Les Pieds au Cambodge

 

J 315 à 320 / débuts au Cambodge / 349 km

  • 13/02/17 … – Kralanch = 143 km / +100m
  • 14/02/17 … – Siem Reap = 57 km / + 12m
  • 15-16-17 Siem Reap = repos et visite des temples d’Angkor (à vélo… 42 km)
  • 18/02/17 … – 20 km avant Kulen = 107 km / +270m

*** 9 followers. Vous êtes 9 followers à commencer la lecture de ce post avec fébrilité, attendant depuis des jours la fameuses photo du chien hardcore. Mais vous êtes seulement 9, et pas 10, dommage ! Je ne peux donc pas la publier. Dire qu’il suffirait d’un seul « +1 pour le chien tout rouge » dans les commentaires de l’article précédent.***

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Les moines sonnent la clochent à 6h15, il fait une fraîcheur divine et les pédales tournent avant 8h. Pour la 1ere fois depuis très longtemps, nous démarrons avec les coupe-vent mais les enlèverons bien avant d’atteindre la frontière à 20 km. L’endroit est calme, ce n’est pas un passage très fréquenté. Coup de tampon de sortie, bye bye la Thaïlande.


 

Bon, ça serait le moment de faire un bilan mais ça me fatigue. Rien que le mot « bilan » me rend triste, ça fait austère, ça sonne le glas, ça sert à rien. Tenez, vous inversez 2 lettres et ça fait « liban » ! C’est super flippant !! Vous mettez un m et un p à la place du b et du i, vous ajoutez un a, vous secouez bien et ça fait… NAPALM !! Avouez que c’est troublant. Et à ce petit jeu, on obtient rapidement le summum de l’horreur : Balkany. J’en ai des frissons.

Donc pas besoin d’un bilan pour dire qu’on a adoré la Thaïlande, je pense que ça transpire dans les articles précédent, au moins autant que sous mes bras dans du 10%.

Allez, juste quelques chiffres et une note négative. Ouais, c’était pas parfait non plus, on n’est pas à Center Parc.

CHIFFRES :

  • 70 jours
  • 1 mois de vacances
  • 33 étapes à vélo
  • 2454 km
  • 18500 m de grimpette
  • 58 banana shakes

NEGATIF :

  • Le vent de face : constant sur la fin de notre parcours. Absolument inacceptable, je ne sais pas ce qu’attend le gouvernement pour intervenir
  • Les moustiques : on en a eu très peu, mais quand même, tout le monde sait qu’il en suffit d’un pour flinguer une nuit et seulement 2 ou 3 pour transformer les chevilles en moignons douloureux. A moins de porter des chaussettes avec des scandales, comme ma mère. Hum, je crois que les boutons de moustiques sont plus faciles à assumer. Bref, les moustiques, je dis aussi « absolument inacceptable », faut faire quelque-chose. De préférence avant qu’on aille rouler un jour en Scandinavie, merci.
  • L’absence de wifi dans les temples. Des douches mal éclairées, ok passons. Des chiottes avec des chiens morts, ok. Des dons de Coca moyennement frais, ok. Mais pas de wifi ! INACCEPTABLE !!
  • Plus sérieusement : les déplacements des thaïlandais. Ces grosses feignasses sont incapables de faire 3m sans un scooter, un tuk-tuk ou une voiture. On parle souvent des USA comme du pays de la bagnole, mais c’est pire en Thaïlande ! On ne voit absolument aucun piéton, ni cycliste. Pourtant l’essence, rapporté au salaire moyen, y coûte beaucoup plus cher qu’en France, par exemple. Chiang Mai, Bangkok, Sukhothaï, Loei, Mae Sot, Phitasulok, Uttaradit et toutes ces villes ultra-plates que nous avons traversé se prêtent très bien aux déplacements à vélo, c’est facile, c’est rapide, il fait beau. Mais non, c’est scooter, scooter, scooter. Les enfant pour aller à l’école ? Scooter, alors qu’ils sont presque tous à vélo au Laos et au Cambodge. Sans parler du fait de mettre un gosse de moins de 10 ans, sans casque évidemment, au guidon d’un 110 cm3 débridé. Avec ses 2 petites sœurs derrières. Bon, l’avantage pour les parents, c’est qu’ils auront un prix de groupe en cas d’accident : le 3eme cercueil offert (offre valable sur le plus petit des 3, dans la gamme « bois de cagette » et dans la limite des stocks disponibles).A Chiang Mai, les seuls piétons ou cyclistes sont les touristes occidentaux. Aux heures de pointe, c’est la folie et on mettait beaucoup moins de temps à vélo qu’avec n’importe quel autre moyen. Peut-être même aussi vite qu’une poney au grand galop, c’est dire.

Retour au carnet de bord.

