Les Pieds au Japon – premiers pas

 

J 365 à 374 / Shanghai – Osaka – île de Shikoku

  • du 04 au 06/04 Shanghai – Osaka = 48h de bateau + 70 km à vélo
  • du 06 au 11/04 Osaka = chez Emi & Koji
  • 12/04/17 Osaka – Tokushima (Shikoku) = 76 km

 

On part tranquillement de notre hôtel à Shanghai, les sacoches débordant de bouffe. L’excuse est que c’est plus cher au Japon mais la vérité, c’est que ça nous rassure d’avoir plein de cochonneries d’avance. Instinct de survie.

L’embarquement dans le ferry se passe sans accroc, le personnel japonais est aux petits soins et nous donne déjà un aperçu de leur savoir-vivre. Dans la salle d’attente, avant de monter à bord, on voit arriver un couple : dreadlocks, sweat à capuche, piercings et tatouages. Ouais, un peu comme des punks à chien mais sans chien ni 8-6. Donc juste des punks. JD et Hélène, français, anarchistes, saisonniers ayant passé pas mal d’année en camion, passionnants. J’adore ces gens qui n’ont pas hésité à vivre autrement, loin du conformisme et de la normalité, qui sont très épanouis et ont la tête sur les épaules malgré leur apparence, ou plutôt malgré les clichés et les idées reçu à la con liés à leur apparence. On sympathise tout de suite et parlons de nos voyages, ils sont sur la route depuis 18 mois pour un périple de 3 ans au total, ils font du stop, espèrent choper un cargo ou un voilier pour rejoindre les Amériques, essayant d’éviter l’avion au maximum. Hélène trimballe un accordéon et JD une guitare, ils forment le Trop Super Orchestra.

L’ancien groupe de JD s’appelle Un doigt dans ta sœur, j’adhère tout de suite mais ils n’avaient aucune chance de passer chez Drucker ou à la fête de la musique de Senlis (entre les chanteurs grégoriens et la chorale hitlerienne des petits catholiques blonds aux yeux bleus).

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Nous sommes seulement une douzaine de passager sur une capacité de plus de 200, autant que le personnel de bord. Génial, on est comme à la maison avec une cabine de 4 et un mini-salon rien que pour nous 2. JD et Hélène ont celle d’à côté, donc tout s’enchaîne et on se retrouve très vite autour du rosé et des cacahuètes pour fêter nos 1 an de voyage.

La traversée dure 48h mais on serait bien resté le double tellement c’était relax et les matelas confortables. Entre 2 repas et la sieste, on fait des mots fléchés, on bouquine et on mate un chef-d’œuvre de Luc Besson sur la teloche de la réception : Banlieue 13. On peut bien se foutre des films de Jacky Chan après ça mais ça faisait du bien de voir un truc en français.

A l’arrivée, on a le droit à une fouille intégrale des sacoches. Les douaniers japonais sont adorables, ils demandent s’ils peuvent ouvrir ça et regarder là et veulent ensuite ranger eux-même ce qu’ils ont inspecter. L’un d’eux me demande s’il peut me fouiller et n’arrête pas de s’excuser en faisant des courbettes. Il veut voir dans mes chaussures (bonne chance) et me propose des pantoufles en attendant (10 secondes). Et après on papote sur le voyage pendant que JD et Hélène ont le droit a une fouille poussée dans une autre pièce. Forcément, quand tu dis tatouages, dreadlocks et piercing, tu penses cocaïne et marijuana. La guitare passe même au rayon X.

On dit au revoir à nos nouveaux amis et partons pour une grosse mission VISA RUSSE. Ils est 10h30, nous sommes au sud d’Osaka, le consulat est au nord à 32 km, on n’est pas du tout motivé, Ophélie à la morve au nez mais faut déposer le dossier au plus vite.

