup = 60 km / +620m
  • 16/10/17  … – Monmartin-sur-Mer = 16 km
  • 17/10/17  … – Ferme de St Ursin = 33 km / +400m

On se fait une séance de montagne russe en ligne droite. La moitié des bleds qu’on traverse depuis ces derniers jours ont un nom de fromage ou de laiterie. On est accueilli le soir par un cousin d’Ophélie et une averse tombe juste quand on rentre les vélos. Bon timing. Merci Roland et Marie.

Le lendemain, toute petite étape pour rejoindre Montmartin-Sur-Mer et ce qu’on pourrait appeler un rendez-vous professionnel. Les Panardos ne perdent pas de temps, ils cherchent du taf en voyageant. Les vélos et le parcours impressionnent beaucoup, c’est vendeur, même pas besoin de mettre un costard, on peut y aller en mode Quechua crado et les godasses Shimano, ça passe ! L’après-midi, le ciel se voile et devient jaune-gris. Les lampadaires s’allument automatiquement, le vent redouble, les oiseaux cessent de chanter, ambiance fin du monde. Il s’agit en fait d’une mini-tempête charriant du sable du Sahara. Est-ce la pacha mama qui nous envoie un message au cas où on ne saurait pas où pédaler dans le futur ?

Le soir, les parents d’Ophélie nous rejoignent avec de quoi nourrir toute la ville et on fait un festin sous l’éclairage si romantique des lampes à LED. Le camping est vide, il n’y a que nous. C’est d’ailleurs le moins cher de tout le voyage : 4 € pour 3 personnes et 2 tentes.

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regardez bien, il n’y a aucune vitamine sur cette table

Le lendemain, on se bouffe au moins 8000 raidillons avant d’arriver à la Ferme de St Ursin. Y’avait que 33 km mais on les a bien sentis.

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Nous sommes acceuillis chez nos amis Manu, Hélène, Malo et Léo, la Fameuhly. Ils étaient là avant notre départ aux Amériques, on était là quand ils sont revenus de leur tour d’Europe en famille (à vélo, dois-je préciser ?), on était ensemble pour la projection de nos films au festival CCI de 2015. Le courant passe pas trop mal.

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Ils se sont lancé avec courage dans le maraîchage biologique, vendant tout après leur voyage pour s’installer sur une belle ferme, faire pousser des trucs moches et bons qui n’enrichissent pas Monsanto et fabriquer un Agrozouk, un engin agricole écolo qui fait passer nos Azub pour des trottinettes Dora l’exploratrice.

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Du coup le soir, on fait le plein de bon légumes… euh… quoi que… en fait… non, on a juste mangé des patates car c’est tout de même ce qui va le mieux pour la raclette !!! Y’avait des cornichons aussi je crois, des Bonduelles.

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On passe la nuit au chaud et repartons pas très vaillant pour la dernière étape !! Malo et Manu sont morts de rire, je vérifie si j’ai bien fermé ma braguette mais non c’est pas ça. Ils ont accrochés une petite surprise sur mon vélo.

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Elle s’appelle Chuckette 2, elle est pas mal mais elle a quand même moins de charme que ma petite Chuckette d’Ouzbekistan.

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Chuckette n’a jamais bien compris le principe du clien d’oeil

Donc où en étais-je… oui, dernière étape donc.

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Et puis non finalement. On boucle rapidement les 34 km pour rejoindre la maison des parents d’Ophélie à Céaux, mais on a trop la flemme de repartir faire un aller-retour au Mont. Le voyage durera un jour de plus ! De toute façon, la mère d’Ophélie nous avait fait des saucisses grillées à la cheminée et une montagne de frite, donc impossible de repartir, on arrivait à peine à marcher après ça.

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Et hop, de retour au bercail

19 octobre, on remonte sur les vélos avec toutes les sacoches, avec les même vêtements, sinon ça compte pas. Il fait un temps dégueux. Le voyage est presque fini depuis qu’on est en France mais il ne le sera complètement qu’arrivé au Mont, c’est symbolique, c’est pour la photo. Mais c’est aussi pour la biscuiterie et ses cookies chocolat noir-caramel au beurre salé, une tuerie.

