Sur la route 1095 aux 1864 virages

 

J 263 à 271 / de Mae Sariang à Chiang Mai / 406 km

  • 23/12/16 Mae Sariang – Ban Mueang Pon = 85 km / + 1400 m
  • 24/12/16Hay Deua = 77 km / + 1000 m
  • 25/12/16 Hay Deua – Mae Hong Son = 8 km, c’est Noël merde !
  • 26/12/16 … – Soppong = 66 km / + 1780 m
  • 27/12/16 … – Pai = 42 km / + 960m
  • 28 & 29 Pai = farniente
  • 30/12/16 Pai – Pae Pa = 69 km / + 1760m
  • 31/12/16 … – Chiang Mai = 59 km
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1400 km en Thaïlande

On repart en forme de Mae Sariang. Heu… attendez… le dernier article commencait de la même façon : «  On repart en forme de Sukhothaï. ». En fait c’est des conneries, on ne repart pas vraiment en pleine forme après une pauvre journée de repos, même avec un massage. C’est la méthode Coué, à force de l’écrire, nos jambes finissent par y croire. A la limite du déni, c’est comme quand Ophélie demande :

  • C’est raide là non ? → Meuh non, ça roule tout seul. Regardes, on est presque en haut.
  • Elle est dégueulasse cette sauce tomate ! → Meuh non, elle est au champignon. Et ça fait 6 semaines que je la trimballe, fallait bien la bouffer
  • T’as pas mal aux jambes ? → Ça va ! Nickel !
  • Alors pourquoi elles tremblent ? → J’ai un peu froid
  • Il fait 30°C, ton t-shirt est trempé ! → Ah bon ?

Bref, on se force un peu à repartir, on sait qu’on va manger plein de côte, les guibolles sont raides sur les 1er kilomètres puis ça se délit tranquillement en chauffant, comme un bon vieux tracteur. Le truc le plus compliqué le matin reste tout de même de réveiller Ophélie. La veille, c’est toujours un enthousiaste « on part tôt demain, tu me réveilles à 6h ! ». Oui, c’est moi le réveil, le coq de service. A 6h30, parce que je suis cool, je secoue doucement l’espèce de bûche en pyjama à côté de moi en disant doucement « debout, il faut se lever ». Pas un mouvement, rien, encéphalogramme plat. Deuxième secousse, ça y est, ça bouge, elle est vivante, j’entends un râle sortir du mince espace entre le masque de nuit et la couverture : « Mmmmm, noooonnnn… ». Troisième secousse, basculement latérale sur le dos, soulèvement du masque de nuit, retrait des boues Quies, ouverture pénible des paupières, c’est presque gagné ! On y est ! « mmmmm, il fait encore nuit !! », remise en place du masque de nuit, roulage sur le côté, merde !!! On y était presque !. Là, j’ai plus le choix : « Bon moi j’y vais, et j’ prend le Nutella ». C’est bon, elle est bien réveillée maintenant.

Des fois j’me dis que le seul truc qui la fait vraiment se lever le matin, c’est l’envie de pisser. Heureusement qu’elle a pas une vessie de 8 litres, on serait encore en Turquie.

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Les 2 étapes pour rejoindre Mae Hong Son sont un régal et plus faciles que prévu. Les côtes s’enchaînent tranquillement, les pourcentages restent humains. Le 1er soir, on trouve refuge dans un temple, une fois de plus. On a à disposition un abri en bois avec une petite haie et un petit portillon, il manque que les bacs à géraniums et des nains de jardins. Le moine nous offre des gâteaux, des bananes, des boissons et du poulet frit. On le remercie en glissant un billet dans une urne en repartant le matin, assez tôt. Ophélie avait très envie de pisser, on a gagné 15 minutes.

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En milieu d’après-midi, on arrive chez Marc, un membre de Warmshower contacté 2 jours avant. Il est Suisse de nationalité mais thaïlandais de cœur, il y vit depuis une vingtaine d’année. On a le privilège d’être les 1er cyclos qu’il accueille car il s’est inscrit sur le site seulement en novembre. Il nous présente sa femme thaïlandaise, son fils, sa belle-mère, nous fait visiter sa superbe maison et son jardin luxuriant.p1110642 Il y fait pousser tous les fruits et légumes possible afin de vivre en auto-suffisance. Sa belle-mère est marrante, elle est Shan (une ethnie du nord), même Marc ne comprend pas sa langue. Elle nous caresse le dos et les bras en souriant comme si on était ses petits-enfants chéris.

