Nice – Mont-St-Michel en 563 jours

J 551 à 563 / de Chantilly au Mont-St-Michel / 513 km


Oh putain !

Oh putain de putain de putain !

Oh putain comme c’est vulgaire de démarrer un article avec plein de « oh putain » !

Oh putain c’est fini ! Nous ne sommes plus les pieds devant depuis le 19 octobre, date à laquelle nous avons atteint le Mont-St-Michel, date à laquelle les vélos ont rejoints un sombre garage normand et n’y ont plus bougé depuis, date à laquelle Ophélie a arrêté de stresser pour les lessives, date à laquelle nous avons échangé nos costumes d’aventuriers-warriors-chasseur-d’ours-de-ouf-de-l’extrême-déglingo-over-the-rainbow contre celui, un peu moins vendeur, de chômeurs déphasés en voie de réinsertion dans une société gangrénée. La quecla !

Va falloir qu’on trouve notre place dans ce bousin !

Cette histoire de costumes, c’est une image, je vous rassure. Je porte toujours les même habits qu’en voyage, le futal gris foncé et la polaire rouge, vous vous souvenez ? J’ai quand même fait l’impasse sur le t-shirt bleu, y’avait un gros risque sanitaire.

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Trop la classe cet écusson

On était content d’arriver, content de remiser les vélos, de décrocher les sacoches pour de bon et de mettre les cuisses au repos quelques temps. Mais là, un bon gros mois plus tard, rien que de l’écrire, ça me rend nostalgique et je pense à nos vieilles chaînes qui doivent s’oxyder doucement, je pense à mon pneu arrière qui doit être à plat à cause de cette crevaison lente datant du Japon, je pense au fanion d’Ophélie, tristement immobile, je pense à mes leviers de frein qui ont fait parti de mon horizon pendant 1 an et demi. C’est con de penser à des leviers de frein. Je pense à la tente, je pense au gonflage des matelas le soir, je pense à mon réchaud et sa flamme bleue, je pense à Ophélie et ses « tu t’arrêtes dès que tu vois un coin pour pisser, j’vais exploser ». Je pense qu’on aura peut-être vite envie de repartir un jour.

Oh putain !

Et enfin je pense à vous les amis followers, vous qui nous avez suivis sur ce si long voyage, vous qui attendiez fébrilement un nouvel arrivage encore tout chaud d’ « animaux de la route », vous qui avez découvert quelques pays à travers nos yeux, nos mots bancals, nos petits maux, nos coups de pédale et nos papilles, vous qui vous êtes bien marrés sur les carnets de bord de ma mère, vous qui, je l’espère, rêvez de brûler des camping-car. Et je pense même aux quelques chacals qui attendaient avec impatience qu’on choppe une gastro. C’est vrai que c’est toujours marrant un récit de gastro. Dire qu’on n’en a pas eu cette fois… quelle tristesse.

On vous doit donc bien un dernier article pour clore cette aventure, on va quand même pas vous laisser tomber comme des vieilles chaussettes merino trouées. Putain, France-Japon-France ! Si on nous avait dit qu’on ferait ça un jour…


  • 10/10/17  Chantilly – Cuignières = 38 km / +275m

Après la ripaille, les Ripailles

Les Ripailles, c’est le nom du rond-point le plus dangereux du monde, il est à la sortie de Chantilly. Il est à 2 voies, sur le tracé de la nationale, direction la grosse verrue de zone commerciale de St Maximin, le genre d’endroit que les corbeaux survolent à l’envers et que je ferais sauter en premier si j’avais un drône pacificateur américain (en 2nd ça serait Paris-Nord 2, en 3eme l’usine des 1000 vaches et en 4ème, pour le fun, le bar de Plus belle la vie). En voiture, ce rond point se prend tranquillement en 3eme vitesse et même en 4eme pour les plus joueurs. Le virage est incliné, un peu comme dans les circuits de Nascar. Franchement, même avec un Doblo ça passe crème à 70 km/h.

Ce rond-point, c’est un peu une légende dans le monde souriant du BTP car c’est peut-être bien le premier « carrefour à l’anglaise » de France, construit au début des années 70 et ouvrant la voie au délire giratoire de tout le pays.