Rouler dans une grande ville ici n’est pas du tout aussi agréable qu’en Chine : les voies sont plus étroites, il y a plus de voiture et les pistes cyclables, bien que très nombreuses, sont sur de larges trottoirs, donc pas hyper roulantes. Bon, on fait avec, on roule finalement sur la route, mais le truc affreux, c’est les feux rouges : tout les 300 à 500 mètres, on démarre, on stoppe, on démarre, on stoppe… pénible sur un vélo chargé. On a fait le calcul que sur les 67 km parcouru ce jour-là, on s’est tapé pas moins de 150 feux rouges, et 2 ou 3 averses dégueulasses.

Les japonais montrent une patience inébranlable et s’arrêtent à chaque fois, que ça soit au volant d’une voiture, à pied ou à vélo. Nous on feinte un peu en montant sur le trottoir quand le feu est rouge. On se dit que c’est moins grave de griller un feu rouge piéton.

On imagine un automobiliste parisien dans de telles conditions, le gars déjà un peu en permanence sur les nerfs à la base parce que bon, il habite Paris dans un 30m2 à 1000 € par mois dans un quartier de merde qui sent le Big Mac et les pots d’échappement, et qu’il a payé son café 2€ et que le PSG a pris une branlée la veille. Ah non, pardon, cette dernière remarque n’est plus valable depuis quelques années. Donc disons que le gars est pour l’OM.

Bref le mec est dans sa voiture, il écoute Jean-Jacques Bourdin, il est bien vénère et vl’à qu’il est télé-transporté à Osaka et qu’il se tape ces putains de feux rouges tout les 500m pendant 30 km.

Je crois qu’il commence à fredonner Elona Gay au bout de 2 minutes et qu’il ne s’en passera pas 10 avant qu’il pense sérieusement à Elona Gay, YAAAAAA !!!!maxresdefault

Dans tout ça, on découvre quand même un peu le Japon. C’est propre, carré, neuf, c’est plein de petites voitures, c’est calme, organisé, c’est poli, précis, radioactif, moderne et traditionnel à la fois, c’est gentil, plein de cerisiers en fleur, c’est le summum du civisme. A l’heure où je tape ces lignes, ça fait 10 jours qu’on est dans le pays et on a entendu un seul coup de klaxon, un truc tout mignon qui sortait d’un camion nous remerciant de l’avoir laissé passer.

Le Japon ressemble pas mal à l’image qu’on en avait : celles des mangas, Nicky Larsson, Ranma 1/2, Saylor Moon, Olive & Tom, Juliette je t’aime, Jeanne et Serge, Lucie amour et rock’n’roll, Cat’s Eyes…

Merci le Club Dorothée.

Aucune ressemblance avec Ken le survivant en revanche. Quel dommage, moi qui rêvait d’apprendre le secret des points de pression qui font exploser des têtes.

On croise énormément de vélos, ça fait plaisir. Des vélos comme j’aime, utilitaires : pour aller bosser, pour faire les courses et pour emmener les mioches à l’école.

On croise aussi beaucoup de travailleurs : costumes et mines sombres, attaché-case, chaussures propres, bienvenu à Gattaca. On sent les mecs qui vont s’éclater dans des bureaux open-space, sur des chantiers Kaysen, à pondre des nouvelles normes qualité qui feront chier tout le monde en France, à faire des super graphiques et des réunions où faut être très très sérieux et dire oui à son boss.

Les japonais sont consciencieux et donnent de l’importance à chaque gestes, ça se vérifiera partout : du gars qui balaie le trottoir au chauffeur de bus en passant par la caissière du Mc Do (oui, on a craqué une fois, ça ne se reproduira plus. On avait vraiment trop la dalle).

