Ça casse et ça passe – fin de la carretera australe

  • 02/02/14 Cochrane = repos
  • 03/02/14 Cochrane – qqpart = 52 km (D+ = 835m)
  • 04/02/14 … – Tortel = 79 km
  • 05/02/14 Tortel = repos
  • 06/02/14 Tortel – Puerto Rio Bravo = 45 km (720m de D+)
  • 07/02/14 … – qqpart = 64 km (1050m de D+ en 25 km !!)
  • 08/02/14 … – Villa O’Higgins = 39 km, fin de la carretera australe
  • 09/02/14 Villa O’Higgins = repos, en attendant le bateau
Cochrane

Cochrane

*** Nous revoilà après 2 semaines sans wifi, ou trop de flemme pour passer du temps sur le notebook. Je vois avec soulagement que l’histoire d’Igmard vous a plu, j’avais vraiment peur de passer pour un psychopathe. J’en suis bien un mais je préfère pas trop que ça se sache, même ma mère n’est pas au courant, elle me prend pour un gentil sociopathe, ah ah ah. Si vous avez vraiment aimé cette histoire, je vous conseille un livre tout autant abracadabrantesque. Bon, y’a qu’un mort dedans, et encore qu’à moitié, j’ai pas trop compris, le gars revient après mais c’est bien foutu et on apprend plein de truc évidents qu’on ignorait, qu’on apprend pas à l’école et que des cons de scientifiques contredisent. J’ai le titre sur le bout de la langue, ça va me revenir… J’sais plus si c’est de Marc Lévi, de Guillaume Musso ou d’un autre grand penseur… ça va me revenir.

 

Maintenant, on a quelques jours à rattraper. Voici le 1er article, d’autres vont suivre. Je vois que pas mal de cyclo ont mordu aux mots « Azub » et « pas indestructibles ». C’était du marketing, de la tête de gondole à 2 balles. Vous allez être déçu de ne pas lire que j’ai ressoudé le cadre au réchaud, que j’ai dû inversé les roues avant et arrière ou que la chaîne s’est violemment détachée, coupant la tête d’un chat en bord de route. Bonne lecture ! ***

On passe une nouvelle nuit vraiment pas terrible à Cochrane. Y’avait un mec à 2 mètres de notre tente qui ronflait comme un goret. Il s’est endormi en 3 secondes le salaud, il ne nous a laissé aucune chance. Au « réveil », on avait des envies de meurtre, c’était même pas un cycliste ! Le gars allait pouvoir roupiller encore un peu dans son foutu 4×4 de location !

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On reprend la route avec nos super amis James & Maggy. Les 1ers kilomètres font bien mal avec de la tôle ondulée et des pentes bien raides. Ophélie, en manque de sommeil, se décourage en pensant aux jours à venir. Heureusement, la piste devient ensuite meilleure et les paysages sont toujours là pour nous rappeler pourquoi on y est, là.

En dessous, y'avait une belle chute. En kayak, ça devait bien être du classe 14 : gilet pare-balles obligatoire

En dessous, y’avait une belle chute. En kayak, ça devait bien être du classe 14 : gilet pare-balles obligatoire

Dans une descente Igmardienne, mon excédent de câble de dérailleur (pourtant enroulé et scotché) vient s’enrouler dans les roulettes. Ça a failli tout arraché, c’était pas beau à voir, on aurait dit le vélo de Lady Gaga. J’arrange ça et on repart. Dans cette même descente, on a entendu un bruit violent venant de l’arrière de ma bécane. Bof, sûrement un caillou qui a tapé le cadre (le suspense monte d’un cran, vous sentez ?)

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Pour le bivouac, on se trouve une superbe clairière en bord de rivière. On profite d’être encore bien chaud pour aller se laver dedans. James et Maggy nous respectent, ça caille à mort, les glaciers ne sont pas loin. Eux, ils font chauffer de l’eau et se lavent comme des petits chats, sous leur tente.

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En garant les vélos, Ophélie se rend compte que toute la partie arrière du mien pendouille quand on le soulève (voilà, on y est). Elle utilisera le terme technique de « cassé en 2 ». En fait, c’est l’amortisseur arrière qui s’est désassemblé, probablement une tentative de suicide de sa part suite aux, je l’avoue, quelques bosses et nid de poule passés à fond, sans freiner, depuis 9 mois.

