La Norvège d’Hinävve

 

J 485 à 499 / de Bodo à Trondheim / 782 km et 8350 m de D+ 

  • du 02 au 16 août 2017
  • 11 étapes et 4 jours de repos
  • Des retrouvailles
  • De la graisse d’oie
  • Et de la pluie, finalement

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  • Fred, criant à la vue d’un nouveau flord : « Hynävve ! Hynävve ! Hynävve !»
  • Ophélie : «Hein, quoi ?»
  • Hynävve ! Hynävve ! Hynävve !
  • Tu fais quoi bordel ?
  • Hynävve ! Hynävve ! Hynävve !
  • Mais putain, tu racontes quoi là ? (petite tape derrière la tête)
  • Aïe ! Bah, je scande Hynävve ! Je kiffe ce pays !! Je adoree pédaler ici !

– silence –

  • Ophélie : c’est qui Hynävve ? C’est le dieu du voyage à vélo ? Je croyais que c’était Schwalbe
  • Mais nan, c’est un jeu de mot : je scandinave / je scande Hynävve, c’est …
  • C’est nul
  • Mais non, c’est génial ! Une fois j’ai suivi le blog de camping-caristes déjantés qui ont voyagé en Norvège et …
  • Je croyais que tu détestais les camping-caristes
  • Je fais quelques très rares exceptions, arrête de me couper la parole stp
  • Je fais ce que j’veux, ce dialogue n’a jamais existé, il sort juste de ta tête cabossée
  • Même, faut pas couper la parole. Bref, y’a le gars qu’avait fait un super jeu de mot, euh, c’était quoi déjà ? Ah ouais, c’était avec une histoire sur un poète chinois qui disait un truc sur un truc, il s’appelle Näve et…
  • On s’en fout, et Näve ça fait pas vraiment chinois
  • Si si, c’est chinois des hauts plateaux apparemment… et, heu attends ça va me revenir, tu vas voir c’est super. En fait, le gars il a un proverbe qui…
  • J’m’en tape de c’qu’en dit Näve !
  • Ouais c’est ça ! A la fin c’est ça !
  • Et tu trouves ça drôle ?
  • Ouais c’est pas mal, humour de camping-cariste quoi
  • Ils devraient se mettre au vélo
  • T’inquiète, c’est prévu, c’est des fous, ils ont le fuego dans les jambes

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Nous aussi on a le fuego dans les jambes et les étapes se sont bien enchaînées sur la route côtière de ce pays magnifique.

  • 02 août  Bodo – route 17 = 62 km / +900m

  • 03 août  … – Enga = 70 km / + 860m

On repart de Bodo sous un ciel couvert mais tant qu’il ne pleut pas, on est content. Et puis même avec les nuages, c’est kikinou la Norvège. Les paysages sont toujours au top et n’ont pas grand-chose à envier aux Lofotens. En revanche, ça devient un peu plus physique et on finit la journée à près de 1000 m de D+ sur 62 km de montagnes russes. IMG_5242C’est toujours plus fatiguant de grimper plein de petites côtes plutôt qu’une bien longue. Le soir, on se pose sur un spot pas terrible, juste à côté d’une route, sans vue directe sur la mer mais avec des toilettes, une table et et et … UN SPOT DE PÊCHE ! Et oui les amis, être à proximité d’un coin de pêche fait désormais partie de nos critères de sélection de bivouac. Mais c’est pas trop compliqué en Norvège, faut viser pas loin des ponts ou en sortie de fjord. Le fond de fjord peut faire l’affaire si une rivière s’y jette, les saumons adorent. J’en chopperai sûrement jamais mais on les voit bondir parfois, des sacrés bestiaux.

Tente montée, Ophélie au tricot, je file sous le pont et revient 1 heure plus tard avec la canne pleine d’écailles et les doigts plein de sang, pas le mien mais celui de 2 beaux maquereaux et de 2 lieux noirs. C’était beaucoup trop, on n’a pas réussi à tout manger.

 

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Il pleut pendant la nuit mais ça cesse au réveil, parfait. Alors qu’on finit le p’tit dej’ un norvégien se pointe et nous offre des multas, des baies poussant dans le cercle arctique. Ça coûte une fortune dans le commerce mais celle-ci viennent de chez lui, sur une île. C’est un beau cadeau.IMG_5269

Le ciel se dégage dans la matinée et rend l’étape encore plus grandiose.

 

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Après un nouveau ferry, il est temps de monter la tente. Pour cela, un sympathique couple de norvégiens a indiqué un coin à Ophélie. Un chemin menant au bout d’une petite péninsule, une table, vue panoramique, grandiose, l’un des plus beaux bivouacs de l’histoire Panardienne.IMG_5318

  • Bon, j’vais chasser, tu veux quoi ? Saumon, maquereau, truite ?
  • Déjà, on dit «pêcher», pas «chasser»
  • Oui mais ça fait plus baroudeur de l’extrême, c’est comme porter une chemise à carreau plutôt qu’un t-shirt avec col en V
  • J’vois pas le rapport
  • Bref, tu veux quoi comme poisson ?
  • J’veux des galettes-saucisses !!!

