Du Père Poutine au Père Noël – les Pieds en Finlande

J 459 à 467 / de Vyborg (Russie) à Kuhmo (Finlande) / 629 km

 

07 juillet 2017  Vyborg (Russie) – Lappeenranta (Finlande) = 69 km / +530m

12°C, temps couvert, vent de nord, donc de face et frisquet. Jamais on a eu un tel affront au Japon, il faut se réhabituer à un monde imparfait. Ophélie n’avance pas, j’ai beau la motiver comme je peux (insultes, jets de cailloux, crachats, coups d’antivol sur les rotules, menace d’interdiction de shampoing…), rien n’y fait. Alors elle saute pas vraiment de joie quand je lui propose impose un bout de piste forestière, c’est un raccourcis et ça nous évite la route un poil trop passante. P1120711Elle n’arrive même pas à admettre que c’est bien roulant et que c’est jolie cette forêt (pleine de moustiquausores qui t’empalent dès que tu t’arrêtes, pour pousser le vélo sur les parties sablonneuses par exemple).

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On rejoint la route, le trafic s’est calmé, le ciel se découvre et on pédale entre des lacs. Le vent nous freine beaucoup mais on se dit qu’on veut bien se le taper sur toute la Finlande s’il nous garantie le beau temps.

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c’est parti pour 1000 km à peu près comme ça

A la frontière russe, on dépasse la file de bagnole et faisons tamponner nos passeports, pour la dernière fois. Dans ma tête se joue un rapide flashback de quelques frontières traversées pendant ce voyage : la Turquie accueillante, l’Iran avec les militaires me disant que la tunique de ma femelle n’est pas assez longue, la poche à eau explosive de Ben en Ouzbékistan, le Kirghizistan avec la Pamir Highway dans le dos, le combat contre des mamies au Kazakhstan, la Chine impeccable, le Japon au poil avec sourires et courbettes.

 

Nous voilà donc en Europe. On se sent un peu de retour au pays mais pas tant que ça. Après 15 mois de voyage, on se sent un peu moins étranger à l’étranger, un peu plus «citoyens du monde», même si cette expression m’exaspère. Disons plutôt «habitants de la Terre».P1120725

On roule à travers la forêt et arrivons dans un premier lieu de culte d’un pays à la pointe du développement : LIDL. On est comme des dingues dans les rayons, je le reconnais. On avait oublié le choix incroyable qu’on peut avoir dans un supermarché européen. Rien qu’au rayon chocolat on est perdu et on est obligé de prendre 3 plaquettes différentes. Je retrouve mes Bastognes, j’avais oublié que j’adorais ça. En l’absence de tentation, on n’a pas besoin de tant de choses pour vivre confortablement, y’a beaucoup de superflue. Bon, en revanche, les croissants tout chauds qui sortent du four, là, c’est de l’IN-DIS-PEN-SA-BLE ! Hop, 2 chacun, la vache que c’est bon. Vivement qu’on en regoute des vrais fait avec du vrai beurre à la place de l’huile de palme.

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Arrêt suivant : la station service, pour faire le plein de la bouteille du réchaud. Fini les pompistes comme dans un paquet de pays traversés, dont le Japon. Faut se servir tout seul et payer par CB. Comme en France, il est marqué «service minimum = 5 litres». Comme en France, c’est du pipeau, on prend un demi-litre, on paye pour un demi-litre. Les prix de l’essence et de la nourriture sont équivalents à ceux de la France.

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Des pistes cyclables dans toutes les villes et à leurs abords

Au bout de 70 km vent de face, nous voilà au camping de la ville de Lappeenranta, on le sent pas de bivouaquer quand on débarque dans un nouveau pays, aussi peu habité soit-il comme la Finlande. 24 € !! Non négociable ! On paye le même prix que pour un camping-car de 4 tonnes ! Pas la force de repartir s’enquiller des kilomètres à la recherche d’un bivouac, tant pis on reste.

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il y a un vieux tremplin de saut à ski au fond

Heureusement c’est magnifique, on rencontre un cyclo du coin et découvrons les installations standards d’un camping finlandais : des cuisines abritées avec plaques, four, évier et parfois bouilloire et même grille-pain quand on a du bol. Idéal pour manger au chaud et à l’abris de ces psychopathes de moustique. Pour l’instant y’en a pas grâce au vent de nord, mais attendez un peu la suite.

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oui oui, c’est du camping

 

08 Juillet 2017  … – Rautjärven Kirko = 83 km / + 650m

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l’évolution

On quitte petit à petit les zones habitées, les maisons rouges s’espacent, la route ondule dans la forêt. Le mot «forêt» reviendra régulièrement pour cette PanarFinlandade.

