Côtes sauvages et vallées secrètes – Shikoku sur des VC

 

J 375 à 389 /de Tokushima à Seiyo / Île de Shikoku

  • du 13/04 au 28/04/17
  • 16 jours / 13 étapes
  • 782 km
  • 6660 m de D+
  • 3 jours de repos dont 2 à cause de la pluie
  • toutes les nuits sous la tente, retour aux sources !!

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Il fait jour à 5h et on émerge vers 6h30 sous un beau ciel bleu. La tente est trempée et on la plie telle quelle comme d’habitude, elle séchera le soir ou bien la technicienne de surface attitrée passera un coup de torchon sous l’œil vigilant du responsable qualité. On est au Japon bordel, ON NE PLAISANTE PAS AVEC LA QUALITE !

On quitte rapidement le milieu urbain -enfin ! – pour attaquer des routes bien plus calmes dans la verdure et le chant des oiseaux. Ophélie aperçoit même des singes à face rougeâtres, probablement des babouins, ou alors peut-être des scouts.

En milieu d’après-midi, on descend sur la côte et ça devient très jolie, et même plus que ça puisque ça fait disparaître d’un coup mes sombres pensées (fait chier la ville / Mongolie / me barrer de là / Mongolie / chatons écorchés vifs).IMG_2283

Grâce à une carte trouvée sur le net et répertoriant des spots de camping, on prend alors une petite route côtière menant à une anse et un petit port. Plus paisible que ça, c’est pas possible et on décide tout de suite de rester 2 nuits dans ce petit coin de paradis (à 2 km d’une épicerie, restons pragmatique tout de même).

Le camping est désert et consiste uniquement en un beau plan d’herbe rase et un bâtiment pour les sanitaires à 10m de la mer. Personne en vue, peut-être que la saison n’a pas commencé, peut-être que ça va être gratos, YEEESSS !! Mais une mamie en scooter viendra le lendemain matin, 8 € la nuit, ça va vu la beauté du spot.IMG_2333

Pendant qu’Ophélie se mouche, je vais faire un tour et tombe sur un gars qui file des crevettes congelées à des espèces de bigorneaux fukushimiesques enfermés dans des casiers. Par des signes, il m’explique que ces derniers serviront d’appât pour pêcher à la ligne des poissons mesurant jusqu’à 70 cm. Grâce à notre guide de conversation, je lui propose de l’accompagner demain matin sur son bateau mais soit il n’a pas compris soit il m’a mis un vent. Mais très poli le vent.

Le lendemain, on va visiter le temple du coin. Il fait beau, on voit la mer, il y a des pèlerins et il neige des pétales de cerisier, c’est parfait. Je ne suis pas très porté sur la religion mais ces temples dégagent vraiment quelque-chose d’apaisant. C’est beaucoup moins flippant qu’un Jésus sur sa croix avec des clous, du sang et une couronne d’épine.IMG_2352

Tiens, j’en profite pour saluer nos tout derniers abonnés à la newsletter : Ainsi parle l’éternel – l’écriture de la sainte bible et Les miracles scientifiques du Coran. Youhou les gars ?! Vous vous êtes perdus sur le web en tapant « sextape + Scarlett Johansson » ou quoi ? Ici on cause vélo et réchaud. Ainsi parle le Fred, la Crevure de ce blog, pets et amour. Mais bon, partez pas tout de suite les gars, z’allez voir des animaux post-jugement dernier et découvrir si les japonais ont vraiment des petites kikounettes.

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Sur le retour, on croise un couple franco-japonnais qui nous invite à boire le café chez eux dans une maison traditionnelle. Philippe et Yu sont tombés amoureux de cet endroit et y ont jeté l’ancre, au propre comme au figuré, depuis 6 ans, rentrant tout de même passer l’été en France.

Ils restaurent des vieilles maisons abandonnées pour en faire des chambres d’hôte mais aussi pour préserver ce beau patrimoine. Les jeunes vont vivre en ville, les vieux finissent par mourir (même si ça prend plus de temps au Japon, pays recordman de l’espérance de vie) et l’État ne fait rien pour préserver les vieilles maisons vides, allant même jusqu’à verser une subvention pour leur destruction. A la place, des maisons modernes sont bâtis, faites pour résister à 2 tremblements de terre, ensuite il faut raser pour reconstruire. Alors que les maisons traditionnelles comme celle dans laquelle nous sirotons un bon café, toutes de bois, sans clous ni vis, résistent depuis plus de 100 ans.IMG_2364

Il est bon ce café, il vient de France. Et les petits chocolats aussi, ils viennent de Saint-Pétersbourg, cadeau d’une voisine qui viendra se joindre à nous.IMG_2372

On retourne à nos pénates, une petite baignade à 15°C en regardant des rapaces tourner dans le ciel et on s’endort au son des vagues.

On file ensuite le long de la côte, au plus prêt de l’océan et de son eau limpide, traversant seulement de petits ports de pêche et passant devant des coins où j’arrête pas de crier à Ophélie  » t’as vu ce spot de bivouac de fou ?! « . J’suis comme un dingue, ça y est, j’adore ce pays.