Bref, toute l’huile s’est barrée. Il reste heureusement le ressort, un sorte de back-up. J’arrive à remonter l’amorto, je durcis le ressort à fond et ça marche. La suspension est moins progressive, fait couic-couic, vient vite au taquet, il n’y a plus de contrôle du rebond mais, franchement, avec le poids des sacoches, je ne sens pas trop la différence (c’est nul hein? Tout ça pour ça)

Je suis content d’avoir choisi un amorto basique, à ressort. Avec un truc à air, j’aurais été très mal et nous n’aurions pas pu continuer.

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un arc-en-ciel à 100m,  au ras du sol. Le bon côté de la pluie

un arc-en-ciel à 100m, au ras du sol. Le bon côté de la pluie

Le lendemain, on repart sous un ciel pas sympa. On se prendra quelques averses mais rien de méchant. La piste est excellente et moins vallonnée. Mon câble de dérailleur arrière rend l’âme et je roule 15 km avec 3 vitesses, la flemme de réparer en bord de route, sous ce crachin. Je le ferais à la pause, après le brunch.

le brunch

le brunch

James : « I’m sweating like a whore in a church »

Expression héritée de son père du Kentucky, qu’on pourrait traduire de 2 manières :

  • La 1ere, formelle, puritaine, sans intérêts : « Je transpire comme une femme de peu de vertu dans un lieu de culte catholique »
  • La 2eme, plus parlante et que tout le monde retiendra : « Je sue comme une pute dans une église »

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Arrivé à un croisement, ou plutôt LE croisement, on a le choix entre faire un détour de 50 km et voir Tortel ou continuer sur la carretera. Ophélie aimerait en finir au plus vite avec la carretera mais pas moi. Alors je lui vends le truc en lui promettant une journée de repos et une nuit à l’hôtel. Ça marche !

Ce chien nous suivra pendant 25 km

Ce chien nous suivra pendant 25 km

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On met 2 longues heures pour rejoindre le bled, on est crevé. Toujours avec nos compagnons James & Maggy, on va bivouaquer sur l’aérodrome. Il y a une espèce de cabane sous laquelle on plante les tentes et partageons un dernier dîner ensemble. Le lendemain, ils doivent repartir car ils sont shorts. Les adieux sont difficiles, on s’entendait hyper bien et on va beaucoup se manquer.

re-arc-en-ciel

re-arc-en-ciel

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Avec Ophélie, on se pose dans l’hospedaje le moins cher, on visite cette ville étonnante et on se fait un bon gueuleton le soir. A Tortel, toutes les voitures restent garées en haut, le reste de la ville n’étant accessible que par de beaux pontons et escaliers en bois. On se demande comment les 500 habitants font pour vivre dans ce cul-de-sac venteux et pluvieux. Ils doivent même pas savoir ce qu’est un Mc Donald ou un H&M, des vrais sauvages.

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Le soir, on discute avec 2 cyclo français. L’un d’eux a un superbe vélo Cifac Paris-Pekin de 13 kg tout équipé. Malgré ça, ils prennent un bus demain pour rejoindre la fin de la Carretera et en finir avec la piste. Dommage… ils avaient fait le plus dur.

même sous la flotte, c'est jolie

même sous la flotte, c’est jolie

Le lendemain, on repart sous la pluie et ça n’arrêtera pas de la journée, dur dur. En haut du col, le câble de frein et le coude du V-brake avant d’Ophélie cassent. Je fais une réparation de fortune qui tiendra juste le temps de la descente. Pour un truc propre, faudra attendre El Calafate, faut que je change tous les câbles et gaines. En attendant, y’en a une qui va serrer les fesses aussi fort que le frein arrière dans les descentes !

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le clodo sur le banc, c'est Ophélie

le clodo sur le banc, c’est Ophélie

Arrivé à Puerto Yungay, on se réfugie dans une tienda avec café et empanadas tout frais fromage-tomates. On les défonce en 2 secondes. Pour faire sécher les vêtements, j’utilise la technique du « garde tout sur toi, ton corps est un radiateur ». Ça marche mais ça prend du temps et pompe pas mal d’énergie. Dans le bateau, gratuit, on se colle au radiateur jusqu’à ce qu’on se prenne un coup de châtaigne. Nous sommes les seuls cyclistes, les gars du bateau sont sympas avec nous.