En fin d’après-midi, il est temps de penser bivouac et donc plein d’eau. Pour ça, il faut demander aux habitants et ce n’est pas évident car on ne croise personne. Il y a bien des maisons régulièrement mais tout semble sans vie, seule une voiture ou la pelouse impeccablement tondue trahie une présence humaine. Le marché de la tondeuse doit être monumentale dans ce pays. En haut d’une énième petite côte, on aperçoit enfin un gars marchant dans son jardin. On demande de l’eau, le mec parle un anglais impeccable et sa femme nous conduit à l’intérieur pour remplir gourdes et poche à eau. On demande s’ils sauraient ou on pourrait planter la tente pour la nuit. On est plein d’espoir dans ces moments là, voici le scénario idéal :

  • Vous savez pas ou que c’est qu’on pourrait camper ?
  • Camper ? Non non non non, vous allez dormir ici, on a une chambre d’ami avec lit king size et drap en flanelle.
  • Bon d’accord, on veut bien
  • Mais d’abord, vous allez filer dans le sauna et pendant ce temps on préparera une tartiflette. Vous aimez la tartiflette ?
  • Yaaaareuuaaarguuue, je t’aime Madame !
  • Et donnez-moi tout ce linge sale, je vais le laver. Rhhhhoooo, regardez-moi ces t-shirts usés ! Igmar ! Va donc cherchez des t-shirt Icebreaker pour nos amis ! On en a plein, on sait pas quoi en faire.
  • Cool !
  • Allez, trainez pas, filez au sauna de suite sinon on n’aura pas le temps de se faire un tournoi Fifa après le massage
  • Quel massage ?
  • Bah celui que je vais vous faire pardi. Je viens de suivre une formation en Thaïlande, il faut que je pratique, ça ne vous dérange pas trop j’espère.
  • On peut rester ici demain ?
  • Hors de question, demain on vous emmène chez Arto Paasilinna, c’est mon cousin. Il adore votre blog, il veut absolument vous rencontrer pour son prochain roman.
  • Ok mais on ira comment ?
  • Mon oncle Ari Vatanen passera nous prendre, il conduit super bien.

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Étonnamment, ça ne se passe pas comme ça. Ils ne sont pas chez eux et nous suggèrent d’aller à une église à 6 km. On quitte la route pour une très belle piste et arrivons à la dite maison de notre seigneur Jésus-martyre-des-martyres après un sympathique passage à 14 %. P1120752Il n’y a personne, je fais le tour, très beau cimentière donnant sur le lac, pelouse impeccable et le saint Graal : des toilettes, sèches en plus, le top du chiotte écolo. Bon, ça vaut pas des draps en flanelle et un sauna mais y’a pas trop à se plaindre. Et les moustiques sont toujours engourdis par le froid.

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09 Juillet 2017 … – Punkaharju = 81 km / +520m

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on trouve encore du muguet ici

Le vent a tourné, il vient du sud désormais. Hausse de la température et pédalage facile. Les taons font leur apparition, ils volent vite les bougres et il faut attendre un faux-plat ou une descente pour les semer, à plus de 30 km/h. Ils sont moins assoiffés de sang que leurs collègues patagoniens et se contentent de nous tourner autour, ce qui peut tout de même rendre dingue au bout d’un moment. Ophélie sort El Chiffon de la Muerte pour les chasser en roulant.

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Attention aux Élans

La route est splendide, les maisons sont belles et colorées, c’est l’été. Mais on a beaucoup de mal à trouver un bivouac, les coins sympas en bord de lac sont déjà occupés par des «cottages» avec des petits panneaux accueillants «attention vidéo-surveillance», la forêt est blindée de moustiques et les champs propices sont très rares. Alors je cède à Ophélie qui a déjà repéré tous les campings dans un rayon de 2000 km et on paye à nouveau 24 €.P1120771

Le soir, des gitans jouent de la guitare, des dieux. Un jeune ado fait voler ses doigts sur le manche, j’ai jamais vu ça, un surdoué.

 

  • 10 Juillet 2017 … – après Kitee = 88 km /+ 540m

  • 11 Juillet 2017 … – Vuonislahti = 142 km / + 1065m

  • 12 Juillet 2017 Vuonislahti = pluie

 

Sympa le concert improvisé, dommage qu’ils nous aient pourri la nuit ensuite en parlant fort entre 2 gorgées de bière. On les auraient bien étranglé avec leurs cordes de guitare. Mais l’humeur revient vite au beau fixe après la rencontre étonnante avec une famille américano-équatorienne vivant vers Helsinki et produisant du vin à base de baies. On discute longtemps, on prend des photos, on fait le plein d’une chaleur humaine qui se fait discrète avec les finlandais. P1120773Ces derniers ne nous interpellent jamais pour nous demander d’où l’on vient, où l’on va, où est donc Ornicar et pourquoi on roule sur des vélos trop chelou. Indifférence totale, comme au début du voyage avec les italiens et les grecques. Changement de culture, on ne s’en formalise pas et on découvrira par la suite des gens serviables, suffit juste de faire le premier pas.

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On se fait une superbe étape, ça devient de plus en plus sauvage. Ophélie trouve ça monotone parfois mais moi j’adore ces grands espaces avec juste la route devant soit. P1120781Alors je lui répète «mais si c’est trop bien» et à force elle finit par aimer. Au bout de 60 km, on vérifie la météo pour le lendemain : grosse pluie toute la journée. Ok, déclenchement du plan B, on prévient notre warmshower qu’on va arriver un jour plus tôt et on torche 142 km. Les derniers 5 km sur de la mauvaise piste nous achèvent mais je crois que je tiens là la photo du jour. Soleil bas, ciel contrasté, petite cabane rouge sur une île et une Panarda affamée sur son vélo.IMG_4524

Antti est là pour nous accueillir dans ce tout petit village isolé sans aucun commerce. Il nous demande tout de suite si on a faim, on répond ô que oui. Il nous fait des patates avec une omelette, Antti devient tout de suite notre ami. On parque nos vélos dans son jardin derrière, le comité d’accueil est là, dans les hautes herbes, on n’a jamais vu ça. Des centaines de moustiques affluent, c’est affreux. Je me fais défoncer les jambes en 2 secondes, on se dépêche de rentrer toutes les sacoches et de refermer la porte. Antti rigole mais il a dû bien sentir passer les piqûres sur ces pieds en sandales