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On avait contacté un Warmshower il y a une semaine et nous recevons sa réponse en début d’après-midi alors que nous ne sommes plus qu’à 10 km de chez lui, timing parfait. On se pointe, le gars est pas franchement chaleureux, nous dit qu’il a plein de taf avec la récolte des tomates et nous propose de dormir dans son garage tout triste, après avoir sorti sa BMW de parvenu. On veut pas le déranger, ni dormir dans un garage, il aurait dû refuser notre demande. Alors on le remercie et filons sur la plage où un spot de bivouac magnifique nous attend. Une nana d’origine néo-zélandaise sort de son van, nous offre du thé et nous indique où planter la tente. Elle campe là de temps en temps et a bien nettoyé un coin de ses épines tueuses de matelas de camping.IMG_2398

Ophélie va se rincer dans la rivière d’eau douce pendant que je tape une baignade dans la mer. L’eau est encore plus claire qu’en Corse. Mais y’a pas le lonzo ni de figatelle.

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C’est pas grave, je fais chanter le réchaud en préparant un poulet basquaise d’anthologie. Et le warmshower, vraiment pas mauvais bougre, passera nous offrir des tomates et des concombres.

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Putain que c’est bon de bivouaquer à nouveau. Putain que c’est bon quand le soleil réchauffe la tente tôt le matin après une nuit fraîche. Putain que c’est bon de retrouver la routine du cyclo-camping, le vrai de vrai. Y’a moins de confort, ça demande plus d’effort, c’est affreux quand il pleut mais on retrouve ce contact fort avec la nature.IMG_2412

  • 16/04/17 Toyo – Cap de Muroto = 53 km / +370m

Partis sans petit déjeuné, on tombe sur l’endroit parfait au bout de 20 km.IMG_2442

Y’a des douches de plage, des toilettes, une table, on pourrait y passer la journée, y camper, je pourrais m’amuser avec une des planches de surf qui traîne dans un coin pendant qu’Ophélie s’extasie devant mon corps ruisselant. Oui, le Japon est le genre de pays où on peut laisser traîner des planches de surf en bord de plage et où on peut laisser un appareil photo reflex sur un siège de vélo-couché pendant qu’on fait les courses.IMG_2451

On repart et roulons jusqu’au Cap Muroto, étape de rêve.P1120169IMG_2454

La météo annonce une journée complète de pluie pour le lendemain alors on s’organise : plein de bouffe pour 3 jours (on prend une petite marge de sécurité) et installation au camping histoire d’avoir un abris pour manger au sec. On monte donc au camping, tout en haut de la montagne avec un beau 10%. L’endroit est parfait, y’a personne, juste un gars qui passera pour passer un coup de balai et encaisser 8 €.

  • 17/04/17 Pluie et vent, journée au camping

Un point pour la météo, on était content d’être au camping. On passe la journée à bouffer. On refera plus souvent des pancakes et des patates douces.IMG_2475

  • 18/04/17 Muroto – avant Kankoku = 67 km /+300m

Tempête pendant la nuit, le vent hurlait et on l’entendait clairement venir de la mer et remonter entre les arbres avant de secouer violemment la tente. Épreuve du feu réussi pour cette dernière, on en est très content.IMG_2479

Encore une très belle étape avec son lot d’eau bleue et de cerisiers en fleur.

On passe une nuit très calme dans un camping gratuit, en haut d’une belle côte encore, z’ont vachement peur des tsunamis. Un gars nous offre 2 pamplemousses le matin.

Bon anniversaire à mon frère, champion de kite et toujours pas en chaise roulante !

  • 19/04/17 … – après Otoyo = 61 km / +560m

On s’arrache du bord de mer pour aller dans les montagnes et pédaler dans la vallée de l’Iya, l’une des vallées secrètes du pays. Il y en a 3 autres parait-il, mais tellement secrètes que je n’ai rien trouvé sur le net (en cherchant 10 secondes, je l’avoue).

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Sur la route, un jeune en scooter nous arrête pour nous offrir des jus de pamplemousse, spécialité du coin, trop sympa le gars. C’est un cyclo lui aussi, il a roulé 10 jours en Australie avec les gars de Solidream.IMG_2502

On remonte des rivières aux eaux turquoises, le printemps explose de partout, c’est plus que beau.IMG_2516

On se trouve un bivouac sympa en fin de journée, juste au pied de la grande côte qui nous attend pour le lendemain et au bord d’une rivière. On se lave avec les derniers rayons de soleil, l’eau est très froide mais ça fait du bien.IMG_2505

  • 20/04/17 … – Kazurabashi = 47 km / +1070m

Depuis le nord de la Thaïlande qu’on n’avait pas fait une grande ascension ! Plus de 4 mois !

Mais les jambes sont là, la route est belle, très étroite et peu empruntée. Je ne dirais pas que c’est que du plaisir car les portions à plus de 8% se font quand même ressentir. On retrouve ce qui commençait à disparaître en bord de mer : des fleurs aux cerisiers.

On atteint le col à 1133m, notons la présence de panneaux « attention aux ours », enfilons des couches de vêtement et redescendons retrouver un peu de chaleur pour pique-niquer et se faire chauffer un café-giclette.