A vélo, c’est chaud patate et faut s’imposer cash pistache, en plein milieu, car faut prendre la sortie à gauche, donc faire le 3/4 du tour. C’est un très bon entraînement pour ceux qui veulent rouler un jour dans Teheran. Voilà pour l’échauffement, ensuite on passe devant une décharge à ciel ouvert, traversons Creil, Nogent-sur-Oise, Cauffry et commençons enfin à respirer quand la campagne reprend après Rantigny. On a des grosses envies de Scandinavie après des moments comme ça. On ne va pas très loin aujourd’hui car on s’arrête chez Pascal, islamo-gauchiste bien connu sur ce blog sous le pseudo de Frisounette. Il habite Cuignières. Cuignières, 244 habitants aucun commerce, labellisé « ville voisins vigilants et solidaires », y’a des petits panneaux super acceuillants pour le signaler. J’adore ce truc ! Ce sentiment de peur permanent ! Cette ambiance d’insécurité ! Génial ! Walking Dead !

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Pascal s’est fait brûler sa bagnole l’an dernier.

Cuignières

Cuignières. Le nom décrit bien ce petit bourg de la plaine Picarde (appelée « petite Sibérie » en hiver, càd d’octobre à fin mai) : imaginez le bruit d’une vieille porte grinçante s’ouvrant doucement sous une brise automnale humide et froide… CUUUUUIIIIIIIGNIIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEERRE.

Voilà.

Pascal nous propose purée-paupiettes pour ce soir, retour aux sources. C’est quand même toujours la misère d’enlever cette putain de ficelle autour de la paupiette, on s’en fout partout.


  • 11/10/17  Cuignières – Etrepagny = 77 km / +750m
  • 12/10/17  … – Ormes = 74 km / +605m
  • 13/10/17  … – St Pierre-sur-Dives = 88 km / +590m
  • 14/10/17  … – St Martin des Besaces = 79 km / +975m

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On repart ensemble le lendemain, Frisounoux est en congés et a donc l’honneur de nous accompagner pour le dernier bout. Il roule devant, crinière au vent, il a des cheveux magnifiques, des belles bouclettes souples et soyeuses. De loin, on dirait Marie-Antoinette en brun, c’est hypnotisant.

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Non, ce n’est pas un caniche sur sa tête, bande de moqueurs !

On empreinte les petites routes, celles en blanc ou jaune sur la carte Michelin. La routine du voyage en France s’installe tout de suite : arrêt boulangerie vers 10h, pique-nique sur les places des villages ou près des églises, remplissage des gourdes dans les cimetières, recherche du bivouac en fin d’après-midi puis apéro de temps en temps. Le voyage à vélo n’est qu’une graaaande balade à vélo.

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Le matin au bivouac…

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… faut rejoindre la route

On aurait pu faire du Warmshower mais on a préféré se faire du cyclo-camping à l’ancienne avec choix de l’itinéraire au dernier moment et des bons petits bivouacs. Surtout que le temps est au beau fixe, on a l’été indien qu’on espérait. Même les soirées sont douces.

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Et faire la vaisselle ne glace pas les mains, surtout si c’est pas les nôtres mais celles de notre soubrette à bouclette.

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On passe au nord du Vexin, ça grimpe un peu, puis dans le pays d’Auge, assez vallonné, et on arrive dans la Suisse Normande, très casse-patte.

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près de 25°C à 10h, vive le réchauffement !

Au 3eme bivouac, qui sera aussi notre dernier, on se trouve une petite rivière pas trop vaseuse, le St Graal après 3 jours sans douche. Je suis comme un dingue, une baignade mi-octobre ! Pascal me suit et je regrette encore de ne pas avoir filmé ses petits cris de chochottes quand a) il a gouté l’eau que je qualifiais de « très bonne » et b) s’est frotté aux orties en remontant.

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La fin de la suisse normande nous arrache des cris de douleur dans du 11%, on ne s’y attendait pas mais les paysages valaient bien l’effort, comme souvent.

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Le soir après une grosse étape, on galère à mort pour trouver un coin de bivouac. Cette fois, tout n’est que barbelé ou champs labourés, rien à se mettre sous la bâche. Alors on continue, on grimpe à St Martin des Besace, on est crevé,  Gégé sort du bistrot et nous dit qu’il ne manque que la TV sur nos vélos. On redescend et croisons un panneau « camping », le 1er depuis 3 jours. Tant pis pour le dernier bivouac, celui d’hier était chouette. On se pose et profitons des derniers rayons de soleil pour faire sécher les tentes, pliées complètement trempées ce matin. Une p’tite douche, une p’tite bière et un p’tit repas au réchaud. C’est le nouveau réchaud, celui qu’on a eu gratos, il est fanta… c’est une bom… je l’aime.