La météo a vu juste et ça tombe bien fort pendant qu’on fait la grasse mat’. Antti nous parle de ses voyages à vélo dans le Finnsmark, tout au nord. Il n’a pas de voiture ni même le permis et travaille peu, un mode de vie décroissant qui semble le rendre épanoui. Il a emménagé dans ce village suite à un voyage à vélo, l’endroit lui a plu et il a quitté Helsinki pour ici. En hiver, on peut rejoindre Koli, une ville à 7km de l’autre côté du lac, par la plus longue route de glace continentale d’Europe.IMG_4535

Le midi, il nous emmène dans un petit restaurant situé dans une ancienne école juste à côté. On ne l’aurait jamais vu, la langue finlandaise ne donne aucun indice aux non initiés. C’est une belle langue avec de très longs mots pleins des voyelles et des trémas, imbitable mais agréable à entendre, surtout dans les chansons. C’est des mamies qui font la cuisine, plat unique, entrée-plat-dessert à 8 €, l’occasion de manger de la vrai cuisine du coin : boulettes de viande et patates à l’eau. Avec l’étape d’hier, on est en mode récupération et on s’explose le bide. J’aurais bien fait un tour sur le lac avec le superbe kayak d’Antti mais la pluie se remet à tomber alors on glandouille au chaud tout le reste de la journée.IMG_4531

 

  • 13 Juillet 2017 …Vuonislathi – Lieksa = 40 km / +290m

  • 14 Juillet 2017  … – Kuhmo = 118 km/ +920m

  • 15 Juillet 2017  Kuhmo = PLUIE

 

P1120802Antti nous accompagne à vélo jusqu’à la ville pour se ravitailler. Pendant qu’on achète dix fois trop de bouffe comme d’habitude depuis qu’on a retrouvé un choix démesuré, Antti va dans un autre magasin et revient avec des petits cadeaux pour nous : du thé au gingembre, de la pâte de curry et une espèce de fromage à griller, un truc local qu’on mange avec un peu de confiture de baie. C’est adorable.

On lui dit à un de ces jours et repartons… pas très loin jusqu’au camping. Ophélie est enrhumée et n’est pas du tout d’attaque pour les 120 km jusqu’au prochain bled.

 

 

Ça va un peu mieux le lendemain et on se fait une belle et longue étape dans une Finlande encore plus inhabitée. La route défile, les paysages varient peu mais c’est beau et on aime.

 

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Comme on ne sait pas si on arrivera à la ville je trimbale 6 litres d’eau, pour rien au final. A Kuhmo, on se ravitaille à nouveau car la ville suivante est à 140 km. Là non plus on ne sait pas si on pourra les faire d’un coup donc on fait le plein pour 2 jours histoire de ne pas se retrouver en Faim-Land. Ah ah ah. Anne Roumanoff, sort de ce corps !!!!!P1120815

On sort de la ville à la recherche d’un bivouac, on ne trouve rien et croisons une aire de camping-car sur laquelle on peut camper moyennant 10 €. En hiver, c’est-à-dire d’octobre à mai, ce site est une piste de biathlon, on voit le champs de tir au fond. Je repère un camping-car immatriculé en France, une rareté depuis qu’on roule en Finlande. Didier et Catherine sont moitié normand, moitié picard, comme nous et ils nous invitent pour l’apéro du 14 juillet. Le français a toujours un prétexte pour prendre l’apéro, c’est magnifique.P1120824

On fait notre dînette devant la tente avec nos amis les moustiques. On commence doucement à s’y habituer, on porte un pantalon, le coupe-vent et n’hésitons plus à nous vaporiser de répulsif sur le moindre bout de peau exposé à l’ennemi. On a vu les finlandais faire pareil, moi je pensais qu’avec le temps il y avait eu une adaptation génétique naturelle et qu’ils avaient du sang goût citronnelle. Mais non, ils se font défoncer comme tout le monde et ils le vivent bien.

Ophélie a craqué pour un filet de tête. Voici des photos qui vous feront comprendre pourquoi je préfère me faire piquer la gueule.

 

 

Comme la plupart des pays du nord en été, la Finlande nous offre donc la panoplie complète des casse-couilles de la nature :

  • Les taons : dès qu’il fait chaud. Piqûres rares mais douloureuses. Le terme piqûre est d’ailleurs assez inapproprié, on devrait parler de prise de sang. Passe à travers les vêtements. Heureusement facilement repérables à cause de leur vol bruyant. Le jour ou un généticien arrivera à créer un taon silencieux, il tiendra là une arme biologique redoutable.
  • Les moucherons : tu te méfies pas trop, ils ressemblent aux gentils moucherons de chez nous, ceux que tu te prends dans les yeux ou les dents quand tu fais du vélo. Ici c’est un prédateur. Sa piqûre donne une sensation de brûlure et un joli bouton qui te gratte bien pendant des jours. Attaquent en bande organisée, une douzaine fait diversion en te taquinant le visage pendant qu’une poignée te massacre les jambes, si t’es encore assez con pour porter un short.
  • Les moustiques : ils sont presque partout, ils t’attendent. Pour leur échapper, il faut rester loin des coins d’ombres, des forêts, des lacs et des marécages. C’est difficile en Finlande, je vous l’accorde. C’est sur le vélo qu’on est le mieux mais gare à toi si tu te traînes à 5 km/h dans une côte, même en plein soleil. Chier dans les bois devient une mission suicide, j’ai testé. Et quand t’es en panique avec le poney qui sort la tête de l’étable, tu penses bien au PQ mais pas du tout au répulsif, et encore moins à t’en mettre sur le popotin. Et ils sont malins les moustiques, ils attendent que t’ais le froc baissé, accroupi et très concentré, pour sortir de leur cachette. J’imagine qu’un cul tout blanc au ras du sol, c’est un met de choix pour un moustique.