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la photo ne rend pas hommage, on dirait une cour de prison là. On pouvait faire tomber la savonnette sans risque

Le soir, il nous emmène profiter d’une source d’eau chaude. C’est un grand bassin et alors que je m’apprête à sauter dedans en lui demandant « c’est profond ? », il m’explique que ça marche pas comme ça. On ne se baigne pas dans le bassin, on s’assoit à côté et on se verse de l’eau avec une écuelle en plastique, la même qu’on utilise dans les « salles de bain » des temples. La nuit est fraîche, l’eau nous réchauffe, on regarde les étoiles en parlant voyage à vélo, Marc est très intéressant, on passe un super réveillon de Noël. Bon, on n’aurait pas craché sur une dinde aux marrons ou une raclette quand même, mais c’était bien. Un noël décroissant, loin du délire calorique aberrant de chez nous. Marc nous avait prévenu tout de suite quand on l’avait contacté, ils ne fêtent pas Noël et n’ont même pas de chocolat suisse. Nous n’avons donc pas pris sa femme et son fils en otage pour en obtenir.

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Le matin, Marc nous prépare un grand jus de papaye et un vrai café que nous sirotons sur sa terrasse face à la rivière, parlant à nouveau voyage devant un atlas du monde. Marc a plein de projet, notamment le Japon pour l’été prochain, tiens tiens. Devant nous passent quelques fins bateaux à moteur remontant le courant. Quelques touristes vont visiter un pseudo village de femmes girafes, ces êtres aux longs cous cerclés d’anneaux dorés. Un zoo humain, aussi authentique que mon t-shirt sent bon, mais permettant à ses femmes de gagner leur croûte, tout de même. On voit des touristes avec des bonnets de noël et des GoPro au bout de perches télescopiques. J’ai une grosse envie de sarbacane option fléchettes au curare.

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On quitte alors notre hôte pour rejoindre une guesthouse dans la jolie petite bourgade de Mae Hong Son et fêter Noël : 3 pizzas avec du vrai fromage dessus, du vin blanc bien frais, une Apfelstrudel (c’était une pizzeria tenu par un autrichien), une grosse sieste, 2 heures de massage thaï et une ballade sur le marché nocturne autour du lac. La très grande majorité des touristes sont Thaïs, on est bien.img_9075

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Le lendemain, aux aurores (=> gros pipi), on repart donc en forme, pour de vrai. On s’attendait à l’enfer mais les passages raides sont très rares et l’ombre des grands arbres nous maintient presque au frais. Pour la seconde fois, on a la chance de voir des gibbons traverser la route devant nous. Même pas le temps de sortir l’APN, ces bestioles courent ensuite à une vitesse folle dans les arbres.

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Entre 2 montées, on prend notre habituel riz-sauté-coca-glaçons, j’adore ce pays, ils ont des glaçons pour le coca !! On prend quand même un gros coup de chauffe pour le dernier col en haut duquel on s’arrête prendre une boisson avec une vue aussi méritée que magnifique. J’adore ce pays, y’a des buvettes en haut des cols !!img_9091

On papote avec de très sympathiques motard malaisiens. Oui, on socialise avec des motards, on devient presque tolérant. Mais ceux là ne se la racontaient pas je-suis-crevé-c’est-trop-dur-la-moto-j’ai-mal-au-poignet. Le gars nous raconte qu’il a fait 3 crises cardiaques et qu’il n’attend plus pour profiter de la vie à fond. On se comprend. Heureusement qu’on n’a pas attendu ça, sinon on serait mort dans la côte juste avant. Pour du 12 % en plein cagnard sur un vélo de 45 kg, c’est mieux d’avoir confiance dans ses artères, on se tracasse un peu sinon.

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On descend et arrivons juste avant le coucher du soleil à Soppong, tout petit village encaissé entre les montagnes. On se trouve une guesthouse adorable avec des petits chalets rustiques. La nuit tombe vite et la fraîcheur paralyse nos amis les moustiques. Da, la joviale tenancière, nous prépare une super repas. Ophélie reste sur son riz sauté agrémenté de quelques frites à tomber pendant que j’engouffre un curry rouge au lait de coco avec légumes, tofu et double ration de riz. Faut faire le plein d’énergie, on a pas mal grimpé aujourd’hui et l’étape du lendemain nous fait peur.

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On nous a parlé de côtes à plus de 20 %, des murs à se faire retourner le vélo ! Alors on se lève encore plus tôt et déjeunons de nuit. Le p’tit dej’ spécial marathon : porridge avoine-bananes. C’est pas mauvais mais t’as l’impression d’être un cheval de trait au bout de quelques jour de ce régime, un beau percheron.

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La montée se révèle en fait très facile avec beaucoup de virages en épingle comme j’aime et juste quelques très courts passages raides.

