Du bleu, du vert, la route et des spaghettis – Voyage au pays du bivouac

 

J 401 à 416 / de Oosaki à Hiroshima/ 1060 km

  • 16 étapes consécutives
  • du 10 au 25 mai 2017
  • 8200 m de D+
  • 14 bivouacs – 1 nuit chez l’habitant et 1 camping
  • 1 seule douche chaude
  • Les jambes en miettes
  • 16 jours grandioses

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bivouac \bi.vwak\ masculin

(XVIIe siècle) De l’allemand biwacht (« garde ») dérivé de bewachen ( « garder, monter la garde » ). Le mot est entré en français par l’intermédiaire des mercenaires suisses. Il est adopté par les autres langues européennes lors des guerres napoléoniennes principalement à partir de la forme bivac majoritaire avant le milieu du XIXe siècle.

(Militaire)(Sens étymologique désuet) Garde extraordinaire faite la nuit en plein air.

Être de garde au bivac.

Campement provisoire pour passer la nuit en plein air.

On entendait à six cents pieds plus bas l’agitation, les cris, le murmure du bivouac ennemi. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1868

(Par extension)Lieu de campement.

L’endroit où se trouvait cet homme était admirablement choisi pour une halte de quelques heures. […]. Une source jaillissait à quelques pas du lieu où le chasseur avait établi son bivouac. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)

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Un bivouac est un campement rudimentaire permettant de passer la nuit en pleine nature. Dans les pays développés, le bivouac est le plus souvent pratiqué lors d’activité en plein air, par exemple lors de randonnée pédestre de plusieurs jours (trekking, grande randonnée) mais cette pratique existe depuis l’apparition de l’homo sapiens. Pour de nombreux peuples nomades dans le monde, le bivouac est encore un mode d’hébergement courant. Même si le bivouac nécessite souvent l’usage d’une tente, le fait de dormir sans protection, appelé communément « dormir à la belle étoile » relève aussi du bivouac, tout comme le fait de manger en plein air.

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Panardéfinition

Dodo gratos sous la tente. Se pratique idéalement loin des villes, sur de l’herbe rase, proche d’un point d’eau (robinet, rivière, fontaine à coca, cimentière…) et loin de la route, mais pas trop quand même histoire de pas se coltiner des kilomètres en plus des autres kilomètres. Des chiots jouant autour de la tente est un plus. Ou un bébé cheval.

– Stttttoooooppppp ! Je viens de repérer un bivouac de psychopathe !! On va être au top ! Y’a même un banc ! (Fred – partirlespiedsdevant – 2017)

– Pfffff, encore un bivouac… J’pourrais pas faire de shampoing, mes cheveux sont dégueulasses. Regarde, on dirait que je me suis coiffée avec du beurre ! (Ophélie – partirlespiedsdevant – 2017)

Les grands espaces désertiques et/ou sauvages se prêtent parfaitement au bivouacage de rêve : Patagonie, altiplano bolivien, Lozère,Tadjikistan, le jardin de mes parents, plateau anatolien… Peut devenir très compliqué et désagréable dans les pays à forte densité de population. Une exception : le Japon, 4 fois plus densément peuplé que la France mais paradisiaque pour le gut gut biwacht. En selle !

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Il a encore plus la veille, toute l’après-midi et la nuit, non-stop. C’est comme ça ici, quand il drache, c’est minimum 12h. Alors Goretex ou pas, t’es assuré de pédaler le slip mouillé à un moment ou un autre.

Heureusement, nous avons pu passer l’après-midi au mini-bar du camping sinon ça aurait été la grosse tristesse sous la tente.

Le lendemain, malgré ou à cause des 2,5 jours de repos, les jambes sont atrocement raides et il faudra une bonne trentaine de km pour sentir les premières montées de giclette.

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pause pique-nique

La route est belle et on arrive rapidement à un ferry qui nous emmène sur une péninsule ou l’on dégote rapidement un coin sympa pour la nuit. IMG_3041J’ai une grosse envie de riz en ce moment, je sature un peu des éternels spaghettis. Alors on a acheté un paquet, le plus petit possible, 2 kg. Mais c’est l’échec sur le réchaud, le fond crame et le reste cuit mal. On se retrouve à avaler un espèce de porridge insipide, Ophélie tire une tronche pas possible. Je garde la face en disant «non mais c’est hyper bon pour la santé, y’a pas de gluten» mais je sens qu’on va lutter pour venir à bout de ce truc.