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Le lendemain on est au taquet pour s’enfiler une longue distance mais la pluie change nos plans et on reste sagement et gratuitement au camping. Rester à l’abris est bien plus efficace que n’importe qu’elle Gore-Tex pour rester sec, on opte pour cette technique chaque fois qu’on peut. Il pleut non-stop jusqu’à 16h, avec 12 petit degrés. La journée passe vite entre un café avec Didier et Catherine et taper ce texte au chaud dans les sanitaires.

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Elle commence vraiment à nous plaire cette Scandinavie. La suite de la Finlande au prochain épisode.

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La Russie en train

J 444 à 458 / de Vladivostok à Vyborg / 3 trains / 10 000 km

  • du 22 juin au 06 juillet 2017
  • Vladivostok – Moscou
  • Moscou- St Petersbourg
  • St Petersbourg – Vyborg

 

Nous voici déjà aux pays des rennes et du soleil de minuit, à quelques kilomètres du cercle polaire arctique,  alors que nous vous avions laissé à Vladivostok. Il est temps de rattraper le retard. Ophélie s’est collée au clavier (en rose dans le texte), prenez place dans le TransPanardien, enlevez vos chaussures ou vos tongs, détendez-vous, enfermez vos gosses dans le placard, on vous emmène jusqu’aux portes de l’Europe.


La machine à remonter le temps – 10 000 km de l’Asie vers l’Europe et 7h de décalage horaire

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La Ligne Rouge

A 1h du matin, après un contrôle de nos billets et de nos passeports par notre steward, nous avons l’autorisation d’embarquer dans le train. On dit au revoir à Egor et on commence à prendre nos marques dans ce wagon. Quand je monte, je sens une odeur de pieds qui puent, je constate que les espaces pour mettre les bagages sont petits et je suis bien contente à ce moment de me dire que nous n’avons pas les vélos et nos 10 sacoches avec nous. Ça aurait été impossible à caser.

On commence à voir nos compagnons de voyages, en face de nous : une grand-mère avec sa petite fille Irina, adorable, à côté un couple de retraité …

Une fois le train parti et nos draps pour la couchette récupérés, un rituel se met en place, les gens sortent leurs vêtements confortables en mode «pyjama» avec les chaussons qui vont bien. Nous sommes partis pour 7 jours et 7 nuits dans ce train sans douche.

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Au début du voyage, j’avais un peu peur que les Russes soient bruyant mais ils sont calmes. Une des choses qui nous a choqué pendant ce trajet est que beaucoup d’entre eux n’ont pas d’activités dans le train. Ils dorment ou regardent par la fenêtre. Pas de lecture, pas de jeux … Étrange.

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Au début j’étais super contente qu’une grand-mère avec sa petite fille soit en face de moi car je me suis dit «cool, elle va être sympa et tranquille» et bah non, ça ne se passera pas comme ça !!!!

En faite, c’est une «babouchka» complémentent cinglée. Pendant ces 6 jours, elle demandera aux deux dames qui s’occupent de l’entretien de notre wagon de stopper la climatisation en prétextant que sa petite fille est malade. Ok, elle tousse un tout petit peu mais condamner tout le monde à une chaleur de +30°dans le wagon n’est pas très sympa. En faite, comme la mamie a froid dés qu’il faisait +25°C, elle mettra en place plusieurs stratagème pour arriver à ses fins. Puuuuuuuuces numérotééééééééées pour vous donner un échantillon !

  1. Se plaindre qu’il fait froid et demander à stopper la climatisation – tout les jours
  2. Tendre le bras entre sa couchette et la nôtre pour sentir les courants d’airs – toutes les heures
  3. La gamine trempée de sueur car elle était trop habillée – tout les jours
  4. Demander de l’aide à un jeune militaire sur la couchette du dessus pour scotcher du papier journal sur la grille de ventilation – 5 ème jours
  5. Mettre une couverture autour de soi – 6 ème jours
  6. Mettre un drap en mode cabane autour de sa couchette pour ne pas sentir les courants d’airs – 6 ème jours
  7. Mettre un pull de plus – jamais fait
  8. Demander l’accord de ses voisins pour stopper la clim – jamais fait

En plus de cette comédie sur la température du wagon, alors que tout le monde est en t-shirt, short ou pantacourt car il fait chaud, on aura droit à des festivités assez comique comme le caca et le pipi de la petite fille dans un pot de chambre troué puis réparé avec du scotch lorsque nous sommes en train de manger, prendre toute la place sur la table commune pour y déposer ses affaires, faire venir un docteur la nuit pour l’ausculter …

Je sais ce que vous pensez, vous allez dire «oh, mais elle est méchante Ophélie». Ok, je veux bien reconnaître que ma patience a des limites restreintes mais j’ai du mal à supporter ce genre de comportement surtout lorsque tu arrives du Japon ou tout le monde est poli, courtois, zen et respectueux avec autrui. J’ai pris une sacrée claque !