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On arrive donc tôt au sommet et profitons de… heu… de plein de touristes venus en haut en scooter de location pour se prendre en selfie. Ça y est, après 3 semaines en Thaïlande, on finit par tomber sur du gros spot à touriste. On ne traîne pas, les cafés sont vendus 2 fois plus cher qu’ailleurs.

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On descend sur Pai et les quelques bosses nous flinguent les cuisses. A l’entrée de la ville, on se dégote un « resort », les bungalows sont hyper classes mais leurs prix aussi. Mais on peut planter la tente au milieu sur un gazon que Tiger Woods adorerait (il s’y connaît en gazon). Ophélie sort un gros pipeau et négocie 3 nuits avec petit déjeuner pour 8 €, une belle performance dans cette ville hyper touristique ou un simple lit dans un dortoir pourri et bruyant coûte environ 4€ par personne, sans p’tit dej.

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Un gars m’a prêté un objectif Canon 70-200 f 2.8 de la série L. Un truc à 1500 €, presque le poids de la tente. J’préfère mon p’tit 50 mm à 40 €ouvrant à 1.8

On va faire un tour en ville, on retrouve le même type de touristes qu’au Laos avec un côté hippy en plus. Ça sent un peu l’étudiant en école de commerce en trip initiatique. Du coup, on trouve plein d’endroit où on peut développer son karma et une identité forte : bar branchouille avec musique lounge, salons de tatouage (j’en ai jamais vu autant) et magasins de t-shirt à messages profonds (il semblerait que Bob Marley était thaïlandais en fait. Déjà que le Che Guevara était Laotien, on va de découverte en découverte). Il manque un Apple Store quand même. Et 2 ou 3 Starbucks.

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Je grossis énormément le trait évidemment, c’est une caricature de la part d’une langue de pute (moi). C’est juste des gens en vacance dans un endroit un peu trop cité dans les guides et qui, du coup, se retrouve dénaturé.

Voilà le problème du vélo, on s’habitue à se sentir plus ou moins uniques, spéciaux, à avoir les chouettes coins pour nous seuls, à être immergés dans le différent, dans le dépaysement, dans « l’authentique ». Alors quand on débarque dans une enclave occidentale, on ne se sent pas à notre place et on crache avec dédain sur nos compatriotes, à tord la plupart du temps.

Aux alentours, il y a un paquet de grottes et de chutes d’eau à visiter. Pour y aller, on peut louer des scooters. Le prix de la location est étonnant et explique pourquoi absolument personne ne se déplace à vélo dans ce pays : 2,6 € par jour. Du coup, on décide… de ne rien faire et de rester peinard à notre camping pour lire, écrire et réparer des vêtements (encore 200 km et on avait le cul à l’air). J’avais également pour projet de réparer la crevaison lente que je traîne à l’arrière depuis 3 semaines. C’est resté au stade de projet. C’est important d’avoir des projets dans la vie.

On va flâner en ville et ça finit inévitablement dans un salon de massage traditionnel, on est dingue de ce truc, ça coûte pas grand-chose (4 à 5 € pour 1 heure), c’est fait par des gens compétents et ça te remet des PanarLegs à neuf. Les massages des pieds sont assez jouissifs aussi. Même si tu vas chez le coiffeur, le gars te masse vigoureusement à la fin, c’est vraiment pas un truc folklorique.

C’est pas comme en France où en échange d’un rein dans un institut très pro (entre une banque et une agence immobilière généralement), t’as le droit à des caresses huileuses, 3 galets chauds sur le dos, le best-of d’Enya et une bougie parfumée. Les coffrets Wonderbox permettent heureusement à beaucoup de gens de garder leurs 2 reins.

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Marc nous avait prévenu que la côte après Pai était la pire, qu’on allait morfler et qu’on devrait certainement pousser les vélos. Moi ça me motive quand on me dit ça et je crois que Marc l’a fait dans ce sens. Ophélie, elle, ça la stresse, elle dort mal. Du coup elle se réveille super vite, c’est tout bénef. On se lève à 6h, il fait 13°C et on prend un solide petit déjeuner qui nous permettra d’avaler la montée en 3h30 de pédalage sans pauses. Mentalement, on est au taquet, prêts à en découdre. Au km 12, quand les choses sérieuses sont censées commencer, je me mets la BO de Rocky dans les oreilles, y’a rien de mieux pour envoyer du pâté. On attaque, ça grimpe bien mais c’est facile. Les virages s’enchaînent et on attend constamment le moment où ça va faire mal… jusqu’au sommet à 1400m. Quoi ? Où qui sont les passages à 20 % ? On est presque déçu.p1110688

