Ferries, Fjells & Fjords dans l’autre pays du bivouac

J 474 à 484 / de Tromso à Bodo par les îles / 541 km

 

23 juillet  Tromso – Plage 2 km avant Brensholmen = 58 km / +630m

 

On s’assoupit dans le bus et je me réveille un peu désorienté, «où suis-je ? Au nord vais-je ?».

Comme nous étions les seuls passagers, le chauffeur a pu nous déposer tout près du camping et nous l’atteignons rapidement après avoir remonté les sièges des vélos sous le chaud soleil du 69ème parallèle. Ici c’est ON-OFF en ce moment, soleil = chaleur, crème solaire et taons, nuages = 8 à 12°C, bonnet et goutte au nez.

Le camping est plein de monde et ça nous fait râler au début tous ces gens qui osent être en vacances au même endroit que nous, les salauds. Nous voici aux portes des fameuses îles norvégiennes, ça attire forcément bien plus de monde que la belle taïga à moustique Finlandaise. Les camping-cars sont entassés sur du bitume en plein cagnard, on dirait le parking d’un concessionnaire. Pour les tentes, c’est plus mignon, il faut passer un petit pont enjambant une rivière translucide et on arrive dans un sous-bois charmant quoiqu’un brin humide. Pas de moustiques ! Fantastique ! La légende dit donc vrai, il n’y en a pas sur la côte norvégienne.

On avait prévu de souffler un peu le lendemain mais la populace nous oppresse et le beau temps fait trépigner nos vélos, Pottok et Bourriquet. Ouais c’est con de donner un nom à son vélo, surtout qu’on ne les appelle jamais comme ça, on dit juste «les vélos» ou «avance saloperie!» quand  ça grimpe et qu’on n’est pas d’accord.

Le centre-ville de Tromso est pittoresque avec ses maisons en bois coloré et ses bateaux de pêche. On est dimanche et tout est fermé, heureusement qu’on a fait le plein en Finlande mais dommage pour la librairie avec toutes ces belles cartes routières en vitrine.

On finira par trouver un atlas dans une station service, et hop ! 1 kg de plus sur le vélo de Bibi ! Mais au moins on a toute la Norvège dessus et on peut s’affranchir du GPS, comme en Finlande, j’adore. C’est vachement mieux les cartes, ça fait aventure et on ne stresse pas pour les piles.

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sortie de Tromso

Allez, c’est parti pour la Norvège ! Et là j’ai envie de dire, pardon maman, « putain de chiottasse ! c’est trop beau !!!!». Là, tout de suite, partout, tout le temps ! C’est beau, souvent spectaculaire, toujours sauvage, ça nous rappelle énormément la Carretera Australe, en plus facile, merci le goudron et les tunnels.IMG_4772

La route est tranquille, très peu de trafic, quelques cyclos qu’on salue. On en croise désormais trop souvent pour taper le bout de gras à chaque fois.

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Bivouac repéré !

On se pose au bord d’une plage en milieu d’après-midi, il y a d’autres tentes. On peut camper à peu près partout en Norvège, il faut juste respecter quelques règles élémentaires : pas dans les tunnels ni sur les routes, pas au bord de l’eau à marée basse et pas en bord de falaise par grand vent.

On passe une soirée agréable, il fait bon et on ne se lasse pas de l’absence des moustiques. On n’a pas fait le plein d’eau mais nos voisins nous disent qu’on peut boire l’eau des torrents ici. Par précaution, on met du Micropur périmé dans la poche à eau.IMG_4770

Comme la plage est orientée vers le nord, on peut admirer le soleil de minuit pour la première fois. Hé oui, le soleil se couche au nord, c’est très étrange. Il ne dessine pas un arc dans le ciel mais un cercle nord-est-sud-ouest-nord. Le soleil descend, touche la mer, la trouve certainement trop froide et -pouf- il remonte pour un nouveau cycle. Ce jour continu qu’on a depuis 3 semaines est assez perturbant; d’un côté on dort moins car le sommeil ne vient pas naturellement le soir et qu’on crève parfois de chaud sous la tente dès 6h du matin, d’un autre côté on a une pêche sensationnelle sur les vélos et une très bonne récupération. Ça doit stimuler l’organisme cette lumière permanente. M’enfin on ne sera pas mécontent quand on aura des nuits noires à nouveau et qu’on pourra ronquer 10h d’affilée.