On arrive bien entamé au consulat russe, on a à moitié la crève depuis le train pour Shanghai, sûrement la grippe ferroviaire qui nous avait déjà frappé quand on l’avait pris pour Chengdu . Le consulat, je vais vous le faire en chanson. Alice m’a dit un jour que la chanson du ptit chat était mon tube. Mais je ne veux pas être l’homme d’un tube, je ne veux pas être la Cindy Sanders du voyage à vélo. Donc :

*** Sur l’air de l’agence tout risque ***

Agence-tous-risques_width1024

Le visa ruuuusse, c’est vraiment

un truc relou, mais moins qu’en Iraaan

Les documeeeents, tous payants

Et un planniiing, obligatoirement

Le consulaaaat , comme au KGB

2 m carrééééé, une porte blindée

La secrétaiiiire, le store baissé

Et le consuuuul, l’air très énervé

Les joues tavelées, le costard Aldiii

Il perd patience, face à une Barbie

Des formulaires, elle remplit

Mais elle se gourre, elle a 2 d’QI

Notre tour vieeent, finalement

Et rien ne manque, ouf de soulagement

A dans 5 jours, m’sieur l’consul

Si pas d’visa, j’te jure que j’t’enc…

Les Panardos, c’est vraiment

Trop des bogosses, au pays du levant

C’putain d’visa, ils l’ont eu

Sans avoir eu, à défoncer un c..

Dernier visa, du voyaaaage

Jusqu’au retour, au pays du fromaaage

J’ai ajouté ce dernier couplet pour pas finir sur une note vulgaire (la sodomisation d’un haut fonctionnaire russe)

On quitte le Kremlin pour retourner dans Osaka et on se retape les 32 km d’agglomération pour retourner au sud. Feux rouges, quartiers de luxe, feux rouge, légère averse, feux rouges, ville-ville-ville, feux rouges, quartiers d’habitations, feux rouges. Osaka est la 3eme ville du pays avec 2,6 millions d’habitants, la densité de population est forte, les gens vivent les uns sur les autres comme dans une ruche et seul leur civisme peut en faire un endroit facilement vivable.

On arrive crevé chez notre hôte warmshower, à 10 km du débarcadère du ferry de ce matin, le hasard est taquin. La vache, je sais pas du tout comment on aurait fait sans un GPS ou maps me. C’est sûrement un japonais qui a inventé le GPS, le gars en avait marre de plus retrouver son logement le soir (après 14 petites heures de travail en open-space).IMG_2218

Jolie maison semi-traditionnelle avec un beau jardinet orné de pierres et de pins soigneusement taillés dégageant beaucoup de zénitude. Emi, anglophone, nous accueille avec beaucoup de chaleur et d’enthousiasme avant de nous installer dans une pièce de manga : futons posés sur un tatami, cloisons coulissantes en papier, aucun meuble. On va être super bien !!IMG_2195

Elle et son mari Koji, plein d’humour, ont voyagé pendant 3 ans et demi à vélo autour du monde à la fin des années 90. On regarde les dessins d’Emi, quelques photo de voyage, on papote beaucoup autour d’un thé, puis d’une bière. Emi s’y connait bien en hydratation, on boira 3 fois du vin ensemble. Kanpai !

Ils ont maintenant 2 enfants : Iki et Mikuni, 12 et 9 ans.

Récapitulons : Emi, Koji, Iki et Mikuni. Ouais, on dirait les Teletubbies, c’est trognon.

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Emi accepte qu’on reste 6 nuits chez elle. Pour la remercier (en nous faisant plaisir), on fera plusieurs fois à manger : crumble, mousse au chocolat, crêpes, pan-cake, spaghettis aux boulettes de viande, re-mousse au chocolat. Ça fait un carton à chaque fois. Pour les autres repas, c’est Emi qui nous gâte avec sa cuisine familiale : nouilles sautées, takoyaki, hot pot, riz… tout est bon, évidemment. Quel accueil.

Au bout de quelques jours, d’autres cyclos se joignent à nous : Andreas, suisse ayant côtoyé JD et Hélène à plusieurs reprises, puis Nick, anglais, avec qui on avait mangé un hamburger à Chengdu, il y a 6 mois. Le monde est petit, une fois de plus.