Ophélie dit souvent qu’elle habite au Mont St Michel, c’est plus pratique, peu de gens connaissent Céaux, même à 5 km de Céaux. Au Japon, c’était la star, moi je disais que j’habitais Paris, ils s’en foutaient. Bref, à force moi je voyais Céaux juste à côté du Mont, mais en fait y’a 14 bornes ! Je le savais mais j’avais oublié. Alors vous allez dire que c’est rien 14 bornes quand t’en as fait plus de 24 000 mais, si, ça compte quand t’as plus la giclette et que tu sens que ton corps est fatigué. On se sent un peu usés avec Ophélie, comme quand on était rentré des Amériques. C’est une histoire de mental, faudrait qu’on s’abonne à Psychologie magazine pour bien tout comprendre. Peut-être qu’on trouverait aussi des réponses aux 2 grands mystères de ce voyage :

  1. Pourquoi a-t’on envie de pomme-de-terre quand y’en a pas et pourquoi on rêve de riz asiatique dès qu’on retrouve les patates ?
  2. Pourquoi reniflons-nous nos t-shirt en sachant très bien que ça pue ?

Bon, 14 bornes toutes plates, ça va vite et nous voilà sur la passerelle dont l’accès est autorisé aux vélos en semaine. Ça y est, c’est fini, nous voilà au bout du voyage. Pas de grosses grosses émotions, on est rentré en douceur, on a fait un beau voyage, on est contents d’être arrivés, on repartira si le besoin, impérieux, nous reprend un jour comme une furieuse envie de pisser en bord de route. Ça vérifie le vieil adage et ces proverbes de powerpoint disant que le chemin est bien plus important que la destination. J’en ai trouvé plein sur le net !

« Les routes qui ne disent pas le pays de leur destination, sont les routes aimées. » – René Char

« De nouvelles routes bien tracées, pour aller toujours plus loin nulle part. » – Emile Ajar

« Je ne me demande pas où mènent les routes ; c’est pour le trajet que je pars. » – Anne Hébert

Celle de Thoreau est la meilleure

« J’ai la nostalgie d’une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes… une route qui conduise aux confins de la terre… où l’esprit est libre… » –  Henry David Thoreau

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On met 3 plombes à sortir des photos à peine potables, la lumière est affreuse et Pascal a la tremblotte quand il tient l’appareil. Faut le comprendre, le mec est ému, il immortalise ses héros sur la ligne d’arrivée. 5 minutes plus tard, le ciel se dégage et un rayon de soleil viendra sublimer le Mont. Mais on sera déjà loin, à la biscuiterie.

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Putain, France-Japon-France ! Si on nous avait dit qu’on ferait ça un jour… (z’avez vu, c’est un p’tit rappel de l’introduction. C’est génial, on dirait du Marc Lévy). Si on nous avait dit ça alors qu’on partait la première fois tout les deux en 2005, à vélo droit, le cul en choux-fleur après 2 jours sur la selle, les jambes explosées dès la 3eme colline, complètement flippés la nuit à cause des sangliers, des hérissons et des feuilles mortes, avec nos p’tit K-Way roulés en boule à la ceinture (véridique), les matelas de merde qui nous défonçaient le dos, la tente à 99 € qu’on avait trouvé hors de prix, nos sacoches en tissus (étanche de l’intérieur uniquement), notre petit réchaud Bleuet, nos pâtes 3 minutes et notre couscous en boîte (celui où tu peux manger les os de poulet). C’était la grande aventure ! 1 mois – 2000 km du Mont-St-Michel à Hendaye ! C’était génial ! Ophélie avait des crampes aux cuisses la nuit et moi des frottements mal placés parce que je pédalais en short de bain (le style d’abord). Si on nous avait dit ça, on aurait rigolé, un peu gênés, on aurait dit  » non non non, impossible, on n’a que 5 semaines de congés, ça fait short pour un France-Japon. Et puis c’est pas pour nous, on n’est pas des aventuriers, on n’est pas capable, on n’osera pas, ça nous fait rêver mais c’est pas pour nous. Faut bosser, faut acheter une bagnole, une maison, puis bosser encore pour rembourser, c’est la vie, c’est comme ça. C’est pour les durs, les courageux, les dingues, les fortiches, ceux qui nous font baver au festival CCI et dans Carnet d’Aventure, c’est pour Claude Marthaler, Serge Leret, Sylvain Tesson et Matthieu Monceau. Denis Brogniart ou Gérard Holtz à la limite « . Et quelques années plus tard, nous voilà avec plus de 60 000 km au compteur, des souvenirs dans 33 pays et des genoux qui en redemandent.