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à 00h30

 

24 juillet  … – avant Skaland = 37 km / +390m

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Un ferry nous amène sur l’île de Senja. Paysage de cartes postales partout, tout le temps. Grand angle et filtre polarisant obligatoires. IMG_4789IMG_4812On roule un peu mais on a la flemme aujourd’hui. Alors quand on rencontre une famille en camping-car qui nous invite pour le café (z’ont plus de rosé depuis longtemps), on finit par passer l’après-midi et la soirée à papoter au bord de la plage, au fond d’un fjord, au soleil. IMG_4824

C’est la famille PLEM’Mobiles, pour Pablo, Lola, Elodie et Miguel. Attention, c’est du lourd ceux-là : ils ont déjà voyagé 2 ans dans un camping-car acheté d’occasion 10 000 €, à travers l’Afrique et l’Amérique du Sud. Et là, 8 ans plus tard, ils remettent le couvert avec un enfant de plus, un nouveau camping-car et une durée indéterminée pour leur tour du monde. Un changement de vie, ils ont tout lâché, vendu la maison et font l’école aux enfants tous les matins. On est admiratif, surtout qu’ils font ça sans un gros budget et avec une confiance en l’avenir bien loin de la sinistrose à la con distribuée par les médias. Donc ça y est, je dis du bien de camping-caristes, j’y aurais pas cru. M’enfin paniquez pas les amis, c’est pas demain la veille qu’on va lâcher les vélos car «le vélo, le véhicule des héros !». Ça c’est du slogan qui en jette.IMG_4842

On parle visas, bouffe, Pablo et Lola ramènent des crabes, Miguel me coupe les cheveux, Elodie s’épile les jambes puis on va se baigner avec Ophélie. La mer du nord n’est pas si froide quand elle a bien chauffé dans un fjord toute la journée. Et le Gulfsteam passe par là.


Elodie – 00:34 – «Je vous souhaite plutôt du soleil que de la crème fraîche»


Resituer cette phrase dans son contexte serait bien trop long

Le soir, on va pêcher et Miguel m’apprend comment faire et où je pourrais trouver du matos à -50% car on est ici dans un paradis de la pêche. On revient bredouille, enfin brecouille comme on dit dans le Bouchonnois. On se couche à 1h du matin, il fait jour, on n’a pas envie de dormir. Faut que je change l’élastique de mon masque de nuit, il est mort.IMG_4837

 

25 juillet  … – Bleik = 61 km / +730m

 

A 9h sur les vélos, légèrement jetlagués mais ce beau temps donne envie de rouler, on garde en tête que ça ne va pas durer et qu’on finira tôt ou tard par se bouffer des jours entiers de pluie glaciale, c’est ça aussi la Norvège paraît-il. IMG_4846On en prend plein les mirettes, cette île de Senja est grandiose et déserte, un régal. Un coup on pédale dans le brouillard avec 13°C, on passe un tunnel et c’est grand soleil dans le fjord suivant. Décor incroyable, ça change à chaque kilomètre.

 

 

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Après un autre ferry, on roule avec Jorna et Tomgren (ou Torsten, ou Toltrem, impossible à retenir), un sympathique couple de casques à pointe allemand. On bivouaque ensemble près d’une plage de sable blanc.

 

 

 

26 juillet  … – après Sortland = 130 km / +780m

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On traverse l’île d’Andoya en 1 jour grâce à un relief plutôt plat et un bon gros vent dans le dos. C’est bô.

 

 

Au bout de 105 km et un grand pont (ils sont géants ici, pente à 6%) on arrive fatigués à Sortland et allons voir si on ne pourrait pas se poser dans un camping. Le premier n’en est plus un apparemment puisqu’il n’y a que des petits chalets. Pas grave on va au suivant et on se bouffe une côte à 12%, je sens chaque centilitre des 6 litres de la poche à eau. 26 € qu’elle nous demande la gérante, on lui dit que c’est beaucoup trop cher, qu’on paye 15 € d’habitude, qu’on ne veut pas payer le même prix que les camping-car géants, qu’on a juste des petits vélos et une petite tente. Mais non, elle ne fléchit pas et on se casse. On comprend, y’a au moins 100 camping-caristes pétés de thunes pour 1 cycliste crevard, le marché n’est pas intéressant.IMG_4937

Alors on enquille 20 bornes de plus jusqu’au bout de l’île et on se trouve un super champ au soleil. On est vachement mieux ici finalement et on peut pisser où on veut. Là j’me dis que cette précision n’est pas forcément nécessaire mais les autres cyclos qui nous lisent savent que ça a son importance. Tu peux être plein d’énergie pour pédaler des mois et des mois sur un vélo chargé mais t’as toujours la flemme de faire 3 mètres pour aller te soulager.IMG_4951

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J’ai envie de chanter la chanson du Roi Lion devant des trucs pareils. Aaaaaaa Ssuwanbaaaa !!!