Au premier lancer, une touche puissante. Ok, ça sent le méchant banc de maquereaux. Au 2eme lancer, le dîner : un maquereau largement assez gros pour 2 personnes. Je me baigne rapidement puis on découpe des filets comme on peut et on fait cuire dans du beurre pour honorer le poisson.IMG_5297 Nos norvégiens passent nous voir et on admire le coucher de soleil, qui même en ce début août, ne se couche toujours pas vraiment. Derrière brille le glacier de Snotinden à 1594m.IMG_5289

Ophélie s’essaye à la chasse pêche, ça mord encore une fois au 2eme lancer mais la bestiole nous embarque la cuillère. Maquereaux 1 – 1 Panardos.

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Le matin, notre couple passe à nouveau et on boit le café ensemble en regardant passer le Coast-Liner, le bateau de croisière cabotant de Bergen à Tromso. Ils ne sont pas venus les mains vides et on a le droit à des toasts de saumon fumé et de fromage sur du pain fait maison. Hynävve ! Hynävve ! Hynävve !

Ils nous annoncent que le temps va être au beau fixe pour les 5 prochains jours. On ressort les shorts et les t-shirts du fond des sacoches, on ne pensait pas les remettre. Hynävve ! Hynävve ! Hynävve !

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Pygargue à queue blanche, plus de 2m d’envergure. C’est un aigle pêcheur, on les voit parfois raser l’eau en quête d’une proie. Impressionnant

  • 04 aout … – après Oresvik = 86 km / +1090m

  • 05 aout … – Levang = 74 km / + 840m

  • 06 aout … – Offersoy = 62 km / +490m

  • 07 aout … – Skomo = 42 km / +320m

  • 08 aout  Skomo = retrouvailles et bricolage

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4 étapes superbes avec toujours des fjords, des fjells (montagnes) spectaculaires, des ferries, du bivouac et du camping de temps en temps.IMG_5397 La pêche a été mauvaise mais des campeurs nous ont offert de la morue un soir, c’est meilleur que le maquereau mais ça n’a pas ce p’tit gout du c’est-moi-qui-l’ai-chassé-et-vidé-comme-un-sauvage.IMG_5383

J’arrive pas à choisir les photos, c’est trop beau, alors j’en mets plein.

 

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A Skomo, après un petite étape, on monte la tente dans un camping désert. On attend de la visite pour demain, faut qu’on se prépare. Devinez qui vient nous voir ?

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L’eau froide, très bonne pour les varices

Mais oui ! Les Lapin Duracell, encore elles ! Je ne vais pas refaire les présentations, vous pouvez lire ou relire l’article PanarLapinade en Thaïlande. En gros, y’a ma génitrice et sa copine Marie-Andrée, qu’on appelle MAM. Quand l’une dit guestouze, l’autre la reprend en disant «mais non patate, on dit guouèste-house hi hi hi», et nous on est morts de rire.

Elles sont venues avec mon géniteur et Jean-Louis, le mari de MAM. Faut que je leur trouve des petits surnoms à eux-aussi, voyons voir… Laurel et Hardy ça serait pas mal, Itchy et Scratchy, c’est mignon, Quick et Fluck serait d’époque.

 

Mais je crois que je leur ferais plaisir avec Tango et Cash, alors on va garder ça.

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Donc les Lapins, Tango et Cash sont montés en voiture depuis la France et l’Auvergne, ont visité des trucs en chemin, ont flâné en Suède et les voilà finalement à Skomo pour retrouver leurs héros (nous).

On est très contents de les revoir, et pas seulement pour les tonnes de bouffe et le matos qu’ils nous amènent. Alors on se fait des bisous, on mange bien, on trinque et je m’attelle dès le lendemain à l’entretien des vélos, faut pas déconner :

  • Changement des amortisseurs à l’arrière, morts depuis au moins 10 000 km. Un grand merci à Azub pour le cadeau, sans même qu’on ait eu à le mendier demander. Le jour et la nuit, on a l’impression de rouler sur des vélos neufs
  • Changement de mon pneu avant, un délice de ne plus sentir cette hernie à chaque tour de roue
  • Changement complet du jeu de direction d’Ophélie, mort depuis aussi longtemps que les amortos. Au Japon, on avait même dû remettre des billes de roulement à la main lors d’un graissage pour cacher la misère. Impossible de trouver un roulement de rechange, où que ce soit. Du coup j’ai tout changé et je me félicite d’avoir tout monté à la graisse avant de partir, démontage facile avec les outils de terrain
  • Et enfin une nouvelle béquille pour Ophélie, bonheur., elle n’en avait plus depuis le Vietnam. Je me demande quelle tête elle aurait fait si, y’a 15 ou 20 ans, on lui aurait dit : «tu sais Ophélie, un jour on t’offrira une béquille de vélo et tu seras folle de joie. Ensuite tu pédaleras des jours et des jours sous la pluie».

Pour la pluie justement, mes parents ont ramené mes vieilles grosses godasses en Gore-Tex et un nouveau pantalon de pluie, l’ancienne veste imperméable d’Ophélie et des sur-moufles étanches. Les vêtements qu’on avait cousus nous-même étaient chouettes mais les bandes d’étanchéité se sont fait la malle.

Et, attention les amis, PartirLesPiedsDevant devient une marque désormais. Mon père a fait faire de magnifiques écussons brodés avec notre logo et toute la troupe arbore le sien sur leurs polos ou pulls, un vrai fan club, trop choupinou. Ils les ont thermocollés à la va-vite et ça se barre déjà. On en a une quarantaine, c’est une édition très limitée que nous proposons généreusement à nos followers. Le prix n’est que de 5 € auquel il faut ajouter 150 € de frais de port et 50 € de frais de dossier. 1 € sera reversé à la fondation de Bill Gates, cet homme est si généreux, on veut l’aider. Le reste servira à rerepartir les pieds devant, évidemment. Je mettrais une photo de l’écusson la prochaine fois, là j’ai la flemme, il est hyper classe.