 

On se réveille en observant le lever de soleil, pédalons jusqu’en début d’après-midi entre mer et montagne à travers la péninsule et posons la tente dans un parc idyllique au bord de plage. Baignade et lavage à la gourde avant d’admirer le coucher de soleil. Journée spéciale, il est rare de pouvoir observer un lever et un coucher de soleil le même jour, de la plage, et en se déplaçant à vélo. Doublement spéciale puisque dorénavant, notre route oblique vers le nord avant de filer vers l’ouest dans quelques semaines, vers la maison. Ça y est, on rentre. On est content. Alors on ne gâche pas l’ambiance et c’est donc des spaghettis pour ce soir. Ophélie a fait 10 km de plus pour faire des courses et organiser un super apéro. Elle est prête à tout pour des cacahuètes et une bière.IMG_3064

Le matin, un promeneur vient nous offrir 2 canettes de café, génial ! Le p’tit dej au lit, de mieux en mieux ! La journée commence bien et on enchaîne rapidement les kilomètres jusqu’au pique-nique du midi (à 11h, trop la dalle).IMG_3067 Ensuite la météo part en cacahuète et on se retrouve à pédaler sous une pluie soutenue. Au bout d’une heure, y’a plus grand-chose de sec à part nos pieds, nos sur-chaussettes Goretex sont vraiment efficaces, on devrait renommer le blog partir les pieds devant et secs. D’habitude, mon moral s’écroule totalement sous la pluie mais là je suis bien, j’ai mon plan en tête : on va faire les courses, trouver un bivouac près d’un abris, changer de slip, faire des spaghettis et demain le soleil séchera nos affaires. Ouais j’suis bien, c’est pas la fin du monde dans ma tête pour une fois.

Mais on n’aura pas besoin d’être des héros aujourd’hui car une jeune femme arrête sa voiture, en sort et vient à notre rencontre sous une pluie battante. «Do you want to come in my home ?». Je lève mes 2 pouces dans leurs mouffles étanches ridicules «Of course ! We follow you !». Quelques kilomètres et nous voilà donc chez Risa au moment ou un déluge s’abat pour de bon, si fort qu’il y aura un éboulement au fond du jardin, les tanks ont eu chaud.IMG_3107

On fait connaissance avec son mari Kenji. Je lui dit que c’est le nom d’un chanteur connu en France, un gars qui a gagné un concours grâce à sa belle gueule et un soupçon de talent mais qui fait de la merde, au fond. Toute ressemblance avec un nouveau président français serait fortuite.IMG_3087

Bref on lui chante GIIITAAAAANOOOO et Kenji nous apprend qu’il adore les Gipsy Kings. Les Gipsy Kings ! Le mec connaît les Gipsy Kings ! Si avant le départ on m’avait dit qu’on chanterait Djobi Djoba au sud du Japon, j’aurais répondu «lol, et pourquoi pas Trump président ! ah ah ah !». Déjà qu’on prévoyait pas d’aller au Japon, alors y chanter Djobi Djoba et Bamboleo…

Risa et Kenji font pousser du raisin – c’est leur gagne-pain – et pratiquent le surf. Ils aiment la campagne, la nature et avoir du temps libre. C’est pas des vrais japonais en fait. Risa a 45 ans, elle en parait 12 de moins.

Elle nous sert un banana-cake à tomber par terre et un gâteau au chocolat et avocat, grosse grosse tuerie ce truc, ça donne une consistance crémeuse et les saveurs se marient parfaitement, comme des rillettes avec du camembert (si si je vous assure, c’est génial). On crevait la dalle y’a 20 minutes sur nos vélos sous la pluie, et là on se régale bien au chaud avec des gens adorables. Y’a même des chats qui viennent ronronner sur nos cuisses, ça fait sécher les slips plus vite, j’adore.

On passe donc toute l’après-midi sur les tatamis, Risa pratique son anglais, Kenji nous sert du Shochu et nous on le boit en parlant voyage. On n’a pas tellement d’autre sujet ces derniers temps mais c’est toujours passionnant.

Risa s’éclipse ensuite en cuisine et nous prépare un festin, elle a vite remarqué qu’on est bon client et elle adore cuisiner. Elle essaye de manger bio au maximum mais c’est très difficile au Japon, à moins d’avoir son potager. Le bio est très peu diffusé et coûte affreusement cher. On a vu des pots de miel à 60 euros les 500 grammes.

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On passe une soirée génial mais on est claqué et on s’écroule à 21h, Ophélie dans un lit, moi sur un futon. M’en fout, j’aime bien et le Shochu rend le sommeil très lourd.P1120236

Pour le petit dej, Risa nous demande quelle cuisson on préfère pour les œufs au plat. On répond le jaune bien coulant histoire de faire saucette avec le pain fait maison encore tout chaud.IMG_3089

Ils nous emmène alors voir leur spot de surf et une petite île qu’ils appellent leur Mont St Michel.

Avant de partir, Risa nous fait goûter un sorte de dessert à base de riz très gluant mélangé à de la cendre de bois puis elle nous offre des petites pâtisseries et des boulettes de riz pour la route. C’est pas encore aujourd’hui qu’on crèvera de faim.

On repart ému mais le ciel est a nouveau dégagé et la route nous appelle. Les étapes qui suivent sont les plus belles de notre séjour au Japon : petites routes calmes dans des fjords, plages sauvages, végétation abondante et générosité débordante.

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Après une courte traversée dans un bac, on achète des fruits dans une épicerie, y’a des patates nouvelles à moins de 2 euros le kg !! Le gars nous offre 3 pamplemousses et 2 oranges. On fait un pique-nique juste après au bord d’un terrain de croquet, une activité très populaire chez les seniors. C’est un peu le golf du pauvre et ça peut se pratiquer sans problème avec des hanches en plastique, un glaucome et des rotules en titane. Une mamie nous offre des bonbons, 2 chacun, les mêmes, pour pas qu’on se bagarre ensuite.IMG_3139

On remonte sur les vélo et passons devant 2 églises catholiques dans des petits village de pêcheurs. C’est les portugais qui les ont construit, ceux-là ils peuvent pas s’empêcher de faire un peu de maçonnerie des qu’ils débarquent quelque-part.