Côté cambodgien, l’affaire est pliée en 10 minutes après une nouvelle page de passeport encombrée d’un visa et 60 € de plus à ajouter dans la colonne frais administratif (à la con). On change nos derniers baths et remontons sur les vélos. On est toujours partagé lors de l’arrivée dans un nouveau pays, entre l’excitation de la découverte et le mal du pays précédent où l’on avait nos petites habitudes. Le mal du pays l’emporte presque toujours chez nous et quand on arrive de Thaïlande, c’est forcément encore plus difficile.p1110729

La route descend et nous fait perdre 200 précieux mètres d’altitude. Crotte de bique ! Il va faire encore plus chaud ! Le paysage change, tout est plus sec, moins vert. Sur le bas-côté des routes, les racines de manioc débitées en rondelles sèchent au soleil, l’odeur est agréable, un peu comme du pain. Côté autochtone, la peau est plus sombre, les yeux peut-être un peu moins bridé, ascendance indienne ? Ça y ressemble. Pour le reste, c’est du classique : toujours 2 bras, 2 jambes, des têtes avec des cheveux, des pieds qui touchent le sol et des mains pleines de doigt. Ils nous sourient, les « hello » fusent de la bouche des enfants et les adultes nous rendent nos coucous de la main en souriant. C’est pas la Thaïlande mais c’est bien.

Voici nos premières impressions du pays (je les ai noté dans mon petit carnet le soir-même pour pas oublier. J’avais dit à Ophélie, le soir-même, « tiens, on va noter nos premières impressions dans mon petit carnet pour pas oublier ») :

  • pays beaucoup plus pauvre, ça se voit tout de suite. Y’a des endroits, on se serait cru en Afrique. Wikipédia confirme : le PIB par habitant du Cambodge reste, avec seulement 773 dollars par an et par habitant, bien en dessous de la moyenne régionale et au même niveau que nombre de pays d’Afrique sub-saharienne. Bombardements américains intensifs pendant la guerre du Vietnam, génocide d’origine politique par les Khmers rouges (1,7 millions de morts), minage du pays, destruction des rizières, malnutrition et épidémies, le Cambodge a un lourd passif.
  • beaucoup moins de voitures. Logique.
  • énormément d’enfants, comme au Laos
  • on revoit à nouveau des vélos ! Les gosses envahissent les routes pour aller à l’école dans leurs beaux uniformes : chemises blanches et pantalons/jupes bleus marine. C’est agréable, ça rend la route très vivante et bucolique. Vive le vélo et vive les enfants à vélo !
  • à première vue, on est dans le genre de pays où il est plus facile de trouver des chips, du Fanta et une carte SIM 4G que de l’eau. Je ne parle même pas de potable.
  • Les enfant sont hyper mignons, on dirait des mini-enfants, ils sont tout petits. Les petites filles sont les plus choupimignounette qu’on est jamais vu. Faudra que j’en prenne en photo mais j’ai toujours peur de passer pour un pervers. Ah, j’ai une idée ! Je me cacherais dans un buisson avec le corps enduit de boue ! Je serais invisible et je pourrais les shooter au téléobjectif. Elles seront attirés par les bonbons que j’aurais judicieusement dispersé devant leur maison.img_0273

On s’arrête dans un boui-boui en bord de route qui vend des chips, des gâteaux dégueux, du lait concentré, de l’huile de palme et des œufs. Il y a aussi, comme on en verra partout ensuite, des grandes glacières avec des boissons dans de la glace. Très peu de frigo au Cambodge, les gens se font livrer des pains de glace. On se prend des boissons pour faire glisser des crackers et restons près de la dame qui est bien souriante. Elle est peinard dans son hamac, avec doudoune et bonnet alors qu’il fait déjà plus de 25°. Elle nous fait comprendre que tout autour, ce sont des champs de manguier qui lui appartiennent. Tranquillement, elle nettoie, épluche et découpe une mangue verte et nous l’offre. On se savait pas que ça se mangeait vert, c’est-à-dire pas mûr. Et c’est pas mauvais : croquant, pas vraiment sucré mais on retrouve bien le goût. Son grand fils vient, il parle un peu anglais et on papote. C’est agréable de démarrer dans un nouveau pays avec un brin de chaleur humaine.p1110730

Le vent souffle dans notre dos, la route nous appelle et nous filons, plein sud. Les kilomètres défilent vite et nous arrivons dans un bled pour le déjeuner. Il y a peu de resto si l’on compare au Laos ou la Thaïlande et nous demandons à un gars qui nous en indique un.