Prochainement, nous aurons une gamme complète de produits artisanaux absolument uniques :

  • des stérilets en rayon de vélo (possibilité de faire du sur-mesure, me consulter sur ma boite mail perso). Top qualité, du Sapim strong inox 2mm, aseptisé au réchaud à essence. On ne plaisante pas avec l’hygiène intime.
  • Des préservatifs en chambre à air Schwalbe. Résistants, lavables et surtout réparables grâce aux rustines fournies dans le kit. Possibilité de renfort avec des bandes de Marathon Plus, résistant au verre pilé
  • Des extensions de poils pubiens en poil de yak. Soyez des précurseurs
  • Des buffs en t-shirt merino recyclé. 2 exemplaires seront réalisés avec les aisselles de mon t-shirt bleu, dépêchez-vous de pré-commander
  • Des menottes en chaîne de vélo, pour vos soirées coquines. Non lavées, pleines de cambouis pour les plus sales d’entre vous.
  • Une collection de pin’s des années 80. Rien à voir avec le voyage mais c’est le moment ou jamais de les refourguer
  • Des photos, au choix : nous avec les vélos, nous avec la tente, nous avec la tente et les vélos, nous avec de la bouffe ou juste de la bouffe. Imprimées sur du papier recyclé (PQ, essuie-tout, vieux journaux, tickets de caisse…). 20 € par tirage 15 x 10 (en mm), envoi gratuit sur l’aire cantilienne, 8 € pour la France, 14 € pour les Ardennes et l’Auvergne.
  • Des porte-clefs en patte de lapin. De vrais pattes de lapin.
  • Des fanions «Mehmet Buchannek» en caleçons troués. Authentiques, non lavés
  • Des post-it dédicacés, vous n’avez qu’à ajouter votre prénom
  • Des bouteilles de giclette pure. Au premier abord, vous aurez l’impression de vous être faits méchamment entuber en achetant une vieille bouteille de coca vide, mais ouvrez-là en collant votre nez au goulot, inspirez un grand coup, montez sur votre vélo et pédalez, vous verrez. Effet non garanti, sauf en descente vent dans le dos.
  • Des colliers en vieux câble de dérailleur. Personnalisable avec, au choix : une tranche de salami / un patin de frein V-Brake usagé / une boucle Ortlieb cassée / une rondelle d’oignon / un œil de chat (je ne peux pas préciser la race, dépend de ce qu’on croise sur la route)
  • Un bonnet en laine, tricoté main (17 mois de travail). Il sera mis aux enchères.
  • 2 Azub 5, bon état, très peu roulé. Vendus au poids, le prix au kilo est dérisoire mais faudra compter tout de même 4300 € par vélo (sans transmission, ni roues, ni câbles de freins). Un flacon d’huile vide sera offert pour l’achat des 2 vélos.

On ouvrira une boutique en ligne ou un compte de financement participatif «aidez-nous à être en vacances pour toujours».

 

09 aout … – après Lysfjord = 60 km / +480m

On repart dès le lendemain, on avait prévenu la troupe : «Vous pouvez nous rejoindre, c’est super, mais faut qu’on avance, on a un voyage à boucler nous. On ne peut pas refaire comme en Thaïlande, surtout en Norvège».

Ma mère fait l’étape avec nous et MAM les derniers 20 km, Tango et Cash sont en voiture. Ma mère avance fort sur un vélo, ce n’est pas la 1ere fois qu’elle nous accompagne. La dernière, c’était dans le Vercors, elle avait des sacoches et a cru mourir pour monter sur le plateau, en fin d’étape. Je sais pas comment elle fait, elle pédale en canard avec la selle trop basse et change rarement de vitesse. Elle a des genoux bioniques je pense. Elle ne se rend compte qu’elle a les pneus à plat seulement quand on lui dit.

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Elle porte un bas de survêtement avec une polaire rose et mon ancienne veste de pluie. Je lui dis qu’elle ressemble à une chômeuse roumaine, c’est important la franchise.

En route, on voit des saumons et je sors la canne. Cash est comme un dingue, «on va manger du poisson, on va manger du poisson !!». Du calme, c’est pas gagné.

Les saumons restent indifférents à ma cuillère, pourtant je la fais trémousser juste à côté d’eux, une vrai coquine et je les vois, ils s’en foutent ! Je perds patience (3 minutes), je lance n’importe comment et la cuillère se retrouve coincé dans un rocher. Une cuillère toute neuve à 7 €, donc je vais dans l’eau, vraiment pas froide, je décroche et quitte à m’être mouillé, autant pêcher un peu d’ici. Et hop, le plus gros maquereau de ma carrière ! C’est moins bon que le saumon mais au moins ça mord.

On repart, bouclons l’étape et on se le fait griller le soir au camping, cuisson à l’étouffé au BBQ, le must. Cash était un peu dégoutté quand j’ai tué le poisson à coup de pierre sur le crâne mais il n’a pas été le dernier à se resservir.IMG_5453

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Lapin 2 en admiration devant la technique de vaisselle sauvage d’Ophélie

Cette journée est également marquée par une rencontre incroyable : Kevin, un cyclo avec qui on avait passé quelques jours à Samarcande puis à Duchambé, il y a un an, presque jour pour jour. On le croise ici, en Norvège, en pleine campagne devant une supérette.