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A l’arrivée, on se met à l’abri dans la salle d’attente du « port ». Toilettes, eau et bancs, c’est le grand confort. La vue de la chambre est superbe, on est seul au monde.

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Le lendemain, le ciel est plus clair et le temps restera sec, ça fait du bien. Les cycliste venant du sud nous avaient tous dit que la piste n’est pas terrible. Pour nous, c’est un vrai billard. Ils vont pleurer les pauvres en allant vers le nord, ils vont apprendre ce que c’est le ripio chilien. Pendant 25 bornes, c’est plat. Ensuite, on enchaîne 3 cols. Le 1er est sec avec des passages à 12 %, les cuisses brûlent mais ça fait un bon décrassage et on enchaînera bien les 2 autres avec beaucoup de 10 %. Cette étape est magnifique, incroyable. Un fort vent dans le dos se lève, des cascades tout les 50 mètres, des glaciers dans toutes les directions et des condors passant à 10 mètres au-dessus de nos têtes. C’est bien des condors, les dindons ne volent pas aussi haut, même en les lançant très forts.

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rencontre avec d'autres cycliste en haut d'un col. Mattez le panneau à droite, c'est un VC !

rencontre avec d’autres cyclistes en haut d’un col. Mattez le panneau à droite, c’est un VC !

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A la veille de finir cette carretera, c’est comme si la Nature nous disait :

  • «  Tenez, c’est cadeau, vous vous êtes bien battus les mecs »
  • Ophélie : «  Hé, j’suis pas un mec moi, j’suis une princesse ! »
  • La Nature : « Un problème la morveuse ? Tu veux de la pluie dans la gueule ? »
  • Ophélie : « Heu, non merci, ça ira comme ça »
  • Fred : « Ah ah, elle t’a bien calmé !»
  • La Nature : « Fais pas l’malin toi non plus. Déjà que j’t’ai pas gâté à la naissance, va pas aggraver ton cas »

La loi du plus fort… mais j’lui ai fait un doigt discretos.

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Depuis 2 jours, on visait un abri dont un cycliste nous avait parlé : une bâtisse avec parquet, poêle à bois, matelas et même douche. Le tout, ouvert au tout venant ! Il nous avait même montré les photos. En arrivant, non seulement c’est désormais fermé à clef, mais en plus on se fait bouffer par les moustiques ! Le temps de monter la tente, je ressemble déjà à Quasimodo avec mes piqûres sur le front. On est dégoûté de se retrouver comme des pouilleux sous la tente. Mais les Pieds Devant sont pleins de ressources et savent comment arranger la soirée : pommes de terres sautées au beurre avec un gros supplément de fromage fondu, 5 saucisses et du chocolat. Puis un p’tit film sous la tente.

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on a eu très peur en passant devant ce taureau. Il aurait pu creuver nos beaux schwalbe !!

on a eu très peur en passant devant ce taureau. Il aurait pu crever nos beaux pneus schwalbe !!

Le lendemain, c’est la dernière étape sur la carretera : toujours autant de cascades et un vent dans le dos très addictif. Je suis déjà nostalgique, j’aurais aimé que ça dure plus longtemps. Ophélie, elle, a trop mal aux cuisses pour penser la même chose mais elle a adoré cette route.

Ophélie – 11h50 – arrivant à Villa O’Higgins : « Enfin !! »

Fred : « Déjà… »

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A Villa O’Higgins, on se trouve un hotel sympa et un p’tit resto encore plus sympa. On est pas mal dans la chambre, à écouter le vent taper contre les vitres. On reste 2 nuits, en attendant le prochain bateau pour l’Argentine et la suite de l’aventure.