Après notre happy meal (riz sauté coca glaçons), on enchaîne un peu de descente et quelques bosses (700m de D+ tout de même). En cette fin d’année, la chance nous sourit et je trouve 3 « trésors de la route » en quelques kilomètres :

  • Un smartphone, défoncé, sur la route. Je trouve la façade avant d’abord. Je le ramasse en me disant que je le jetterais à la poubelle plus loin, ma BA écolo de l’année. 4 mètres plus loin, la batterie. 2 mètres plus loin, la face arrière. Je remonte le tout, il marche ! YES !!! je pourrais jouer des heures à Candy Crush pendant qu’Ophélie fait des lolilol sur Facebook !
  • Une plaque d’immatriculation Thaï. Bordel, presque 9 mois que je surveillais les bas-côté de la route pour compléter ma petite collection.
  • Un nouveau chiffon microfibre tout blanc tout propre. Je fais une chiffonite chronique, j’ai plein de chiffons dans mes sacoches ou noués sur le cadre du vélo. J’me dis que c’est trop utile pour nettoyer les vélos ou les chaînes. Ça doit être héréditaire, mon père est un dingue de la serpillière, on a souvent failli lui en offrir à Noël (mais c’était hors budget). Mes chiffons sont immaculés, en 9 mois, j’ai nettoyé seulement 2 fois les vélos et une seule fois les chaînes.

En fin d’après-midi, on stoppe dans une petite homestay face à la jungle qui propose des huttes en bambou avec petit déj’ pour 10 €. On est à 900m d’altitude et il fait bien bien frais la nuit avec 11 petits degrés au réveil. On enfile un pull, les Thaïlandais sont en doudoune et chapka.img_9168

Peter nous a préparé un excellent petit déj, le dernier de l’année, avec fruits et légumes locaux, vrai café, omelette, miel (issu de ruches sauvages) et une délicieuse baguette faite maison. On lui en dit tellement de bien qu’il nous en donne une pour la route. Putain que c’est bon du vrai pain tout chaud qui croustille !!

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L’étape est facile avec petite descente, 20 km sur une route secondaire au milieu des rizières puis 20 km sur une route à gros trafic vers une grande ville : Chiang Mai. Retour à la civilisation après 3 semaines de vélo dans la campagne et les montagnes. J’ai tout de suite envie de repartir.

lapin-duracellMais ma génitrice, celle qui préfère que je l’appelle vulgairement « maman » nous rejoint dans 2 jours pour 1 mois de vacance. Elle ne vient pas seule, elle sera accompagnée de son amie d’enfance MAM, reformant le duo infernal qui nous avait déjà pourri notre séjour rejoint à Cusco en 2013 : LES LAPINS DURACELL, capables de marcher, marcher et marcher encore, des heures durant, leurs piaillements sonnant comme des cymbales à mes oreilles. Mon père nous rejoindra peut-être, il passe un coup de serpillière pour le moment.

L’idée d’arrêter le vélo et notre mode nomade pendant 4 semaines me file de l’urticaire, alors on prévoit de faire pédaler les lapins dans le triangle d’or (non, ce n’est pas le nom d’un bordel) et leur faire découvrir notre façon d’aimer le voyage. Après, on ira certainement faire les moutons pendant 1 semaine sur une plage du sud. Ophélie pourra y parfaire son cancer de la peau pendant que je m’achèterais plein de bracelets de bobo hype. Je fais une légère braceletite.

D’ici là, nous restons une semaine à Chiang Mai, ça laissera le temps aux Lapinos d’arpenter les énormes marchés de nuit, de découvrir avec curiosité et douleur les massages Thaï et de se brûler la bouche sur un p’tit plat du coin. Ça va leur dissoudre le polident !!

  • Lapin 1 : Dis Fredounet, mon Dieu vivant, ma lumière, ma gloire, ça veut dire quoi « very spicy, be careful » ?
  • Panardos 1 :  ça veut dire « très bon, spécialité locale », tu vas te régaler Génitrice
  • Je préfère maman, tu le sais bien mon Roi, mon fils, ma bataille, fallait pas qu’tu t’en ailles !!!
  • Du calme, du calme, je suis là. Aller, attaques ton assiette.
  • Pourquoi tu filmes ?
  • Ne poses pas de question ! Et on ne parle pas la bouche pleine ! Lapin 2, tu as pris quoi ? Du tofu« with hot chili salsa »? Très bon choix !

