Chaleur, giclette et cannes à sucre

J 302 à 314 / de Chiang Mai aux portes du Cambodge / Fin de la Thaïlande

  • du 31/01 au 12/02/2017
  • 13 jours dont 11 sur les vélos
  • 1040 km et 3850 m de D+

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On idéalise un peu le voyage à vélo dès qu’on passe du temps loin de ce dernier. On oublie les moments durs, et heureusement sinon Ophélie n’aurait jamais voulu refaire un long voyage !! Donc un grand merci à la mémoire sélective.

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Donc, après 1 mois de vacance ludico-lapino-resto, on a très hâte de reprendre notre parenthèse nomade. Cependant, on ne dort pas très bien avant le départ, comme si notre inconscient essayait de nous envoyer des messages du genre :

  • « Vos vélos sont méga lourds
  • il va faire méga chaud
  • vous n’avez plus rien dans les jambes bande de petites crottes
  • monter la tente, gonfler les matelas, cuisiner au réchaud, replier la tente… pffffff, vous kiffez vraiment ça ?
  • les routes vont être monotones, c’est trop nul »

On se lève quand même, effaçant ces sombres idées en retrouvant la routine et nos vélos. Le Responsable d’Expédition s’est transformé en usine à morve ambulante, ça fait très bizarre d’être enrhumé sous les cocotiers, un peu comme avoir la malaria au Groenland. Je me dis que ça va vite passer, que je vais vaincre ce rhume à coup de pédale, mais je sèmerais des petits bouts de moi pendant 9 jours.

Et c’est parti pour 1000 km pour atteindre le Cambodge. L’inconscient avait raison :

  • les vélos nous paraissent très lourds. Serait-ce dû aux 2 kg de pâté et rillettes en conserve, à la nouvelle tente accusant 1 kg de plus, aux 2 pots de confitures Bonne Maman, aux 1,5 kg de pomme de terre, aux gros flacons de gel douche et lait hydratant à la vanille de Bourbon offerts par Lapin 2 ?
  • Les jambes sont fébriles. Bon, à la base, on n’est déjà pas des cyclistes puissants mais là on est au niveau de Richard Virenque. Quand il avait 5 ans.

Bref, on n’a pas la giclette.

Rigolez pas, c’est vraiment un terme cycliste. Je l’ai lu une fois dans une revue, du genre où y’a que des vélos en plastique carbone qui font bobo aux fesses, où les gars portent des trucs moulants avec des noms de banque dessus et où ils font des grands comparatifs entre des tiges de selle profilées hors de prix. Du sérieux quoi, du vrai vélo. Le titre de l’article c’était  » Comment retrouver la giclette ? »


giclette \ féminin

  1. (Cyclisme) Avancée soudaine et rapide, action de prendre de l’avant
    • « Dis papa, c’est quoi une giclette ? – Tu vois, ce coureur. Eh bien, il a beau rouler vite dans le col de la Colombière, ses copains sont toujours dans sa roue. Alors que l’autre, avec son maillot jaune, en deux coups de pédale, il assomme tout le monde. C’est ça, une giclette. — (L’Express, 22 juillet 2009)

 

Faut imaginer les discussions entre les coursiers le dimanche matin. Ballade tranquille à 38 km/h de moyenne, nord de l’Oise, mi-janvier, -8°C, que du plaisir :

  • Salut Jack, ça roule ?
  • Salut Daniels, bof, j’suis mou en ce moment, j’ai pas la giclette. Et toi ?
  • Moi ? je giclette à mort !! J’appuie un peu et ça part d’un coup ! Par contre ma nouvelle selle titane/carbone me ruine les fesses, j’ai l’impression d’avoir le cul en choux-fleur. Faudrait peut-être que je remette l’ancienne mais elle fait 17 grammes de plus, une enclume !
  • Je te mettrais de la crème ce soir et tu m’expliqueras comment retrouver la giclette, d’accord ?
  • Ouais, génial ! Bon, j’te laisse ma couille, j’ai une montée de giclette là !
  • Vas-y, envoie la purée !