Alors vous allez dire que j’me la raconte à mort et j’vous répondrais  » Mais grave Gustave ! Et si on peut pas se la péter après un France-Japon-France à vélo, j’vois pas quand on peut, crotte de zut ! »

Plus sérieusement, c’est pour dire que – attention, message d’espoir digne d’un discours de Miss France – tout ce qu’on a fait, n’importe qui en bonne santé, pas trop vieux et pas trop pauvre peut le réaliser. Ce France-Japon-France, cette année sabbatique aux Amériques, tout ces kilomètres, toutes ces montagnes, toutes ces frontières, c’est pas un exploit, c’est pas héroïque. Le plus dur est de partir, de s’écarter de la société, de bouleverser ses repères, de se sentir d’un coup très différent. Ensuite, bah c’est du vélo, ça roule. Et le camping, c’est chouette (sauf quand il pleut, là j’avoue c’est tout pourri) et souvent magique quand on trouve LE spot de bivouac, celui avec de l’herbe rase, un point d’eau, un arc en ciel et des petits chiots qui viennent te lécher les orteils. Et les gens sont presque tous sympas, même les musulmans, les chinois, les chinois musulmans, et les ardennais. Porter le même t-shirt pendant 6 jours, c’est pas la mort, sauf sous les bras. Se laver dans une rivière vaseuse, on s’y fait bien, perso j’adore. Manger du porridge au p’tit dej, c’est pas si dure. Oui, on a découvert qu’on peut survivre sans un grille-pain et du beurre salé, c’est incroyable, je sais. Et rouler sur un vélo de 40 ou 50 kg, ça s’oublie, on transporte notre liberté, c’est pas si lourd. Et se passer de lessive pendant 1 semaine… heu nan, ça c’est vraiment pas possible, désolé.

C’est tellement simple la vie avec un vélo et 4 sacoches.

Voilà, c’est fini, oh putain.

Je passe maintenant en mode Drucker et m’offre une ultime…roulements de tambour…allumez les feux d’artifice…enlevez vos vêtements…préparez les chatons et les catapultes… LIIIIIIIIIIISTE A PUUUUUUUCE !! oh que c’est bon, ça faisait un bail non ?

  • Merci de nous avoir suivi. Un p’tit merci tout de même car c’était gratos et vachement mieux que Joséphine ange-gardien. Franchement… une naine extra-terrestre…
  • Merci aux abris-bus, aux aires de repos, aux tables de pique-nique, au vent dans le dos, aux chiottes publiques, aux coins d’herbe à l’ombre, aux fontaines d’eau potable, au soleil, aux robinets des cimetières, aux champs sans barrières, aux bords de rivière et à tout ces petits riens qui rendent la vie nomade facile. Oui parce que, bon, hein, c’était pas tous les jours les vacances non plus. Sauf au Japon.
  • Un GRAND merci à ceux et celles qui ont pris le temps de commenter ou de nous envoyer un message de temps en temps. Ça fout la giclette des petits mots sympas. On avait parfois besoin qu’on nous rappelle que notre voyage était formidable. Oui parce que, bon, hein, c’était pas tous les jours les vacances non plus.
  • Un ENORME merci aux followers qui ont commenté régulièrement. Certains le savent déjà mais ces petits mots d’encouragements, ces vannes et cet enthousiasme communicatif font un bien fou quand on est loin de chez soi et qu’il faut mettre à jour ce putain de blog avec une connexion wifi foireuse et un clavier bizarre. Donc merci les amis, merci Béa, Pierrot, Papa, Calamity Mum, Lapin 2, les Transatos Alice et Benoît, Louison, Damien, Coco et Michel, JB et Catherine, Jacky et Michel, VeloSteph, Zwoofff, les Cyclomigratos, Danny et Fred, Frisounette, les Pisseuses Debout, Sebaroudeur, Chef C-Moye, Alain G, Tata Michèle, Tartinator et tout ceux que j’aurais oublié (ou qui n’ont plus commenté depuis longtemps, niarf niarf niarf).
  • Un merci TONITRUANT à ceux qui nous ont accueillis. Ça a toujours été surprenant cette chaleur humaine, impossible de s’en lasser. On garde des souvenirs émus de chaque rencontre, que ce soit dans une doma Ouzbèke autour d’un thé ou juste à côté d’une centrale nucléaire belge, autour d’une Jupiler, forcément. Merci merci merci.

Et pour finir en poésie, un dernier chef-d’oeuvre audiovisuel. Oh putain, de la poésie.

Les Panardos

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