Je pense que le plus dur pendant ces 7 jours de train est la promiscuité avec les gens. Tout le monde,doit faire des concessions pour que cela fonctionne. Parfois, ce n’est pas facile de se contenir et ne pas péter un câble. J’avais beau lui dire «niet» (non), elle n’en faisait qu’à sa tête. J’ai quand même réussi à me contenir et à faire abstraction de tout ça.

Mais la chance a tourné en notre faveur lorsqu’elle descendra du train au bout du 6ème jour et qu’elle sera remplacée par un nouveau voyageur, un monsieur de 66 ans, très grand et baraqué, d’une gentillesse incroyable. Voila la magie du voyage !IMG_4209

Ce monsieur, qui s’appelle Youri, nous donnera plein de nourritures qu’il avait préparé lui même. On se fera un super repas à 4, avec nous, Youri et le jeune militaire en mode festin dînatoire avec bière et vodka. Il offrira même un couteau à Fred et nous laissera ses coordonnées téléphoniques en cas de problèmes. Il communiquera avec Fred en allemand durant son passage éclair dans le wagon. Trop gentil !

Côté occupation, Fred bouquinait, regardait des films sur le PC et il a sympathisé avec Romane, un policier Russe parlant anglais qui était dans le compartiment derrière nous. On passera des bons moments avec lui et Mira un japonnais qui voyage en Europe pendant 4 mois avec sa moto. Lui aussi va devoir attendre quelques jours pour récupérer son véhicule avant de filer en Scandinavie.

De mon côté, je ne ferais pas grand chose, à part manger, dormir, lire, tricoter, regarder quelques séries sur le PC. Les journées sont interminables car il fait tout le temps jours et on a du mal à savoir quelle heure il est, doit-on dormir ou attendre encore …

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Notre train fut (passé simple !!!) bloqué 3 à 4 heures avant d’arriver au lac Baikal à cause d’un déraillement d’un wagon marchandise. Nos arrêts furent alors limités à 5 à 10 minutes au lieu des 20 à 30 minutes habituels pour rattraper le retard et arriver à l’heure à Moscou. On nous donnera de l’eau et de la nourriture comme des purées déshydratées, le repas préféré de Fred durant ce voyage en train.

Mon autre préoccupation pendant ces 7 jours de train était mon problème de cheveux sales. Impossible de prendre de douches. Donc, j’ai imaginé plusieurs solutions : se mouiller les cheveux, utiliser des lingettes en mode shampoing, acheter du citron et se badigeonner les cheveux avec le jus ?

En faite, je ne ferais rien. J’apprendrais même que l’on pouvait prendre une douche pour 150 roubles dans le wagon restaurant. J’ai décidé de ne pas y aller, la flemme car il ne restait plus que 3 jours. Ah quoi bon y aller si c’est pour remettre les même vêtements. Autant attendre d’arriver à Moscou et prendre une vrai douche.

C’est une sacrée expérience de voyager aussi longtemps dans un train. En tout cas, je sais que maintenant je ne me plaindrais plus de la longueur d’un trajet en France de 4h30 de porte à porte entre Chantilly à Granville lorsque je rentre chez mes parents. C’est rien du tout !

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A mon tour, c’est MON blogueuuuuuu !

 

Bolinos – Bouleaux – Dodos

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Génial ce transsibérien ! Ça serait à refaire, on résignerait tout de suite, même Ophélie et son récit mettant en avant l’unique côté négatif (la vieille peau frileuse qu’on aurait dû attacher aux rails dès le 2eme jour).

Nous avions choisi la 3eme classe pour une raison de coût (320 € pour nous 2, soit 2 à 3 fois moins cher que la seconde classe) mais surtout pour être à fond dans l’ambiance populaire de ce train mythique. Beaucoup de gens croient que c’est une sorte de croisière de luxe avec panneaux lambrissés, plateaux en argents, serveurs en cols blancs et rideaux de velours. Pas du tout, même en 1er classe ça reste assez roots. Je crois qu’il y a un amalgame de fait avec l’Orient Express, un train de luxe pour riches croyant vivre une aventure. Le Transsibérien est un train purement utilitaire et nos compatriotes de 3emes classes sont des russes n’ayant pas les moyens de prendre l’avion (1 heure d’avion = 1 jour de train).

Un wagon platzcart (3eme classe) est un espèce de grand dortoir composé de 8 compartiments, sans portes ni rideaux, avec 6 lits chacun : 2 séries superposés se faisant face (perpendiculaires au wagon) et 2 autres dans le couloirs (dans la longueur, les places pourris les moins chers). A un bout du wagon il y a 2 cabinets de toilette avec un petit lavabo; à l’autre un distributeur d’eau bouillante bien pratique pour les nouilles, la purée, se brûler les doigts en se servant ou le thé que les russes boivent à toute heure. Ce n’est pas un samovar, les locaux appellent ça un Titan, il marche à l’électricité ou au bois en cas de panne de cette dernière. C’est une pièce maîtresse, les repas de plus de 45 personnes dépendent de ce truc.