 

On sort de Chiang Mai par des petites routes mais devons ensuite prendre un plus gros axe. En début d’après-midi, le thermomètre dépasse les 30°C et on passe plus d’une 1h30 à grimper vent de face en compagnie de plein de camions. Un régal. La morve coule à flot, mes nouvelles chaussures de vélo me font un mal de chien, la reprise est rude.img_0172

Après la descente, on arrive finalement assez tôt chez Wichai, hôte warmshower contacté la veille. On est bien content d’être au frais et de pouvoir discuter avec lui en anglais, en buvant des litres d’eau.img_0177

Il n’a pas l’air d’avoir prévu de nous faire à manger mais c’est pas grave car on prend d’assaut sa cuisine pour lancer une opération patates, celles que j’ai trimballé toute la journée, avec la poêle toute neuve qu’on a acheté exprès pour ça. Fini la vaillante poêle inox de camping qu’on a cabossé si longtemps, on est passé au niveau au-dessus : 28 cm, bords hauts et revêtement anti-adhésif qui donne le cancer. La même que chez vous en fait, j’ai juste dû découper un bout du manche pour qu’elle rentre dans la sacoche. A nous les patates sautées, les crêpes et les œufs au plat qui n’accrochent pas !

On se fait un super repas français avec de la salade verte, du saucisson (merci Maman mais il commençait à avoir des champignons) et des yaourts trouvés à la superette d’à côté. Wichai apprécie, certainement plus le geste que les saveurs, très fades pour son palais Thaï.

Après une bonne nuit, on reprend les vélos pour une étape monstrueuse. Grimpettes, chaleur, rhume, la totale. Ophélie prend la tête dans les côtes, zéro giclette le Fred. Le soir, on tente timidement de camper dans un temple, mais c’est un site touristique payant et on se fait refouler pour la 1ere fois. Attention le Bouddhisme ! T’es la seule religion pour laquelle j’ai un semblant de respect, ne gâche pas tout ! Premier et dernier avertissement !img_0191

On continue un peu et nous écroulons dans un gouèstouze, tant mieux, pas la force de camper ce soir de toute façon. Il m’en reste juste un peu pour faire chauffer un super rosty tout prêt sur notre poêle 2.0 et étaler des rillettes de canard sur du pain de mie. Elles ont chauffé toute la journée dans les sacoches, faut avoir faim.

Le lendemain, on décide de ne rouler que le matin et posons les sacoches dans la grande ville suivante pour un après-midi de repos. Ophélie est contente, y’a des machines à laver juste à côté de l’hôtel. Fred est content, y’a la climatisation et un p’tit dej’ à volonté. J’aurais 3 fois de la volonté pour le délicieux porridge thaï (soupe de riz avec un peu de viande, des herbes, de l’ail séchée et de la sauce soja).img_0195

On enchaîne ensuite avec une longue étape ultra plate. Pas de difficulté hormis ce soleil de plomb et les 35°C à l’ombre. Ophélie fait une énorme crise d’urticaire aux cuisses qui nous oblige à faire une nouvelle nuit dans une guesthouse. Soirée bière – biafine, hydratation du corps, apaisement de la peau. Et vice-versa.

Ophélie – 3 février 2017 – 17h36 – sur facebook :  » Oh regarde, y’a un oiseau qui fait du snowboard sur un couvercle de margarine ! »

Début d’hypoglycémie suite à une étape caniculaire, je ne sanctionne pas. Mais j’aurais dû.

Le lendemain, on vise la prochaine grande ville à 130 km. Les paysages sont assez monotones depuis qu’on a quitté Chiang Mai, rizières, palmiers et cannes à sucre, donc on trace. Il n’y a rien d’autre à faire que de rouler, la chaleur n’invitant pas à prendre son temps et à flâner. Ça peut paraître sans intérêt mais on prend de plus en plus de plaisir à enchaîner ces étapes, on accepte l’ennui, on s’habitue à la chaleur, la route nous hypnotise, les bornes défilent, on pédale, on avance, on voyage. La giclette revient !

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Sur la route, on croise avec joie un camion vendant du jus de canne à sucre frais. A tomber par terre. Mieux qu’un coca, et moins cher. Nous sommes en pleine période de récolte, nous en croiserons beaucoup par la suite. Très bon pour la giclette.