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Quelques kilomètres plus loin, alors qu’il est encore tôt et que le compteur n’affiche que 51 km, on tombe sur un spot de bivouac de PSYCHOPATHE : pelouse face à une plage déserte et des îles, sanitaires avec toilettes, douches (froides, faut pas rêver) et prises électriques.IMG_3167

Le top du top, on décide tout de suite de monter la tente. On vit vraiment des moments fantastiques sur cette île de Kyushu et la suite le confirme car on enchaîne 3 étapes similaires avec à chaque fois un bivouac en bord de mer ou dans des parcs et des offrandes quotidiennes: ici une dame qui nous amène en courant des boules de riz toutes chaudes au p’tit dejeuner, là un gars qui nous tend un sac contenant 2 bon kg de nèfles, un fruit qu’on avait goûté pour la première fois en Turquie, il y a 1 an.

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On quitte alors la côte pour les montagnes, à l’assaut du mont Aso, mais sans lasso.  On se fait une étape de warrior avec un long passage sur du 8% et un flux continue de voitures et camions, un tremblement de terre ayant provisoirement fermé un tunnel sur l’axe principal. On franchit la caldeira (vaste dépression causée par un volcan, comme un très grand cirque) et arrivons crevés dans la ville avec un plan en tête : faire des courses pour 2 jours, se poser dans un camping à 2 km, qu’on espère aussi beau que pas cher, et monter le lendemain au volcan du mont Aso en stop histoire de reposer les jambes.P1120257

A part pour les courses, c’est l’échec, liste à puce :

  • Le camping est en fait à 6 km, dans la montagne. Mais c’est du 3%, c’est presque reposant et c’est très très beau
  • Il coûte un bras : 15 euros et même pas de douches. Il est vide, c’est juste un sorte de pré avec des chiottes alors on demande une réduction. Le gars veut rien savoir, c’est un camping publique, il nous conseille de redescendre dans la ville pour camper gratos sur l’aire de repos. Gros sens du commerce.
  • On fait le plein d’eau et on se casse, un peu vénèreIMG_3271

Et c’est dans ses moments que la magie du voyage à vélo opère. On reprend la route pendant 1 km, ouvrons une barrière, descendons un peu et BAM : bivouac de fou avec un bébé cheval et une lumière magique.

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100 fois mieux que n’importe quel camping, même Ophélie en convient malgré l’impossibilité de faire un shampoing. On s’endort avec un silence total et nous réveillons en compagnie des vaches et de la brume se levant au fond de la caldeira.IMG_3283

C’est donc logiquement qu’on se fait le mont Aso à vélo, la route est splendide et porte par endroits les stigmates de séismes. IMG_3296L’accès au cratère est malheureusement interdit à cause des gaz toxiques mais on est hyper content d’y être monté, l’odeur de souffre nous a replongé dans nos souvenirs du Yellowstone et les paysages dans un mélange de pozzis corses et du Crater Lake.

On redescend par la même route, traversons la plaine de la caldeira et grimpons pour franchir ses murailles à nouveau. Bivouac dans un parc, Ophélie se lave les cheveux au robinet, tout va bien.

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Retour sur la côte le lendemain, on quitte le paradis de Kyushu à bord d’un petit ferry pour rejoindre le nord de Shikoku, non moins paradisiaque comme vous verrez. Du bateau, on repère un coin de bivouac sur une plage et le rejoignons illico après le débarquement. Baignade revigorante et douche à la poche à eau sous les derniers rayons du soleil. On rencontre un japonais voyageant à vélo en mode bikepaking : engin de 9 kg et seulement 3 ou 4 kg de matos. Le mec enchaîne des étapes de 160 km mais doit se réfugier à l’hôtel dès que le temps se gâte ou qu’il fait froid. Et pas de patates sautées le soir au bivouac; c’est un choix, j’aimerais bien essayer un jour (le bikepaking, pas les patates sautées, ça je connais bien).


  • Ophélie – 16h33 : «Elle est trop moche ta barbe
  • Fred : bah ça va bien avec le reste, non ?
  • C’est pas faux
  • J’vais me raser
  • Faudra que t’ailles chez le coiffeur aussi, c’est horrible
  • J’ai pas le temps »

 

Les jambes sont lourdes le lendemain et ça monte méchamment, j’en peux plus de grimper aujourd’hui et j’ai envie de balancer le vélo du haut de la falaise, ça n’arrive pas souvent, c’était au Tadjikistan la dernière fois. Ça fait marrer Ophélie-la-sans-pitié «ah tu vois ce que ça fait !!». C’est le mec d’hier qui a dû démoraliser mes guibolles avec son vélo ultra-léger. Ça ira bien mieux ensuite après un bon coca, ce truc est magique et on finit l’étape sur les chapeaux de roue avec 93 km au compteur et un nouveau bivouac balnéaire entre 2 palmiers, dans la ville d’Iyo. Un marcheur nous a offert 2 oranges, les bonnes, sans pépins, les chers, celles qu’on n’achète jamais (à cause du grand retour du budget Coca).