De Chaiten à Villa O’Higgins, notre Carretera Australe en chiffre :

  • 24 jours (21 étapes + 3 jours de repos)
  • 4 jours sous la pluie, dont 3 sur les vélos
  • 1070 km, dont 750 de piste
  • 14750 m de D+
  • 51 km et 700m de D+, en moyenne, par étape
  • 3 pots de Nutella
  • 2 maillons de chaines
  • 2 câbles de dérailleur
  • 1 câble de frein
  • 1 amortisseur
  • 2 nouveaux amis : James & Maggy
  • des belles rencontres : Daniel & Frederique, Tom & Flo
  • 1 belle vidéo à venir 😉

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La plus belle route du monde se mérite

  • 26/01/14 Coyhaque – 10 km après Vista Hermosa = 64 km (D+ = 1400m !!)
  • 27/01/14 … – 13 km après Villa Cerro Castillo = 51 km (D+ = 670 m)
  • 28/01/14 … – le long du Rio Murta = 57 km (D+ = 670m)
  • 29/01/14 … – Puerto Rio Tranquillo = 56 km (D+ = 760m)
  • 30/01/14 … – bord du lac = 37 km (D+ = 614 m)
  • 31/01/14 … – 11 km après Puerto Bertrand = 44 km (D+ = 800m)
  • 01/02/14 … – Cochrane = 41 km (D+ = 790m)

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Ouais, « la plus belle route du monde », carrément. J’exagère un peu car il fallait bien un titre accrocheur et « Britney Spear nue » ou « Shumacher se réveille enfin et reconnaît le meurtre du petit Gregory » n’aurait pas eu de sens.

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Mais, pour moi, c’est bien la plus belle route de ce voyage. La plus dure également, et c’est bien l’avis de la plupart des cyclos du coin, même de James et Maggy qui approchent les 2 ans de voyage.

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J’y connais rien en psychologie mais je pense que le gars qui a dessiné la carretera a beaucoup manqué d’affection quand il était petit. Et ses parents devaient souvent l’abandonner pour aller faire du vélo, ces cons. Du coup, il s’est vengé comme il a pu et c’est comme ça qu’on se retrouve à grimper du 9 à 17 %, sur de la piste en tôle ondulée histoire de bien faire les choses. Nous reviendrons prochainement sur ce dernier point, sous la forme d’une biographie passionnante.

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Donc c’est parfois très physique, l’effort est intense sur des vélos chargés et les muscles étouffent.

Mais ça en vaut sacrément la peine, les paysages sont surréalistes. Parfois, sur un même plan, on peut admirer une rivière bleu turquoise, des sommets enneigés, un glacier et un arc-en-ciel. C’est Disneyland, il manque juste quelques nains et des fées débiles.

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On passe au récit des étapes ?

Nous quittons Coyhaique avec Tom et Flo mais nous séparons au bout de 30 km. La jante de Tom se fissure, elle est foutue. Ils retournent en stop dans la ville, on les retrouvera plus loin.

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oui, j'ai failli pleurer devant cette arnaque

oui, j’ai failli pleurer devant cette arnaque

On continue et ça grimpe bien. Après un col à plus de 1000 m et un sympathique vent de face, on atterrit dans un superbe camping d’état, primitif : pas d’électricité et chauffe-eau au bois, on adore.

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Et quelle surprise de voir débarquer James & Maggy le soir 19h30 ! On n’est pas resté seul très longtemps.

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Le matin, il fait 8°C, on sent le froid qui descend des petits glaciers au-dessus. On passe un bébé col à 1100 m et on descend vers Villa Cerro Castillo, magnifique.

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Là, on s’arrête dans un spot qu’on nous avait chaudement recommandé : le Bus Burger ! C’était vraiment bon et on était bien lesté après l’assiette de frite. Au dessert, on a vécu un drame.

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Avec Maggy, on avait repéré des Magnum au Dulce de Leche dans un congélo. On s’y dirige en se frottant les mains, bave au lèvre et, là, la nana nous déclare, comme ça, de but en blanc, sans prendre de gant : « on a perdu la clé du congélo ». Sans le soutien de James et Ophélie, nous serions tombés immédiatement en dépression, allongés en position fœtal sur le lino graisseux du bus.