Coup de bol, le tenancier parle un peu français car il a vécu un temps à Marseille. Il a fui quand Plus belle la vie a commencé à être diffusé (certains témoins l’auraient entendu crier  » Plutôt Pol Pot que ça ! »). Pas de menu, plat unique. Pas mauvais mais vraiment pas le pied et ça se confirmera ensuite. En dehors de Siem Reap, on n’a pas lâché un seul « oh putain c’est trop bon ! ». Et pour l’addition, c’est tout simplement 2 à 3 fois plus cher qu’en Thaïlande, incompréhensible.

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petite séance photo en repartant. La petite a failli perdre l’odorat suite à une exposition de 10 secondes près de mon t-shirt.

On repart et traçons toujours vent dans le dos, c’est tout plat, rizières à sec, arbres au loin, enfants à vélos. Au bout de 100 km, on ne se sent pas de camper, y’a bien de temples mais on le sent pas, c’est comme ça. On décide alors de pousser jusqu’au croisement de la route qui mène à Siem Reap. On fait le calcul dans nos têtes, ok, on se fait une étape « coucher de soleil », ça passera tout juste mais on arrivera avant qu’il fasse complètement nuit. On fait le plein de giclette avec de délicieux jus de canne à sucre. p1110737C’est génial de pédaler quand le soleil descend, tout devient plus serein, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté (Dousseur de vivre – Les Inconnus – 1992). On finit tout de même à la lampe frontale et nous réfugions dans une guesthouse. Douche, repas rapide et coma. Belle première journée au Cambodge.

L’étape pour Siem Reap est courte mais interminable : longue ligne droite de 50 km avec du trafic, un paysage sans vie, grosse chaleur et vent de face. C’est la St Valentin, c’est toujours une torture ce jour là, quoi qu’on fasse. On rencontre enfin d’autres cyclos, pour la première fois depuis plus de 1500 km : Jeremy et Marilyne, en route depuis 3 semaines et pour une durée d’1 an sur des Fatbikes, un choix courageux côté matos.img_0285 On sympathise tout de suite, discutons pendant 1 heure sur l’accotement et regrettons de na pas rouler dans la même direction. Durant cette intermède, 3 autres cyclos passent et nous reprenons la route avec un couple de hollandais qui pédale en tong. Ils sont pas très causants alors on reste pas longtemps ensemble et on finit l’étape en solitaire.

On arrive à Siem Reap, la folie. On longe des grands hôtels sur au moins 2 km avant d’atteindre un centre-ville plein de guesthouses. Grosse grosse affluence touristique, ça grouille de partout.

Les temples à côté attirent des gens du monde entier, et en particulier des Chinois qui arrivent par avions entiers à l’aéroport. Ils auraient mis les pistes directement dans le temple d’Angkor, tout le monde gagnerait un temps fou.

Ophélie avait repéré un petit hôtel sympa avec piscine où nous resterons 4 nuits, histoire de se reposer, visiter les temples d’Angkor et se reposer d’avoir visiter les temples d’Angkor. Ophélie se réjouit de lancer une lessive également, y’a un étendoir sur le toit de l’hôtel, c’est super ! On pourra suer et puer dans des vêtements tout propre !img_0616

Après une journée de repos bien méritée, on part donc en vélo vers les fameux temples. Il est encore tôt mais on pédale déjà dans un gentil flot de tuk-tuk. On décide de visiter le site dans le sens anti-horaire afin d’être tranquille sur les premiers temples.img_0323 La route est superbe dans la forêt et on est bien content d’être à vélo, le site faite 400 km2, on respire. On a même amené des petits sandwich au beurre de cacahuète pour le pique-nique.

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Ta Prohm, Bantey Kdey, les différents barays, Preah Khan… on enchaîne les temples, c’est très jolie, très impressionnant. On aime tout particulièrement la façon dont la nature reprend ses droits avec ses arbres poussant au milieu des ruines et dont les racines envahissent les pierres et finissent par écrouler des pans de mur. Ça remet un peu l’homme à sa place, c’est bon de voir ça.

Les barays sont d’immenses bassins qui servaient à amortir l’alternance violente entre saison sèche et saison humide, c’est à dire à absorber les excédents d’eau de la mousson pour les redistribuer plus tard quand ça devient bien secos dans les rizières.img_0449 Il y a donc un grand réseau de canaux et bassins, plus ou moins à l’abandon, témoignant du génie des constructeurs de l’époque. Le plus grand baray fait 8 km sur 2,2 km, de quoi voir venir quelques mois de sécheresse.img_0438

Malheureusement, il n’y a aucune explication sur place, aucun panneaux, rien. Si on veut des infos sur les monuments, sur l’histoire ou le fonctionnement du site, il faut embaucher un guide ou acheter leur foutu bouquin hyper cher. Déjà qu’on a laissé un bras pour payer l’entrée : 37 dollars par personne, soit 74 $ pour nous 2 (à acheter la veille au soir, à l’extérieur de la ville, histoire de faire marcher un peu plus le marché du tuk-tuk). Avec ça, on a juste le droit d’entrer, même pas de plan, ni de navettes. En 2013 et pour 80 $, nous avions eu un pass valable un an, pour nous deux, et pour tous les parcs nationaux américains, dont les infrastructures et le service étaient bien supérieurs.img_0476