Le coucher de soleil embrase le ciel ce soir. Spaghettis aux tomates concassées. On a refilé le sac de riz à Risa, elle en fera un meilleur usage.

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Enfin une étape plate le lendemain, on récupère et faisons un stop à Matasayama chez un réparateur de scooter, j’ai pilé quand j’ai vu sa panoplie d’outils accrochés au mur. Le guidon d’Ophélie s’est desserré et la vis est complètement grippé, j’avais tout tenté déjà avec mes petits outils. Je démonte le guidon et avec mon nouveau pote mécano, nous arrosons de dégrippant, bloquons dans un étaux, puis dans un autre encore plus gros et utilisons sa plus grosse clef à cliquet pour en venir à bout, à 4 mains. Ça nous prend 30 bonnes minutes et on arrive à tout sortir sans dommages. Un coup de brosse métallique pour enlever la corrosion, un tartinage à la graisse épaisse et je remonte le tout proprement. Aaaah que c’est bon une bonne petite réparation comme ça ! Évidemment, le gars refuse qu’on le paye alors on fait une photo et le voilà sur le wall of fame des Panardos.IMG_3385

On repart pour Imbari, le départ de la Shimanami Kaido, une piste cyclable très célèbre dans le pays, entre Shikoku et Honshu, d’îles en îles, de ponts en ponts, 70 km entre ciel et terre, ou entre selle et terre comme dirait Claude Marthaler. Paysages de cartes postales sur la route, et un paquet de cormorrans.

On s’arrête juste avant pour camper, dans un parc en bord de plage. Herbe tondue, toilettes, robinet et banc devant la tente, gratuit. Spaghettis sauce tomate et fromage râpé. Il coûte une blinde ce fromage mais ça change tout.IMG_3417


La Shimanami Kaido

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Ça se passe de commentaires, les photos parlent d’elles-même.

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Pour la première fois, on croise beaucoup de touristes occidentaux. Jusqu’à maintenant, c’était pas plus de 1 ou 2 par semaine, ce qui nous faisait bénéficier d’une bonne petite discrimination positive. Ils louent des vélos et roulent à la journée sur une partie de cette piste fabuleuse.IMG_3472

Nous on avait prévu de se la faire tranquillement en 2 jours mais les choses ont fait qu’on a pratiquement tout claqué d’un coup et on campe le soir non loin du dernier pont. Ophélie râle un peu car on a rien trouvé de potable en bord de mer mais le spot est plus que correct et on serait comme des dingues si on trouvait ça en France. Herbe, robinet pour la douche à la gourde, banc, vue sur la baie et le petit plus de ce soir : une belle horloge Seiko, summum de la précision. Spaghettis natures et omelette au menu.IMG_3463

Le lendemain, nous voilà donc sur Honshu, la grande île au centre du pays (Osaka, Tokyo, Nagano, Fukushima, Kobe, Kyoto…). C’est toujours jolie et agréable mais un poil moins marrant car les villes sont plus présentes sur cette côte et le trafic plus important. On trouve tout de même un bon bivouac dans un parc en bord de mer et y passons toute l’après-midi. Un vieux monsieur vient nous parler et prend plein de photos, on se prête au jeu, on prend la pose.  Devant les vélos, voilà, avec la mer derrière, un peu plus à gauche, souriez, voilà ! Ophélie a un peu peur mais il n’ira pas jusqu’à nous demander d’être des tigresses et de faire l’amour à l’objectif. Et puis ils nous filent du thé et des fruits, moi pour ça j’veux bien poser à poil, y’a pas de soucis.

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Réveil sous la pluie, on l’accepte après toutes ces journées de beau temps. Ça tombe pas trop fort et nos scaphandres font leur job pour une fois. IMG_3495On quitte la côte et allons sur les îles au sud d’Hiroshima afin d’arriver dans cette ville tristement célèbre par la mer, ce qui nous évitera des joyeux moments de pédalage urbains et quelques douzaines de feux rouges. Mais ça sera pour le lendemain, la pluie n’invite pas à faire une grosse étape et on se pose dans un camping payant après 60 km. On est dégoûté de payer alors qu’il n’y a même pas de douche mais on a pas trop le choix cette fois et on a au moins un abris pour manger au sec (des spaghettis mais je crois que c’est plus la peine de préciser).

On va se regarder un p’tit film au chaud, je vais gonfler les matelas sous la tente, je plie les genoux, je bascule légèrement en arrière, je m’assoie.

Crac.

Et meeeeeerde !!!

Côtes sauvages et vallées secrètes – Shikoku sur des VC

 

J 375 à 389 /de Tokushima à Seiyo / Île de Shikoku

  • du 13/04 au 28/04/17
  • 16 jours / 13 étapes
  • 782 km
  • 6660 m de D+
  • 3 jours de repos dont 2 à cause de la pluie
  • toutes les nuits sous la tente, retour aux sources !!