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retrouvailles 15000 km plus tard

Mon père lui offre un écusson, Kevin a du mal à réaliser qu’il vient de recevoir un cadeau à 205 €.

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  • 10 aout … – Flat = 67 km / +770m

  • 11 aout … – Namsos = 58 km / +300m

  • 12 aout … – après Malm = 75 km / +770m

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Etapes pluvieuses, ma mère voulait pédaler avec nous à chaque fois mais on a dû l’en dissuader. J’imaginais la scène d’avance : ma mère trempée au bout de 2 heures de pédalage sous la pluie, la morve au nez, roulée en boule au fond d’un abri-bus

  • Je crois que j’aurais dû rester dans la voiture, pourquoi tu me laisses pas appeler ton père pour qu’il passe me prendre mon petit Fredounet adoré ? J’ai si froid…
  • T’as voulu venir, assume, faut aller au bout, c’est ça aussi le voyage à vélo
  • Mais on voit jamais de pluie sur le blog !!
  • T’as qu’à m’offrir un appareil photo étanche, crevarde
  • Je peux avoir du café au moins mon ange ?
  • Trop tard, on a vidé le thermos. Bordel, je crève de chaud, départ dans 30 secondes ! Tiens, attrape une tranche de salami
  • Merci mon prince. Tu me prêtes tes moufles, je ne sens plus mes doigts ?
  • Ça va pas, t’as vu comment ça caille ?

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Heureusement, il ne pleut pas en continue et on reste sec sous nos scaphandres, savourant nos supers moufles et nos pieds au chaud. Le soir, on retrouve mes parents dans leur cabanon dans des campings, on mange au chaud mais on dort tout de même sous la tente, on a nos petites habitudes. On crève de chaud dans les cabanes (c’est une façon poli de dire que mon père ronfle comme un goret).

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Le 12, c’est mon anniversaire et j’ai à cœur de le passer sur le vélo. On se bouffe de la pluie froide pendant 2 heures avant de s’arrêter dans un abris-bus pour un repas d’anniversaire très discount. Mais on a du bon pain frais et du beurre, ça fait toujours plaisir. Ah non, c’est pas du beurre en fait mais de la levure, c’est dégueulasse. C’était emballé dans du papier blanc et bleu à carreau, c’était trompeur.


Ophélie – 11h17 : « Moi je pleurerais si c’était mon anniversaire»


Moi je voudrais pas être ailleurs pour mes 2 x 18 ans mais j’aurais pas craché sur un hamburger géant.

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un élan

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« Fred…beste…man », faut que je traduise ? Quel accueil en Norvège, ‘sont forts les mecs

Lapin 2 et Cash passent sur la route et s’arrêtent pour venir nous voir. Je crois qu’ils n’ont pas vu le meilleur côté du voyage à vélo à ce moment-là mais y’avait tout de même 2 Panardos avec la banane et de la giclette plein les jambes.IMG_5504

On reprend la route sous la pluie mais elle cesse rapidement et on arrive sec pour se poser en bivouac. La troupe a dû rejoindre un camping plus loin, il n’y avait rien au milieu, on les retrouvera demain, dans 86 km.IMG_5501

Appel téléphonique de mon père, campings pleins, ils ont dû aller un peu plus loin. Vérification sur la carte, ils sont à 110 km. Vérification sur MapsMe, ils sont à 120 km.

 

13 aout … – Sortland (après Trondheim) = 122 km / +1540m

 

2 versions pour cette étape d’anthologie.

Ophélie, la mine réjoui = HORRIBLE !!!

Fred, les jambes en vrac = EPIQUE !!!

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Voilà une vrai journée d’anniversaire ! Hier c’était l’échauffement.

Réveil à 6h, petit dej’ sous la tente car il pleut, porridge dégueu mais il faut ce qu’il faut, remplissage du thermos, sur les vélos à 7h30 avec une éclaircie et à peine 9°C. Heureusement il fera plus chaud le reste de la journée : 11°CIMG_5512

Fort vent de face continu et nombreuses averses, de 2 minutes à une demi-heure. La pluie tombe parfois à l’horizontal, un délice.

 

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La route monte et descend en permanence, on a mal aux jambes, on ne sait même pas si on arrivera à faire les 86 km d’origine. C’est usant cette météo.

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Pluie dans une minute

On profite d’une belle éclaircie pour une pause goûter et d’un abris-bus pour le déjeuner. Un café chaud et très sucré nous remet d’aplomb et on arrive au ferry au bout de 90 km. En tant que cycliste, on monte en priorité dans les ferries norvégiens et on ne paye rien dans celui-ci. Les voitures payent à l’entrée, les motards à bord et nous rien du tout, on passe incognito. On serait bien restés faire une sieste dans le canapé mais la traversée vers Trondheim est courte, juste le temps de se réchauffer en regardant passer les passagers avec des hot-dog à 6 €. Le hot-dog semble être le summum de la triste gastronomie norvégienne. Les pauvres, les rares fruits et légumes sont importés d’Espagne pour la plupart, donc insipides, et ils n’ont pas d’artisans : pas de boucheries, pas de charcuterie, pas de poissonneries, pas de pâtisseries, justes quelques très rares boulangeries hors de prix. Mais le pain est bon, partout, il faut le reconnaître. Pas de produits bio, à part les œufs bizarrement. Mais peut-être que c’est juste la coquille qui est bio.