Alors on se demande un peu où sont partis nos 37 $ et ceux du million de visiteur annuel, car côté restauration et protection des monuments, aménagements et informations, on est loin du compte.img_0411

Ce site est connu également pour avoir été le lieu de tournage de Lara Croft – Tomb Raider, ceux qui regardaient autre chose que les nichons d’Angelina Jolie et qui ont réussi à voir quelque-chose derrière sa bouche d’ornithorynque l’ont peut-être remarqué. Dans le film, elle est super vénère et butte plein de monde. Tu m’étonnes ! 37 boules l’entrée !

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En fin de journée, on finit au temple d’Angkor Wat, le plus célèbre, le symbole du Cambodge, celui qui apparaît sur le drapeau du pays. Le soleil descend, la lumière met en valeur ce temple si bien conservé et devient propice aux milliers d’appareils photos et de perche à selfie présents, les pierres vont devenir rouge, le temple va s’embraser. On s’en va. Ouais, on en a plein les pattes et on a une douzaine de borne pour rentrer, on ne veut pas le faire de nuit sans éclairage dans une rivière de tuk-tuk.

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Angkor Wat, vu du haut d’un autre temple

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Angkor Wat

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Les touristes chinois nous ont bien amusé, ils sont attendrissants, c’est encore nouveau pour eux les voyages et le tourisme.img_0483

Ils sont toujours en groupe, envahissants, peu curieux, infatigables, dépensiers, très enthousiastes, heureux d’être là, souriants. Les monuments ? Je pense qu’ils s’en foutent complètement, ils veulent juste être en photo devant, en prenant la pose de préférence. C’est bon, ils ont « fait » Angkor, au suivant. Du tourisme de masse décomplexé, de la consommation de voyage assumée. Chacun son tour.

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Le lendemain, on se remet d’aplomb avec un bon massage des pieds et un hamburger qui me fait baver rien que d’y repenser. Un French Burger, avec du camembert, du bleu, une mayonnaise à l’ail, un bun maison et de la vrai viande sans trucs bizarres dedans. On aime profondément les hamburgers, c’est vrai. Et le dernier datait d’Almaty, au Kazakhstan, au mois de septembre bordel !! J’aurais jamais pensé qu’on aurait pu vivre 6 mois sans hamburgers. On devient un peu plus fort qu’avant mentalement concernant la bouffe, mais ça va être le carnage en rentrant, je rêve d’une raclette et d’un saladier de mousse au chocolat rien que pour moi. Ophélie fantasme sur des lasagnes et du tiramisu. Si si, elle est normande.

On repart le lendemain vers 8h30, beaucoup plus tard qu’il n’aurait fallu et le ventre un peu lourd, la faute au buffet à volonté pour le petit déjeuner. On quitte la route principale au bout de 20 km pour une voie secondaire qui devient piste pendant un temps. img_0623img_0618C’est magnifique malgré la chaleur déjà écrasante et le vent de face. On retrouve le bitume et enchaînons des kilomètres pénible sous un bon 38°C à l’ombre. Vers midi, on croise enfin un resto, la chaleur nous coupe complètement l’appétit mais faut bien faire le plein, ça consomme un tracteur. Nous sommes juste à côté d’un temple qui attire du touriste et le prix des assiettes est multiplié par 3 ! Les salauds ! On se replie sur un boui-boui et des tabourets sur lesquels il est compliqué de se vautrer. Nouilles instantanées sautées avec quelques légumes et un œuf frit. Tristesse.

Un guide me demande (en anglais mais je traduis, trop sympa) : « Pourquoi tu voyages à vélo ? Pourquoi tu prends pas l’avion ? Nan parce que t’as l’air crevé là ».

Bon, déjà, je lui rappelle que là d’où je viens il ne fait presque jamais 38 à l’ombre et qu’on aurait jamais l’idée de faire une ballade à vélo dans ces conditions. Ensuite je lui fait le laïus habituel : « nan mais c’est trop bien le vélo, c’est la bonne vitesse, on voit plein de choses, plein de gens, on trimballe notre maison, tout ça tout ça quoi ». Il reste dubitatif et me dis que je devrais rentrer dans mon pays de riche, bosser un peu pour gagner des sous et repartir en mode luxe.

J’aurais dû lui donner le prix de nos pneus qui meurent au bout de 11000 km, il aurait sûrement dit  » ah ouais, c’est déjà du luxe en fait ».