On rejoint ensuite un petit site touristique. Rien à voir avec la Chine, c’est pas massacré et y’a pas 20 000 personnes. Un simple pont suspendu en liane qui aurait plus de 1000 ans, impressionnant. 5 € pour le traverser, on va se contenter de quelques photos, merci.IMG_2577

On rejoint un camping le long de cette même rivière qui passe sous le pont. La saison commence à peine semble-t’il, on est seul à nouveau. Mais vous allez me dire « pourquoi payer un camping alors que y’a des spots gratos un peu partout ? » => pour la douche chaude => Ophélie me met une grosse pression avec ça, elle a appris la carte des campings par cœur la traîtresse. Elle est plus forte que Michael Scoffield, même pas besoin de se la faire tatouer.IMG_2559

Nuit très froide, on ferme les sacs de couchage.

  • 21/04/17 … – avant Otoyo = 54 km / +425m

Journée dans les gorges presque aussi belles que celles du Tarn.

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petit 12% à froid

Après le pique-nique de midi, on va tester un onsen, le fameux bain japonais, le pays étant truffés de sources d’eaux chaudes. Hommes et femmes séparés.

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la photo de l’année

On sait pas trop comment ça marche, j’entrouvre la porte pour jeter un œil, ok, tout le monde à poil. Je le dis à Ophélie avant qu’elle aille chez les femelles en ajoutant qu’elle n’a pas à s’en faire côté maillot, la mode japonaise a l’air d’être au tablier de forgeron.

A l’intérieur : 2 bains très chauds, 1 bain très froid, sauna et douches avec gel douche, shampoing et après-shampoing. J’observe les gars pour voir comment on procède mais y’a pas d’ordre précis, on va de l’un à l’autre (je parle des bains), en gardant le bain froid après le sauna histoire de bien tester son système cardio-vasculaire. J’observe les gars et – oh putain ! – ils ont… non, je ne peux pas vous le dire, leur vallée à eux doit également rester secrète. Disons juste que je comprend mieux leur attrait pour les bonsaïs.

En sortant, Ophélie confirme que la mode n’est pas au ticket de métro, mais plutôt au bon vieux billet SNCF. Voilà, vous savez tout.

On reprend ensuite les vélo et nos t-shirt sales pour retourner au coin de bivouac de l’avant-veille. C’était marrant, on avait l’impression de rentrer chez nous, d’être à la maison.

  • 22/04/17 … – Tosa = 33 km / +330m

Petite étape, majestueuse une fois de plus. Pas envie de rouler beaucoup aujourd’hui, alors on traîne et nous posons très tôt sur une aire de pique-nique près d’un barrage. Ophélie se fait une séance dans un onsen non loin pendant que je geek sur le netbook, pour mettre à jour ce carnet de bord. Pas de wifi, je tape le texte, sélectionne les photos et tente timidement de corriger les fautes d’orthographe.


 

Ce 22 avril est un jour très spécial : c’est l’ultime étape du voyage de nos compagnons de route Alice & Benoît. La veille, le 21, ils ont claqué 160 km pour être à temps à leur fête d’arrivée et se mettre du munster plein le gosier. 160 km pour du munster… Imaginez un peu ce qu’ils seraient capables de faire pour une raclette.

Bon retour à la vie normale les amis ! Ça fait quoi de porter d’autres habits, de manger assis sur une chaise et sans avoir à pomper une bouteille d’essence au préalable ? Ça fait quoi de ne plus avoir de cales sous les chaussures et de ne plus chercher de fissures sur les vélos ? Ça fait quoi de ne plus avoir à renifler son t-shirt le matin en disant qu’il peut encore faire une ou deux journée de plus ?Benoît s’est enfin rasé (je ne parle pas de la barbe) ? Alice, il était comment le kouign-amann que tu t’es enfilée toute seule en ajoutant une grosse couche de caramel au beurre salé ?

Ce 22 avril, c’est aussi le jour de départ de nos amis Coco et Lolo qui reprennent la route 9 ans après leur grand voyage en Eurasie (celui qu’on fait actuellement). Ils partent rouler sur nos traces et un peu plus en Amérique du Sud, le continent sans visa, les veinards.

Bonne route les amis ! Ça fait quoi d’être habillé en permanence avec du Quechua ? Ça fait quoi de manger à nouveau par terre, en tailleur, comme des merdes ? Ça fait quoi de chialer quand vous voyez une côte se profiler en vous disant « bordel, on aurait dû s’entraîner un peu au lieu de bouffer des galettes ! » ?

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Avec Alice & Benoît, nous avons bâti la légende des 4 Azub 5, un 4 a 5, une belle partie de jambes en l’air. De la survoltée Iran aux sommets du Tadjikistan, nous avons écrit les lignes d’un mythe qui fera long feu. Un feu de bouses de yak…

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…Quelque part sur le haut plateau Tadjik, 4000m d’altitude, non loin de la Pamir Highway.

Un mince filet de fumée s’échappe du sommet de la yourte, la nuit est tombée depuis une heure, les yaks se sont rassemblés, dos au vent. Le silence est totale, à peine troublé par les crépitements du petit poêle au centre qui délivre un peu de chaleur à toute la famille dormant là : les enfants aux joues rougis par l’air vif, la grand-mère et la femme. L’air empeste le gras de mouton et le lait caillé.