La gueule du camping en plein vent, la perspective d’un bon repas chaud dans la hutte de mes parents et les 30 derniers kilomètres vent dans le dos nous font finalement remonter sur les vélos et on arrive complètement shootés au camping, à 20h30 après près de 9h de pédalage. Pas de pluie sur la fin, une belle traversée de Trondheim sur des pistes cyclables, une douche brûlante à l’arrivée, ça va. Ma mère a fait réchauffer du cassoulet au confit de canard, génial ! Ophélie déteste le cassoulet, tout est pour moi, doublement génial !!! Elle mangera ses pâtes au beurre, du vrai beurre. Tu peux pas être normande et ne pas vouer un culte au beurre, impossible.

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Et hop, 21 000 km

13-14 & 15 aout  Sortland = repos

On est défoncés le lendemain, des vrais zombies, mal aux jambes et mal dormi. On a fait l’erreur de pioncer dans la hutte, j’ai «crevé de chaud», Ophélie était au frais avec ses boules Quies. On n’avait pas eu l’énergie de monter la tente la veille.

On fête officiellement mon anniv avec du foie gras, du saucisson de renne et du champagne rosé qui nous assomme pour le reste de la journée. Lapin 2 et Cash m’offrent un super hamac ultra-léger, même pas la force de le monter pour tester, on file roupiller sous la tente. Lapin 1 et Tango (mes créateurs) m’offrent une canne à pêche, j’avais cassé l’autre en voulant remonter un vigoureux rocher. Ça va commencer à faire cher le maquereau cette histoire de pêche.IMG_5547

On reste au camping le lendemain, il fait beau, on se fait un bon gueuleton, les jambes ne sont pas prêtes et ça fait du bien de rester un peu au même endroit.

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Et puis finalement encore une journée car il pleut et qu’il reste du friton de canard. Et puis tiens, ça permet de mettre à jour ce blog.

 

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Pour finir, je mets un petit poème de ma Tatarverne. Je le mets tel quel, je laisse la boulette à la fin. 2 X 18 = 36, même en Auvergne.


   Vivons heureux, vivons couchés

Comme Ophélie et Frédéric

croisant des animaux crevés

sur leurs drôles de petites machines.

 

De Chantilly à la grande Chine

par la Turquie et puis l’Iran

en pédalant par tous les temps

en conservant des bonnes mines.

 

Quand Frédéric a vu un ours

il a mouillé toute sa culotte

il a beau faire le tout foufou

il a vraiment eu la chocotte.

 

Revenez vite Fredophélie

vous régaler d’oeufs à la neige

et puis dormir dans des bons lits

en Picardie comme en Auvergne.

 

Joyeux anniversaire Fredé

tu me fais bien trop rigoler

avec ta gouaille et ta dégaine

mais oui mais oui t’en as 37

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Ferries, Fjells & Fjords dans l’autre pays du bivouac

J 474 à 484 / de Tromso à Bodo par les îles / 541 km

 

23 juillet  Tromso – Plage 2 km avant Brensholmen = 58 km / +630m

 

On s’assoupit dans le bus et je me réveille un peu désorienté, «où suis-je ? Au nord vais-je ?».

Comme nous étions les seuls passagers, le chauffeur a pu nous déposer tout près du camping et nous l’atteignons rapidement après avoir remonté les sièges des vélos sous le chaud soleil du 69ème parallèle. Ici c’est ON-OFF en ce moment, soleil = chaleur, crème solaire et taons, nuages = 8 à 12°C, bonnet et goutte au nez.

Le camping est plein de monde et ça nous fait râler au début tous ces gens qui osent être en vacances au même endroit que nous, les salauds. Nous voici aux portes des fameuses îles norvégiennes, ça attire forcément bien plus de monde que la belle taïga à moustique Finlandaise. Les camping-cars sont entassés sur du bitume en plein cagnard, on dirait le parking d’un concessionnaire. Pour les tentes, c’est plus mignon, il faut passer un petit pont enjambant une rivière translucide et on arrive dans un sous-bois charmant quoiqu’un brin humide. Pas de moustiques ! Fantastique ! La légende dit donc vrai, il n’y en a pas sur la côte norvégienne.

On avait prévu de souffler un peu le lendemain mais la populace nous oppresse et le beau temps fait trépigner nos vélos, Pottok et Bourriquet. Ouais c’est con de donner un nom à son vélo, surtout qu’on ne les appelle jamais comme ça, on dit juste «les vélos» ou «avance saloperie!» quand  ça grimpe et qu’on n’est pas d’accord.

Le centre-ville de Tromso est pittoresque avec ses maisons en bois coloré et ses bateaux de pêche. On est dimanche et tout est fermé, heureusement qu’on a fait le plein en Finlande mais dommage pour la librairie avec toutes ces belles cartes routières en vitrine.

On finira par trouver un atlas dans une station service, et hop ! 1 kg de plus sur le vélo de Bibi ! Mais au moins on a toute la Norvège dessus et on peut s’affranchir du GPS, comme en Finlande, j’adore. C’est vachement mieux les cartes, ça fait aventure et on ne stresse pas pour les piles.