27 juillet  … – Sandsletta = 66 km /+460m

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20 000 km au compteur !!! Le plus incroyable n’est pas la distance parcourue à vélo mais le fait que c’est toujours le même compteur et qu’il marche encore le bougre ! Il a du scotch partout autour mais il fait le job (depuis plus de 40 000 km en fait). Compteurinou, je te dédie cet article.

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la preuve irréfutable

Toujours au soleil et dans ce décor incroyable, on déborde de giclette et on a encore plus envie de bouffer la vie à pleine dents de pédalier.IMG_4968

7 km plus loin, on embarque dans un ferry pour les Lofotens, un fameux chapelet d’îles très couru des cyclos. Instant magique quand le ciel se dégage juste en y arrivant. Les similitudes avec la Carratera sont vraiment frappantes parfois.

Photos prises à 5 minutes d’intervalles

 

 

On adore la Scandinavie et je ne suis pas loin d’élire la Norvège «plus beau pays du monde», disons qu’elle est dans mon top 3 avec le Tadjikistan et le Japon. Je ne parle que de ce voyage, si on inclut les Amériques c’est le bordel et ça devient trop dur de faire un classement. Ceci dit, la Carretera Australe reste au summum, on rêve de rouler à nouveau au Pérou et en Bolivie, en Asie Centrale, les USA étaient extra…. nan j’vous avais dit, c’est le bordel.IMG_4998

 

 

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On tombe enfin sur un petit camping sympa et abordable (15 € avec cuisine, wifi et pédalos). Ophélie attaque tout de suite une lessive, elle est obsédée. Elle réquisitionne l’unique étendoir du camping et le met à côté de notre tente. C’est à NOUS, PAS TOUCHE !IMG_5032

Alors elle est contente Ophélie car Coco, de Coco-et-Lolo-enchainent-les-gastro-sur-l’altiplano, lui a écrit un mail pour lui dire qu’elle aussi elle est à fond sur les lessives et qu’elle pleure de joie quand elle trouve un grand lavabo avec ET de l’eau chaude ET le bidule noir pour le boucher.

Bon, c’est cool les filles, ça vous rassure de savoir que vous n’êtes pas seules à avoir une lessivite aiguë. Mais la question est : si 2 personnes ont une même obsession compulsive, est-ce suffisant pour dire qu’elles sont normales ? Et déjà, peut-on parler de normalité quand on quitte 2 fois son taf et son canapé pour aller pédaler avec un tyran beaugosse sur des vélos bizarres et dans des pays plein de gens pauvres/musulmans/différents donc dangereux ?

Pendant ce temps, je vais pêcher avec ma canne top budget achetée il y a quelques jours. Les rôles ancestraux sont respectés : la femme lave et l’homme chasse afin de garder sa tribu forte et vaillante. Bon, heureusement qu’il nous reste des maquereaux en boîte car je reviens bredouille. M’en fous, c’est amusant de lancer et de ramener au moulinet. La journée, je mouline sur le vélo et le soir je mouline avec la canne. J’ai un p’tit moulin dans la tête.

Et puis la canne à pêche donne un look de baroudeur de malade à mon vélo, et c’est bien plus léger qu’une machette. Ouais, j’ai rencontré des cyclos qui trimbalaient une machette. Essaie un peu de pécher avec ça. Faut trouver un poisson très coopératif.

 

28 juillet  Sandsletta = pêche au gros

 

Il fait beau encore, on se dit qu’il faut en profiter pour avancer, on se reposera quand il pleuvra. Mais y’en a marre de faire des pauses uniquement sous la pluie alors on reste et on profite d’une vraie journée de repos, une où y’a rien à faire, ni les courses, ni la lessive et même pas de geekage bloguesque. Alors on va pêcher avec une barque du camping. On galère trop avec les rames et changeons pour un pédalo, bien plus dans nos cordes.IMG_5040

Et le miracle se produit, j’attrape une morue. Ok, une bébé morue. Et ok vous pouvez faire la vanne «le thon a chopé une morue», elle est excellente.

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Je la relâche et j’attrape ensuite une truite de mer qui décorera la plâtrée de pâte de ce soir. Ophélie reconnaît que cette canne à pêche est un bon investissement et que pêcher est un truc sympa à faire après une journée de vélo, contrairement à un jogging, des squats, des abdos ou des pompes.

 

29 juillet  … – Rysfjord = 81 km / +700m

 

Au p’tit dej on observe le manège d’un couple d’allemands en camping-car, la femme vide la boite à caca pendant que le gars fait le plein d’eau. Ils «voyagent» dans un porteur ! C’est un poids lourd, le genre qu’on utilise pour transporter des marchandises, 25 litres au 100 ! Ils ont fait mettre une caisse aménagée grand luxe, c’est du délire, c’est quoi la prochaine étape ? La semi-remorque ? Ou le bulldozer aménagé ? Pratique pour aplanir le terrain ou enlever un arbre une forêt qui gène. J’ai envie de leur crever les pneus mais ils doivent sûrement avoir une assurance avec hélicoptère d’assistance.