Kiçifrott, le chef de famille, tend un verre de vodka à Ssipik, son frère. Ils veillent cette nuit car Azuba, leur plus belle dri (femelle du yak), est sur le point de mettre bas et 4 bras vigoureux ne seront pas de trop pour l’y aider. Ssipik se réjouit déjà de la bonne soupe qu’ils feront avec le placenta.

  • Santé mon frère
  • A la tienne Kiçifrott
  • La saison va être bonne, j’ai vu un aigle parler à un renard aujourd’hui
  • C’est ça, et mon cul chante en latin… tu as encore trop bu. J’ai checké sur google, ils annoncent un temps de chiotte pour les mois à venir
  • Ton smartphone te rend aveugle comme un cailloux et tu ne vois plus les signes ancestraux. Passe-moi la bouteille.
  • Tu as peut-être raison mais j’en peux plus de cette vie si rude. Et j’aimerais voir le monde, comme ces 4 voyageurs sur leurs étranges vélos, tu te souviens ? C’était l’été dernier.
  • Oui, ils étaient très beaux. Comme des Marco Polo.
  • C’est vrai, et ils sentaient pareil.P1090560
  • Les 2 mâles étaient impressionnants de force, je les ai vu rigoler après avoir mis 12 litres d’eau sur leur vélo et grimper le col du lapin féroce, en plein vent ! Y’en a un, le barbu avec les bouclettes, il avait son vélo qui craquait de partout et l’autre, celui avec les jambes en allumette, il courrait comme un con pour prendre en photo les 2 femelles courageuses.DSC_8384
  • C’est où ce col ?
  • C’est celui au nord de Karakol, juste après le ruisseau du bouquetin frileux
  • Hmmm, je croix que tu confonds avec le col des bouses
  • ah oui, c’est exact. Un beau 14% au finish, une horreur ! Et les mecs rigolaient ! Ils ont même pris la pose pour faire des photos bizarres en haut
  • Oui, mon cousin Kaproul les a aussi vu faire des trucs affreux sur une statut de mouflon non loin de la frontière.DSC_8038
  • J’suis sûr qu’ils sont gay
  • C’est quoi « gay » ?
  • M’enfin Kiçifrott, mets-toi à la page mon vieux ! Arrête de regarder les aigles parler aux renard ! Un gay est un homme qui aime un autre homme.
  • Comme toi et moi ?
  • Encore plusIMG_7080
  • Ça ressemble à quoi ?
  • Tiens, regarde sur mon I-Phone. C’est un chanteur connu, il s’appelle Ricky Martin. Un parc porte même son nom à Teheran. Tiens et là, c’est un banquier, il est au second tour de la présidentielle en France.
  • Impossible, les 2 beaux cyclistes n’avaient pas les sourcils épilés, ni le reste d’ailleurs
  • Comment le sais-tu Kiçifrott ?
  • Hein ? Heu… je… enfin…hum…
  • Oh nom d’un putois, t’as encore maté des cyclos en train de chier ?!
  • J’y peux rien, j’peux pas m’en empêcher ! T’aurais vu ces paires de fesses !!!
  • T’es relou avec ça. Tiens, ressert moi un verre et remet une bouse séchée dans le poêle
  • N’empêche qu’ils étaient beaux. Les femelles aussi étaient bonnasses, y’en a une qui toussait tout le temps et l’autre qui courait souvent avec du papier WC à la main.
  • Ah ah, je me rappelle les avoir entendu l’appeler « colonel Moutarde » !IMG_6721

Un ange passe, nos 2 éleveurs sirotent leur vodka en se remémorant ces 4 comètes de l’occident, flottant sur la route, entre ciel et terre. Kiçifrott lâche une caisse monstrueuse.IMG_7001

  • J’aimerais voyager moi aussi, j’ai la force qu’il faut pour le faire
  • Ssipik, mon frère, tes rêves te perdront, ta vie est ici.
  • Mais je voudrais trouver mieux que mon lopin de terre, que mon vieil arbre tordu au milieu ! Trouver mieux que cette douce lumière du soir, près du feu, qui réchauffait mon père et la troupe entière de mes aïeux !
  • Oui oui, je connais la chanson petit frère. Mais sache que si tu pars, ils te manqueront ces murs de poussières. Tu vis dans le plus beau pays du monde
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Tu as vu le ciel aujourd’hui ? Tu as vu les nuages ? Tu as vu les sommets enneigés ? Les torrents et les lacs ? Et la voie lactée, tu as vu comme elle brille ? Tu as vu la fierté de ton peuple ? Tu as vu le sourire des enfants ?
  • Oui et alors ?
  • Alors jamais tu ne verras ça ailleurs

Ssipik se fait pensif, son regard se perd dans la fumée s’échappant du poêle. Il songe qu’on n’a qu’une vie et qu’il y a temps de chose à faire et à voir avant de partir les pieds devant.DSC_8163

Kiçifrott se rapproche de son frère, il n’a plus de vodka à lui offrir alors il pause une main terreuse sur son épaule. D’une voix légèrement pâteuse, l’haleine insupportable, il lui murmure à l’oreille :

  • t’aurais d’autres photos de ce Ricky Martin ?

 

La suite du récit à Shikoku dans quelques jours.