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sortie de Tromso

Allez, c’est parti pour la Norvège ! Et là j’ai envie de dire, pardon maman, « putain de chiottasse ! c’est trop beau !!!!». Là, tout de suite, partout, tout le temps ! C’est beau, souvent spectaculaire, toujours sauvage, ça nous rappelle énormément la Carretera Australe, en plus facile, merci le goudron et les tunnels.IMG_4772

La route est tranquille, très peu de trafic, quelques cyclos qu’on salue. On en croise désormais trop souvent pour taper le bout de gras à chaque fois.

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Bivouac repéré !

On se pose au bord d’une plage en milieu d’après-midi, il y a d’autres tentes. On peut camper à peu près partout en Norvège, il faut juste respecter quelques règles élémentaires : pas dans les tunnels ni sur les routes, pas au bord de l’eau à marée basse et pas en bord de falaise par grand vent.

On passe une soirée agréable, il fait bon et on ne se lasse pas de l’absence des moustiques. On n’a pas fait le plein d’eau mais nos voisins nous disent qu’on peut boire l’eau des torrents ici. Par précaution, on met du Micropur périmé dans la poche à eau.IMG_4770

Comme la plage est orientée vers le nord, on peut admirer le soleil de minuit pour la première fois. Hé oui, le soleil se couche au nord, c’est très étrange. Il ne dessine pas un arc dans le ciel mais un cercle nord-est-sud-ouest-nord. Le soleil descend, touche la mer, la trouve certainement trop froide et -pouf- il remonte pour un nouveau cycle. Ce jour continu qu’on a depuis 3 semaines est assez perturbant; d’un côté on dort moins car le sommeil ne vient pas naturellement le soir et qu’on crève parfois de chaud sous la tente dès 6h du matin, d’un autre côté on a une pêche sensationnelle sur les vélos et une très bonne récupération. Ça doit stimuler l’organisme cette lumière permanente. M’enfin on ne sera pas mécontent quand on aura des nuits noires à nouveau et qu’on pourra ronquer 10h d’affilée.

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à 00h30

 

24 juillet  … – avant Skaland = 37 km / +390m

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Un ferry nous amène sur l’île de Senja. Paysage de cartes postales partout, tout le temps. Grand angle et filtre polarisant obligatoires. IMG_4789IMG_4812On roule un peu mais on a la flemme aujourd’hui. Alors quand on rencontre une famille en camping-car qui nous invite pour le café (z’ont plus de rosé depuis longtemps), on finit par passer l’après-midi et la soirée à papoter au bord de la plage, au fond d’un fjord, au soleil. IMG_4824

C’est la famille PLEM’Mobiles, pour Pablo, Lola, Elodie et Miguel. Attention, c’est du lourd ceux-là : ils ont déjà voyagé 2 ans dans un camping-car acheté d’occasion 10 000 €, à travers l’Afrique et l’Amérique du Sud. Et là, 8 ans plus tard, ils remettent le couvert avec un enfant de plus, un nouveau camping-car et une durée indéterminée pour leur tour du monde. Un changement de vie, ils ont tout lâché, vendu la maison et font l’école aux enfants tous les matins. On est admiratif, surtout qu’ils font ça sans un gros budget et avec une confiance en l’avenir bien loin de la sinistrose à la con distribuée par les médias. Donc ça y est, je dis du bien de camping-caristes, j’y aurais pas cru. M’enfin paniquez pas les amis, c’est pas demain la veille qu’on va lâcher les vélos car «le vélo, le véhicule des héros !». Ça c’est du slogan qui en jette.IMG_4842

On parle visas, bouffe, Pablo et Lola ramènent des crabes, Miguel me coupe les cheveux, Elodie s’épile les jambes puis on va se baigner avec Ophélie. La mer du nord n’est pas si froide quand elle a bien chauffé dans un fjord toute la journée. Et le Gulfsteam passe par là.


Elodie – 00:34 – «Je vous souhaite plutôt du soleil que de la crème fraîche»


Resituer cette phrase dans son contexte serait bien trop long

Le soir, on va pêcher et Miguel m’apprend comment faire et où je pourrais trouver du matos à -50% car on est ici dans un paradis de la pêche. On revient bredouille, enfin brecouille comme on dit dans le Bouchonnois. On se couche à 1h du matin, il fait jour, on n’a pas envie de dormir. Faut que je change l’élastique de mon masque de nuit, il est mort.IMG_4837

 

25 juillet  … – Bleik = 61 km / +730m

 

A 9h sur les vélos, légèrement jetlagués mais ce beau temps donne envie de rouler, on garde en tête que ça ne va pas durer et qu’on finira tôt ou tard par se bouffer des jours entiers de pluie glaciale, c’est ça aussi la Norvège paraît-il. IMG_4846On en prend plein les mirettes, cette île de Senja est grandiose et déserte, un régal. Un coup on pédale dans le brouillard avec 13°C, on passe un tunnel et c’est grand soleil dans le fjord suivant. Décor incroyable, ça change à chaque kilomètre.

 

 

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Après un autre ferry, on roule avec Jorna et Tomgren (ou Torsten, ou Toltrem, impossible à retenir), un sympathique couple de casques à pointe allemand. On bivouaque ensemble près d’une plage de sable blanc.

 

 

 

26 juillet  … – après Sortland = 130 km / +780m

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On traverse l’île d’Andoya en 1 jour grâce à un relief plutôt plat et un bon gros vent dans le dos. C’est bô.