  • 15/10/17  St Martin des Besaces – Chanteloup = 60 km / +620m
  • 16/10/17  … – Monmartin-sur-Mer = 16 km
  • 17/10/17  … – Ferme de St Ursin = 33 km / +400m

On se fait une séance de montagne russe en ligne droite. La moitié des bleds qu’on traverse depuis ces derniers jours ont un nom de fromage ou de laiterie. On est accueilli le soir par un cousin d’Ophélie et une averse tombe juste quand on rentre les vélos. Bon timing. Merci Roland et Marie.

Le lendemain, toute petite étape pour rejoindre Montmartin-Sur-Mer et ce qu’on pourrait appeler un rendez-vous professionnel. Les Panardos ne perdent pas de temps, ils cherchent du taf en voyageant. Les vélos et le parcours impressionnent beaucoup, c’est vendeur, même pas besoin de mettre un costard, on peut y aller en mode Quechua crado et les godasses Shimano, ça passe ! L’après-midi, le ciel se voile et devient jaune-gris. Les lampadaires s’allument automatiquement, le vent redouble, les oiseaux cessent de chanter, ambiance fin du monde. Il s’agit en fait d’une mini-tempête charriant du sable du Sahara. Est-ce la pacha mama qui nous envoie un message au cas où on ne saurait pas où pédaler dans le futur ?

Le soir, les parents d’Ophélie nous rejoignent avec de quoi nourrir toute la ville et on fait un festin sous l’éclairage si romantique des lampes à LED. Le camping est vide, il n’y a que nous. C’est d’ailleurs le moins cher de tout le voyage : 4 € pour 3 personnes et 2 tentes.

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regardez bien, il n’y a aucune vitamine sur cette table

Le lendemain, on se bouffe au moins 8000 raidillons avant d’arriver à la Ferme de St Ursin. Y’avait que 33 km mais on les a bien sentis.

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Nous sommes acceuillis chez nos amis Manu, Hélène, Malo et Léo, la Fameuhly. Ils étaient là avant notre départ aux Amériques, on était là quand ils sont revenus de leur tour d’Europe en famille (à vélo, dois-je préciser ?), on était ensemble pour la projection de nos films au festival CCI de 2015. Le courant passe pas trop mal.

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Ils se sont lancé avec courage dans le maraîchage biologique, vendant tout après leur voyage pour s’installer sur une belle ferme, faire pousser des trucs moches et bons qui n’enrichissent pas Monsanto et fabriquer un Agrozouk, un engin agricole écolo qui fait passer nos Azub pour des trottinettes Dora l’exploratrice.

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Du coup le soir, on fait le plein de bon légumes… euh… quoi que… en fait… non, on a juste mangé des patates car c’est tout de même ce qui va le mieux pour la raclette !!! Y’avait des cornichons aussi je crois, des Bonduelles.

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On passe la nuit au chaud et repartons pas très vaillant pour la dernière étape !! Malo et Manu sont morts de rire, je vérifie si j’ai bien fermé ma braguette mais non c’est pas ça. Ils ont accrochés une petite surprise sur mon vélo.

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Elle s’appelle Chuckette 2, elle est pas mal mais elle a quand même moins de charme que ma petite Chuckette d’Ouzbekistan.

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Chuckette n’a jamais bien compris le principe du clien d’oeil

Donc où en étais-je… oui, dernière étape donc.

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Et puis non finalement. On boucle rapidement les 34 km pour rejoindre la maison des parents d’Ophélie à Céaux, mais on a trop la flemme de repartir faire un aller-retour au Mont. Le voyage durera un jour de plus ! De toute façon, la mère d’Ophélie nous avait fait des saucisses grillées à la cheminée et une montagne de frite, donc impossible de repartir, on arrivait à peine à marcher après ça.