Les Pieds au Japon – premiers pas

 

J 365 à 374 / Shanghai – Osaka – île de Shikoku

  • du 04 au 06/04 Shanghai – Osaka = 48h de bateau + 70 km à vélo
  • du 06 au 11/04 Osaka = chez Emi & Koji
  • 12/04/17 Osaka – Tokushima (Shikoku) = 76 km

 

On part tranquillement de notre hôtel à Shanghai, les sacoches débordant de bouffe. L’excuse est que c’est plus cher au Japon mais la vérité, c’est que ça nous rassure d’avoir plein de cochonneries d’avance. Instinct de survie.

L’embarquement dans le ferry se passe sans accroc, le personnel japonais est aux petits soins et nous donne déjà un aperçu de leur savoir-vivre. Dans la salle d’attente, avant de monter à bord, on voit arriver un couple : dreadlocks, sweat à capuche, piercings et tatouages. Ouais, un peu comme des punks à chien mais sans chien ni 8-6. Donc juste des punks. JD et Hélène, français, anarchistes, saisonniers ayant passé pas mal d’année en camion, passionnants. J’adore ces gens qui n’ont pas hésité à vivre autrement, loin du conformisme et de la normalité, qui sont très épanouis et ont la tête sur les épaules malgré leur apparence, ou plutôt malgré les clichés et les idées reçu à la con liés à leur apparence. On sympathise tout de suite et parlons de nos voyages, ils sont sur la route depuis 18 mois pour un périple de 3 ans au total, ils font du stop, espèrent choper un cargo ou un voilier pour rejoindre les Amériques, essayant d’éviter l’avion au maximum. Hélène trimballe un accordéon et JD une guitare, ils forment le Trop Super Orchestra.

L’ancien groupe de JD s’appelle Un doigt dans ta sœur, j’adhère tout de suite mais ils n’avaient aucune chance de passer chez Drucker ou à la fête de la musique de Senlis (entre les chanteurs grégoriens et la chorale hitlerienne des petits catholiques blonds aux yeux bleus).

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Nous sommes seulement une douzaine de passager sur une capacité de plus de 200, autant que le personnel de bord. Génial, on est comme à la maison avec une cabine de 4 et un mini-salon rien que pour nous 2. JD et Hélène ont celle d’à côté, donc tout s’enchaîne et on se retrouve très vite autour du rosé et des cacahuètes pour fêter nos 1 an de voyage.

La traversée dure 48h mais on serait bien resté le double tellement c’était relax et les matelas confortables. Entre 2 repas et la sieste, on fait des mots fléchés, on bouquine et on mate un chef-d’œuvre de Luc Besson sur la teloche de la réception : Banlieue 13. On peut bien se foutre des films de Jacky Chan après ça mais ça faisait du bien de voir un truc en français.

A l’arrivée, on a le droit à une fouille intégrale des sacoches. Les douaniers japonais sont adorables, ils demandent s’ils peuvent ouvrir ça et regarder là et veulent ensuite ranger eux-même ce qu’ils ont inspecter. L’un d’eux me demande s’il peut me fouiller et n’arrête pas de s’excuser en faisant des courbettes. Il veut voir dans mes chaussures (bonne chance) et me propose des pantoufles en attendant (10 secondes). Et après on papote sur le voyage pendant que JD et Hélène ont le droit a une fouille poussée dans une autre pièce. Forcément, quand tu dis tatouages, dreadlocks et piercing, tu penses cocaïne et marijuana. La guitare passe même au rayon X.

On dit au revoir à nos nouveaux amis et partons pour une grosse mission VISA RUSSE. Ils est 10h30, nous sommes au sud d’Osaka, le consulat est au nord à 32 km, on n’est pas du tout motivé, Ophélie à la morve au nez mais faut déposer le dossier au plus vite.

Rouler dans une grande ville ici n’est pas du tout aussi agréable qu’en Chine : les voies sont plus étroites, il y a plus de voiture et les pistes cyclables, bien que très nombreuses, sont sur de larges trottoirs, donc pas hyper roulantes. Bon, on fait avec, on roule finalement sur la route, mais le truc affreux, c’est les feux rouges : tout les 300 à 500 mètres, on démarre, on stoppe, on démarre, on stoppe… pénible sur un vélo chargé. On a fait le calcul que sur les 67 km parcouru ce jour-là, on s’est tapé pas moins de 150 feux rouges, et 2 ou 3 averses dégueulasses.

Les japonais montrent une patience inébranlable et s’arrêtent à chaque fois, que ça soit au volant d’une voiture, à pied ou à vélo. Nous on feinte un peu en montant sur le trottoir quand le feu est rouge. On se dit que c’est moins grave de griller un feu rouge piéton.

On imagine un automobiliste parisien dans de telles conditions, le gars déjà un peu en permanence sur les nerfs à la base parce que bon, il habite Paris dans un 30m2 à 1000 € par mois dans un quartier de merde qui sent le Big Mac et les pots d’échappement, et qu’il a payé son café 2€ et que le PSG a pris une branlée la veille. Ah non, pardon, cette dernière remarque n’est plus valable depuis quelques années. Donc disons que le gars est pour l’OM.

Bref le mec est dans sa voiture, il écoute Jean-Jacques Bourdin, il est bien vénère et vl’à qu’il est télé-transporté à Osaka et qu’il se tape ces putains de feux rouges tout les 500m pendant 30 km.