Au dessus de la porte latérale (facilement accessible grâce à un marche-pied escamotable électrique) il y a le p’tit nom du véhicule : Kleine Freiheit, «petite liberté» d’après mes restes d’allemand. J’apprécie ce petit trait de sarcasme mais j’aurais bien vu autre chose, une petite expression allemande tristement connu, nan parce qu’ils ont dû vachement bosser pour s’offrir cette «petite» liberté.arbeit-macht-frei

On fait à peine 10 km à vélo et je stoppe sur un spot de pêche miraculeuse : un pont en fond de fjord, une eau translucide et un courant fort dû à la marée.IMG_50504 lancés = 3 maquereaux, que je relâche car ils ne se garderont jamais dans les sacoches, pas avec ce soleil. Ouais c’est relou, on crève de chaud dans le cercle polaire.

C’est des fous ces maquereaux, ils se jettent sur la cuillère et se battent comme des diables une fois ferrés, ils tirent vraiment fort et font ployer la canne à fond. J’ai l’impression de sortir un dauphin, et pas un poiscaille de 40 cm. Je suis comme un dingue, c’est la première fois que j’aime pêcher, pas d’attente et un peu de sport.

Les gants de vélo sont très pratique pour tenir fermement les poissons afin d’enlever l’hameçon. Par contre ils puent pendant 3 jours ensuite, et ce n’est pas comme si je ne les avais pas juste sous le nez.IMG_5045

On roule ensuite sur des routes secondaires très calmes, on évite la E10 au maximum, un peu trop de véhicules, on veut les paysages pour nous seuls et on fait durer le plaisir sur ces Lofotens.

 

 

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Pas de spot à notre goût, on est devenu trop difficiles à cause du Japon, alors on atterrit dans un petit camping charmant au fond d’un fjord. C’est moins aventure qu’un bivouac mais on rencontre toujours des gens sympas et ça fait du bien de papoter.IMG_5070

 

30 juillet  Rysfjord  = pluie, balade panoramique et maquereaux

Il pleut, donc on reste au camping pour tricoter et bloguer un peu, bien à l’abri dans la cuisine commune. Le bonnet d’Ophélie avance, il devrait être fini avant l’hiver (l’année reste à définir).IMG_5101

On se fait tout de même une balade à pied l’après-midi. Là on comprend pourquoi les norvégiens ont tous des pantalons imperméables et des grosses godasses en Gore-tex, les pieds s’enfoncent souvent dans la mousse épaisse gorgée d’eau et les hautes herbes ont vite fait de tremper le bas des jambes. IMG_5090C’est joli, silencieux mais on ne voit rien dans la purée de pois. Même pas de trolls.

 

 

Le soir, on partage avec Honza le motard Tchèque  des filets de maquereaux offerts par un campeur. Je suis resté brecouille sur les rives du camping, la «cuillère de la mort» (c’est son p’tit nom) n’a pas fait de nouvelle victime.

 

31 juillet … –  avant Moskenes = 69 km / +720m

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On continue sur les petites routes faisant le tour des péninsules et ne regrettons jamais ces kilomètres supplémentaires, le soleil est toujours présent et on en profite à fond.IMG_5128

 

 

Le soir, on pose la tente face à la mer, à 700m d’un camping. C’est mesquin mais faire payer la douche alors que l’emplacement est déjà à 16 € l’est encore plus.IMG_5176

Dernier bivouac sur les Lofotens. Ces derniers jours resterons gravés dans nos mémoires, même la mienne, c’est dire. On fête ça avec une omelette et des quesadillas, le fromage n’a pas de goût, en plus d’être cher.IMG_5180

La bouffe n’est pas 4 fois plus cher qu’en France contrairement à ce qu’on avait entendu dire, pas même le double si on fait attention et qu’on vise les enseignes pour les sales pauvres et les chomeurs discounts. Mais on hallucine parfois en voyant du pain à 5€, des bières à 2,50€, des café à 4€, nos beignets plein de gras à 2€ pièce, des pizzas à 20€… On fait gaffe, la première règle est de ne SURTOUT pas faire les courses en ayant faim sinon on pleure de frustration. Autrement on se régale de Wasa tartinées de beurre, de «crème à tartiner goût noisette» et de notre saumon du pauvre : le salami. Ouais, même le saumon est hors de prix, c’est incompréhensible.IMG_5197

Côté fruits et légumes, on se contente de quelques tomates à 4 ou 5€ le kilo et de bananes et nectarines à 2,50 € le kilo. Mais les vitamines ne sont pas notre priorité, les glucides restent nos chouchous et on se fait régulièrement des patates à 2 ou 3 roros le kilo et le plein de protéines avec des œufs à 2,50 € les 6. Voilà pour le petit topo «prix dans le pays au salaire médian de 6000€ net par mois». Ça fait rêver hein ? Mais pourquoi nous n’avons absolument jamais croisé de voyageurs norvégiens ? En France, on a moins de thunes mais on a des idées !