BILAN 2016

Très bon. Riche idée de tout quitter pour repartir à vélo même si ça n’a pas été facile au début. Ça peut paraître bizarre, même à nous parfois, de passer 5 à 6 h par jour à pédaler mais on ne voit pas de meilleure façon de voyager. Tout est plus vivant derrière un guidon, je dirais même que la vie frétille en bout de bôme. Nous sommes entrés dans chaque pays sans (trop de) préjugés, sans aucune attente et en prenant très peu d’info afin de se faire surprendre. Et on a découvert plein de choses ! Liste numérotée :

  1. Les monégasques roulent vraiment tous en Ferrari. Ou en Porsche pour les prolos. Les Doblos sont utilisés pour ramasser les crottes de chien. Bivouac impossible.

  2. Les italiens ne sont pas tous de mafieux avec de la gomina dans les cheveux. Ils ne conduisent pas tous comme Fangio.
  3. Les grecques ne sont pas tous gays. Mais c’est vrai qu’ils mangent de la feta en permanence. Malgré des déchets partout, on a adoré notre séjour, surtout dans les montagnes. Fred aimer grimpette. Population un peu froide, surtout quand on compare avec la suite
  4. Les musulmans ne sont pas tous des terroristes, ils sont même vachement sympas
  5. La bouffe Turque est géniale, le pays est très très beau, les gens aussi
  6. L’Iran… l’Iran….l’Iran… indescriptible. On aimerait y retourner malgré leur gouvernement à la con
  7. Enorme coup de cœur pour l’Ouzbekistan
  8. Le Tadjikistan et la Pamir Highway, gros objectif du voyage qui a complètement dépassé nos espérances. On s’attendait à du beau, on a eu du grandiose, autant humainement que visuellement. Le petit défit physique et la présence des Transatos a sublimé tout ça. Oh putain, ils vont avoir une mi-molle en lisant ça. A ce jour, la Carretera Australe reste tout de même la plus belle route du monde pour nous. La Pamir se place juste derrière.
  9. Le Kirghizistan : parcouru en voiture. Faudra y revenir
  10. Kazakhstan, passé trop vite, on a adoré, faudra y revenir. L’Asie Centrale est un terrain de jeu idéal pour le voyage à vélo et les amoureux des trèèèèèèès grands espaces
  11. La Mongolie, magnifique, sauvage, écrasante, inoubliable. Mais ça n’a rien a faire dans cette liste, on n’y est pas allé.
  12. La Chine, aussi étonnante que repoussante et attachante. Plus gros kiffe culinaire du voyage
  13. Le Laos, quel idée d’avoir bombardé un pays aussi beau et mutilé des habitants aussi sereins et souriants ? On va sûrement y reposer nos roues dans quelques semaines
  14. La Thaïlande, toujours en cours. Grosse surprise, on ne s’attendait vraiment pas à aimer autant ce pays qu’on croyait complètement bouffé par le tourisme. Très contents d’avoir délaissé les plages pour passer du temps dans le nord et ses montagnes. Les gens sont incroyablement gentils, souriants et semblent adorer les cyclos. On nous like à mort ici, pour de vrai, y’a des vrais pouces qui se lèvent de partout !

BILAN VÉLO

Toujours ravis de nos tanks tchèques, même quand ça monte, même sur les pistes et même quand ça monte sur les pistes. Y’a 3 jours, un gars m’a demandé si c’était un vélo de l’armée, sérieusement. Je lui ai dit non, le truc à l’avant n’est pas un lance-roquette.

  • Seulement 1 jeu de patins de frein et 1 câble de dérailleur changés sur chaque vélo
  • Amortisseur arrière d’Ophélie cassé depuis 6000 km. Le ressort fait toujours le job mais elle rebondit comme Tigrou en l’absence de freinage du rebond
  • Pneu avant d’Ophélie abîmé au niveau de la carcasse intérieure, étonnant après « seulement » 11 500 km. Ça forme une bosse, elle a dû rouler sous-gonflé ces 2 derniers jours. Énorme coup de chance, LA boutique spécialisée dans le vélo de voyage est à 20m de notre guesthouse et le gars a 2 Marathon Plus en 20 pouces. Ils sont là depuis des mois, ils nous attendaient. Le Dieu Schwalbe veille sur nous, c’est sûr. Si Il réclame des sacrifices de chatons en compensation, nous nous plierons à Sa volonté.
  • Bras oscillant fissuré sur mon vélo, depuis au moins 2000 km. Pas très normal pour un vélo dit « d’expédition » mais l’alu est un métal qui fatigue avec le temps, il parait. Nos vélos ont près de 40 000 km, on pardonne. Azub nous fournis 2 nouveaux bras arrière gracieusement, malgré le dépassement de la garantie. On change celui d’Ophélie par précaution. Les statistiques montrent que tous les Azub de ma connaissance ayant bourriné sur la Pamir ont cassé ou fissuré leur cadre.
  • Mon moyeu arrière est à changer. Il a pris du jeu, l’axe est tordu et la cassette fait gling-gling. Pas de bol. A l’heure ou j’écris, le gars du magasin de vélo bosse dessus. On en profite pour changer les chaînes et cassettes, c’est un peu tôt mais comme ça on est tranquille jusqu’au bout du monde.