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Osaka est bien placée et nous aurions eu le temps d’aller visiter Kobe et Kyoto à la journée mais on a eu une flemme terrible, Ophélie était enrhumée, moi mal à la gorge et il faisait un temps affreux, du genre à mettre un bonnet, même à l’intérieur car les vrais maisons japonaises ne sont pas chauffées (seulement à la cuisine/salle à manger chez Emi). Alors on s’est roulé dans la sédentarité et les couettes de nos futons, savourant le quotidien d’une famille japonaise. Et les chiottes japonaises aussi, mais ça mérite un article à part.

Ophélie – le 06/04/17 – 13h37 – sortant d’un 7-Eleven :  » Le p’tit jet dans le cul, c’est trop bien ! »

Et puis Kobe, j’en avais beaucoup moins envie depuis que j’ai appris qu’un steak du fameux bœuf coûte entre 50 et 200 $.


LE JAPON, C’EST CHER SA MERE, NON ?

Les prix, parlons-en un peu car le Japon a la réputation d’être un pays extrêmement dispendieux. Pas tant que ça en fait. On fera certainement un petit comparatif mais je dirais que la nourriture est environ 20% à 30% plus cher en général. La viande et le poisson sont moins chers, c’est au niveau des fruits et légumes que ça fait mal, on a déjà vu le kilo de pommes-de-terre plus cher que le poulet, incompréhensible (y’avait des promos sur les patates de Fukushima mais elles sont vertes fluo et font 8 kg chacune). Côté resto, on peut facilement manger le midi pour 4 ou 5€ par personne, moins cher qu’en France mais tout de même bien trop pour un long voyage à vélo. Donc on fait nos emplettes et retrouvons la joie simple de piquer-niquer avec des sandwichs, une salade de soja sauce au sésame, des pommes très finement épluchées et des bonnes grosses plâtrées de pâtes le soir avec parfois du fromage. Du fromage !!!! On trouve même des jus de fruits fait avec des vrais fruits et sans aspartame, c’est génial !

On croisera des petits supermarchés ou des convenient store tout les jours, avec de quoi se faire plaisir côté réchaud, y’a du choix. Les convenient stores (magasin pratique en français, Felix Potin en ardennais) : ils sont partout, ont un ATM, du wifi gratos, une photocopieuse, une imprimante photo, de l’eau bouillante à disposition, des toilettes impeccables, des revues coquines avec des écolières de 30 ans qui montrent leur petite culotte, et de la nourriture évidemment, même si c’est un poil plus cher qu’ailleurs; mais pour des spaghettis, de la sauce tomate, des maquereaux en boîte et du pain de mie, on s’en tape de dépenser 1 € de plus. On les adore, on entre, on remplit le thermos, utilisons les toilettes et ressortons manger sur le parking sans rien acheter la plupart du temps.

L’hôtel ou la guest-house, on oublie tout de suite, comme en France, c’est hors-budget. Pas de problème, le Japon se prête très bien au bivouac et il y a même quelques jolis camping vous verrez.

On oublie aussi le coca du midi et la bière de fin d’étape.

Voilà, vous verrez qu’on va se remettre à voyager comme si on était en France (sans rillettes) ou aux USA (sans coca) finalement, avec un bivouac beaucoup plus facile et toléré.


Retour à Osaka.

Entre 2 repas, on a quand même trouvé le temps d’aller rendre visite au distributeur Azub juste après avoir récupéré nos précieux visa. Il n’y en a que 2 au japon malgré une population de 127 millions, le vélo-couché ne marche pas aussi bien qu’en France. Les cyclos jap préfèrent les randonneuses vintage, je peux comprendre, le style tank soviétique peut rebuter.CIMG1447

Yoshi nous accueille chaleureusement dans sa toute petite boutique : il n’y a qu’un trike Azub, un low-racer Performer , un carton Bacchetta et un hi-racer Challenge. Il nous sert un café et nous pose des questions qu’il avait préparé, c’est trop mignon. Lui-même roule sur un Performer Agenda, le même que le mien (celui pour faire le kéké le dimanche matin, quand il fait beau, sec et pas trop froid). Il nous offre ensuite de très jolies baguettes de Kyoto ornées de nacre. On est un peu gêné de tant de gentillesse alors on lui achète 2 câbles de dérailleurs et une béquille (qui sera impossible à monter… les boules). Je mate un peu le matos, le Shimano coute plus cher qu’en France !! C’est quoi ce bordel ? Mr Shimano est originaire de Sakai, au sud d’Osaka, là où on loge !