Et le congés sabbatique.

Et la rupture conventionnelle.

Et du camembert à 1 €.

Et Kendji Girac.

 

01 août … – Bodo = 39 km / +390m

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On rejoint rapidement le ferry pour rallier le continent. La route est incroyable, les villages sortis tout droit d’un guide touristique ou d’une pub pour voiture, ils les tournent toujours dans des endroits bout du monde comme ça. Du coup Paul-Fabrice, quand il part au travail avec son Audi Q7 avec siège en cuir, climatisation et Bluetooth, quand il fait son Evry – La Défense tous les jours pour faire blablabli et blablabla avec ses potes super sérieux en cravate, bref Paul-Fabrice il est pas sur le périph’ en train d’écouter J-J Bourdin, Paul-Fabrice il est Mike Horn et il roule au milieu des guanacos ! Putain il kiffe le mec ! Ça c’est l’aventure ! Vivement qu’il ait la dernière Go Pro pour faire des vidéos de déglingo ! Et un drône, ouais putain, il faut un drône ! Ça va chier sur Instagram !!

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La traversée dure 3 heures, on fait nos tartines Wasa-beurre-salami avant de trop baver devant les assiettes saucisses-frites des camping-caristes, encore eux. Il n’y a rien à voir par les fenêtre, juste de l’eau grise et des nuages, on pionce.

A Bodo, la pluie nous accueille, on revoit nos ambitions et filons au camping pour mettre à bouillir 1,7 kg de patate. On rencontre un jeune couple de Danois à vélo. Totalement irresponsables, ils trimbalent leur gamin d’1 an dans une remorque depuis plus de 2 mois. Il va mal tourner celui-là, il finira bientôt sur un vélo, pédalera dans des pays au noms imprononçables, crachera sur les camping-cars et le capitalisme et consultera des blogs de voyageurs. Il tombera peut-être sur le nôtre, dans 20 ans. Il rigolera en voyant des tentes de plus de 500 grammes, des pneus qui crèvent, des transmissions qui s’encrassent et des vestes pas étanches plus de 2 heures. Et il se dira qu’ils mangeaient beaucoup de patates les gens à l’époque, mein Got !

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pour finir en beauté

 

 

PanarFinlandade – la suite

J 468 à 474 / de Kuhmo en Finlande à Tromso en Norvège / 557 km à vélo et 600 en bus

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16 Juillet 2017  Kuhmo – Suomussalmi = 138 km / +1105 m

On ne se lasse pas de ces paysages monotones et bouclons l’étape avec l’euphorie et l’apaisement propres aux longues séances de pédalage. Le matin, on a vu les premiers panneaux «attention aux rennes» et on ne tarda pas à croiser les premiers spécimens. P1120907Super, on croyait que ces bêtes là vivaient bien plus au nord, là ou ne pousse que le lichen et des sapins rabougris. Ils restent stoïques face aux voitures mais détalent à la vue de nos tanks à pédale. P1120911Un peu plus loin, j’aperçois une femelle élan dans un champs, gigantesque. Génial d’avoir vu tant d’animaux exotiques du haut de nos petits vélos : lamas, vigognes, guanacos, lapins Duracell, bisons, crotales, habitants de Cuignières, manchots, singes, dromadaires, condors, auvergnats, éléphants, marmottes, yaks… sans compter toutes ces petites «surprises de la route».

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oh les jolis petits yeux noisettes

On se pose dans un camping magnifique entouré d’un lac avec de l’eau humide qui mouille, les sanitaires sont vintages comme on aime et le prix tout doux, enfin ! Il me reste juste assez de giclette pour taper 10 km de plus afin de trouver un supermarché et se faire un bon gueuleton : saucisses à griller au feu de bois, pommes-noisettes, bières, abricots et yaourts.IMG_4610

Manger des grosses saucisses en plastique au coin du feu est un autre sport national finlandais, juste devant tondre sa pelouse et faire du ski de fond en collant fluo avec une carabine dans le dos. Elles sont vraiment pas terribles ces saucisses mais depuis le temps qu’on voyait des gens en faire griller, il fallait qu’on teste. 79 centimes d’Euros les 2 saucisses de 400 grammes, faut pas s’attendre à un miracle, ni à vivre très longtemps si on ne bouffe que ça.