C’est vrai qu’on faisait vraiment pitié là sur la route. Ophélie fait toujours aussi peur avec sa crème solaire. J’vous jure, sur un vélo couché avec le chapeau à fleur, les lunettes de soleil, les gants, ses protections pour les tibias, les chaussettes et les sandales, c’est Roswell en tournée !

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Roswell et sa soucoupe roulante

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Bref, on repart avec un degrés de motivation proche de zéro. Faux-plat montant, vent de face, paysages mornes et déprimants, il fait trop chaud pour s’arrêter, même à l’ombre. Sur les bas-côté et dans les champs, les gens allument des feux pour débroussailler et tout est calciné. Ambiance au top.p1110781

Alors on enquille les kilomètres comme des machines. Roswell fait preuve d’une abnégation incroyable dans ces moments dégueulasses, elle s’en fout, elle avance, point barre. Un robot qui réclame juste un jus de canne à sucre de temps en temps :  » Moi vouloir jus canne, moi soif, circuits en surchauffe « .p1110779

On avait prévu de camper dans un temple mais même eux sont moches et il fait trop chaud. TROP CHAUD TROP CHAUD TROP CHAUD ! Nom d’un coyote, ça tourne en boucle dans ma tête ! Pourtant j’estime qu’on est bien rôdé et acclimaté à la chaleur, mais là c’est trop, on sature. C’est pire qu’au mois d’août en Ouzbékistan ( la référence jusqu’à présent).img_0631

On pousse jusqu’à la ville et la première guesthouse. 107 km vent de face avec un seul petit repas et plus de 45°C au soleil, j’ai la tête qui tourne et mal partout. Pas assez bu, pas assez mangé, je fais une belle crise d’hypoglycémie. Le robot au chapeau à fleur va bien, juste un petit creux.

La nana nous demande 8$ pour un placard avec ventilo (il pourra tourner dès la fin de la coupure d’électricité) et des sanitaires comme chez les moines (qui seront éclairés dès la fin de la coupure). On est crevé mais pas complètement con et faisons baisser à 5$ avant d’aller se laver (avec la lampe frontale) et de se poser 5 minutes (sans ventilo) avec les volets fermés (pas de moustiquaire à la fenêtre donnant sur un mûr).

C’est exactement à ce moment-là que le couperet tombe.

Fred – 17h37 :  » Pays de merde « 

On enfile nos tongs (oui, ça y est, on arrive presque à marcher longtemps avec), et partons en quête de glou-glou et de miam-miam. On se fait probablement bien entuber en payant 1$ pour une bouteille d’eau pas fraîche puis trouvons ce qui ressemble à un resto, pas facile quand y’a aucun client. Riz sauté pas bon, pas faim, trop chaud, journée de merde, ça arrive.

On s’écroule dans le « lit » et je m’endors de suite. Mais pas très longtemps vu qu’Ophélie se met à crier à cause d’une souris. On ferme bien les sacoche de bouffe en priant qu’il ne vienne pas à l’idée de la souris de faire comme l’écureuil aux US (càd un trou assez gros pour faire passer un lapin), puis on bouche le trou par lequel elle a filé avec une tong. Ça sert à ça aussi une tong. Ça écrase bien les moustique également. C’est pas terrible pour retourner les crêpes en revanche.

Pouyouyou, la perspective de pédaler des jours et des jours sous ce cagnard nous accable mais ça va bien se goupiller, on prendra même du plaisir et on sera très largement récompensé de nos efforts une fois au Laos, le long du Mekong.

La suite dans 3 jours, on rattrape le retard.

Bip-Bip et le Coyote.

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Chaleur, giclette et cannes à sucre

J 302 à 314 / de Chiang Mai aux portes du Cambodge / Fin de la Thaïlande

  • du 31/01 au 12/02/2017
  • 13 jours dont 11 sur les vélos
  • 1040 km et 3850 m de D+

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On idéalise un peu le voyage à vélo dès qu’on passe du temps loin de ce dernier. On oublie les moments durs, et heureusement sinon Ophélie n’aurait jamais voulu refaire un long voyage !! Donc un grand merci à la mémoire sélective.

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Donc, après 1 mois de vacance ludico-lapino-resto, on a très hâte de reprendre notre parenthèse nomade. Cependant, on ne dort pas très bien avant le départ, comme si notre inconscient essayait de nous envoyer des messages du genre :

  • « Vos vélos sont méga lourds
  • il va faire méga chaud
  • vous n’avez plus rien dans les jambes bande de petites crottes
  • monter la tente, gonfler les matelas, cuisiner au réchaud, replier la tente… pffffff, vous kiffez vraiment ça ?
  • les routes vont être monotones, c’est trop nul »

On se lève quand même, effaçant ces sombres idées en retrouvant la routine et nos vélos. Le Responsable d’Expédition s’est transformé en usine à morve ambulante, ça fait très bizarre d’être enrhumé sous les cocotiers, un peu comme avoir la malaria au Groenland. Je me dis que ça va vite passer, que je vais vaincre ce rhume à coup de pédale, mais je sèmerais des petits bouts de moi pendant 9 jours.