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Et hop, de retour au bercail

19 octobre, on remonte sur les vélos avec toutes les sacoches, avec les même vêtements, sinon ça compte pas. Il fait un temps dégueux. Le voyage est presque fini depuis qu’on est en France mais il ne le sera complètement qu’arrivé au Mont, c’est symbolique, c’est pour la photo. Mais c’est aussi pour la biscuiterie et ses cookies chocolat noir-caramel au beurre salé, une tuerie.

Ophélie dit souvent qu’elle habite au Mont St Michel, c’est plus pratique, peu de gens connaissent Céaux, même à 5 km de Céaux. Au Japon, c’était la star, moi je disais que j’habitais Paris, ils s’en foutaient. Bref, à force moi je voyais Céaux juste à côté du Mont, mais en fait y’a 14 bornes ! Je le savais mais j’avais oublié. Alors vous allez dire que c’est rien 14 bornes quand t’en as fait plus de 24 000 mais, si, ça compte quand t’as plus la giclette et que tu sens que ton corps est fatigué. On se sent un peu usés avec Ophélie, comme quand on était rentré des Amériques. C’est une histoire de mental, faudrait qu’on s’abonne à Psychologie magazine pour bien tout comprendre. Peut-être qu’on trouverait aussi des réponses aux 2 grands mystères de ce voyage :

  1. Pourquoi a-t’on envie de pomme-de-terre quand y’en a pas et pourquoi on rêve de riz asiatique dès qu’on retrouve les patates ?
  2. Pourquoi reniflons-nous nos t-shirt en sachant très bien que ça pue ?

Bon, 14 bornes toutes plates, ça va vite et nous voilà sur la passerelle dont l’accès est autorisé aux vélos en semaine. Ça y est, c’est fini, nous voilà au bout du voyage. Pas de grosses grosses émotions, on est rentré en douceur, on a fait un beau voyage, on est contents d’être arrivés, on repartira si le besoin, impérieux, nous reprend un jour comme une furieuse envie de pisser en bord de route. Ça vérifie le vieil adage et ces proverbes de powerpoint disant que le chemin est bien plus important que la destination. J’en ai trouvé plein sur le net !

« Les routes qui ne disent pas le pays de leur destination, sont les routes aimées. » – René Char

« De nouvelles routes bien tracées, pour aller toujours plus loin nulle part. » – Emile Ajar

« Je ne me demande pas où mènent les routes ; c’est pour le trajet que je pars. » – Anne Hébert

Celle de Thoreau est la meilleure

« J’ai la nostalgie d’une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes… une route qui conduise aux confins de la terre… où l’esprit est libre… » –  Henry David Thoreau

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On met 3 plombes à sortir des photos à peine potables, la lumière est affreuse et Pascal a la tremblotte quand il tient l’appareil. Faut le comprendre, le mec est ému, il immortalise ses héros sur la ligne d’arrivée. 5 minutes plus tard, le ciel se dégage et un rayon de soleil viendra sublimer le Mont. Mais on sera déjà loin, à la biscuiterie.

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Putain, France-Japon-France ! Si on nous avait dit qu’on ferait ça un jour… (z’avez vu, c’est un p’tit rappel de l’introduction. C’est génial, on dirait du Marc Lévy). Si on nous avait dit ça alors qu’on partait la première fois tout les deux en 2005, à vélo droit, le cul en choux-fleur après 2 jours sur la selle, les jambes explosées dès la 3eme colline, complètement flippés la nuit à cause des sangliers, des hérissons et des feuilles mortes, avec nos p’tit K-Way roulés en boule à la ceinture (véridique), les matelas de merde qui nous défonçaient le dos, la tente à 99 € qu’on avait trouvé hors de prix, nos sacoches en tissus (étanche de l’intérieur uniquement), notre petit réchaud Bleuet, nos pâtes 3 minutes et notre couscous en boîte (celui où tu peux manger les os de poulet). C’était la grande aventure ! 1 mois – 2000 km du Mont-St-Michel à Hendaye ! C’était génial ! Ophélie avait des crampes aux cuisses la nuit et moi des frottements mal placés parce que je pédalais en short de bain (le style d’abord). Si on nous avait dit ça, on aurait rigolé, un peu gênés, on aurait dit  » non non non, impossible, on n’a que 5 semaines de congés, ça fait short pour un France-Japon. Et puis c’est pas pour nous, on n’est pas des aventuriers, on n’est pas capable, on n’osera pas, ça nous fait rêver mais c’est pas pour nous. Faut bosser, faut acheter une bagnole, une maison, puis bosser encore pour rembourser, c’est la vie, c’est comme ça. C’est pour les durs, les courageux, les dingues, les fortiches, ceux qui nous font baver au festival CCI et dans Carnet d’Aventure, c’est pour Claude Marthaler, Serge Leret, Sylvain Tesson et Matthieu Monceau. Denis Brogniart ou Gérard Holtz à la limite « . Et quelques années plus tard, nous voilà avec plus de 60 000 km au compteur, des souvenirs dans 33 pays et des genoux qui en redemandent.