Yoshi nous demande si on a faim, quelle question. Il nous emmène dans un resto à Sushi juste à côté, il commande sur un écran tactile et les assiettes arrivent sur un petit tapis roulant entre les tables. On met un peu de wasabi, rien à voir avec la pâte verdâtre dégueulasse qu’on nous sert en France, là y’a un vrai piquant de moutarde très forte.

Ophélie se régale, moi j’aime bien mais j’vois pas trop de différences de goût entre 2 poissons crus. C’est comme un tartare de cheval et un de bœuf, c’est pas flagrant. Par contre, je reconnais bien le goût du gratuit quand Yoshi paie l’addition malgré nos protestations. Le gars vend 30 vélos par ans, mais ça lui suffit pour vivre. Peut-être qu’il fait de la contre-bande de patate ou d’aubergine le soir.

  •  » Hé psssssttt, kekchose cousin-san ? J’ai d’la top qualité, d’la péruvienne en direct des hauts plateaux. T’en veux ? J’ai de la charlotte et de la bindj, tu peux t’faire une purée de ouf mon frère. Tu vas triper comme un batard.
  • Merci honorable dealer-san mais peur j’ai de devenir accroc tel le singe face aux cacahuètes. Aujourd’hui, j’ai croisé 2 gaidjin de la tribu Quechua bavant devant des papates à 5€ le kilo, très peur j’ai eu, de sang injecté les yeux ils avaient. Des grognements le mâle poussait.
  • Du calme Yoda, tu risques rien avec ma came, c’est pas de la mousseline. Merde les keufs !!

*** Sirène de police***

  • Très cher honorable trafiquant de légume, priez vous êtes de vous rendre s’il vous plaît. Veuillez poser cet économe immédiatement. En cas de refus, obligés nous serons d’employer la manière forte. Les gars, préparez Pikachu.
  • Garde la pêche (8€/kg) cousin ! KAMEEEEEE-HAAAAA-MEEEE-HAAAAA !!!!Kamehameha_(Goku)

Le 12 avril, visa en poche, ciel enfin dégagé, nous pouvons quitter Osaka et reprendre la route. Emi et sa famille ont été formidables et on aimerait leur rendre la pareille si un jour ils viennent en France. On leur ferait des plats hors de prix comme de la salade de tomate ou du gratin dauphinois,le tout arrosé du Yamazaki de mon père (whisky japonais).IMG_2241

On se tape 65 km d’agglomération, c’est pas très marrant mais il fait beau, on bronze et ça commence à sentir la campagne sur la fin, après un petit col vent de face sous les cerisiers en fleur.

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On arrive au port à 16h10, un ferry part à 16h25, coup de bol. On réfléchit pas trop, achetons des billets et embarquons pour 2h de traversée vers l’île de Shikoku. On sait qu’on arrivera à la tombée de la nuit mais on est optimiste, « on trouvera un parc et on fera des pâtes au parmesan », voilà notre plan.

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D’habitude, dans les ferry, on met les vélo à l’arrache dans un coin et on les attache nous-même avec nos propres tendeurs. Pas au Japon. Là, on nous dit -gentiment- où les mettre exactement puis 4 gars viennent, mettent des petites cales à chaque roue et sanglent proprement sans rayer le cadre ni écraser le précieux matériel contenu dans nos sacoches (2 bananes, 1 oignons et 3 aubergines).