Et c’est parti pour 1000 km pour atteindre le Cambodge. L’inconscient avait raison :

  • les vélos nous paraissent très lourds. Serait-ce dû aux 2 kg de pâté et rillettes en conserve, à la nouvelle tente accusant 1 kg de plus, aux 2 pots de confitures Bonne Maman, aux 1,5 kg de pomme de terre, aux gros flacons de gel douche et lait hydratant à la vanille de Bourbon offerts par Lapin 2 ?
  • Les jambes sont fébriles. Bon, à la base, on n’est déjà pas des cyclistes puissants mais là on est au niveau de Richard Virenque. Quand il avait 5 ans.

Bref, on n’a pas la giclette.

Rigolez pas, c’est vraiment un terme cycliste. Je l’ai lu une fois dans une revue, du genre où y’a que des vélos en plastique carbone qui font bobo aux fesses, où les gars portent des trucs moulants avec des noms de banque dessus et où ils font des grands comparatifs entre des tiges de selle profilées hors de prix. Du sérieux quoi, du vrai vélo. Le titre de l’article c’était  » Comment retrouver la giclette ? »


giclette \ féminin

  1. (Cyclisme) Avancée soudaine et rapide, action de prendre de l’avant
    • « Dis papa, c’est quoi une giclette ? – Tu vois, ce coureur. Eh bien, il a beau rouler vite dans le col de la Colombière, ses copains sont toujours dans sa roue. Alors que l’autre, avec son maillot jaune, en deux coups de pédale, il assomme tout le monde. C’est ça, une giclette. — (L’Express, 22 juillet 2009)

 

Faut imaginer les discussions entre les coursiers le dimanche matin. Ballade tranquille à 38 km/h de moyenne, nord de l’Oise, mi-janvier, -8°C, que du plaisir :

  • Salut Jack, ça roule ?
  • Salut Daniels, bof, j’suis mou en ce moment, j’ai pas la giclette. Et toi ?
  • Moi ? je giclette à mort !! J’appuie un peu et ça part d’un coup ! Par contre ma nouvelle selle titane/carbone me ruine les fesses, j’ai l’impression d’avoir le cul en choux-fleur. Faudrait peut-être que je remette l’ancienne mais elle fait 17 grammes de plus, une enclume !
  • Je te mettrais de la crème ce soir et tu m’expliqueras comment retrouver la giclette, d’accord ?
  • Ouais, génial ! Bon, j’te laisse ma couille, j’ai une montée de giclette là !
  • Vas-y, envoie la purée !

 

On sort de Chiang Mai par des petites routes mais devons ensuite prendre un plus gros axe. En début d’après-midi, le thermomètre dépasse les 30°C et on passe plus d’une 1h30 à grimper vent de face en compagnie de plein de camions. Un régal. La morve coule à flot, mes nouvelles chaussures de vélo me font un mal de chien, la reprise est rude.img_0172

Après la descente, on arrive finalement assez tôt chez Wichai, hôte warmshower contacté la veille. On est bien content d’être au frais et de pouvoir discuter avec lui en anglais, en buvant des litres d’eau.img_0177

Il n’a pas l’air d’avoir prévu de nous faire à manger mais c’est pas grave car on prend d’assaut sa cuisine pour lancer une opération patates, celles que j’ai trimballé toute la journée, avec la poêle toute neuve qu’on a acheté exprès pour ça. Fini la vaillante poêle inox de camping qu’on a cabossé si longtemps, on est passé au niveau au-dessus : 28 cm, bords hauts et revêtement anti-adhésif qui donne le cancer. La même que chez vous en fait, j’ai juste dû découper un bout du manche pour qu’elle rentre dans la sacoche. A nous les patates sautées, les crêpes et les œufs au plat qui n’accrochent pas !

On se fait un super repas français avec de la salade verte, du saucisson (merci Maman mais il commençait à avoir des champignons) et des yaourts trouvés à la superette d’à côté. Wichai apprécie, certainement plus le geste que les saveurs, très fades pour son palais Thaï.

Après une bonne nuit, on reprend les vélos pour une étape monstrueuse. Grimpettes, chaleur, rhume, la totale. Ophélie prend la tête dans les côtes, zéro giclette le Fred. Le soir, on tente timidement de camper dans un temple, mais c’est un site touristique payant et on se fait refouler pour la 1ere fois. Attention le Bouddhisme ! T’es la seule religion pour laquelle j’ai un semblant de respect, ne gâche pas tout ! Premier et dernier avertissement !img_0191

On continue un peu et nous écroulons dans un gouèstouze, tant mieux, pas la force de camper ce soir de toute façon. Il m’en reste juste un peu pour faire chauffer un super rosty tout prêt sur notre poêle 2.0 et étaler des rillettes de canard sur du pain de mie. Elles ont chauffé toute la journée dans les sacoches, faut avoir faim.