Alors vous allez dire que j’me la raconte à mort et j’vous répondrais  » Mais grave Gustave ! Et si on peut pas se la péter après un France-Japon-France à vélo, j’vois pas quand on peut, crotte de zut ! »

Plus sérieusement, c’est pour dire que – attention, message d’espoir digne d’un discours de Miss France – tout ce qu’on a fait, n’importe qui en bonne santé, pas trop vieux et pas trop pauvre peut le réaliser. Ce France-Japon-France, cette année sabbatique aux Amériques, tout ces kilomètres, toutes ces montagnes, toutes ces frontières, c’est pas un exploit, c’est pas héroïque. Le plus dur est de partir, de s’écarter de la société, de bouleverser ses repères, de se sentir d’un coup très différent. Ensuite, bah c’est du vélo, ça roule. Et le camping, c’est chouette (sauf quand il pleut, là j’avoue c’est tout pourri) et souvent magique quand on trouve LE spot de bivouac, celui avec de l’herbe rase, un point d’eau, un arc en ciel et des petits chiots qui viennent te lécher les orteils. Et les gens sont presque tous sympas, même les musulmans, les chinois, les chinois musulmans, et les ardennais. Porter le même t-shirt pendant 6 jours, c’est pas la mort, sauf sous les bras. Se laver dans une rivière vaseuse, on s’y fait bien, perso j’adore. Manger du porridge au p’tit dej, c’est pas si dure. Oui, on a découvert qu’on peut survivre sans un grille-pain et du beurre salé, c’est incroyable, je sais. Et rouler sur un vélo de 40 ou 50 kg, ça s’oublie, on transporte notre liberté, c’est pas si lourd. Et se passer de lessive pendant 1 semaine… heu nan, ça c’est vraiment pas possible, désolé.

C’est tellement simple la vie avec un vélo et 4 sacoches.

Voilà, c’est fini, oh putain.

Je passe maintenant en mode Drucker et m’offre une ultime…roulements de tambour…allumez les feux d’artifice…enlevez vos vêtements…préparez les chatons et les catapultes… LIIIIIIIIIIISTE A PUUUUUUUCE !! oh que c’est bon, ça faisait un bail non ?

  • Merci de nous avoir suivi. Un p’tit merci tout de même car c’était gratos et vachement mieux que Joséphine ange-gardien. Franchement… une naine extra-terrestre…
  • Merci aux abris-bus, aux aires de repos, aux tables de pique-nique, au vent dans le dos, aux chiottes publiques, aux coins d’herbe à l’ombre, aux fontaines d’eau potable, au soleil, aux robinets des cimetières, aux champs sans barrières, aux bords de rivière et à tout ces petits riens qui rendent la vie nomade facile. Oui parce que, bon, hein, c’était pas tous les jours les vacances non plus. Sauf au Japon.
  • Un GRAND merci à ceux et celles qui ont pris le temps de commenter ou de nous envoyer un message de temps en temps. Ça fout la giclette des petits mots sympas. On avait parfois besoin qu’on nous rappelle que notre voyage était formidable. Oui parce que, bon, hein, c’était pas tous les jours les vacances non plus.
  • Un ENORME merci aux followers qui ont commenté régulièrement. Certains le savent déjà mais ces petits mots d’encouragements, ces vannes et cet enthousiasme communicatif font un bien fou quand on est loin de chez soi et qu’il faut mettre à jour ce putain de blog avec une connexion wifi foireuse et un clavier bizarre. Donc merci les amis, merci Béa, Pierrot, Papa, Calamity Mum, Lapin 2, les Transatos Alice et Benoît, Louison, Damien, Coco et Michel, JB et Catherine, Jacky et Michel, VeloSteph, Zwoofff, les Cyclomigratos, Danny et Fred, Frisounette, les Pisseuses Debout, Sebaroudeur, Chef C-Moye, Alain G, Tata Michèle et tout ceux que j’aurais oublié (ou qui n’ont plus commenté depuis longtemps, niarf niarf niarf).
  • Un merci TONITRUANT à ceux qui nous ont accueillis. Ça a toujours été surprenant cette chaleur humaine, impossible de s’en lasser. On garde des souvenirs émus de chaque rencontre, que ce soit dans une doma Ouzbèke autour d’un thé ou juste à côté d’une centrale nucléaire belge, autour d’une Jupiler, forcément. Merci merci merci.