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Il fait jour à 5h et on émerge vers 6h30 sous un beau ciel bleu. La tente est trempée et on la plie telle quelle comme d’habitude, elle séchera le soir ou bien la technicienne de surface attitrée passera un coup de torchon sous l’œil vigilant du responsable qualité. On est au Japon bordel, ON NE PLAISANTE PAS AVEC LA QUALITE !

On quitte rapidement le milieu urbain -enfin ! – pour attaquer des routes bien plus calmes dans la verdure et le chant des oiseaux. Ophélie aperçoit même des singes à face rougeâtres, probablement des babouins, ou alors peut-être des scouts.

En milieu d’après-midi, on descend sur la côte et ça devient très jolie, et même plus que ça puisque ça fait disparaître d’un coup mes sombres pensées (fait chier la ville / Mongolie / me barrer de là / Mongolie / chatons écorchés vifs).IMG_2283

Grâce à une carte trouvée sur le net et répertoriant des spots de camping, on prend alors une petite route côtière menant à une anse et un petit port. Plus paisible que ça, c’est pas possible et on décide tout de suite de rester 2 nuits dans ce petit coin de paradis (à 2 km d’une épicerie, restons pragmatique tout de même).

Le camping est désert et consiste uniquement en un beau plan d’herbe rase et un bâtiment pour les sanitaires à 10m de la mer. Personne en vue, peut-être que la saison n’a pas commencé, peut-être que ça va être gratos, YEEESSS !! Mais une mamie en scooter viendra le lendemain matin, 8 € la nuit, ça va vu la beauté du spot.IMG_2333

Pendant qu’Ophélie se mouche, je vais faire un tour et tombe sur un gars qui file des crevettes congelées à des espèces de bigorneaux fukushimiesques enfermés dans des casiers. Par des signes, il m’explique que ces derniers serviront d’appât pour pêcher à la ligne des poissons mesurant jusqu’à 70 cm. Grâce à notre guide de conversation, je lui propose de l’accompagner demain matin sur son bateau mais soit il n’a pas compris soit il m’a mis un vent. Mais très poli le vent.

Le lendemain, on va visiter le temple du coin. Il fait beau, on voit la mer, il y a des pèlerins et il neige des pétales de cerisier, c’est parfait. Je ne suis pas très porté sur la religion mais ces temples dégagent vraiment quelque-chose d’apaisant. C’est beaucoup moins flippant qu’un Jésus sur sa croix avec des clous, du sang et une couronne d’épine.IMG_2352

Tiens, j’en profite pour saluer nos tout derniers abonnés à la newsletter : Ainsi parle l’éternel – l’écriture de la sainte bible et Les miracles scientifiques du Coran. Youhou les gars ?! Vous vous êtes perdus sur le web en tapant « sextape + Scarlett Johansson » ou quoi ? Ici on cause vélo et réchaud. Ainsi parle le Fred, la Crevure de ce blog, pets et amour. Mais bon, partez pas tout de suite les gars, z’allez voir des animaux post-jugement dernier et découvrir si les japonais ont vraiment des petites kikounettes.

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Sur le retour, on croise un couple franco-japonnais qui nous invite à boire le café chez eux dans une maison traditionnelle. Philippe et Yu sont tombés amoureux de cet endroit et y ont jeté l’ancre, au propre comme au figuré, depuis 6 ans, rentrant tout de même passer l’été en France.

Ils restaurent des vieilles maisons abandonnées pour en faire des chambres d’hôte mais aussi pour préserver ce beau patrimoine. Les jeunes vont vivre en ville, les vieux finissent par mourir (même si ça prend plus de temps au Japon, pays recordman de l’espérance de vie) et l’État ne fait rien pour préserver les vieilles maisons vides, allant même jusqu’à verser une subvention pour leur destruction. A la place, des maisons modernes sont bâtis, faites pour résister à 2 tremblements de terre, ensuite il faut raser pour reconstruire. Alors que les maisons traditionnelles comme celle dans laquelle nous sirotons un bon café, toutes de bois, sans clous ni vis, résistent depuis plus de 100 ans.IMG_2364

Il est bon ce café, il vient de France. Et les petits chocolats aussi, ils viennent de Saint-Pétersbourg, cadeau d’une voisine qui viendra se joindre à nous.IMG_2372

On retourne à nos pénates, une petite baignade à 15°C en regardant des rapaces tourner dans le ciel et on s’endort au son des vagues.

On file ensuite le long de la côte, au plus prêt de l’océan et de son eau limpide, traversant seulement de petits ports de pêche et passant devant des coins où j’arrête pas de crier à Ophélie  » t’as vu ce spot de bivouac de fou ?! « . J’suis comme un dingue, ça y est, j’adore ce pays.