Le lendemain, on décide de ne rouler que le matin et posons les sacoches dans la grande ville suivante pour un après-midi de repos. Ophélie est contente, y’a des machines à laver juste à côté de l’hôtel. Fred est content, y’a la climatisation et un p’tit dej’ à volonté. J’aurais 3 fois de la volonté pour le délicieux porridge thaï (soupe de riz avec un peu de viande, des herbes, de l’ail séchée et de la sauce soja).img_0195

On enchaîne ensuite avec une longue étape ultra plate. Pas de difficulté hormis ce soleil de plomb et les 35°C à l’ombre. Ophélie fait une énorme crise d’urticaire aux cuisses qui nous oblige à faire une nouvelle nuit dans une guesthouse. Soirée bière – biafine, hydratation du corps, apaisement de la peau. Et vice-versa.

Ophélie – 3 février 2017 – 17h36 – sur facebook :  » Oh regarde, y’a un oiseau qui fait du snowboard sur un couvercle de margarine ! »

Début d’hypoglycémie suite à une étape caniculaire, je ne sanctionne pas. Mais j’aurais dû.

Le lendemain, on vise la prochaine grande ville à 130 km. Les paysages sont assez monotones depuis qu’on a quitté Chiang Mai, rizières, palmiers et cannes à sucre, donc on trace. Il n’y a rien d’autre à faire que de rouler, la chaleur n’invitant pas à prendre son temps et à flâner. Ça peut paraître sans intérêt mais on prend de plus en plus de plaisir à enchaîner ces étapes, on accepte l’ennui, on s’habitue à la chaleur, la route nous hypnotise, les bornes défilent, on pédale, on avance, on voyage. La giclette revient !

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Sur la route, on croise avec joie un camion vendant du jus de canne à sucre frais. A tomber par terre. Mieux qu’un coca, et moins cher. Nous sommes en pleine période de récolte, nous en croiserons beaucoup par la suite. Très bon pour la giclette.

Durant cette pause, Ophélie finit un vieux tube de crème solaire et entame celui que nous a laissé ma mère : une crème bio sans nano-particules et qui ne tue pas les petits poissons dans l’eau. Elle laisse sur la peau une belle couche blanche tirant sur le violet, magnifique, Ophélie ressemble à un vampire de Twilight.img_0203

Au bout de 135 km, nous sommes à Nakhon Sawan, il est assez tôt et on fait le tour des guesthouses. On compte y rester 2 nuits pour souffler, donc on fait les fines bouches. Mais la ville est moche, trop grande, les guesthouses n’ont pas de charme et sont chers. On passe devant une boîte de nuit au nom poétique : « Bitch ». Allé, zou, on se casse et poussons jusqu’au bled suivant. Paf, nouveau record pour ce voyage avec 147 km au compteur, un grand merci au vent dans le dos.

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Ophélie nous trouve un logement charmant dans une petite ville-rue comme on aime. Petit déj’ inclus, machine à laver juste à côté, marché de fruits et légumes le matin, au top.

On passe la journée au frais, loin de ce soleil brutal. On est en forme, on repart le lendemain. Sauf qu’au matin, Ophélie a mal à la gorges =====>>> ALERTE !! ALERTE !! Elle soupçonne un début de sinusite. Si c’est ça, elle risque d’être cloué au lit pendant 3 jours façon Exorciste, avec des mouchoirs partout autour d’elle et une tête de cadavre m’accusant de lui avoir refiler mon rhume, en pire. On décide donc de rester une nuit de plus et Ophélie tape dans la boîte de médicament pour enrayer tout ça rapidement. Et ça marche, ça va mieux le lendemain, on peut repartir. C’était sûrement la climatisation qui lui avait chatouiller les sinus. Les Thaï ont la bonne idée de bâtir des habitations aux toits de tôles surchauffés, avec des fenêtres ne s’ouvrant pas et sans même un ventilateur. Donc obligé de faire tourner la climatisation.

On enchaîne ensuite des étapes assez semblables : route, chaleur et cannes à sucre, toujours.

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On ne se moque pas du chapeau svp

On passe 2 nuits en tente dans des temples. Dans le 1er, les moines se montrent très curieux et nous posent plein de question avec leurs quelques mots d’anglais. On leur montre les cartes, le parcours, le réchaud… Et pendant toute la soirée, ils viendront nous apporter des trucs qu’on refusera en vain : pack d’eau, coca, lait de soja en poudre, nouilles chinoises, papier WC… On laissera tout avec un petit billet en repartant le matin (sauf le coca et le PQ, faut pas déconner).