Et pour finir en poésie, un dernier chef-d’oeuvre audiovisuel. Oh putain, de la poésie.

Les Panardos

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La France de Kamini en catimini

 

J 549 à  553 / de Signy l’Abbaye à …

  • du 05 au 10 octobre
  • 3 étapes
  • 280 km
  • un changement de dernière minute

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Les Terr’Ailleurs ont eu la chance d’admirer 2 Panardos en mode repos : la femelle plutôt dynamique s’affairant aux fourneaux et le mâle, pitoyable, vautré dans le canapé et répétant en boucle « faut que j’mette à jour ce putain de blog, ça me saoule ! ». Pierrot a tout de même réussi à nous arracher de sa belle maison pour faire une balade à pied sur les crêtes. L’idée de départ était de faire un tour en vélo et on a été trop soulagé quand il a finalement opté pour la voiture + le chien. On ne voulait surtout pas lui montrer qu’on n’est pas les bêtes de course légendaires décrites dans ce blog frauduleux.  Il se fait guide touristique : « là c’est la Grande Forêt et là c’est la Petite Forêt ». Ils s’embêtent pas trop pour les noms dans les Ardennes.  C’était sympa cette balade, du coup j’ai laissé gagné Pierrot au billard et aux fléchettes, il n’a rien vu et il était si heureux, ma BA de la journée. Béa, elle, était au taf, on ne l’a pas nargué le matin, on voyait bien à sa tête qu’on risquait un coup de boule, voire même une balayette-projection.

On les quitte à regret, mais faut bien continuer et ça devenait chaud patate pour nos artères la cuisine « solide et gourmande » de Pierrot. Ce mec, c’est pire que Maïté. Quand il fait des bananes flambées, y’a pas beaucoup de banane et ça brûle pendant un p’tit quart d’heure.

05/10/2017  Signy l’Abbaye – Montrehain = 103 km / +910m

Comme toujours après avoir larvé récupéré, les jambes sont lourdes mais ça disparaît au bout de quelques kilomètres et on retrouve un semblant de giclounette. La forêt est belle, ça sent si bon les feuilles mortes qu’on en boufferait. On finit pas sortir des crêtes ardennaises et retrouver des paysages picards. Le vent se lève et nous cingle un sympathique crachin dans la face. Malgré un gros manque de motivation, les corps passent en pédalage automatique et ça roule tout seul. Les routes sont calmes, très peu de circulation mais les infrastructures cyclistes sont inexistantes. On se fait la réflexion que les cyclistes hollandais sont protégés alors qu’en France, on dit aux cyclos de se protéger : porter un casque, mettre un gilet ridicule, rouler sur le trottoir, porter une médaille de St Christophe et serrer les fesses très fort. La route, c’est pour les bagnoles !

Les choses changent doucement mais vivement que le litre d’essence passe à 2 €.

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On passe par Marly-Gaumont, tout petit bourg rendu célèbre par Kamini.

Dédicace à tous ceux qui viennent des p’tits patelins,
Ces p’tits patelins paumés pour qui personne n’a jamais rappé,
Même pas un flow,
Ces p’tits patelins paumés que même la France elle sait pas qu’ils sont là chez elle,
Les p’tits patelins paumés que personne ne connaît, même pas Jean-Pierre Pernault

On s’installe dans un magnifique abris-bus pour manger du vieux pain avec un reste de fromage, la boulangerie était fermée. Y’a des zizis dessinés sur les parois et des gens qui « nike la police » et qui fument du « chit ».