Je crois qu’il commence à fredonner Elona Gay au bout de 2 minutes et qu’il ne s’en passera pas 10 avant qu’il pense sérieusement à Elona Gay, YAAAAAA !!!!maxresdefault

Dans tout ça, on découvre quand même un peu le Japon. C’est propre, carré, neuf, c’est plein de petites voitures, c’est calme, organisé, c’est poli, précis, radioactif, moderne et traditionnel à la fois, c’est gentil, plein de cerisiers en fleur, c’est le summum du civisme. A l’heure où je tape ces lignes, ça fait 10 jours qu’on est dans le pays et on a entendu un seul coup de klaxon, un truc tout mignon qui sortait d’un camion nous remerciant de l’avoir laissé passer.

Le Japon ressemble pas mal à l’image qu’on en avait : celles des mangas, Nicky Larsson, Ranma 1/2, Saylor Moon, Olive & Tom, Juliette je t’aime, Jeanne et Serge, Lucie amour et rock’n’roll, Cat’s Eyes…

Merci le Club Dorothée.

Aucune ressemblance avec Ken le survivant en revanche. Quel dommage, moi qui rêvait d’apprendre le secret des points de pression qui font exploser des têtes.

On croise énormément de vélos, ça fait plaisir. Des vélos comme j’aime, utilitaires : pour aller bosser, pour faire les courses et pour emmener les mioches à l’école.

On croise aussi beaucoup de travailleurs : costumes et mines sombres, attaché-case, chaussures propres, bienvenu à Gattaca. On sent les mecs qui vont s’éclater dans des bureaux open-space, sur des chantiers Kaysen, à pondre des nouvelles normes qualité qui feront chier tout le monde en France, à faire des super graphiques et des réunions où faut être très très sérieux et dire oui à son boss.

Les japonais sont consciencieux et donnent de l’importance à chaque gestes, ça se vérifiera partout : du gars qui balaie le trottoir au chauffeur de bus en passant par la caissière du Mc Do (oui, on a craqué une fois, ça ne se reproduira plus. On avait vraiment trop la dalle).

On arrive bien entamé au consulat russe, on a à moitié la crève depuis le train pour Shanghai, sûrement la grippe ferroviaire qui nous avait déjà frappé quand on l’avait pris pour Chengdu . Le consulat, je vais vous le faire en chanson. Alice m’a dit un jour que la chanson du ptit chat était mon tube. Mais je ne veux pas être l’homme d’un tube, je ne veux pas être la Cindy Sanders du voyage à vélo. Donc :

*** Sur l’air de l’agence tout risque ***

Agence-tous-risques_width1024

Le visa ruuuusse, c’est vraiment

un truc relou, mais moins qu’en Iraaan

Les documeeeents, tous payants

Et un planniiing, obligatoirement

Le consulaaaat , comme au KGB

2 m carrééééé, une porte blindée

La secrétaiiiire, le store baissé

Et le consuuuul, l’air très énervé

Les joues tavelées, le costard Aldiii

Il perd patience, face à une Barbie

Des formulaires, elle remplit

Mais elle se gourre, elle a 2 d’QI

Notre tour vieeent, finalement

Et rien ne manque, ouf de soulagement

A dans 5 jours, m’sieur l’consul

Si pas d’visa, j’te jure que j’t’enc…

Les Panardos, c’est vraiment

Trop des bogosses, au pays du levant

C’putain d’visa, ils l’ont eu

Sans avoir eu, à défoncer un c..

Dernier visa, du voyaaaage

Jusqu’au retour, au pays du fromaaage

J’ai ajouté ce dernier couplet pour pas finir sur une note vulgaire (la sodomisation d’un haut fonctionnaire russe)

On quitte le Kremlin pour retourner dans Osaka et on se retape les 32 km d’agglomération pour retourner au sud. Feux rouges, quartiers de luxe, feux rouge, légère averse, feux rouges, ville-ville-ville, feux rouges, quartiers d’habitations, feux rouges. Osaka est la 3eme ville du pays avec 2,6 millions d’habitants, la densité de population est forte, les gens vivent les uns sur les autres comme dans une ruche et seul leur civisme peut en faire un endroit facilement vivable.

On arrive crevé chez notre hôte warmshower, à 10 km du débarcadère du ferry de ce matin, le hasard est taquin. La vache, je sais pas du tout comment on aurait fait sans un GPS ou maps me. C’est sûrement un japonais qui a inventé le GPS, le gars en avait marre de plus retrouver son logement le soir (après 14 petites heures de travail en open-space).IMG_2218

Jolie maison semi-traditionnelle avec un beau jardinet orné de pierres et de pins soigneusement taillés dégageant beaucoup de zénitude. Emi, anglophone, nous accueille avec beaucoup de chaleur et d’enthousiasme avant de nous installer dans une pièce de manga : futons posés sur un tatami, cloisons coulissantes en papier, aucun meuble. On va être super bien !!IMG_2195

Elle et son mari Koji, plein d’humour, ont voyagé pendant 3 ans et demi à vélo autour du monde à la fin des années 90. On regarde les dessins d’Emi, quelques photo de voyage, on papote beaucoup autour d’un thé, puis d’une bière. Emi s’y connait bien en hydratation, on boira 3 fois du vin ensemble. Kanpai !