RÉSOLUTION 2017

Faut prendre des résolutions, c’est vachement important. Sinon le marché de la cigarette électronique s’écroule, Décathlon ne vend plus rien avant le printemps, les salles de sport n’ont plus ces supers abonnés qui payent 1 an et viennent 2 semaines et le brave Docteur Dukan devra survivre avec ses maigres économies.

Moi j’ai décidais de mûrir un peu. C’est bien mûrir, c’est gratos. J’vais avoir 36 ans cette année, sans emploi ni logement, il est temps de devenir un peu plus sérieux et mature. Donc les photos d’animaux crevés, c’est fini ! FI-NI !

Je me suis rendu compte que c’est de l’humour facile, de l’effronterie de bas étage, que je fais bêtement marrer des gens avec des petites ou grandes bestioles dont la vie a été si brutalement (mmmmhhh!!) et parfois si violemment (oooohhhhhhh!!!) ôtée. J’ai honte. C’est pas drôle de se moquer de la mort, même de celle d’un mouton dont le bourreau gonfle les poumons pour vous faire marrer, même de celle d’un chien dont l’impact avec une voiture a éjecté les yeux, et même de celle d’un cheval décapité en bord de route. Nan celle-là était vraiment drôle, faut respecter la mise en scène.

Donc c’est fini, FI-NI ! Le Fred 2017 ne pilera plus en passant devant une « lasagne de la route », le Fred 2017 ne retiendra plus son souffle en prenant une photo gros plan d’un splendide cadavre en putréfaction, le Fred 2017 ne dira plus « oh regardes Ophélie, il est complètement éclaté ce chat ! C’est trop beau, je sors le reflex ! ». Non, je continuerais mon chemin, concentré sur la route. Le blog n’a pas besoin de ça, élevons le niveau !

Désolé si je déçois certains d’entre vous mais vous feriez mieux d’aller vous faire soigner les gars, vous avez un problème.

Nan, j’déconne.

La Thaïlande, c’est chouette.

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Ok, elle était pas morte, mais pas loin. On n’a pas eu la force de l’achever, un gars en scooter l’a récupéré. Pour la soigner ? Ou accompagner ses noodles ?

La bouffe est parfumée mais nous laisse souvent une haleine de rat crevéimg_9045

Dans les longues montées, on grille comme des lézards.

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un gekko

Bonne année à tous ! En route pour 2017 !

La Thaïlande de la route 105

 

J 256 à 262 / de Sukhothaï à Mae Sariang / 419 km

  • 16/12/16 Sukhothaï – Ban Luang = 100 km / + 340m
  • 17/12/16Mae Sot = 68 km / + 1280 m
  • 18/12/16 Mae Sot = visite du marché Birman – 16 km
  • 19/12/16 … – Ban Mai = 89 km / + 770m
  • 20/12/16 … – après un col = 68 km / + 1200m
  • 21/12/16 … – Mae Sariang = 78 km / + 1430m
  • 22/12/16 Mae Sariang = Repos total
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petit indice pour la suite de l’article

On repart en forme de Sukhothaï et avalons rapidement les 100 km vent dans le dos, ça fait du bien du facile, on crache pas dessus. On ne sait pas où dormir, on voudrait juste se poser avant le début des montagnes. Sur place, on a le choix entre le poste de police ou un temple et comme on a nos petites habitudes, on va demander l’hospitalité aux moines. Ceux-là sont un peu taciturnes mais nous montrent immédiatement l’endroit où l’on peut monter la moustiquaire. Il y a une table avec des bancs, de quoi faire sécher nos t-shirt, une épicerie en face, on se fait un apéro et la cuisine : brochettes de porc caramélisé achetées plus tôt sur un marché, salade riz-tomates-oignons avec une vraie vinaigrette (grâce à la moutarde qu’on trimballe depuis Almaty, soit environ 4000 km) et petits pains vapeur sucrés en dessert. Sans oublier les bananes et les clémentines histoire de bien caler tout ça.

Ce qui n’empêche pas d’avoir les crocs au réveil et de s’enfiler un gros tas de pain de mie tartiné de margarine et grillé à la poêle.

Voilà, fin de ce petit intermède passionnant « la bouffe au bivouac ».