 

 

Au bout de 105 km et un grand pont (ils sont géants ici, pente à 6%) on arrive fatigués à Sortland et allons voir si on ne pourrait pas se poser dans un camping. Le premier n’en est plus un apparemment puisqu’il n’y a que des petits chalets. Pas grave on va au suivant et on se bouffe une côte à 12%, je sens chaque centilitre des 6 litres de la poche à eau. 26 € qu’elle nous demande la gérante, on lui dit que c’est beaucoup trop cher, qu’on paye 15 € d’habitude, qu’on ne veut pas payer le même prix que les camping-car géants, qu’on a juste des petits vélos et une petite tente. Mais non, elle ne fléchit pas et on se casse. On comprend, y’a au moins 100 camping-caristes pétés de thunes pour 1 cycliste crevard, le marché n’est pas intéressant.IMG_4937

Alors on enquille 20 bornes de plus jusqu’au bout de l’île et on se trouve un super champ au soleil. On est vachement mieux ici finalement et on peut pisser où on veut. Là j’me dis que cette précision n’est pas forcément nécessaire mais les autres cyclos qui nous lisent savent que ça a son importance. Tu peux être plein d’énergie pour pédaler des mois et des mois sur un vélo chargé mais t’as toujours la flemme de faire 3 mètres pour aller te soulager.IMG_4951

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J’ai envie de chanter la chanson du Roi Lion devant des trucs pareils. Aaaaaaa Ssuwanbaaaa !!!

27 juillet  … – Sandsletta = 66 km /+460m

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20 000 km au compteur !!! Le plus incroyable n’est pas la distance parcourue à vélo mais le fait que c’est toujours le même compteur et qu’il marche encore le bougre ! Il a du scotch partout autour mais il fait le job (depuis plus de 40 000 km en fait). Compteurinou, je te dédie cet article.

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la preuve irréfutable

Toujours au soleil et dans ce décor incroyable, on déborde de giclette et on a encore plus envie de bouffer la vie à pleine dents de pédalier.IMG_4968

7 km plus loin, on embarque dans un ferry pour les Lofotens, un fameux chapelet d’îles très couru des cyclos. Instant magique quand le ciel se dégage juste en y arrivant. Les similitudes avec la Carratera sont vraiment frappantes parfois.

Photos prises à 5 minutes d’intervalles

 

 

On adore la Scandinavie et je ne suis pas loin d’élire la Norvège «plus beau pays du monde», disons qu’elle est dans mon top 3 avec le Tadjikistan et le Japon. Je ne parle que de ce voyage, si on inclut les Amériques c’est le bordel et ça devient trop dur de faire un classement. Ceci dit, la Carretera Australe reste au summum, on rêve de rouler à nouveau au Pérou et en Bolivie, en Asie Centrale, les USA étaient extra…. nan j’vous avais dit, c’est le bordel.IMG_4998

 

 

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On tombe enfin sur un petit camping sympa et abordable (15 € avec cuisine, wifi et pédalos). Ophélie attaque tout de suite une lessive, elle est obsédée. Elle réquisitionne l’unique étendoir du camping et le met à côté de notre tente. C’est à NOUS, PAS TOUCHE !IMG_5032

Alors elle est contente Ophélie car Coco, de Coco-et-Lolo-enchainent-les-gastro-sur-l’altiplano, lui a écrit un mail pour lui dire qu’elle aussi elle est à fond sur les lessives et qu’elle pleure de joie quand elle trouve un grand lavabo avec ET de l’eau chaude ET le bidule noir pour le boucher.

Bon, c’est cool les filles, ça vous rassure de savoir que vous n’êtes pas seules à avoir une lessivite aiguë. Mais la question est : si 2 personnes ont une même obsession compulsive, est-ce suffisant pour dire qu’elles sont normales ? Et déjà, peut-on parler de normalité quand on quitte 2 fois son taf et son canapé pour aller pédaler avec un tyran beaugosse sur des vélos bizarres et dans des pays plein de gens pauvres/musulmans/différents donc dangereux ?

Pendant ce temps, je vais pêcher avec ma canne top budget achetée il y a quelques jours. Les rôles ancestraux sont respectés : la femme lave et l’homme chasse afin de garder sa tribu forte et vaillante. Bon, heureusement qu’il nous reste des maquereaux en boîte car je reviens bredouille. M’en fous, c’est amusant de lancer et de ramener au moulinet. La journée, je mouline sur le vélo et le soir je mouline avec la canne. J’ai un p’tit moulin dans la tête.

Et puis la canne à pêche donne un look de baroudeur de malade à mon vélo, et c’est bien plus léger qu’une machette. Ouais, j’ai rencontré des cyclos qui trimbalaient une machette. Essaie un peu de pécher avec ça. Faut trouver un poisson très coopératif.

 

28 juillet  Sandsletta = pêche au gros

 

Il fait beau encore, on se dit qu’il faut en profiter pour avancer, on se reposera quand il pleuvra. Mais y’en a marre de faire des pauses uniquement sous la pluie alors on reste et on profite d’une vraie journée de repos, une où y’a rien à faire, ni les courses, ni la lessive et même pas de geekage bloguesque. Alors on va pêcher avec une barque du camping. On galère trop avec les rames et changeons pour un pédalo, bien plus dans nos cordes.IMG_5040

Et le miracle se produit, j’attrape une morue. Ok, une bébé morue. Et ok vous pouvez faire la vanne «le thon a chopé une morue», elle est excellente.