Ils ont maintenant 2 enfants : Iki et Mikuni, 12 et 9 ans.

Récapitulons : Emi, Koji, Iki et Mikuni. Ouais, on dirait les Teletubbies, c’est trognon.

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Emi accepte qu’on reste 6 nuits chez elle. Pour la remercier (en nous faisant plaisir), on fera plusieurs fois à manger : crumble, mousse au chocolat, crêpes, pan-cake, spaghettis aux boulettes de viande, re-mousse au chocolat. Ça fait un carton à chaque fois. Pour les autres repas, c’est Emi qui nous gâte avec sa cuisine familiale : nouilles sautées, takoyaki, hot pot, riz… tout est bon, évidemment. Quel accueil.

Au bout de quelques jours, d’autres cyclos se joignent à nous : Andreas, suisse ayant côtoyé JD et Hélène à plusieurs reprises, puis Nick, anglais, avec qui on avait mangé un hamburger à Chengdu, il y a 6 mois. Le monde est petit, une fois de plus.

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Osaka est bien placée et nous aurions eu le temps d’aller visiter Kobe et Kyoto à la journée mais on a eu une flemme terrible, Ophélie était enrhumée, moi mal à la gorge et il faisait un temps affreux, du genre à mettre un bonnet, même à l’intérieur car les vrais maisons japonaises ne sont pas chauffées (seulement à la cuisine/salle à manger chez Emi). Alors on s’est roulé dans la sédentarité et les couettes de nos futons, savourant le quotidien d’une famille japonaise. Et les chiottes japonaises aussi, mais ça mérite un article à part.

Ophélie – le 06/04/17 – 13h37 – sortant d’un 7-Eleven :  » Le p’tit jet dans le cul, c’est trop bien ! »

Et puis Kobe, j’en avais beaucoup moins envie depuis que j’ai appris qu’un steak du fameux bœuf coûte entre 50 et 200 $.


LE JAPON, C’EST CHER SA MERE, NON ?

Les prix, parlons-en un peu car le Japon a la réputation d’être un pays extrêmement dispendieux. Pas tant que ça en fait. On fera certainement un petit comparatif mais je dirais que la nourriture est environ 20% à 30% plus cher en général. La viande et le poisson sont moins chers, c’est au niveau des fruits et légumes que ça fait mal, on a déjà vu le kilo de pommes-de-terre plus cher que le poulet, incompréhensible (y’avait des promos sur les patates de Fukushima mais elles sont vertes fluo et font 8 kg chacune). Côté resto, on peut facilement manger le midi pour 4 ou 5€ par personne, moins cher qu’en France mais tout de même bien trop pour un long voyage à vélo. Donc on fait nos emplettes et retrouvons la joie simple de piquer-niquer avec des sandwichs, une salade de soja sauce au sésame, des pommes très finement épluchées et des bonnes grosses plâtrées de pâtes le soir avec parfois du fromage. Du fromage !!!! On trouve même des jus de fruits fait avec des vrais fruits et sans aspartame, c’est génial !

On croisera des petits supermarchés ou des convenient store tout les jours, avec de quoi se faire plaisir côté réchaud, y’a du choix. Les convenient stores (magasin pratique en français, Felix Potin en ardennais) : ils sont partout, ont un ATM, du wifi gratos, une photocopieuse, une imprimante photo, de l’eau bouillante à disposition, des toilettes impeccables, des revues coquines avec des écolières de 30 ans qui montrent leur petite culotte, et de la nourriture évidemment, même si c’est un poil plus cher qu’ailleurs; mais pour des spaghettis, de la sauce tomate, des maquereaux en boîte et du pain de mie, on s’en tape de dépenser 1 € de plus. On les adore, on entre, on remplit le thermos, utilisons les toilettes et ressortons manger sur le parking sans rien acheter la plupart du temps.

L’hôtel ou la guest-house, on oublie tout de suite, comme en France, c’est hors-budget. Pas de problème, le Japon se prête très bien au bivouac et il y a même quelques jolis camping vous verrez.

On oublie aussi le coca du midi et la bière de fin d’étape.

Voilà, vous verrez qu’on va se remettre à voyager comme si on était en France (sans rillettes) ou aux USA (sans coca) finalement, avec un bivouac beaucoup plus facile et toléré.


Retour à Osaka.

Entre 2 repas, on a quand même trouvé le temps d’aller rendre visite au distributeur Azub juste après avoir récupéré nos précieux visa. Il n’y en a que 2 au japon malgré une population de 127 millions, le vélo-couché ne marche pas aussi bien qu’en France. Les cyclos jap préfèrent les randonneuses vintage, je peux comprendre, le style tank soviétique peut rebuter.CIMG1447

Yoshi nous accueille chaleureusement dans sa toute petite boutique : il n’y a qu’un trike Azub, un low-racer Performer , un carton Bacchetta et un hi-racer Challenge. Il nous sert un café et nous pose des questions qu’il avait préparé, c’est trop mignon. Lui-même roule sur un Performer Agenda, le même que le mien (celui pour faire le kéké le dimanche matin, quand il fait beau, sec et pas trop froid). Il nous offre ensuite de très jolies baguettes de Kyoto ornées de nacre. On est un peu gêné de tant de gentillesse alors on lui achète 2 câbles de dérailleurs et une béquille (qui sera impossible à monter… les boules). Je mate un peu le matos, le Shimano coute plus cher qu’en France !! C’est quoi ce bordel ? Mr Shimano est originaire de Sakai, au sud d’Osaka, là où on loge !

