Trek du Salkantay

Du 09 au 13/09/13  Trek du Salkantay

On se lève à 4h du matin et sommes ramassés par un van chargé à bloc. Les Péruviens conduisent comme des tarés. Après observation, je pense qu’ils sont allergiques à la pédale de frein. A chaque fois qu’ils sont contraints d’y toucher, leur pied enfle et devient encore plus lourd sur l’accélérateur. Ils doublent n’importe comment, en plein virage, sans visibilité, même sur les routes en terre battue.

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Arrivés au départ du trek, nous faisons connaissance avec Nico, notre guide pendant ces 5 jours.

Pour Ophélie et moi, ça a des airs de club Med puisque :

  • des chevaux portent nos affaires et la bouffe
  • un cuistot nous préparera tous les repas, on se fera même servir du maté chaque matin, au réveil, dans la tente
  • les tentes sont montées et démontées pour nous

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En fait, y’a juste à marcher en suivant le guide. Mais avec des « y’a juste à », on pourrait faire le tour du monde en luge. C’est hyper dur cette première journée ! Sur le papier, il n’y a qu’une vingtaine de km, passant de 2900m à 3900m.

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MAM en rouge, on dirait pas une aveugle ?

MAM en rouge, on dirait pas une aveugle ?

On n’a pas assez donné d’affaire aux chevaux, du coup, je me retrouve avec 9 kg dans mon vieux sac à dos Millet qui a plus de 20 ans. Il me lacère les épaules le fumier. Les filles morflent bien aussi ; les pentes sont raides et les pauses rares.

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Au bout de 4 ou 5 heures de marche, on croise la tombe d’un canadien mort sur ce chemin. Xena et Gabrielle, déjà presque à bout de force, commencent à sérieusement gamberger. Il faut rappeler qu’elles ont connu Sheila et le twist et que la moyenne d’âge des marcheurs tourne autour de 30 ans.

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Mais c’est des Auvergnates : elles ont payé un trek, elles iront au bout en serrant les dents.

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là, on en a plein les jambes

là, on en a plein les jambes

petit passage technique avant l'arrivée

petit passage technique avant l’arrivée

Au bout de 7 heures de marche, on arrive au camp. Tout le monde est KO et pleure ses mollets. Mes tendons d’Achille me font un mal de chien, m’obligeant à tremper les pieds dans un ruisseau glaciale pour calmer l’inflammation. Les lapins flippent à mort pour le lendemain : 8-9 heures de marche avec passage du col à 4600m. Heureusement, il y a un plan B  et elles pourront monter au col à cheval en compagnie des victimes du mal des montagnes.

à l'abri du vent mais pas très jolie

à l’abri du vent mais pas très joli

Mais tous ces efforts en valent diablement la peine.

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Malgré l’altitude, on dort comme des bébés jusqu’à 5 heures du matin. Notre guide est sans pitié, il faut être au col avant 10 h. Mes tendons vont bien mieux et on refile du poids aux canassons. Ophélie aussi a la pêche et on grimpera rapidement en haut.

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Nico, notre sympathique guide qui me rappelle mon ami Ahmed

Nico, notre sympathique guide qui me rappelle mon ami Ahmed

Las Caballeras !!

Las Caballeras !!

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4620 m, presque le Mont Blanc. Sauf qu’ici, on est entouré d’autres montagnes, dont le Salkantay avec ses 6271 m, ça calme.

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Nous sommes sur la Cordillère des Andes, la plus longue chaîne de montagne au monde : 7500 km du nord au sud. Déjà qu’on trouve le Massif Central gigantesque…

Pendant cette ascension, nous sommes dépassés par des Andins, certains en t-shirt et scandales. On est là, avec nos super vestes Gore-tex Ultimate Summit Titanium Stretch, chaussure à semelle Vibram Cosmic à renfort carbon, sac à dos ultra-light en tissus de cosmonaute, on souffle comme des bœufs et eux nous doublent presque en courant. Ça rend humble.

gare à celui qui se fout de la gueule de nos bonnets !!

gare à celui qui se fout de la gueule de nos bonnets !!

Notre guide Nico (drôle de prénom pour un gars si costaud) nous motive souvent et nous fera un exposé très intéressant sur les Incas, la croix Andine et la dualité constante entre ciel et terre.

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Au sommet, on a les crocs avec Ophélie et c’est là que je me rends compte que j’ai oublié les 4 Snickers, les 2 bananes et le Voltarène au camp !

Les 3 heures de descente avant le déjeuner seront éprouvantes et on finira presque par trouver appétissant le crottin de cheval. Heureusement, on arrivera à garder le contrôle en se répétant : « c’est pas des Ferrero, c’est pas des Ferrero ».

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Marc, de Munich. On sympathisera bien, à coup de bière

Marc, de Munich. On sympathisera bien, à coup de bière

Après une courte pause digestive pendant laquelle tout le monde s’endort, on reprend la descente. Au final, on sera passé de 4600m à 2800m, de la neige à la jungle. Dur pour les genoux, on marchera tous comme Robocop le lendemain matin.