Durant cette pause, Ophélie finit un vieux tube de crème solaire et entame celui que nous a laissé ma mère : une crème bio sans nano-particules et qui ne tue pas les petits poissons dans l’eau. Elle laisse sur la peau une belle couche blanche tirant sur le violet, magnifique, Ophélie ressemble à un vampire de Twilight.img_0203

Au bout de 135 km, nous sommes à Nakhon Sawan, il est assez tôt et on fait le tour des guesthouses. On compte y rester 2 nuits pour souffler, donc on fait les fines bouches. Mais la ville est moche, trop grande, les guesthouses n’ont pas de charme et sont chers. On passe devant une boîte de nuit au nom poétique : « Bitch ». Allé, zou, on se casse et poussons jusqu’au bled suivant. Paf, nouveau record pour ce voyage avec 147 km au compteur, un grand merci au vent dans le dos.

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Ophélie nous trouve un logement charmant dans une petite ville-rue comme on aime. Petit déj’ inclus, machine à laver juste à côté, marché de fruits et légumes le matin, au top.

On passe la journée au frais, loin de ce soleil brutal. On est en forme, on repart le lendemain. Sauf qu’au matin, Ophélie a mal à la gorges =====>>> ALERTE !! ALERTE !! Elle soupçonne un début de sinusite. Si c’est ça, elle risque d’être cloué au lit pendant 3 jours façon Exorciste, avec des mouchoirs partout autour d’elle et une tête de cadavre m’accusant de lui avoir refiler mon rhume, en pire. On décide donc de rester une nuit de plus et Ophélie tape dans la boîte de médicament pour enrayer tout ça rapidement. Et ça marche, ça va mieux le lendemain, on peut repartir. C’était sûrement la climatisation qui lui avait chatouiller les sinus. Les Thaï ont la bonne idée de bâtir des habitations aux toits de tôles surchauffés, avec des fenêtres ne s’ouvrant pas et sans même un ventilateur. Donc obligé de faire tourner la climatisation.

On enchaîne ensuite des étapes assez semblables : route, chaleur et cannes à sucre, toujours.

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On ne se moque pas du chapeau svp

On passe 2 nuits en tente dans des temples. Dans le 1er, les moines se montrent très curieux et nous posent plein de question avec leurs quelques mots d’anglais. On leur montre les cartes, le parcours, le réchaud… Et pendant toute la soirée, ils viendront nous apporter des trucs qu’on refusera en vain : pack d’eau, coca, lait de soja en poudre, nouilles chinoises, papier WC… On laissera tout avec un petit billet en repartant le matin (sauf le coca et le PQ, faut pas déconner).

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Dans le second, les moines sont distants et mornes. Il fait une chaleur à crever, on a eu du 37°C à l’ombre sur la route (sans ombre) et il fait toujours 33°C quand le soleil se couche, avec un vent brûlant. Même l’eau des sanitaires est chaude. Les toilettes de ce temples sont les plus glauques qu’on ait vu.

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Vous vous dites sûrement « bah non, ça va, c’est plutôt propre et y’a même un chien qui fait dodo ». Sauf que le chien est mort et je crois m’y connaitre assez en bête crevée pour dire que c’est super récent. Mort de chaud le clebs ! Pas étonnant ! Ça tapait tellement ce jour là qu’une rustine de la roue avant d’Ophélie s’est décollée ! Un drame (je parle de la rustine).

Ah, au fait, en parlant de chien. On a croisé le plus obéissant du monde, celui qui donne vraiment la papatte quand on lui demande. Entièrement.img_0182

J’ai la photo du reste du corps mais c’est vraiment hard. Je veux bien la mettre en ligne seulement si 10 followers différents me le demandent.

On ne dort pas bien avec cette chaleur  et stoppons le lendemain dans un motel dès 14h après 70 km, Ophélie est KO. Les Thaï sont toujours adorables sur la route, on nous offre des bouteilles d’eau fraîche, des biscuits et des bananes. La crème solaire d’Ophélie attire la pitié, c’est génial.