Yoshi nous demande si on a faim, quelle question. Il nous emmène dans un resto à Sushi juste à côté, il commande sur un écran tactile et les assiettes arrivent sur un petit tapis roulant entre les tables. On met un peu de wasabi, rien à voir avec la pâte verdâtre dégueulasse qu’on nous sert en France, là y’a un vrai piquant de moutarde très forte.

Ophélie se régale, moi j’aime bien mais j’vois pas trop de différences de goût entre 2 poissons crus. C’est comme un tartare de cheval et un de bœuf, c’est pas flagrant. Par contre, je reconnais bien le goût du gratuit quand Yoshi paie l’addition malgré nos protestations. Le gars vend 30 vélos par ans, mais ça lui suffit pour vivre. Peut-être qu’il fait de la contre-bande de patate ou d’aubergine le soir.

  •  » Hé psssssttt, kekchose cousin-san ? J’ai d’la top qualité, d’la péruvienne en direct des hauts plateaux. T’en veux ? J’ai de la charlotte et de la bindj, tu peux t’faire une purée de ouf mon frère. Tu vas triper comme un batard.
  • Merci honorable dealer-san mais peur j’ai de devenir accroc tel le singe face aux cacahuètes. Aujourd’hui, j’ai croisé 2 gaidjin de la tribu Quechua bavant devant des papates à 5€ le kilo, très peur j’ai eu, de sang injecté les yeux ils avaient. Des grognements le mâle poussait.
  • Du calme Yoda, tu risques rien avec ma came, c’est pas de la mousseline. Merde les keufs !!

*** Sirène de police***

  • Très cher honorable trafiquant de légume, priez vous êtes de vous rendre s’il vous plaît. Veuillez poser cet économe immédiatement. En cas de refus, obligés nous serons d’employer la manière forte. Les gars, préparez Pikachu.
  • Garde la pêche (8€/kg) cousin ! KAMEEEEEE-HAAAAA-MEEEE-HAAAAA !!!!Kamehameha_(Goku)

Le 12 avril, visa en poche, ciel enfin dégagé, nous pouvons quitter Osaka et reprendre la route. Emi et sa famille ont été formidables et on aimerait leur rendre la pareille si un jour ils viennent en France. On leur ferait des plats hors de prix comme de la salade de tomate ou du gratin dauphinois,le tout arrosé du Yamazaki de mon père (whisky japonais).IMG_2241

On se tape 65 km d’agglomération, c’est pas très marrant mais il fait beau, on bronze et ça commence à sentir la campagne sur la fin, après un petit col vent de face sous les cerisiers en fleur.

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On arrive au port à 16h10, un ferry part à 16h25, coup de bol. On réfléchit pas trop, achetons des billets et embarquons pour 2h de traversée vers l’île de Shikoku. On sait qu’on arrivera à la tombée de la nuit mais on est optimiste, « on trouvera un parc et on fera des pâtes au parmesan », voilà notre plan.

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D’habitude, dans les ferry, on met les vélo à l’arrache dans un coin et on les attache nous-même avec nos propres tendeurs. Pas au Japon. Là, on nous dit -gentiment- où les mettre exactement puis 4 gars viennent, mettent des petites cales à chaque roue et sanglent proprement sans rayer le cadre ni écraser le précieux matériel contenu dans nos sacoches (2 bananes, 1 oignons et 3 aubergines).

A bord, c’est confort avec des classiques fauteuils mais aussi un espace tatami pour claquer une sieste et un coin bureau pour les geek. Wifi gratuit à bord. Un couple en kimono nous offre des citrons qui s’avéreront être des mini-pamplemousses très sucrés en fin de compte.

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On débarque à Tokushima, on pensait que ça serait un petit port de pêche avec la campagne à 500m mais pas du tout et on se retrouve à pédaler dans un enchaînement de villes et de zones commerciales à n’en plus finir. Il fait nuit pour de bon, on ne trouve rien.

  • « Dis-donc Fred, ça a l’air bien pourri de voyager à vélo dans ce pays surpeuplé et plein de villes avec du béton partout ?
  • Mais grave !! C’est trop nul, on aurait dû aller en Mongolie ! Qu’est-ce qu’on fout là ?? Et on est bloqué ici jusqu’au 17 juin !! Et les patates sont trop chers !! Et il fait froid !! »

Je suis quelqu’un qui se décourage très très vite.

On finit par trouver un coin pourrave, entre des rizières, des habitations et des routes. On se fait les pâtes et filons dans les sacs de couchage, la T°C chute à 5°C pendant la nuit.IMG_2273

Japon = 127 millions d’habitants pour 378 000 km2

France = 66 millions d’habitants pour 644 000 km2

Heureusement, près de 95% de la population japonaise se concentre dans quelques agglomérations, laissant une large part du pays à la nature, aux oiseaux et aux côtes sauvages.

On vous le montre au prochain épisode, sous le soleil.

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