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Mais on a une belle carotte pour cette 3eme journée : une source d’eau chaude ! C’est pas qu’on a froid mais on se sent un peu crade après 3 jours sans douche. On boucle 5 heures de marche dans une nature luxuriante : bananes, fruits de la passion, avocats géants… le Pérou est incroyablement riche en fruits et légumes.

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faut bien qu'y'en ait qui bosse

faut bien qu’y’en ait qui bossent

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Un van nous emmène alors au camping de Santa Teresa , duquel nous rejoignons la source d’eau chaude. 2 heures au paradis, à 35°C.

super bueno !!

super bueno !!

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Briefing pour le lendemain

Briefing pour le lendemain

Le 4eme jour, on reprend un van pour faire les 10 premiers km. Personne n’était motivé pour marcher sur cette piste poussiéreuse pleine d’autobus, surtout après la soirée un peu arrosée de la veille. On atterrit sur la voie de chemin de fer qui mène à Agua Calientes, la ville au pied du fameux Macchupicchu. 12 km de marche avec, cette fois, tout notre barda car nous avons dit au revoir au muletier.

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Mais on est devenu des vrais robots aux mollets d’acier et c’est la tête haute et le torse bombé qu’on débarque en ville, heureux comme tout. On se dispatche dans des hôtels pour une bonne sieste, d’une douche (dès que le courant et l’eau revient…) avant de se retrouver le soir autour d’un Pisco Sour et d’un bon repas.

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La journée de demain sera très chargée : lever à 4h pour grimper à pied au Macchupicchu et admirer le lever de soleil avant que les hordes de touristes ne débarquent. Puis retour à Cuzco à 1h30 du mat’…pfffff, c’était moins crevant à vélo.

Alors, c’est comment le Macchupicchu ?

RDV au prochain article…

Cuzco, capitale Inca

06/09/2013 Cuzco = Tour de la ville

07/09/2013 Cuzco = la Vallée Sacrée

08/09/2013 Cuzco = repos et préparation pour le trek

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Avant que les 2 auvergnates n’arrivent, Ophélie et moi avons fait le tour des agences de tourisme pour voir ce qui se fait dans le coin et comparer les prix. On s’est mis d’accord pour faire le trek du Salkantay : 5 jours et 4 nuits avec la visite du Macchupicchu à la fin. Dans la 1ere agence, le gars nous dit que c’est 700 USD par personne. Dans la seconde, ça passe à 250 USD et finalement à 210 USD après une toute petite discussion. Ça comprend tout : transports, nourriture, portage avec des chevaux, cuisinier, guides, tentes, matelas et entrées au Macchupicchu. Durant le trek, on randonnera avec un groupe qui a payé le prix fort, ils ont juste des meilleures tentes, c’est tout. Il faut bien faire attention à Cuzco. De plus, il ne vaut mieux pas réserver par internet car c’est le double, pour les même prestations.

Non, ce n'est pas le drapeau gay ou des Bisounours. L'arc-en-ciel est le symbole de Cuzco

Non, ce n’est pas le drapeau gay ou des Bisounours. L’arc-en-ciel est le symbole de Cuzco

Avant de se lancer dans les montagnes,il faut qu’on s’acclimate. On va donc faire les moutons touristes pendant 2 jours. Ça fait bizarre de passer du voyage à vélo en autonomie aux visites guidées en bus mais c’est sympa et on se cultivationne un peu.

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La Place des Armes

Le 1er jour, on fera le tour des sites Incas dans Cuzco et ses hauteurs. Le second, on fera une visite marathon de la Vallée Sacrée. Les sites sont magnifiques, d’autant plus dans ce cadre de montagnes.

Saqsayhuaman : littéralement "l'estomac plein des condors". Lieu d'offrande pour ces derniers, Dieux du ciel pouvant voler à plus de 7000 m

Saqsayhuaman : littéralement « l’estomac plein des condors ». Lieu d’offrande pour ces derniers, Dieux du ciel pouvant voler à plus de 7000 m

Ninja !!

Ninja !!

Avec Ophélie, on est loin d’être féru d’histoire mais celle de la civilisation Inca nous interpelle tout de même. Elle n’a duré qu’à peine 300 ans mais aura marqué profondément une partie de l’Amérique du Sud.

Ollantaytambo

Ollantaytambo

Les terrasses d'Ollantaytambo. Un modèle d'irrigation

Les terrasses d’Ollantaytambo. Un modèle de culture et d’irrigation

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Site inca = business. Pigeons, pigeons, pigeons !!

Site inca = business. Pigeons, pigeons, pigeons !!