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On avait contacté un Warmshower il y a une semaine et nous recevons sa réponse en début d’après-midi alors que nous ne sommes plus qu’à 10 km de chez lui, timing parfait. On se pointe, le gars est pas franchement chaleureux, nous dit qu’il a plein de taf avec la récolte des tomates et nous propose de dormir dans son garage tout triste, après avoir sorti sa BMW de parvenu. On veut pas le déranger, ni dormir dans un garage, il aurait dû refuser notre demande. Alors on le remercie et filons sur la plage où un spot de bivouac magnifique nous attend. Une nana d’origine néo-zélandaise sort de son van, nous offre du thé et nous indique où planter la tente. Elle campe là de temps en temps et a bien nettoyé un coin de ses épines tueuses de matelas de camping.IMG_2398

Ophélie va se rincer dans la rivière d’eau douce pendant que je tape une baignade dans la mer. L’eau est encore plus claire qu’en Corse. Mais y’a pas le lonzo ni de figatelle.

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C’est pas grave, je fais chanter le réchaud en préparant un poulet basquaise d’anthologie. Et le warmshower, vraiment pas mauvais bougre, passera nous offrir des tomates et des concombres.

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Putain que c’est bon de bivouaquer à nouveau. Putain que c’est bon quand le soleil réchauffe la tente tôt le matin après une nuit fraîche. Putain que c’est bon de retrouver la routine du cyclo-camping, le vrai de vrai. Y’a moins de confort, ça demande plus d’effort, c’est affreux quand il pleut mais on retrouve ce contact fort avec la nature.IMG_2412

  • 16/04/17 Toyo – Cap de Muroto = 53 km / +370m

Partis sans petit déjeuné, on tombe sur l’endroit parfait au bout de 20 km.IMG_2442

Y’a des douches de plage, des toilettes, une table, on pourrait y passer la journée, y camper, je pourrais m’amuser avec une des planches de surf qui traîne dans un coin pendant qu’Ophélie s’extasie devant mon corps ruisselant. Oui, le Japon est le genre de pays où on peut laisser traîner des planches de surf en bord de plage et où on peut laisser un appareil photo reflex sur un siège de vélo-couché pendant qu’on fait les courses.IMG_2451

On repart et roulons jusqu’au Cap Muroto, étape de rêve.P1120169IMG_2454

La météo annonce une journée complète de pluie pour le lendemain alors on s’organise : plein de bouffe pour 3 jours (on prend une petite marge de sécurité) et installation au camping histoire d’avoir un abris pour manger au sec. On monte donc au camping, tout en haut de la montagne avec un beau 10%. L’endroit est parfait, y’a personne, juste un gars qui passera pour passer un coup de balai et encaisser 8 €.

  • 17/04/17 Pluie et vent, journée au camping

Un point pour la météo, on était content d’être au camping. On passe la journée à bouffer. On refera plus souvent des pancakes et des patates douces.IMG_2475

  • 18/04/17 Muroto – avant Kankoku = 67 km /+300m

Tempête pendant la nuit, le vent hurlait et on l’entendait clairement venir de la mer et remonter entre les arbres avant de secouer violemment la tente. Épreuve du feu réussi pour cette dernière, on en est très content.IMG_2479

Encore une très belle étape avec son lot d’eau bleue et de cerisiers en fleur.

On passe une nuit très calme dans un camping gratuit, en haut d’une belle côte encore, z’ont vachement peur des tsunamis. Un gars nous offre 2 pamplemousses le matin.

Bon anniversaire à mon frère, champion de kite et toujours pas en chaise roulante !

  • 19/04/17 … – après Otoyo = 61 km / +560m

On s’arrache du bord de mer pour aller dans les montagnes et pédaler dans la vallée de l’Iya, l’une des vallées secrètes du pays. Il y en a 3 autres parait-il, mais tellement secrètes que je n’ai rien trouvé sur le net (en cherchant 10 secondes, je l’avoue).

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Sur la route, un jeune en scooter nous arrête pour nous offrir des jus de pamplemousse, spécialité du coin, trop sympa le gars. C’est un cyclo lui aussi, il a roulé 10 jours en Australie avec les gars de Solidream.IMG_2502

On remonte des rivières aux eaux turquoises, le printemps explose de partout, c’est plus que beau.IMG_2516

On se trouve un bivouac sympa en fin de journée, juste au pied de la grande côte qui nous attend pour le lendemain et au bord d’une rivière. On se lave avec les derniers rayons de soleil, l’eau est très froide mais ça fait du bien.IMG_2505

  • 20/04/17 … – Kazurabashi = 47 km / +1070m

Depuis le nord de la Thaïlande qu’on n’avait pas fait une grande ascension ! Plus de 4 mois !

Mais les jambes sont là, la route est belle, très étroite et peu empruntée. Je ne dirais pas que c’est que du plaisir car les portions à plus de 8% se font quand même ressentir. On retrouve ce qui commençait à disparaître en bord de mer : des fleurs aux cerisiers.

On atteint le col à 1133m, notons la présence de panneaux « attention aux ours », enfilons des couches de vêtement et redescendons retrouver un peu de chaleur pour pique-niquer et se faire chauffer un café-giclette.