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On ne croise pas beaucoup de commerce sur ces petites routes de l’Aisne, faut vraiment avoir du bol pour tomber sur un truc ouvert quand y’a faim. Le pire a été quand un boucher-charcutier, le seul croisé dans la journée, baissait son rideau à notre passage à 12h50 -au lieu de 13h !!- alors qu’on avait un franc besoin de rillettes.

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On tombe ensuite par hasard sur l’Eurovélo 3, belle piste cyclable sous les chênes bombardeurs de gland, ancienne voie de chemin de fer, donc bien plate. Elle nous mène à Guise (prononcé Gouize, un peu comme dans guouèstouze) où nous retrouvons notre ami Arnaud et son vélomobile. Le mec est hyper calé dans plein de domaine, et particulièrement en électricité. Son engin dispose d’une assistance de 3000 watts, c’est l’équivalent de 3 micro-ondes à fond. Ouais, c’est pas très parlant un micro-onde, alors disons que c’est 15 fois plus puissant qu’un Panardos en forme. Arnaud a plein de projet comme ça, le prochain, c’est adapter un moteur de sous-marin nucléaire sur un solex. Ça va dépoter.

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Arnaud voulait absolument qu’on passe par Guise pour voir le Familistère de Godin. Notre première réaction a été « pfff, il fait chier, on a 100 bornes à faire, on n’a pas le temps de faire un détour, surtout pour un machin culturel ». En fait, c’était pas un détour et c’était une chouette découverte que cette utopie réalisée de Godin. Comme quoi les grands patrons ne sont pas tous des crapules. Enfin avant en tout cas.

On file ensuite dans la campagne picarde, le ciel se dégage et ça devient carrément beau. Oui oui oui, c’est beau la Picardie, surtout là ou y’a pas les grands champs stériles glyphosatés et retournés sur 40 cm de profondeur.C’est tendu pour les taupes dans le coin.

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Arnaud nous guide jusque chez nos hôtes warmshowers : Catherine et François, des gens formidables. Et je dis pas ça parce qu’ils risquent de lire cet article, vraiment formidables. Catherine fait pousser plein de légumes dans son potager et nous en régale le soir, Ophélie a mangé de la soupe et a trouvé ça bon, un miracle !IMG_6767 François, lui, prépare 80 kg de pain au levain chaque jour, dans sa cour. Son four est transportable et il va souvent faire saliver les gens sur des festivals. Hyper-actif le mec. Il récupère également tous les vélos qui lui passent sous le nez, je suis comme un fou en voyant ces tas de ferrailles partout, y’a plusieurs centaines de vieux biclous, de quoi faire des beaux bricolages et se la péter vintage-écolo-bobo-chemise-à-carreaux dans les quartiers chauds de Chantilly. On repassera les voir, c’est sûr.

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On passe une super soirée et on se rend compte une nouvelle fois que le monde est petit : en gribouillant dans leur livre d’or, on retrouve les Karoutchos, un couple à vélo rencontré au Tadjikistan, et également un couple de ricains qu’on avait accueilli chez nous en 2014, 2 jours avant qu’ils ne viennent chez Catherine et François. On se couche tard, même pas le temps de feuilleter les Carnets d’Aventures.

06/10/2017  Montrehain – Soissons = 84 km / +700m

Arnaud a dormi sur place  et on repart ensemble le lendemain après un long au revoir à nos hôtes.

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Mon vélo d’abord, le reste au second plan. Toujours.

La veille, en discutant, on s’est rendu compte qu’on était juste à côté de Chantilly. Ouais, on navigue au GPS en ce moment et le gros inconvénient de ce truc est qu’on n’a pas une vue globale. Du coup, on n’a pas vu qu’on était à moins de 200 bornes de la ville princière, capitale mondiale du Cheval. Alors changement de plan, on va dormir chez Arnaud près de Soissons et on fera la surprise à mes parents le lendemain. Tant pis pour Dieppe, tant pis pour la côte et tant pis pour le port du Havre. Heu non, pas tant pis pour le port du Havre, on l’a déjà fait et c’est horrible.

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L’étape est superbe, il fait beau et on assiste à la récolte de l’or picard : eu’ch bettrôves ô suc’.