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Bye bye le bitume, c’est parti pour environ 500 bornes de piste. Et ça commence très fort avec une pente à plus de 10 %, caillouteuse et un vent de fou. On a connu des vents plus forts en Argentine mais celui-ci est brutal, irrégulier et tournant. Plus que des rafales ou des bourrasques, il nous envoie vraiment des grosses claquasses dans la gueule, soulevant du petit gravier au passage. Même à pied, ça déséquilibre. Sur ce passage de quelques kilomètres, ce n’est plus de la cyclo-rando ni du VTT mais carrément du trial, voir même du funambulisme, en pleine tempête.

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On se trouve un camping à la ferme en fin d’après-midi. James sort par magie des canettes de bière de son sweat et on passe une bonne soirée à l’abri du vent.

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Au matin, le vent s’est calmé et il ne nous gênera plus trop, même si on le gardera de face pendant 2 jours. On passe une journée incroyable et j’ai pas assez de vocabulaire pour décrire les paysages. Les photos ne suffisent pas à montrer la puissance du décor, le surréalisme des couleurs et la majesté écrasante des montagnes. La vache, j’ai tout donné là.

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Au bout de 50 km, on est cuit et on se trouve un bon spot au bord du Rio Murta, sans savoir que Tom et Flo poseront leur tente à 200m de nous, en amont.

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On se fait une soirée bushcraft avec feu de camp et atelier aiguisage de couteau. On est comme des gosses avec James, on parle réchaud, couteau et vélo, poil au dos.

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Aiguiser un couteau au coin d’un feu avec une chemise à carreau, c’est vraiment un truc de mec. Moi, j’aime bien le faire en fixant Ophélie de biais avec un méchant rictus. J’ai rien trouvé de mieux pour la faire obéir, à part kidnapper son pot de Nutella. Une fois la lame bien affûtée, elle sait qui c’est l’pâtron.

James plante son couteau de Rambo dans un arbre, genre Crocodile Dundee. Il y restera le lendemain, ça fera un heureux.

Il pleut toute la nuit, on déjeune sous la tente et on la plie trempée, elle pèse un âne mort. James et Maggy flemmardent, on part sans eux.

C’est parti pour 5 heures sous l’eau. On repère des traces de vélo sur la piste et, au bout de 2 heures, on rattrape 2 malheureux avec les pieds emballés dans des sacs plastiques. Bingo, c’est Tom et Flo !

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La pluie ne cesse jamais et on arrive complètement mouillé à Puerto Rio Tranquillo, au bord du plus grand lac Chilien, qui est en fait à cheval entre le Chili et l’Argentine. A cause de la pluie, on a roulé non stop sans presque rien manger, à part des côtes terribles, dont une à 17 % avec de la tôle ondulée comme des marches d’escalier.

Puerto Rio Tranquillo

Puerto Rio Tranquillo

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Comme on est 4, on se prend une cabanas, c’est un petit chalet tout équipé avec poêle à bois. Ça coûte un bras mais faut faire sécher les affaires pour repartir dès demain. On profite de la cuisine pour se faire une pleine marmite de patates sautées avec carottes et oignons, terrible. On fait bouillir 4 grosses saucisses : 2 pour le dîner et 2 pour la route le lendemain. On mange les 4 illico.

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Super journée, beau contraste.

Au matin, grand soleil et vent dans le dos. On ne part qu’à 11h après avoir nettoyé les vélos et graissé les chaînes. On s’astique un peu la chape également (Jésus Marie Joseph ! Je deviens comme ces monstres !). Je change mes patins de frein arrière (achetés en Bolivie) alors qu’ils n’ont que 5 ou 600 km. Ceux à l’avant (de France) ont plus de 6000 km et sont toujours bons.

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Nos gaines et câbles (encore d’origine pour les freins, 5 ans et plus de 20000 km) sont complètement morts et faut de la poigne pour passer les vitesses. Faudra attendre pour changer tout ça, y’a rien avant longtemps.

On part sans Tom & Flo, occupés à s’arracher les cheveux sur un réglage de frein sur une roue voilée. ‘vont finir chauve sur ce coup là les pauvres. On ne les reverra plus, ils ont dû changer de plan au dernier moment, qui sait ?

L’échauffement est brutal avec une longue côte entre 9 et 11 %. Étape très difficile, la tôle ondulée nous rend dingue parfois, ça nous bouffe trop d’énergie et ça donne mal à la tête.