On rejoint ensuite un petit site touristique. Rien à voir avec la Chine, c’est pas massacré et y’a pas 20 000 personnes. Un simple pont suspendu en liane qui aurait plus de 1000 ans, impressionnant. 5 € pour le traverser, on va se contenter de quelques photos, merci.IMG_2577

On rejoint un camping le long de cette même rivière qui passe sous le pont. La saison commence à peine semble-t’il, on est seul à nouveau. Mais vous allez me dire « pourquoi payer un camping alors que y’a des spots gratos un peu partout ? » => pour la douche chaude => Ophélie me met une grosse pression avec ça, elle a appris la carte des campings par cœur la traîtresse. Elle est plus forte que Michael Scoffield, même pas besoin de se la faire tatouer.IMG_2559

Nuit très froide, on ferme les sacs de couchage.

  • 21/04/17 … – avant Otoyo = 54 km / +425m

Journée dans les gorges presque aussi belles que celles du Tarn.

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petit 12% à froid

Après le pique-nique de midi, on va tester un onsen, le fameux bain japonais, le pays étant truffés de sources d’eaux chaudes. Hommes et femmes séparés.

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la photo de l’année

On sait pas trop comment ça marche, j’entrouvre la porte pour jeter un œil, ok, tout le monde à poil. Je le dis à Ophélie avant qu’elle aille chez les femelles en ajoutant qu’elle n’a pas à s’en faire côté maillot, la mode japonaise a l’air d’être au tablier de forgeron.

A l’intérieur : 2 bains très chauds, 1 bain très froid, sauna et douches avec gel douche, shampoing et après-shampoing. J’observe les gars pour voir comment on procède mais y’a pas d’ordre précis, on va de l’un à l’autre (je parle des bains), en gardant le bain froid après le sauna histoire de bien tester son système cardio-vasculaire. J’observe les gars et – oh putain ! – ils ont… non, je ne peux pas vous le dire, leur vallée à eux doit également rester secrète. Disons juste que je comprend mieux leur attrait pour les bonsaïs.

En sortant, Ophélie confirme que la mode n’est pas au ticket de métro, mais plutôt au bon vieux billet SNCF. Voilà, vous savez tout.

On reprend ensuite les vélo et nos t-shirt sales pour retourner au coin de bivouac de l’avant-veille. C’était marrant, on avait l’impression de rentrer chez nous, d’être à la maison.

  • 22/04/17 … – Tosa = 33 km / +330m

Petite étape, majestueuse une fois de plus. Pas envie de rouler beaucoup aujourd’hui, alors on traîne et nous posons très tôt sur une aire de pique-nique près d’un barrage. Ophélie se fait une séance dans un onsen non loin pendant que je geek sur le netbook, pour mettre à jour ce carnet de bord. Pas de wifi, je tape le texte, sélectionne les photos et tente timidement de corriger les fautes d’orthographe.


 

Ce 22 avril est un jour très spécial : c’est l’ultime étape du voyage de nos compagnons de route Alice & Benoît. La veille, le 21, ils ont claqué 160 km pour être à temps à leur fête d’arrivée et se mettre du munster plein le gosier. 160 km pour du munster… Imaginez un peu ce qu’ils seraient capables de faire pour une raclette.

Bon retour à la vie normale les amis ! Ça fait quoi de porter d’autres habits, de manger assis sur une chaise et sans avoir à pomper une bouteille d’essence au préalable ? Ça fait quoi de ne plus avoir de cales sous les chaussures et de ne plus chercher de fissures sur les vélos ? Ça fait quoi de ne plus avoir à renifler son t-shirt le matin en disant qu’il peut encore faire une ou deux journée de plus ?Benoît s’est enfin rasé (je ne parle pas de la barbe) ? Alice, il était comment le kouign-amann que tu t’es enfilée toute seule en ajoutant une grosse couche de caramel au beurre salé ?

Ce 22 avril, c’est aussi le jour de départ de nos amis Coco et Lolo qui reprennent la route 9 ans après leur grand voyage en Eurasie (celui qu’on fait actuellement). Ils partent rouler sur nos traces et un peu plus en Amérique du Sud, le continent sans visa, les veinards.

Bonne route les amis ! Ça fait quoi d’être habillé en permanence avec du Quechua ? Ça fait quoi de manger à nouveau par terre, en tailleur, comme des merdes ? Ça fait quoi de chialer quand vous voyez une côte se profiler en vous disant « bordel, on aurait dû s’entraîner un peu au lieu de bouffer des galettes ! » ?

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Avec Alice & Benoît, nous avons bâti la légende des 4 Azub 5, un 4 a 5, une belle partie de jambes en l’air. De la survoltée Iran aux sommets du Tadjikistan, nous avons écrit les lignes d’un mythe qui fera long feu. Un feu de bouses de yak…

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…Quelque part sur le haut plateau Tadjik, 4000m d’altitude, non loin de la Pamir Highway.

Un mince filet de fumée s’échappe du sommet de la yourte, la nuit est tombée depuis une heure, les yaks se sont rassemblés, dos au vent. Le silence est totale, à peine troublé par les crépitements du petit poêle au centre qui délivre un peu de chaleur à toute la famille dormant là : les enfants aux joues rougis par l’air vif, la grand-mère et la femme. L’air empeste le gras de mouton et le lait caillé.