A bord, c’est confort avec des classiques fauteuils mais aussi un espace tatami pour claquer une sieste et un coin bureau pour les geek. Wifi gratuit à bord. Un couple en kimono nous offre des citrons qui s’avéreront être des mini-pamplemousses très sucrés en fin de compte.

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On débarque à Tokushima, on pensait que ça serait un petit port de pêche avec la campagne à 500m mais pas du tout et on se retrouve à pédaler dans un enchaînement de villes et de zones commerciales à n’en plus finir. Il fait nuit pour de bon, on ne trouve rien.

  • « Dis-donc Fred, ça a l’air bien pourri de voyager à vélo dans ce pays surpeuplé et plein de villes avec du béton partout ?
  • Mais grave !! C’est trop nul, on aurait dû aller en Mongolie ! Qu’est-ce qu’on fout là ?? Et on est bloqué ici jusqu’au 17 juin !! Et les patates sont trop chers !! Et il fait froid !! »

Je suis quelqu’un qui se décourage très très vite.

On finit par trouver un coin pourrave, entre des rizières, des habitations et des routes. On se fait les pâtes et filons dans les sacs de couchage, la T°C chute à 5°C pendant la nuit.IMG_2273

Japon = 127 millions d’habitants pour 378 000 km2

France = 66 millions d’habitants pour 644 000 km2

Heureusement, près de 95% de la population japonaise se concentre dans quelques agglomérations, laissant une large part du pays à la nature, aux oiseaux et aux côtes sauvages.

On vous le montre au prochain épisode, sous le soleil.

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La Giclette dans tous ses états

En direct de l’île de Shikoku au Japon où tout se passe pour le mieux mais où l’on n’a pas de wifi, un comble dans le pays du hi-tech et des cuvettes chauffantes. On donnera des nouvelles dans le prochain article, prêt depuis des jours et des jours, mais pour l’instant, en voici un qui traine sur notre minitel netbook depuis un moment déjà et qu’il est grand temps de publier. Alors, on profite d’un café à la française dans un village de montagne, résistons comme on peut aux viennoiseries à 3 € pièces et j’me colle au clavier pendant qu’Ophélie sirote un americano à 2,80 €.

Comme la giclette est devenu un gimmick de ce blog, on a tout simplement voulu lui dédier un article.


La Giclounette

T’as les jambes, mais pas trop. Tu crois que t’es en forme mais c’est parce que t’as le vent dans le dos et tu te prends une claque à la 1ere bosse. Quand tes potes te demandent « bah alors Gégé, ça a pas l’air d’être la grande forme ? », tu réponds « bof, je gicloune, c’est la reprise. » Mais ça pourrait être pire, ça pourrait être la Giclouninette


La Giclouninette

Pareil que la Giclounette mais en pire.


La Gliclette Virenque

Oh putain ! Comment tu l’as bouffé le col ! T’as une forme sensationnelle et t’avales les côtes comme jamais ! C’est génial mais tu sais pas trop ce qu’il t’arrive, tu comprends pas. C’est comme… c’est comme si… ouais, c’est comme si ton corps agissait à l’insu de ton plein grès.virenque-tdf

S’apparente assez à la Giclette Pantani , mais avec une espérance de vie plus longue.


La Giclette Contador

Bordel, tu sais pas ce qu’il y avait dans le steak d’hier soir, mais t’as la gouache ce matin ! Bien penser à emmener le pipi d’un copain ou de son chat pour le contrôle anti-dopage.1696096630


La Giclette Armstrong

Bon là les gars, ça rigole plus. Les autres avant, c’est de l’homéopathie, c’est pas des winners. Là, on joue dans la cours des grands, dans la cours des Marion Jones, des Floyd Landis, des Ben Johnson, des stars du football américains, des haltérophilistes soviétiques et de tous les autres qui se sont pas fait chopper.