Ça fait serré au début mais on s’y fait vite, on sent que les russes ont l’habitude, la vie s’organise calmement, tout est bien rangé et la routine s’installe rapidement. Des futons et oreillers rendent le couchage confortable et nos provodnitsa distribuent des draps et serviettes étonnamment propres.

Les provodnitsa sont les responsables du wagon, elles sont 2 afin de se relayer sur toute la durée du trajet. Elles veillent à la propreté des lieux et au timing des arrêts. On s’attendait à avoir des matrones autoritaires et inflexibles, on aura en fait 2 nanas souriantes et serviables.

On prend place, Ophélie sur la couchette du bas, moi dans le clapier du haut, comme d’habitude. Je ne peux pas me tenir assis, je ne vois presque pas le paysage, mes pieds dépassent un peu mais je suis tranquille là-haut et je peux aller squatter en bas entre 2 siestes. La sieste et les repas sont les 2 grosses activités dans le train.P1120630 Il y a ensuite bouquiner, mater des films sur le netbook, faire la queue aux toilettes, remonter sa montre d’une heure chaque jour et regarder si c’est toujours des pins et des bouleaux qui défilent par la fenêtre. Pins… bouleaux…pins…bouleaux…pins… oh un lac ! Le Baïkal ! Sensationnel à 4h du matin, au levé du jour ! Ça donne furieusement envie d’y revenir un jour, en hiver pourquoi pas. Ce lac, que les russes appellent mer, est la plus grande réserve d’eau douce liquide au monde avec ces 600 km de long sur 50 de large et une profondeur atteignant 1600 m. En volume d’eau, c’est l’équivalent de la mer Baltique.IMG_4187

On aime bien ces paysages, l’écorce des bouleaux tranche sur le vert ambiant, on traverse des belles rivière, des villages isolés qui n’ont pas dû beaucoup changer depuis la fin de l’URSS. Les maisons sont en bois, non peintes, les routes non bitumées. Les fenêtres sont doublées avec une vingtaine de centimètre entre chaque pour isoler, l’hiver doit être terrible. La plupart des maisons ont un grand potager ceint d’une haie en bois. Ici on fait pousser du rustique, du productif, du qui se garde bien, du nourrissant, du bon : des patates !

Au dessus de moi, il y a beaucoup de place pour mettre des bagages mais je ne vois pas trop comment on aurait pu y caser les vélos + les sacoches.

Le train à peine partis j’entends parler anglais dans le compartiment juste derrière. Gros coup de bol, il y a non seulement Mira (un motard japonais qui était dans le même ferry que nous, seul autre étranger du train) mais aussi Romane le policier russe anglophone. Sultan le Kirghize de Osh, Tatiana la prof de dessin, Nikita et son frère revenant de leurs services militaires complètent ce tableau. On passera pas mal de temps avec eux, Romane servant souvent d’interprète. On se marre bien, derrière un visage parfois grave, les russes sont loin d’être les derniers pour rigoler apparemment. Même sans vodka je précise. Même si Mira se buvait 2 ou 3 apéros tous les soirs et que quelques rares bouteilles se cachaient sous les draps, l’alcool est interdite, les provodnista y veillent.

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Côté bouffe, on a fait comme les locaux : gros sacs de provisions (nouilles instantanées, biscuits, chocolat, fruits, chips, doigts de bébé…) et on complétait au hasard des arrêts soit dans les kiosques soit auprès des baboushkas vendant leurs produits sur le quai, c’était bon mais nos estomacs ont un peu de mal à passer de la diététique Asie au lourd et gras de la Russie. On a mangé des sandwichs à la purée, véridique.

Lors d’un arrêt prolongé au 3 ème jour, on prend le risque avec Romane de s’éloigner de la gare pour aller se rafraîchir dans la rivière. Le train peut repartir à tout moment, c’est un peu stressant mais on crève de chaud et la vieille peau a fait couper la climatisation une bonne partie de la journée. On est tout fier de dire aux autres que nous on s’est lavé nous, on a remis nos t-shirt poisseux mais on est propres nous ! En plus on s’est sifflé une bière dans un kioske sur le quai, des gros rebelles, yeahhhh !!

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Et finalement le temps passe vite, on s’ennuie très peu, on dort bien. On avait prévu de faire plein de choses et on n’aura même pas le temps : le bonnet d’Ophélie n’a que 3 rangs de plus, je n’ai pas lu une seule page de Guerre et Paix ou d’Anna Karenine (de toute façon, ils font trop peur ces bouquins, je ne les lirais que si je suis en prison un jour), on n’a fait qu’un bracelet chacun, que quelques grilles de Sudoku, et on a appris que 3 ou 4 mots de russes, déjà tous oubliés à ce jour.

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Yuri, le costaud sexagénaire aux yeux de husky venu remplacé la vieille sorcière et la mignonne Irina (sa petite fille qui lui servait d’alibi pour faire couper l’air frais), est venu clore ce séjour en beauté. C’était pas un sac à dos qu’il avait mais une corne d’abondance d’où est sorti une grande bouteille de bière, des fioles de vodka, des boulettes de viande, du bon pain de seigle, des œufs durs, un gros poulet rôti et un morceau de lard à damner un taliban. Il nous faisait nos tartines et surveillait nos verres afin de refaire le plein dès que nécessaire, ou même avant.