Kiçifrott, le chef de famille, tend un verre de vodka à Ssipik, son frère. Ils veillent cette nuit car Azuba, leur plus belle dri (femelle du yak), est sur le point de mettre bas et 4 bras vigoureux ne seront pas de trop pour l’y aider. Ssipik se réjouit déjà de la bonne soupe qu’ils feront avec le placenta.

  • Santé mon frère
  • A la tienne Kiçifrott
  • La saison va être bonne, j’ai vu un aigle parler à un renard aujourd’hui
  • C’est ça, et mon cul chante en latin… tu as encore trop bu. J’ai checké sur google, ils annoncent un temps de chiotte pour les mois à venir
  • Ton smartphone te rend aveugle comme un cailloux et tu ne vois plus les signes ancestraux. Passe-moi la bouteille.
  • Tu as peut-être raison mais j’en peux plus de cette vie si rude. Et j’aimerais voir le monde, comme ces 4 voyageurs sur leurs étranges vélos, tu te souviens ? C’était l’été dernier.
  • Oui, ils étaient très beaux. Comme des Marco Polo.
  • C’est vrai, et ils sentaient pareil.P1090560
  • Les 2 mâles étaient impressionnants de force, je les ai vu rigoler après avoir mis 12 litres d’eau sur leur vélo et grimper le col du lapin féroce, en plein vent ! Y’en a un, le barbu avec les bouclettes, il avait son vélo qui craquait de partout et l’autre, celui avec les jambes en allumette, il courrait comme un con pour prendre en photo les 2 femelles courageuses.DSC_8384
  • C’est où ce col ?
  • C’est celui au nord de Karakol, juste après le ruisseau du bouquetin frileux
  • Hmmm, je croix que tu confonds avec le col des bouses
  • ah oui, c’est exact. Un beau 14% au finish, une horreur ! Et les mecs rigolaient ! Ils ont même pris la pose pour faire des photos bizarres en haut
  • Oui, mon cousin Kaproul les a aussi vu faire des trucs affreux sur une statut de mouflon non loin de la frontière.DSC_8038
  • J’suis sûr qu’ils sont gay
  • C’est quoi « gay » ?
  • M’enfin Kiçifrott, mets-toi à la page mon vieux ! Arrête de regarder les aigles parler aux renard ! Un gay est un homme qui aime un autre homme.
  • Comme toi et moi ?
  • Encore plusIMG_7080
  • Ça ressemble à quoi ?
  • Tiens, regarde sur mon I-Phone. C’est un chanteur connu, il s’appelle Ricky Martin. Un parc porte même son nom à Teheran. Tiens et là, c’est un banquier, il est au second tour de la présidentielle en France.
  • Impossible, les 2 beaux cyclistes n’avaient pas les sourcils épilés, ni le reste d’ailleurs
  • Comment le sais-tu Kiçifrott ?
  • Hein ? Heu… je… enfin…hum…
  • Oh nom d’un putois, t’as encore maté des cyclos en train de chier ?!
  • J’y peux rien, j’peux pas m’en empêcher ! T’aurais vu ces paires de fesses !!!
  • T’es relou avec ça. Tiens, ressert moi un verre et remet une bouse séchée dans le poêle
  • N’empêche qu’ils étaient beaux. Les femelles aussi étaient bonnasses, y’en a une qui toussait tout le temps et l’autre qui courait souvent avec du papier WC à la main.
  • Ah ah, je me rappelle les avoir entendu l’appeler « colonel Moutarde » !IMG_6721

Un ange passe, nos 2 éleveurs sirotent leur vodka en se remémorant ces 4 comètes de l’occident, flottant sur la route, entre ciel et terre. Kiçifrott lâche une caisse monstrueuse.IMG_7001

  • J’aimerais voyager moi aussi, j’ai la force qu’il faut pour le faire
  • Ssipik, mon frère, tes rêves te perdront, ta vie est ici.
  • Mais je voudrais trouver mieux que mon lopin de terre, que mon vieil arbre tordu au milieu ! Trouver mieux que cette douce lumière du soir, près du feu, qui réchauffait mon père et la troupe entière de mes aïeux !
  • Oui oui, je connais la chanson petit frère. Mais sache que si tu pars, ils te manqueront ces murs de poussières. Tu vis dans le plus beau pays du monde
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Tu as vu le ciel aujourd’hui ? Tu as vu les nuages ? Tu as vu les sommets enneigés ? Les torrents et les lacs ? Et la voie lactée, tu as vu comme elle brille ? Tu as vu la fierté de ton peuple ? Tu as vu le sourire des enfants ?
  • Oui et alors ?
  • Alors jamais tu ne verras ça ailleurs

Ssipik se fait pensif, son regard se perd dans la fumée s’échappant du poêle. Il songe qu’on n’a qu’une vie et qu’il y a temps de chose à faire et à voir avant de partir les pieds devant.DSC_8163

Kiçifrott se rapproche de son frère, il n’a plus de vodka à lui offrir alors il pause une main terreuse sur son épaule. D’une voix légèrement pâteuse, l’haleine insupportable, il lui murmure à l’oreille :

  • t’aurais d’autres photos de ce Ricky Martin ?

 

La suite du récit à Shikoku dans quelques jours.