 

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Arnaud est parti devant avec sa torpille et on le retrouve à 16h30 comme prévu. On est devenu trop balèze pour prévoir l’heure d’arrivée. Un p’tit goûter et je file avec lui pour essayer son fatbike, on peut rouler dans les champs, c’est sympa. Ça parait tellement léger comparé à nos Azub… mais qu’est-ce qui ne parait pas léger comparé à nos Azub à part ceux d’Alice et Benoît ? On range le vélo et je répète dans ma tête « Je n’aime pas le fatbike, je n’aime pas le fatbike, je n’aime pas le fatbike ». Voila, 1000 boules d’économisé.

Arnaud et Sandrine nous accueillent comme des rois et on élit le matelas de ce soir « meilleur matelas du voyage ». On aurait dit un truc de la NASA avec mémoire de forme.  Ils avaient aussi un canapé si moelleux qu’on a regardé M6 déco, il aurait été massant on aurait pu enchaîner avec Plus belle la vie sans problème. Valérie Damidot a toujours un soucis avec le violet, les miroirs et les bougies. On est vraiment bien reçu par nos followers, y’a pas à dire, ce blog nous fait vraiment passer pour des gens sympas. Merci encore les amis.

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Azub en force !

 

07/10/2017  Soissons – Chantilly = 93km / +700m

Le lendemain, Arnaud nous donne un petit pas de conduite pour nous mettre sur la route de Pierrefonds. C’était pas exactement sur notre chemin mais le château, la boulangerie et la charcuterie valent carrément le détour.

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Croissants aux amandes croustillant miam miam miam, une bombe calorique qui nous fera pédaler les 55 km suivant, belle prouesse.

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Vive la France

A partir de là, on connaît la route par cœur : Morienval, Béthisy-St-Pierre, Néry, Raray, Ognon, Chamant, Senlis, Avilly… et Chantilly ! C’est trop le bordel pour prendre la photo à côté du panneau de la ville alors on se contente de la bicoque médiévale derrière.

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Matez un peu cette écharpe de maire qu’on a trouvé en France juste après la frontière belge, la classe FN.

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On passe devant l’hippodrome pour le départ de la 4eme course, dépassons la pizzeria Napoli, tournons à gauche pour rejoindre le Bois-St-Denis et remontons le long de la forêt pour une arrivée furtive, autant que 2 gros vélos et 2 cyclistes en veste fluo peuvent le permettre. Billy avait pensé à plein de plans sympas pour surprendre mes parents mais ils impliquaient trop souvent un pied de biche, des cagoules, une fenêtre à changer, des tigre-bison 4, un méga-phone et 2 arrêts cardiaques en pleine nuit. Alors on l’a fait simplement et c’était mignon. Gentil garçon 1 – Billy 0.

Mes parents sont contents, mais pas au point de ne pas aller à l’apéritif dînatoire chez des voisins et on se retrouve seuls comme 2 glands dans la maison. Z’ont de la chance qu’une lessivee tournait déjà avec tous nos vêtements de vélo sinon on fuguait. Alors on prend le téléphone, on appelle 75% de nos amis (4 personnes) et allons massacrer une pizza trop petite à 13 € (au Napoli si vous avez bien suivi). On était comme des dingues de remettre des habits normaux, du genre où y’a pas marqué Quechua, du genre sans merino ni polyester ni odeurs tenaces.

  • Ophélie – 19h24 : « regarde ! Je rentre dans ce pantalon !
  • Ouais c’est un peu serré quand même
  • connard
  • J’suis bogosse avec ce jean ?
  • y’a un trou sous les couilles

Ça fait du bien de revoir les copains, ils ont bien suivi le blog et on n’a pas besoin de faire un résumé d’une histoire qui n’est même pas encore fini.

On reste ensuite 2 jours, mes parents nous ont fait l’honneur de rester avec nous pendant quelques minutes, j’ai pris des branlées à Fifa, on s’est fait une toile (Le sens de la fête, excellent) et on a mangé des fjords de Danone, enfin des fjords qu’on peut enchaîner sans pleurer ses cuisses ! Ah ah ah, humour norvégien. On reste « focused », le voyage n’est pas fini, faut pas se laisser engluer dans un confort oisif qui nous conduirait direct à la dépression, les sacoches restent prêtes au départ direction le Mont St Michel !!!

La suite au prochain épisode avec les dernières étapes, les derniers bivouacs, l’été indien et le célèbre Frisounette en guest star.

Il essaye de cacher ses cheveux avec sa main. Impossible. On dirait Carlos Valderrama en brun.

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25°C à 10h, vive le réchauffement global !