Grosse grosse Giclette, faut faire gaffe et bien penser à freiner dans les virages quand tu montes un col et à te signaler quand tu doubles les motos. Tu peux enlever les 2 plus petits plateaux, ils servent à rien. Tu crèves ? Tu t’en fous, tu rouleras qu’à 40 de moyenne. Tu casses le cadre ? Pas grave ! Tu portes le vélo et tu finis en courant ! T’es un ouf, un avion de chasse !1963202_armstrong

Nécessite un staff médicale complet, des chercheurs de la NASA, un vétérinaire équestre, l’ablation d’une couille, des transfuseurs, du sang de hyène en chaleur, une UCI complice, de la testostérone pure en bidon de 5 litres, un comité du Tour de France dans le dénie, une citerne d’urine propre et des seringues, beaucoup de seringues.


La Giclette Chuck Norris

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Le summum. Un myhte, une légende, comme le yéti, la fontaine de Jouvence, la sextape de Scarlett Johansson ou la bonne foi de Fillon. Cette Gilcette est très peu connu, je l’ai découverte par hasard. 220617J’étais en train de réparer une crevaison sur mon pneu increvable quand un papier froissé est venu rouler jusqu’à mes pieds. Intrigué,je l’ai dépliai. Il s’agissait du mode d’emploi d’un dérailleur, le truc utile car tu sais jamais quelle vis il faut toucher pour régler l’bousin correctement. Bref, à l’intérieure il y a avait quelques lignes inscrites d’une main tremblante, tout portait à croire qu’elles avaient été écrite grâce à un rayon trempé dans un mélange de sang et de cambouis :

Aidez-moi ! Depuis ce bivouac à Fukushima, je me sens bizarre. Hier, j’ai fait 270 km en 2h en passant par la plage, que m’arrive-t’il ? J’ai la sensation que mon vélo avance tout seul ! Je ne sais pas si j’arriverais à m’arrêter demain !

Une barbe rousse commence à envahir mes joues, je me surprend à faire des coup de pieds retournés et à vouloir retrouver un certain Trivette au Texas !!

A qui trouvera ce message, svp, dites à…

Après ça devient chiant.

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Bref, avec cette giclette, tu peux faire tourner les pédales rien qu’en regardant ton vélo. Tu touches le guidon et le vent se met immédiatement à souffler dans ton dos.

  • Dis Fred, en montée ça donne quoi ?
  • Mais quelle montée ? Les montées n’existent plus, tu es en permanence en haut du col car Chuck Norris ne grimpe pas la montagne, Chuck Norris est la montagne.
  • Et sur le plat, tu vas plus vite qu’un Doblo JTD ELX 1.9 ? Et même plus vite qu’Armstrong ?
  • Tu vois une étoile filante ?
  • Oui…
  • Bah plus rapide
  • Nannnn !! A combien alors ?
  • Nul ne le sait mon enfant, les compteurs s’arrêtent lâchement à 999,99 km/h
  • Et on peut faire quelle distance avec cette giclette de déglingo ?
  • Chuck Norris peut rouler jusqu’à l’infini, et même 2 fois plus. Sauf s’il a un Marathon Plus évidemment. Dans ce cas là, la limite est atteinte entre 2500 et 11400 km. Ce pneu est fait pour rouler sur des punaises, pas du bitume. Même Chuck Norris n’y peut rien.
  • Et sinon, la sextape de Scarlett Johansson, elle existe ?
  • Je ne sais pas, gardons espoir.Scarlett-Johansson

La Giclette Ophélie

Aussi appelée giclette Xena. Se déclenche uniquement dans les moments merdiques : pluie, vent de face ou canicule. Est décuplée par la perspective d’une douche chaude et d’un lit. Est centuplée par la perspective d’une galette-saucisse. Fonctionne très mal en altitude.

Nécessite impérativement une dose massive de café le matin, un grand coca le midi, des patates sautées de temps en temps, des bisous et 11 heures d’un sommeil lourd.


La Giclette Fred

Elle vient quand elle veut celle-là, pas moyen de connaître la recette. Se déclenche tout de même plus aisément en montagne et d’épanoui assez bien sur les longues étapes plates. Est totalement anéanti par la moindre condition défavorable.