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Dans le second, les moines sont distants et mornes. Il fait une chaleur à crever, on a eu du 37°C à l’ombre sur la route (sans ombre) et il fait toujours 33°C quand le soleil se couche, avec un vent brûlant. Même l’eau des sanitaires est chaude. Les toilettes de ce temples sont les plus glauques qu’on ait vu.

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Vous vous dites sûrement « bah non, ça va, c’est plutôt propre et y’a même un chien qui fait dodo ». Sauf que le chien est mort et je crois m’y connaitre assez en bête crevée pour dire que c’est super récent. Mort de chaud le clebs ! Pas étonnant ! Ça tapait tellement ce jour là qu’une rustine de la roue avant d’Ophélie s’est décollée ! Un drame (je parle de la rustine).

Ah, au fait, en parlant de chien. On a croisé le plus obéissant du monde, celui qui donne vraiment la papatte quand on lui demande. Entièrement.img_0182

J’ai la photo du reste du corps mais c’est vraiment hard. Je veux bien la mettre en ligne seulement si 10 followers différents me le demandent.

On ne dort pas bien avec cette chaleur  et stoppons le lendemain dans un motel dès 14h après 70 km, Ophélie est KO. Les Thaï sont toujours adorables sur la route, on nous offre des bouteilles d’eau fraîche, des biscuits et des bananes. La crème solaire d’Ophélie attire la pitié, c’est génial.

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Levé de soleil. Il fera 30°C dès 9h

Après une autre nuit en temple et une en guesthouse, voici déjà notre dernière étape en Thaïlande. Le pays nous retient, pas seulement à cause du vent de face qu’on se prend depuis 3 jours. On sait que ça sera moins confortable ensuite, car ce pays offre beaucoup de choses rendant le voyage à vélo facile :

  • des cafés partout. On avait pris l’habitude de s’arrêter vers 10-11h pour un café noir pour Ophélie et un café Fast & Furious pour moi, qu’on pourrait renommer café giclette du coup, la garantie d’une patate d’enfer pendant 20 à 30 km. La recette : 3 càc de Nescafé, du sirop de canne, du lait concentré sucré, un peu d’eau et plein de glaçons. Une fois avalé, faut vite se mettre à pédaler pour éviter la crise d’épilepsie.img_0224
  • des distributeurs d’eau filtrée partout permettant de faire le plein pour quelques centimes
  • des restaurants partout, ouverts du levé au coucher du soleil. Prix moyen : 2 à 3 € pour nous deux avec des boissons.
  • des gens gentils, souriants, serviables, honnêtes. Comme dans la grande majorité des pays finalement, mais en +++.
  • Et les temples évidemment. Très nombreux, accueillants, souvent très jolis, parfaits pour camper au calme après une bonne douche. On s’endort bien au son des prières bouddhistes. Un peu moins quand leurs sales clébards hurlent à la lune.
  • De nombreuses guesthouses, mais pas données tout de même (entre 7 et 14 € pour 2 sans petit dej généralement). Certains disent qu’il n’est pas nécessaire de trimballer une tente, des matelas et un réchaud en Asie du sud-est; nous ne sommes pas de cet avis.

Donc dernière étape, nous sommes très content d’avoir passé tant de temps dans ce beau pays, on ne pensait pas s’y plaire autant. C’était pas la grande aventure des « stan » mais c’était chouette. Le vent souffle très fort aujourd’hui et rend notre étape pénible, même si les paysages sont bien plus sympa qu’auparavant.

Le soir, on a à cœur de finir notre séjour dans ce pays comme il a commencé : dans un temple. Et on en trouve un magnifique avec une pelouse de rêve.

img_0261Les moines font leur prières, les chiens se taisent, on se fait une bonne omelette dans la poêle magique, la température chute à 15°C pendant la nuit et nous sommes réveillés en douceur par la cloche de 6h15.

Le Cambodge est à 20 km et on a une patate d’enfer qui nous fera avaler 143 km le lendemain. Giclette’s power !!!p1110745

A bientôt pour la suite.

Dernier petit point : le Marathon Plus, c’est de la daube. Celui d’Ophélie a lâché au bout de 11500 km à cause de la carcasse interne qui se détériorait et formait une hernie. Et le mien vient de lâcher également 1000 km plus tard à cause des flancs qui se déchiraient lentement. Dommage, les bandes de roulement étaient nickels et pouvaient tenir facilement 20 000 km.

D’expérience, les Marathon classiques durent plus longtemps et ne crèvent pas plus, tout en étant plus légers et beaucoup moins chers.

Voilà, tout le monde s’en fout mais ça me fait du bien de l’écrire.