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L’échauffement est rapide avec une pente à plus de 10 %, beaucoup de trafic et des travaux tout le long. Pas une partie de plaisir. Heureusement le temps est couvert et on ne se fait pas assommer par le soleil. On fait le plein de calories après le 1er col et enchaînons avec le 2eme, sous le cagnard cette fois. C’est dur, les cuisses brûlent, on en voit pas le Bouddha. Ce dernier, gigantesque, marque la fin de la côte et la longue descente vers Mae Sot, dernière ville de l’ouest Thaï avant la Birmanie.

On déboule crevé dans une guesthouse et y posons les sacoches pour 2 nuits. Le soir, après quelques cochonneries huileuses achetées au marché de nuit, on rencontre Guillemette et JB, 2 basques en vacance pendant 8 mois en Asie du sud-est. Faut toujours qu’ils aient des prénoms bizarres ces basques, ils peuvent pas s’appeler Paul, Jean-Patrick, Kévina, Gédéone, Alain-Jésus, Kimberley ou Eustache comme tout le monde ?

Bref, comme souvent quand des français se retrouvent loin de chez eux (ou pas), on finit au bar autour d’une bière, puis 2, puis 3. Très important la réhydratation après un long effort. On s’entend bien avec eux, c’est pas juste des backpackers, ils ont voyagé à vélo auparavant. On se sent à l’aise avec des gens qui ont déjà porté le même t-shirt pendant 5 jours, qui ont enlevé des limaces de leurs tasses avant d’y verser le café et qui pensent que vaut mieux pas attendre la retraite pour se donner le temps de découvrir, goûter, sentir et rencontrer.

Je me réveille avec un mal de crâne pas possible, l’alcool et Fred, ça fait 2. Mais la réhydratation a fonctionné et on enfourche les tanks pour une séance de « récupération active » et une visite du marché Birman, à la frontière. Rien de folichon, très peu d’artisanat, beaucoup de made in China et pas mal de mendiants tendant le bras. On peut tout de même observer les birmans, très différents de Thaï. Les femmes se mettent une sorte de poudre jaunâtre sur les joues et le front, c’est pour faire jolie mais aussi pour protéger du soleil parait-il. On croise à nouveaux nos basques et déjeunons ensemble. Ça les fait marrer de voir qu’on a encore la dalle à la faim du repas. Oui, ici, on écrit la faim du repas, c’est pas une faute.

Au retour, on croise un énorme supermarché et craquons complètement pour du Bleu (le fromage oui oui!) du Toblerone et une imitation de Chocapic, j’me souviens plus du nom, ça devait être un truc du genre Kokopic ou Cacao Fun. Un truc sans aucune trace de cacao, c’est certain.

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Le lendemain, étape pas trop compliqué dans des paysages de plus en plus beau. On longe une belle rivière puis un très long village de réfugiés Birman : plein de huttes sur pilotis, des grands arbres, de la fumée sortant des foyers. De loin, on dirait le village d’Astérix et Obélix. Magnifique.

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La route est jalonné de check-point de police. Les gars, dans leurs beaux uniformes cintrés, sont adorables et quand on s’y arrête pour y faire le plein d’eau potable, ils nous offrent le café ou des boissons énergisantes dégueulasses au goût de sirop. Y’en a même un qui veut nous donner des pansements, du paracétamol et une crème analgésique pour douleurs musculaires. On doit vraiment avoir l’air crevé parfois mais cette gentillesse est vraiment émouvante.

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en arrière plan, le roi défunt, omniprésent dans tout le pays

Depuis qu’on est en Asie du sud-est, les gens nous demandent d’abord où l’on va, « where you go ? ». C’est marrant ce basculement car jusque-là on nous demandait d’où l’on vient, systématiquement, « A kouda ? Where you from ?». Bon, c’est sûr qu’avec nos tronches, on peut pas venir d’ailleurs que de l’occident mais ça dénote un changement profond de mentalité. Lequel, je ne sais pas, j’ai pas assez lu la rubrique psycho de Elle. Et ils en parlaient jamais dans le Journal de Mickey.

On boucle l’étape à la nuit tombée, c’est un régal de rouler pendant que le soleil descend, la T°C baisse et la lumière flatte le paysage. Il n’y a plus de temple ici, c’est un coin catholique. Heureusement, un gars en scooter nous alpague et nous conduit à sa guesthouse, un truc magnifique avec des bungalows posés sur l’eau pour 8 € la nuit. On se permet de négocier le prix vu qu’on n’utilisera pas la climatisation et on passe la nuit au frais, entendant les poissons-chats attraper tout ce qui passe. La gérante nous offre 2 kilos de banane, en plus de son sourire.img_9003

Le lendemain, on continue sur cette route, l’une des plus belles de notre voyage. Ça roule bien pendant 55 km, ensuite c’est l’enfer. Il est 14h, pleine chaleur et on vient de manger pour 4 (les nanas ont pas compris quand on a recommandé la même chose). On attaque la côte de la mort, une dizaine de kilomètres avec des pentes dépassant les 15 % par endroit, et les 10 % la plupart du temps.