Peut être stimulée par un café booster thaïlandais, la perspective d’un beau bivouac sur de l’herbe au bord d’une rivière avec des chiots et un arc-en-ciel ou par l’effet « chacal » : quand tu sens que tes compagnons de route commencent à tirer la langue, t’as juste envie de les doubler en sifflant. Attention de ne pas trop tourner la tête quand tu leur lâches un p’tit « pffiou j’avance pas aujourd’hui » car gros risque de torticolis.

Nécessite une grande quantité d’avoine, une poêle anti-adhésive de 28 cm de diamètre et de bonnes séances d’étirement (suite à des tendons par complètement finis, merci maman).


La Giclette Fillon

Giclette à la con qui croît en une croissance éternelle, comme si une montée de col n’avait jamais de fin.

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ouais, ça fait moins rêver que Scarlett

Incroyable que t’ais encore l’idée de pédaler en traînant une telle quantité de casserole derrière ton vélo. Ton itinéraire est d’une tristesse absolue et ne sort pas des sentiers battus et rebattus d’un monde dirigé par l’économie.

Giclette impossible en ville car elle impose un code du travail de la route par entreprise rue, imbranlable, sauf pour les gros 4×4 qui pourront toujours optimiser leur itinéraire à fond et écraser un peu plus les prolos à vélo.

Giclette de la probité, tu n’hésites pas à déclarer des trucs comme  » une personne mise en examen devrait en tirer les conséquences et se retirer « . Et puis « oh bah non en fait, c’était une blague ! », the show must go on !


La Giclette Macron

Dite la giclette du vent car c’est tout ce qu’elle provoque.

Bon, avec cette giclette, t’as quand même un super vélo, c’est des banquiers, des lobbies, des patrons de média et d’industries qui te l’ont payé. Des gens en qui on peut avoir confiance, des gens qui savent ce qui est bon pour le peuple et la planète.

Mais tu sais pas trop vers où pédaler, ni même de quel côté de la route.

Gauche ou droite ? Bof, peu importe, on s’en fout, « il faut penser printemps… ». Oui, forcément, quand t’as aucun plan, tu te mets à dire n’importe quoi et à parler comme Van Damme. Mais t’as une belle gueule, tu fais sérieux, t’es dans le moule, les gens aiment ça et c’est malheureux.

Gauche ou droite ? Bof, peu importe, y’a un caniveau de chaque côté de la route, tu choisis. Le plus profond de préférence.

Dewey


La Giclette Hamon

T’as beau être le 1er de ton équipe (suite à un vote démocratique), tes coéquipiers t’ont laissé tomber, ont fait un gros doigt à la démocratie, avant d’aller dans le sens du vent (voir plus haut) et de te crever les pneus histoire que tu te retrouves bien seul.

Tu roules à gauche dans ton discours, c’est pas mal, beaucoup moins dans les actes, c’est dommage.


La Giclette Le Pen

La bonne vieille giclette poussée par le vent de la peur sur le bon vieux vélo de ton père que t’as repeint en rose pour qu’on reconnaisse pas trop.

En cas de convocation pour dopage, t’y vas pas, hop, problème réglé.

Tu roules à droite, c’est certain, mais genre vachement à droite, genre carrément sur le trottoir. Et là tu percutes tout ce qui passe : acquis sociaux, bon sens, écologie, humanisme et laïcité.


La Giclette Mélenchon

T’es le seul à rouler sur un vélo différent et à proposer un itinéraire nouveau, censé, logique, insoumis aux financiers, écologique et humain. Cette giclette ne propose pas de rouler plus vite et plus haut, mais ensemble, plus loin et en douceur.

T’es pas soutenu par le vent du mainstream, trop grande gueule, pas assez langue de bois, pas assez en faveur des puissants, trop différent.

Mais bordel, avec une telle giclette et un si bon plan de route, on voyagerait beaucoup moins en absurdie.

On espère maintenant que cette giclette aura beaucoup de followers.

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