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du bon gras

 

C’était une semaine hors du temps aux journées de 25 heures (oui, ça ne veut rien dire), une somnolence nomade, une hibernation en mouvement, une traversée finalement trop rapide de la Sibérie, un dortoir sur rail, un voyage immobile, une belle façon de revenir vers l’Europe. J’ai dévoré les livres-univers de GJ Arnaud La compagnie des glaces, j’ai adoré le transsibérien.

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Réponses aux questions de l’article précédents :

  • Va t-on mourir d’ennui ?  Pas du tout comme vous venez de le lire. De toute façon, après une scolarité normale et les cours de douane de l’ISTELI, on peut subir bien pire sans broncher (genre les routes finlandaises…).
  • Ophélie va t-elle se raser le crâne ?  La propreté est une notion relative. Si autour de toi tout le monde a les cheveux gras et le même t-shirt depuis 4 jours, pif paf pouf, tu ne te sens plus si sale finalement. Perso, j’ai réussi à me laver entièrement, shampoing compris, dans les chiottes du train. En partie pour me sentir bien et ne plus subir mes aisselles, en plus grande partie pour narguer Ophélie.
  • Ais-je vomi ? Non, heureusement que l’alcool était interdite. J’aurais jamais eu le temps de descendre de ma couchette. J’aurais été dans de beaux draps, ah ah.
  • Record du nombre de jour avec le même t-shirt et boxer ? Explosé, même si j’ai changé au bout de 4 jours (et 4 nuits). Je suis très fier, je sens que j’ai accompli un truc qui me dépasse.
  • Peut-on rigoler avec des russes sans jouer à la roulettes ? Grave ! Et même sans être bourré !

 

On arrive à Moscou le 29/06 à l’heure et sommes contents de marcher un peu et de quitter ce train. On décide d’acheter nos billets pour St Saint-Pétersbourg dès notre arrivée pour ne pas à revenir dans une gare plus tard. Je ferais la queue à un guichet pour rien car on me dira qu’il faut aller à la gare d’à côté pour acheter les billets. En France, dans n’importe quelle gare tu peux acheter un billet de train pour n’importe quelle destination. En Russie, ça ne fonctionne pas ainsi. Tu dois acheter ton billet dans la même gare ou tu es censé prendre ton train.

Par chance, on tombe sur des jeunes volontaires qui parlent anglais car Moscou acceuille la Coupe des Confédération de football. La jeune fille nous aidera à commander nos billets pour Saint Saint-Pétersbourg sauf que je commettrais une erreur en achetant les billets. Le départ sera le 02/07 au lieu du 03/07, je m’en apercevrais le lendemain en examinant les billets. En faite, on sera bien content de rester moins longtemps à Moscou que ce que l’on avait prévu car on trouve la ville trop grande et il n’y a pas grand chose à faire. On se dit que c’est mieux de passer plus de temps à St Saint-Pétersbourg pour visiter et espérer que nos vélos arrivent avec de l’avance.

Une fois cette mission remplie ainsi que l’achat d’une carte sim pour internet, on empreinte le métro pour rejoindre Pavel à son lieu de travail. Lui et sa femme Tatiana sont nos hôtes Warmshower pour deux nuits à Moscou.

On le rejoint dans un atelier ou il est employé. L’atelier est situé dans un sous-sol dans les quartiers huppés de Moscou, il travaille pour la marque Brompton. Autour c’est Hermès, Jaeger-Lecoultre, Vuitton, Mont-Blanc, Louboutin et plein d’autres marques pour les riches ou ceux qui veulent le paraître.IMG_4247

Fred est comme un fou et parle mécanique vélo avec Pavel. On laissera nos sacoches dans son atelier pour se balader un peu dans Moscou et visiter la place rouge. On doit attendre 20h que Pavel ait terminé son travail pour aller chez lui à 30 minutes du centre de Moscou en prenant le Métro et une sorte de TER.P1120679

C’est jolie la place Rouge, il faisait beau quand on est arrivé. En repartant, le ciel s’est couvert, du coup la place rouge était grise.IMG_4224IMG_4236P1120658

Le métro de Moscou a la réputation d’être le plus beau du monde et c’est vrai qu’il est impressionnant : beaucoup de marbre, des statuts, des plafonds très hauts, des lustres et peu de publicité. Mais bon, ça reste un métro : un endroit souterrain bourré de monde et hyper bruyant, donc pas notre tasse de thé. Il descend très profondément, il était censé servir d’abris anti-atomique lors de la guerre froide.

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On avait envie d’aller voir un turc gaie et amusant alors nous avons visité le musée du Goulag.

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C’était intéressant mais on sent que ces années folles ne sont pas encore bien assumées ou alors que les russes préfèrent les oublier. Ou peut-être que Staline est encore populaire pour certains.

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Le musée est minuscule en comparaison de l’ampleur des déportations, de l’injustice et des conditions de vie des prisonniers-travailleurs. On s’étonne que nul part n’est mentionné le nombre des victimes. Il y a bien une carte de la Russie énumérant le nombre -impressionnant !- de travailleurs ayant transités dans chaque camps, mais c’est comme si tout le monde était ensuite rentré gentiment chez lui.IMG_4290

12 millions de morts de 1939 à la mort de Staline en 1953.

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Ce sont eux qui ont posé une grande parti des rails du transsibérien, merci les gars.