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le gros toutou du camping a failli vider le lac en s’abreuvant

Pas de déception avec les pommes-noisettes, trop bon, prévoir le double en quantité la prochaine fois. Le couple de randonneur avec qui on partage la table nous expliquent qu’ils appellent ça les pommes-de-terre de Paris. Y’a un soucis mondial là :

  • Les Laotiens appellent les pommes-de-terre «man phalang», soit le légume de l’étranger. Mais le mot «phalang» venant à l’origine du mot «français», ça devient un peu le légume du français
  • Les anglos-saxons appellent les frites «French fries»
  • Et maintenant les finlandais avec les pommes-noisettes «de Paris»

Les pauvres péruviens, ils se sont crevés le cul à faire pousser 10 000 variétés différentes à plus de 4000m d’altitude pendant des siècles et tout le monde croit que ça vient de chez nous.P1120846

 

17 Juillet 2017  Suomussalmi – Hossa = 101 km / +705m

C’est la St Fred aujourd’hui, Ophélie est officiellement mon esclave pour la journée. Mais les 100 km ne laissent pas vraiment le temps de faire autre chose que de pédaler dans la forêt, à quelques kilomètres de la frontière russe.P1120875 La route monte et descend constamment, le trafic est quasi nul, le ciel est bas et nuageux, le vent souffle dans le dos, c’est chouette. On voit des rennes aux bois immenses et j’aperçois avec chance un élan mâle s’enfuyant dans sa belle taïga avec une souplesse et une rapidité étonnante vu son gabarit. P1120880Ophélie scrute les bois en permanence à l’affût d’un ours, on dirait un périscope de sous-marin. Elle flippe d’en croiser un, elle oublie que j’aurais vite fait de me mettre en slip pour le faire fuir.

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On ne voit pas les moustiques, ni la pluie qui approche et qui tombera sur nos tartines de salami

De mon côté, je rêve de voir un carcajou, aussi appelé glouton, ou wolverine en anglais, ou encore kik’wa’ju (esprit malin) dans la langue des Micmacs, les premiers hommes du Canada.

 

 

Animal mythique chez les indiens et les trappeurs d’Amérique du Nord, craint pour sa voracité et sa férocité, respecté pour sa ruse, sa force et ses capacités de survie hors du commun. Avant tout charognard, il est capable de tuer à lui seul un renne ici en Finlande, et ce malgré son petit gabarit (8 à 20 kg). A découvrir dans Le Carcajou de Bernard Clavel, après avoir dévoré les 6 tomes de la série Le Royaume du Nord pour bien se mettre dans l’ambiance.P1120867

Après avoir cassé le 1er maillon du voyage, on tombe sur un camping au km 101, c’est parfait. A peine le temps de monter la tente et de manger avant de s’offrir 1 heure dans le sauna au bord du lac. La séance de chaud-froid fait du bien mais les 1ere minutes n’ont pas été faciles avec le bide débordant encore de pâtes à la sauce tomate. On ne pouvait tout de même pas rouler en Finlande sans aller dans un sauna. Ça serait comme rouler en France sans manger de fromage ou comme rouler en Bolivie sans avoir la chiasse.

Elle était cool cette St Fred.IMG_4632

 

18 juillet 2017  … – Kuusamo = 86 km / +610m

 

Ah bah non, c’est aujourd’hui en fait la St Fred. Ophélie ne m’offre rien sous prétexte qu’il n’y a pas de St Ophélie, la crevarde.

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Un renne blanc, on dirait une chèvre

Je perd ma serviette ultra-légère qui a été de tout les voyages depuis 7 ans et on fait une pause repas dans une belle cabane en bord de lac, ça compense un peu mais pas complètement. Quand j’avais perdu juste l’étui de cette serviette en Thaïlande, j’avais déjà déprimé pendant toute une journée.

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petite pub gratos pour l’AFV, c’est cadeau

On arrive à Kuusamo, je vais enfin arrêter d’avoir cette chanson qu’Antti nous avait mis dans la tête :

Apparemment les paroles sont tordantes, ça parle de la belle vie à la campagne en comparaison de celle à Helsinki. Je vous laisse juger.