Fred, 13h40 : « Oh ! Regardes, un condor ! »

Ophélie : « Pfff, c’est un dindon ! Ah ah ah, j’vais bien me foutre de ta gueule dans le blog ! »

C’est pas la 1ere fois que je confonds un dindon avec un truc plus classe. Vous vous souvenez sûrement de l’histoire de La Plume. A ma décharge, tu vires les bajoues, tu rajoutes une collerettes de plumettes blanche et tu fais du dindon un condor. Un peu comme une Fuego rouge tunée, ça finit presque par ressembler à une Ferrarri, non ?

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On croise un petit camping à la ferme. A la base, on s’y arrête car la nana vend des cerises à tomber par terre et puis finalement on pose la tente car le coin est sympa et on peut papoter avec un couple de cyclo allemands (65 et 69 ans, respect). Cerise sur le gâteau, James et Maggy se pointent 2 heures plus tard et on se fait une soirée façon vieux trappeurs canadiens. On pue le feux de bois et le mouton crevé.

c'est du solide, y'a plus de doute

c’est du solide, y’a plus de doute

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Lesté d’un kilo de cerise, on repart ensemble le matin sur une piste toujours aussi cassante. J’en ai marre au bout de 20 km, les cuisses HS, pleines d’acide lactique. Pareil pour James, on n’avait pas eu mal aux jambes comme ça depuis très longtemps. Les filles continuent de pédaler comme Robocop. Ça s’inversera le lendemain. On avance cahin-caha, toujours dans un décor surprenant. On avait pris soin de ne pas regarder de blogs, de guides ou d’émissions TV et on est souvent surpris par tout ces lacs, ces glaciers et ces sommets.

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A Puerto Bertrand, on achète tout ce qu’on peut dans la misérable épicerie et on accomplit l’exploit de transporter 8 œufs pendant 11 km de piste très cahoteuse. Bilan : 0 cassé alors qu’ils étaient tous dans le même sac.

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Miss Carretera et ses Dauphines

On se trouve un p’tit camping sympa, rien que pour nous, comme souvent. Cette année, à cause d’un été inhabituellement frisquet , il y a très peu de touriste. Tant mieux pour nous.

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Rio Baker, au bord du camping

Rio Baker, au bord du camping

Au matin, on repart sous la pluie mais elle s’arrête aussitôt, dévoilant le soleil et un bel arc-en-ciel au dessus du Rio Baker au débit impressionnant. La piste est meilleure et le 10 % n’est plus qu’une formalité en l’absence de tôle ondulée.

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On frôle la vitesse moyenne de 12 km/h, j’suis comme un dingue et j’enchaîne les raidards pendant qu’Ophélie tire la langue. Chacun son tour, je la fais tenir avec un carré de chocolat en haut de chaque côtes. Le temps se gâte mais on arrive à Cochrane avant que ça tombe pour de bon. On s’en tire super bien côté météo.

James, 12h39 : «  Holly shit ! This is fucking steep !! »

déjà bientôt la fin

déjà bientôt la fin

Un resto et on file au camping. Il est naze et on est entassé. On a toujours un sentiment bizarre après quelques jours passé dans la nature, on a du mal à être entouré de gens et on trouve la ville étouffante. Pourtant, Cochrane, c’est pas la mégalopole, 2000 habitants à tout casser. On est des indiens dans la ville, des Mimicikus. Bon, je dois bien reconnaître qu’on kiffe à mort le petit supermarché. Surtout qu’on doit se ravitailler pour 4 jours.

On serait bien repartis dès le lendemain mais nos cuisses ont vraiment besoin de repos après ces 10 étapes d’affilées, surtout avant d’enchaîner les 4 ou 5 derniers jours sur cette fabuleuse carretera australe.

Donc voilà, il est 11h du mat’ en ce Dimanche 2 février et je viens de finir cet article et le précédent pendant qu’Ophélie s’occupe du linge, le coup de l’aiguisage a super bien marché.

A dans quelques jours pour la suite, le wifi ne court pas les rues ici.

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Coucou CNH ! Voici peut-être le concess le plus au sud d'Amérique

Coucou CNH ! Voici peut-être le concess le plus au sud d’Amérique