Les Incas étaient de sacré architectes, capables de bâtir des temples sans aucun ciment pouvant résister aux séismes. Les conquistadors espagnols mettront un terme très rapide à cette civilisation. Conquistador est un terme bien pompeux pour ces gens ; ici ils les appellent les envahisseurs, perso je préfère les enfoirés. En seulement quelques années, avec 180 soldats, ils ont réussi à diviser les Incas, à piller et détruire une très grande partie des sites et, pour bien faire les choses, à massacrer les incas. Un véritable génocide puisqu’en moins d’un siècle, la population passera de 12 millions à environ 600 000. Ceux qui auront échappé aux lances des enfoirés mourront des trucs sympas apportés du vieux continent contre lesquels ils ne sont pas immunisés : peste, choléra, grippe, pécol, dentue…

Pisac

Pisac

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C’est à cause de ce carnage éclair et de l’absence d’écrit, qu’aujourd’hui encore, la civilisation inca reste pleine de mystères : comment ont-ils bâti ces temples avec ces gros monolithes ? Comment ont-ils fait pour acquérir tant de connaissance en astronomie, en irrigation ? Comment s’appelle réellement le Macchupicchu (c’est le nom de la montagne, pas du site) ? Ou est cette foutue cité d’or  que cherche Esteban ?

Sur la route

Sur la route

Dark Vador, on t'as reconnu !

Dark Vador, on t’a reconnu !

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El Cristo Blanco, il domine Cuzco

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La religion inca est également intéressante. Plutôt que d’en faire une description objective à moitié pompée sur wikipedia, voici ce qu’on en a retenu et ce qu’on en pense. On a l’image des sacrifices humains et c’est vrai que ça devait pas être tordant pour les sacrifiés, même si c’était un peu leur ¼ d’heure de gloire. Ces sacrifices n’étaient tout de même effectués qu’en période de grands trouble (séismes, inondations, mort d’un boss…), le reste du temps, ils se contentaient souvent d’un pauvre lama. Voilà pour le côté sombre. Ils vouaient un culte pragmatique au soleil, à la terre et à l’eau. On a pas bien tout retenu mais la Chacana (Croix andine) résume un peu toute cette religion avec ce lien très étroit entre le ciel et la terre.

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C’est cette connexion à la nature qui nous plaît. La religion catholique a stupidement mis l’Homme au-dessus de tout, faisant de lui un être quasi divin pouvant disposer à sa guise et sans limite de tout ce qu’offre la nature. Résultats aujourd’hui : extinctions massives d’espèces, disparation des forêts vierges, surconsommation, pollution à tout va, surpopulation…

L’Homme n’a pas été créé en 6 jours, nous sommes toujours des primates , partageant plus de 95 % de nos gènes avec le chimpanzé et ayant autant de chromosomes que la pomme de terre.

Il nous semble alors plus logique de vénérer le soleil, l’arc-en-ciel, la pluie, un puma, un condor, un bison, une rivière ou des montagnes que de cultiver un sentiment de culpabilité et de reconnaissance permanente envers un gars qui se serait sacrifié pour nous il y a 2000 ans.

La planète et les générations futurs se porteraient bien mieux si on se rappelait qu’il faut vivre en symbiose avec la nature plutôt que de la mettre à nos pieds. Les indiens d’Amérique du nord l’avaient bien compris, mais leur civilisation n’a pas non plus survécu très longtemps à l’arrivée des gentils « pionniers ».

Fred Grills

Ouaich, 6-0, on est là en force

Ouaich, 6-0, on est là en force

Les Power Ranger en mission taxi

Les Power Rangers en mission taxi

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Le Coca du coin. Aussi Inca que les rillettes sont marocaines

Pas évident les premiers jours d’utiliser l’espagnol et de mettre de côté l’anglais, mais le vocabulaire revient assez vite pour se débrouiller dans un premier temps. Les péruviens parlent assez lentement, donc j’arrive à les comprendre. Tant mieux ! Le plus important : manger, dormir et toilette.

Les Bandidas devant un temple de l’eau

Le plus étrange est de ne plus faire de vélo et d’être un « vrai » touriste et de prendre le bus avec plein de gens. Je ne suis plus habituée à tout ça.

J’ai adoré les visites des sites Incas des villes de Pisac et d’Ollantaytambo. On a pu admirer des anciennes ruines de village Inca et de magnifiques terrasses qui leur permettaient de cultiver des fruits, des légumes pour se nourrir et faire du troc. A chaque fois, ces sites sont très hauts en altitude, on apprendra qu’ils utilisaient le feu et la musique pour communiquer ou avertir d’un danger et que l’utilisation de l’eau dans les temples leur permettaient de se purifier.

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Les deux lapins Duracell ne parlant pas un mot d’anglais ni d’espagnol, Fred et moi sommes obligés de jouer le rôle d’interprète-beau gosse pour leur expliquer les infos du guide ou de négocier lors d’achats. Nos tarifs étant très élevé, elles ont trinqué en bouffe, boisson, cadeau-souvenir…

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Ranger Ophélie