  • 19 juillet 2017  … – Posio = 51 km / +285m

  • 20 juillet 2017  … – Rovaniemi = 137 km / +725m

  • 21 juillet 2017  Rovaniemi = «repos» – 24 km

  • 22 juillet 2017  Rovaniemi – Tromso (Norvège) = 9h de bus, 10 km à vélo

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pas plus de 8% en réalité

De la forêt, des lacs, du lichen, des rennes et moins de moustique grâce à un temps plus frais. On est en Laponie.IMG_4659

La dernière étape PanarFinlandesque nous mène à Rovaniemi et c’est la première où l’on s’ennuie un peu sur les vélos. Malgré ça, ça nous titille drôlement de continuer plein nord pour voir la taïga céder la place à la toundra. Ça nous titille de rallier le bout du bout, même si c’est symbolique, même si c’est monotone, même si le Cap Nord disparaît dans le brouillard. Rallier Ushuaïa était symbolique également et c’est pourtant parmi nos plus belles semaines de voyage.

Mais non, la Norvège nous attend et nous n’iront pas plus loin en Finlande, question de timing, question qu’on ne veut pas rentrer en France en plein hiver. C’est un coup à s’ouvrir les veines sur le plateau picard, à 30 km de la maison, ça serait ballot.

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à Rovaniemi

On se pose au très jolie camping à 5 km de Rovaniemi pour se faire une journée «repos». Je mets des énoooormes guillemets car entre les courses, du shopping (nouveau t-shirt et pantalons pour remplacer ceux avec de la dentelle au niveau des fesses), la lessive, l’achat des billets de bus et la visite du village du père Noël, on a fini complètement crevé. Heureusement qu’un gentil couple en mini-fourgon aménagé nous a requinqué le soir, à coup de rosé. Devinez quoi, ils sont français. Les camping-caristes, plus ils ont un petit véhicule, plus ils sont sympas. Pour ceux dans les bus de 6 mètres à 50 000 €, je ne peux pas dire, on ne les voit jamais, sauf quand ils viennent squatter les éviers pour faire leur vaisselle, tous à la même heure, ou qu’ils se promènent fièrement en traînant leurs boites à caca (le truc pour WC chimiques). Sinon pourquoi ils mettraient le nez dehors ? Ils ont les chiottes, la douche, la téloche, le marche-pied électrique, le frigo, une plante en pot sur le tableau de bord, un salon, un store de 4 mètres pour pas voir le ciel, des rideaux pour pas voir dehors et même la climatisation pour les plus fougueux. Les vélos accrochés à l’arrière, c’est juste pour faire jolie ou aller acheter le pain si c’est à moins de 500m, sinon ils sortent le scooter du coffre. Et ils vont presque tous au camping, dans la nature c’est dangereux et y’a pas l’électricité.

Ils nous gavent ces «campeurs» qui ne peuvent pas voyager sans embarquer la moitié de leur maison et la totalité du confort moderne. Je ne dis pas qu’il faut que tout le monde doit se la jouer warrior à vélo avec petite tente et repas en tailleur autour du réchaud, mais y’a un juste milieu, un pas à faire vers plus de simplicité et de décroissance. Pour les baby-boomers, on peut comprendre à la limite, mais quand on voit des jeunes dans des monstres de 4 ou 5 tonnes, on se dit qu’ils auraient pu se payer de longues années de voyage à vélo pour le même prix.

Fin du passage LdP.

Revenons à nos moutons, Rovaniemi est officiellement la ville du Père Noël, et ça en attire plein justement, des moutons. Des cars entiers de chinois ne viennent en Finlande rien que pour ça, quelle tristesse. En vrai, le gros barbu alcoolique n’habite pas là, c’est bien connu. Il vit aux États-Unis, entre Atlanta (siège social de Coca-Cola) et Wayne dans le New Jersey (siège social de Toy «r» Us). Il est pas con l’gars, il est là où y’a l’pognon. Il prévoit d’ailleurs de déménager prochainement à Hangzhou (siège social d’Aliexpress).IMG_4698

On a donc mis nos t-shirts en laine pour passer incognito et sommes allés jeter un œil à ce village. Ils auraient pu faire un truc chouette mais ça ressemble à une aire d’autoroute améliorée au final. M’enfin, y’avait pas foule et on a pu se prendre en photo sur la ligne matérialisant le cercle polaire arctique, véritable raison de notre visite. Je voulais faire une photo d’aventurier de l’extrême en portant mon vélo à bout de bras au dessus de la tête, alors je demande à un gars de nous prendre. Au premier coup, le gars se trompe de bouton, les gens ont trop de mal avec un reflex. Pas grave, on recommence et je me retape un autre épaulé jeté, bordel j’ai rien dans les bras et le vélo pèse un âne mort. Cette fois c’est bon, je contrôle la photo… ok, c’est tout pourri, le gars s’est pas dit que ça serait bien qu’on voit la ligne du cercle polaire. J’espère que c’est pas lui qui photographiera sa fille sur les genoux du Père Noël sinon on verra juste un bout de sapin et le cul d’un renne.