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Les cuisses sont asphyxiées et je sens chaque millilitres des 8 litres d’eau que je trimballe (pas d’habitations pendant un certain temps, qu’on croit). Dans un passage que j’évalue à 18 %, je déclipse et pousse le vélo sur quelques mètres, pour la 1ere fois du voyage sur une route bitumée. Ophélie passe, chapeau. On souffle dans les courts passage « faciles » à 6 % avant d’attaquer d’autres murs. Chaque mètre est un combat, on aimerait avoir un bouton permettant d’annuler la gravité pendant quelques minutes, juste le temps de passer ce putain de virage dessiné par un psychopathe. C’est des fous les mecs qui ont fait ces routes, j’en ai jamais vu des comme ça ailleurs, même dans le Cantal, même dans les Pyrénées et même sur l’île de Chiloe !

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Le col est là, enfin ! On descend un peu et tombons avec chance sur un superbe emplacement de camping avec pelouse moelleuse, rivière juste à côté et pas un chat aux alentours. On est récompensé de nos efforts et la baignade est un délice, même si j’ai trimballé de l’eau pour rien au final. La nuit est calme et fraîche dans cette jungle, on enfile un pull au réveil, à 6h30.

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On se dit qu’on a fait le plus dur la veille et que la descente va venir vite. Erreur. Sans s’élever en altitude, on se bouffe un dénivelé positif bien pire que la veille avec une route en dent de scie et des pourcentages affolants.

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AAAAAAHHHHHHHH !!!!!

Aujourd’hui, c’est Ophélie qui met le pied à terre, sa roue arrière patine sur les tronçon de piste, signe qu’on est sur du très raide. On ne prend aucun plaisir à pédaler sur des pentes aussi fortes mais le paysage est là et c’est juste un moment à passer. Ça ne finit jamais, on enchaîne les murs et les toboggans, poussant des cris à la vue de la côte suivante.

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Mais les jambes tiennent le coup, le morale est bon et on arrive enfin à la descente. On est carbonisé mais il ne reste que 30 km pour rejoindre la prochaine ville alors on enchaîne après un soda et des chips. Oui, c’est ça qui est cool avec le vélo, on peut manger gras, salé et sucré en permanence et en quantité.

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Quand tu vois ce panneau alors que t’es déjà sur du 10%, t’as juste envie de te rouler par terre en position fœtale. Du 16% sur cette photo

La route est plus facile et les petites grimpettes finissent par nous délier les cuisses et redonner de la fluidité au pédalage. Sur du 15 %, on pédale triangle ; sur du 10 %, on pédale carré, le reste du temps, c’est plus ou moins rond ! Petite géométrie du pédalage.

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Crevaison

On arrive enfin à Mae Sariang, tout petit bled sans touristes, le compteur a dépassé les 11 000 km en ce premier jour d’hiver. On stoppe au premier hôtel, négocions un bon prix pour 2 nuits, montons les sacoches au bord de l’hypoglycémie et filons faire un carnage au resto sans même nous changer. A 2, on a plus mangé que 5 thaïlandais, on a pu comparé avec la table d’à côté.

Après une bonne nuit, on se sent finalement en forme, les cuisses ont bien récupérées. On va tout de même dans un centre de massage pour les préparer à la suite qui s’annonce bien costaud. Dans ce centre, les masseurs sont aveugles, comme ceux qui dessinent les routes se dit-on. Ça fait moins mal que la dernière fois, peut-être qu’on est habitué ou peut-être qu’ils appuient moins fort histoire qu’on se venge pas en planquant leurs cannes blanches ou en payant en billet de Monopoly.

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notre cadeau de Noël

Demain, on part à l’attaque de la route 108. Au programme : 420 km et 7000m de D+ pour rejoindre Chiang Mai le 31 décembre. Donc pas d’autre article avant le début de l’année prochaine.

Les Panardos vous souhaitent à tous, cher followers, même ceux qui ne lisent pas tous les articles, même ceux qui ne commentent jamais, même ceux qui aiment les chatons, même ceux qui mangent du boudin aux pommes, même ceux qui ne comprennent rien à ces histoires barbantes de dénivelé et de pédalage carré, de joyeuses fêtes en famille. Puissiez-vous vous tenir éloignés de l’orgie consumériste.

De notre côté, on fêtera Noël en se mettant dans la peau des rennes, tractant nos traîneaux sur des pentes raides comme des cheminées, et sentant comme… bah des rennes.

A l’année prochaine.

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