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Levé de soleil. Il fera 30°C dès 9h

Après une autre nuit en temple et une en guesthouse, voici déjà notre dernière étape en Thaïlande. Le pays nous retient, pas seulement à cause du vent de face qu’on se prend depuis 3 jours. On sait que ça sera moins confortable ensuite, car ce pays offre beaucoup de choses rendant le voyage à vélo facile :

  • des cafés partout. On avait pris l’habitude de s’arrêter vers 10-11h pour un café noir pour Ophélie et un café Fast & Furious pour moi, qu’on pourrait renommer café giclette du coup, la garantie d’une patate d’enfer pendant 20 à 30 km. La recette : 3 càc de Nescafé, du sirop de canne, du lait concentré sucré, un peu d’eau et plein de glaçons. Une fois avalé, faut vite se mettre à pédaler pour éviter la crise d’épilepsie.img_0224
  • des distributeurs d’eau filtrée partout permettant de faire le plein pour quelques centimes
  • des restaurants partout, ouverts du levé au coucher du soleil. Prix moyen : 2 à 3 € pour nous deux avec des boissons.
  • des gens gentils, souriants, serviables, honnêtes. Comme dans la grande majorité des pays finalement, mais en +++.
  • Et les temples évidemment. Très nombreux, accueillants, souvent très jolis, parfaits pour camper au calme après une bonne douche. On s’endort bien au son des prières bouddhistes. Un peu moins quand leurs sales clébards hurlent à la lune.
  • De nombreuses guesthouses, mais pas données tout de même (entre 7 et 14 € pour 2 sans petit dej généralement). Certains disent qu’il n’est pas nécessaire de trimballer une tente, des matelas et un réchaud en Asie du sud-est; nous ne sommes pas de cet avis.

Donc dernière étape, nous sommes très content d’avoir passé tant de temps dans ce beau pays, on ne pensait pas s’y plaire autant. C’était pas la grande aventure des « stan » mais c’était chouette. Le vent souffle très fort aujourd’hui et rend notre étape pénible, même si les paysages sont bien plus sympa qu’auparavant.

Le soir, on a à cœur de finir notre séjour dans ce pays comme il a commencé : dans un temple. Et on en trouve un magnifique avec une pelouse de rêve.

img_0261Les moines font leur prières, les chiens se taisent, on se fait une bonne omelette dans la poêle magique, la température chute à 15°C pendant la nuit et nous sommes réveillés en douceur par la cloche de 6h15.

Le Cambodge est à 20 km et on a une patate d’enfer qui nous fera avaler 143 km le lendemain. Giclette’s power !!!p1110745

A bientôt pour la suite.

Dernier petit point : le Marathon Plus, c’est de la daube. Celui d’Ophélie a lâché au bout de 11500 km à cause de la carcasse interne qui se détériorait et formait une hernie. Et le mien vient de lâcher également 1000 km plus tard à cause des flancs qui se déchiraient lentement. Dommage, les bandes de roulement étaient nickels et pouvaient tenir facilement 20 000 km.

D’expérience, les Marathon classiques durent plus longtemps et ne crèvent pas plus, tout en étant plus légers et beaucoup moins chers.

Voilà, tout le monde s’en fout mais ça me fait du bien de l’écrire.

Laos – 700 km en 7 minutes

 

La Direction ayant bien trop généreusement accordé un arrêt maladie à sa seule meilleure employée, la Panardos Adelantes Firma (PAF) a dû suspendre ses activités durant une journée. Les pertes étant colossale, on parle d’environ 90 km de déficit net, la Direction a immédiatement tenu une réunion de crise afin de limiter au maximum cette baisse de productivité qui ne sera certainement pas du goût des quelques 430 actionnaires du groupe.

Ainsi, derechef, un pôle Création/Communication a été mis sur pied. Manquant de personnel, c’est le Directeur lui-même qui a dû s’y coller, s’éclatant les yeux sur le putain d’écran 10 pouces de son netbook pourrave de fonction.

Bien cordialement.

PS : le choix de la musique peut vous paraître étrange, enfin sauf pour ceux qui ont trouvé logique de mettre du WhatFor sur les images du Tadjikistan. Mais sachez que cette ballade de John Denver est extrêmement populaire au Laos ainsi qu’en Thaïlande, on l’a souvent entendu et elle fait sûrement un carton dans les karaokés. Enfin, la Direction adooooore cette chanson; c’est le genre de truc qui donne envie de rouler des heures sur des routes de campagne au volant guidon d’un bon vieux Ford Ranger 12 cylindres avec fusil à pompe sur la banquette arrière et drapeau confédéré flottant au vent Azub.