Re-fin du passage LdP

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Les boutiques de souvenirs sont trop nazes mais c’est marrant de voir des chinois acheter des trucs hors de prix fabriqués chez eux pour 3 fois rien.

La poste est sympa en revanche, c’est ici qu’arrivent les lettres des enfants du monde entier. Quelques-unes sont affichées, genre le petit Ramul du Pakistan qui aimerait une paire de basket neuve sans trous, la paix sur terre et une sécheresse pas trop longue pour l’année prochaine. Ou celle de Laina la Laotienne qui demande une prothèse à sa taille pour sa jambe droite, un travail pour son papa et un 6eme petit frère. C’est trop choupinou esprit de Noël. Ils n’ont pas mis celle du petit Kilian – 7 ans – Melun qui demande à peu près 3 rayons entiers de la Fnac.IMG_4701

On envoie quelques cartes postales, vu le prix du timbre, c’est un beau cadeau.

Le lendemain, on file prendre notre bus pour la Norvège. Les vélos rentrent sans problèmes et le chauffeur roule vite sur les routes abîmées de Laponie. Le paysage change doucement, les arbres se font plus petits, Ophélie tricote, je mets le blog à jour, y’a un wifi de fou dans le bus, je savais pas que c’était possible. Au bout de 6 heures, les quelques voyageurs sont descendus et on se retrouve seul dans le bus.P1120934 On ne sait pas si on est toujours en Finlande ou déjà en Norvège, on n’a pas vu de panneau et encore moins de postes de douane abandonnés. P1120929Ce qui est sûr, c’est que le décor devient spectaculaire et qu’on se croirait revenu en Patagonie chilienne.IMG_4716 C’est un tout petit aperçu à échelle réduite de ce qui nous attend pour la suite au pays des fjords, des trolls et du café à 4 €. On vous racontera ça au prochain épisode, là on peut pas, on a pêche.IMG_4719


 

BILAN FINLANDE

 

  • 1137 km
  • 12 étapes et 3 jours de repos
  • 7600 m de D+
  • Pas de crevaisons
  • 16 beignets, dont 10 le même jour
  • 2 kg de bonbonsIMG_4602

Au top, on a adoré notre court séjour dans ces immenses forêts. J’écris ces lignes alors qu’on vient de rouler 5 étapes en Norvège et heureusement qu’on l’a fait dans cet ordre car pédaler en Finlande après le spectacle norvégien doit paraître bien morne, même si ça reste très très beau.

 

 

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Sinon, en vrac :

  • On voit pas mal de sapins et de bouleaux
  • Quelques lacs par endroits
  • Des moustiques et des taons très câlins. On pensait péter un câble mais on s’y fait à peu près finalement. Avant, je pensais que ces bestioles ne servaient à rien mais j’ai eu le temps de réfléchir sur la route. Je crois qu’elles existent pour faire aimer l’hiver aux Finlandais. Quand tu te fais piquer pendant 3 mois, t’attends qu’une chose : le froid, la neige et la glace pendant tout le reste de l’année.
  • Le pays n’est pas plat du tout ! J’avais vendu la Finlande à Ophélie avec des «tu verras, on va se taper un 200, easy !». Et non. Mais on a eu un bon vent dans le dos la plupart du temps, soyons honnêtes.
  • Routes désertes, des camping-cars principalement finlandais, très peu de cyclistes (5 en 2 semaines) et des motards, notamment ceux en Harley qui devaient bien serrer les fesses de peur de tomber en panne sèche entre 2 villes.
  • Du calme et un silence de qualité. Même les oiseaux sont discrets, et heureusement vu qu’il fait jour en permanence.
  • Les campings du sud sont hors de prix et c’est non négociable.
  • Les croissants chauds et les beignets à 39 centimes dans les supermarchés.
  • Les Finlandais parlent presque tous un anglais impeccable, de la caissière du supermarché au petit vieux de 70 ans dans la rue, c’est génial de pouvoir communiquer pleinement à nouveau. On ne sait pas si l’enseignement est plus performant qu’en France mais une enquête de notre part tend à montrer que c’est la TV qui est responsable. Les finlandais n’étant que 5 millions, les films et séries étrangères ne sont pas traduites, ce ne serait pas rentable. Ainsi, les finlandais se familiarisent et se perfectionnent en regardant des films en VO sous-titré, tout simplement. Whaou, un effet positif de la téloche, incroyable ! Peut-être qu’on peut même apprendre le Romantisme et l’Amour en regardant du Jacky & Michel. Alors on dit merci qui ?
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moment de poésie

 

Bonnes vacances aux Aoûtiens et bon courage aux Juillettistes !