 

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Pavel

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Tatiana, guettant l’orage

Nous restons 2 nuits chez Pavel et Tatiana avant de reprendre un train couchette pour St Petersbourg que les russes appellent Peter pour faire court. Seulement une nuit cette fois, du gâteau, on est comme à la maison. Je dors mieux dans le train, j’avais l’impression que le lit bougeait chez Tatiana et je me réveillais la nuit en me croyant dans un wagon. De plus il ne fait plus vraiment noire la nuit, le soleil se couche plus ou moins vers 23h, il fait vaguement sombre ensuite puis c’est le grand jour dès 3h du matin. On ressert l’élastique de nos précieux masques de nuit, garants de notre sommeil pour les semaines à venir.

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A Peter, on marche péniblement avec nos sacoches à bout de bras jusque chez Olga qui nous acceuille jusqu’à ce qu’on récupère nos vélos. A côté de chez elle se trouve un grand centre commercial : Auchan, Leroy Merlin, Decathlon, Spar et même Castorama. Ça sent déjà la bonne vieille Europe !

Le Spar nous rend dingue et on s’organise un bon petit apéro un soir. Ophélie nous régale une fois de plus avec son Tiramitsu. Pas de crumble cette fois, pas le temps, car nos vélos arrivent avec 2 jours d’avance et on a hâte de retrouver notre routine et notre chez nous. Faut pas croire, on est assez casaniers et si le jardin change tous les jours, la tente reste notre home sweet home.

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On reste tout de même 3 nuits chez Olga et ça nous laisse le temps d’user mes cales SPD sur les trottoirs de la Venise du Nord, du fait des canaux qui rappellent le Disneyland italien.IMG_4324

C’est très beau. Coup de cœur pour la Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, déjà rien que le nom en jette pas mal. C’est sûrement là qu’allait prier Rambo.

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Mais le meilleur moment de ce séjour a été les retrouvailles avec Marcel et Claudine, 2 cyclos qu’on avait rencontré à Puerto Natales puis à Ushuaïa, en 2014. Entre temps, ils ont croisé nos collègues Tom & Flo, les Cyclomigrateurs en France et dernièrement Alice et Benoit en Thaïlande. Le hasard fait que nos routes se croisent ici, aux portes de l’Europe. On est hyper content de les revoir, c’est une belle surprise qu’ils nous ont fait.

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Comme ils aiment boire du Pastis tous les soirs, avec des glaçons svp, ils voyagent désormais en camping-car, les traîtres !! Y’a même une mini-douche à l’intérieur ! Et Marcel est tout fier de nous montrer le super matelas, le sommier du futur et le tuyau qui leur soufflera de l’air chaud quand ils «camperont» en Asie Centrale. Pendant ce temps Claudine bougonne en nous servant de la terrine de chevreuil : «ouais bah moi j’préfère toujours le vélo». Bien parlé ! Vas-y Claudine, travaille-le au corps, insiste, fatigue-le, ùassacre-le ton Marcel ! Tu crois que j’ai fait comment pour convaincre Ophélie de repartir les pieds devant ?

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Heureusement, ils ont embarqué les vélos et tout leur matos de voyage, nul doute qu’on les reverra tantôt du bon côté de la Force. Et puis vu la claque qu’on a mis au Pastis, ils n’auront bientôt plus aucune raison de garder leur camion.

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On visite la ville ensemble, on reparle urine et effet venturi comme au bon vieux temps de la Terre de Feu et dégustons un met fin de la cuisine locale : le kebab. Une tuerie.

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On file à la société de fret récupérer nos montures, intactes. Pour ceux que ça intéresserait, c’est la société JDE (www.jde.ru). Au top, tout était emballé en caisse bois.

 

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On passe la dernière nuit à SPB sous la tente près du monster-truck, dans ce petit camping à 2 pas de la gare ferroviaire pour la Finlande. On nous a déconseillé de rejoindre Vyborg (dernière ville russe avant la Finlande) à vélo car la route est très empruntée et pas jojo.

Alors au matin, après un p’tit dej’ au chaud dans le Marcel’s Heavy Duty Mountain Killer, on dit à plus tard à nos copains futur-ex-camping-cariste et filons vers la gare. Une séance de freefight pour passer les sacoches au scanners et on embarque dans l’ultime train russe. Il y a de la place pour les vélos et la contrôleuse ne dit rien malgré les dimensions hors norme. La SNCF, c’est génial, une fois que t’y as goûté, tu trouves tous les autres trains supers et pas chers. Rappelons au passage que les vélos-couchés, les tandems et les remorques sont officiellement interdits dans les trains SNCF. Je crache mon mépris aux dirigeants qui pourrissent le service publique.

 

Arrivés à Vyborg, on avait prévu de filer directement en Finlande, de faire 50 km, de camper au bord d’un lac avec des bébés rennes, de faire un feu de camp, de construire une cabane en rondin, de danser le jerk… mais on a un gros coup de flemme : faut faire les courses, ça caille et faut pédaler en plus, c’est trop nul.

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Alors on se pose dans une auberge de jeunesse, visitons la ville qui a son petit charme avec ses vieilles rues pavés et ses immeubles abandonnés et dépensons nos derniers roubles dans un resto Macron. C’est quoi un resto Macron ? Bah c’est beau, ça présente bien, on comprend rien au menu, on commande sans vraiment être emballé et on bouffe un peu de la merde au final. On aurait dû se refaire un kebab.

A bientôt pour la suite sur la belle Via Karelia finlandaise.

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centre-ville de SPB, le Poutine’s style