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Je la relâche et j’attrape ensuite une truite de mer qui décorera la plâtrée de pâte de ce soir. Ophélie reconnaît que cette canne à pêche est un bon investissement et que pêcher est un truc sympa à faire après une journée de vélo, contrairement à un jogging, des squats, des abdos ou des pompes.

 

29 juillet  … – Rysfjord = 81 km / +700m

 

Au p’tit dej on observe le manège d’un couple d’allemands en camping-car, la femme vide la boite à caca pendant que le gars fait le plein d’eau. Ils «voyagent» dans un porteur ! C’est un poids lourd, le genre qu’on utilise pour transporter des marchandises, 25 litres au 100 ! Ils ont fait mettre une caisse aménagée grand luxe, c’est du délire, c’est quoi la prochaine étape ? La semi-remorque ? Ou le bulldozer aménagé ? Pratique pour aplanir le terrain ou enlever un arbre une forêt qui gène. J’ai envie de leur crever les pneus mais ils doivent sûrement avoir une assurance avec hélicoptère d’assistance.

Au dessus de la porte latérale (facilement accessible grâce à un marche-pied escamotable électrique) il y a le p’tit nom du véhicule : Kleine Freiheit, «petite liberté» d’après mes restes d’allemand. J’apprécie ce petit trait de sarcasme mais j’aurais bien vu autre chose, une petite expression allemande tristement connu, nan parce qu’ils ont dû vachement bosser pour s’offrir cette «petite» liberté.arbeit-macht-frei

On fait à peine 10 km à vélo et je stoppe sur un spot de pêche miraculeuse : un pont en fond de fjord, une eau translucide et un courant fort dû à la marée.IMG_50504 lancés = 3 maquereaux, que je relâche car ils ne se garderont jamais dans les sacoches, pas avec ce soleil. Ouais c’est relou, on crève de chaud dans le cercle polaire.

C’est des fous ces maquereaux, ils se jettent sur la cuillère et se battent comme des diables une fois ferrés, ils tirent vraiment fort et font ployer la canne à fond. J’ai l’impression de sortir un dauphin, et pas un poiscaille de 40 cm. Je suis comme un dingue, c’est la première fois que j’aime pêcher, pas d’attente et un peu de sport.

Les gants de vélo sont très pratique pour tenir fermement les poissons afin d’enlever l’hameçon. Par contre ils puent pendant 3 jours ensuite, et ce n’est pas comme si je ne les avais pas juste sous le nez.IMG_5045

On roule ensuite sur des routes secondaires très calmes, on évite la E10 au maximum, un peu trop de véhicules, on veut les paysages pour nous seuls et on fait durer le plaisir sur ces Lofotens.

 

 

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Pas de spot à notre goût, on est devenu trop difficiles à cause du Japon, alors on atterrit dans un petit camping charmant au fond d’un fjord. C’est moins aventure qu’un bivouac mais on rencontre toujours des gens sympas et ça fait du bien de papoter.IMG_5070

 

30 juillet  Rysfjord  = pluie, balade panoramique et maquereaux

Il pleut, donc on reste au camping pour tricoter et bloguer un peu, bien à l’abri dans la cuisine commune. Le bonnet d’Ophélie avance, il devrait être fini avant l’hiver (l’année reste à définir).IMG_5101

On se fait tout de même une balade à pied l’après-midi. Là on comprend pourquoi les norvégiens ont tous des pantalons imperméables et des grosses godasses en Gore-tex, les pieds s’enfoncent souvent dans la mousse épaisse gorgée d’eau et les hautes herbes ont vite fait de tremper le bas des jambes. IMG_5090C’est joli, silencieux mais on ne voit rien dans la purée de pois. Même pas de trolls.

 

 

Le soir, on partage avec Honza le motard Tchèque  des filets de maquereaux offerts par un campeur. Je suis resté brecouille sur les rives du camping, la «cuillère de la mort» (c’est son p’tit nom) n’a pas fait de nouvelle victime.

 

31 juillet … –  avant Moskenes = 69 km / +720m

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On continue sur les petites routes faisant le tour des péninsules et ne regrettons jamais ces kilomètres supplémentaires, le soleil est toujours présent et on en profite à fond.IMG_5128

 

 

Le soir, on pose la tente face à la mer, à 700m d’un camping. C’est mesquin mais faire payer la douche alors que l’emplacement est déjà à 16 € l’est encore plus.IMG_5176

Dernier bivouac sur les Lofotens. Ces derniers jours resterons gravés dans nos mémoires, même la mienne, c’est dire. On fête ça avec une omelette et des quesadillas, le fromage n’a pas de goût, en plus d’être cher.IMG_5180

La bouffe n’est pas 4 fois plus cher qu’en France contrairement à ce qu’on avait entendu dire, pas même le double si on fait attention et qu’on vise les enseignes pour les sales pauvres et les chomeurs discounts. Mais on hallucine parfois en voyant du pain à 5€, des bières à 2,50€, des café à 4€, nos beignets plein de gras à 2€ pièce, des pizzas à 20€… On fait gaffe, la première règle est de ne SURTOUT pas faire les courses en ayant faim sinon on pleure de frustration. Autrement on se régale de Wasa tartinées de beurre, de «crème à tartiner goût noisette» et de notre saumon du pauvre : le salami. Ouais, même le saumon est hors de prix, c’est incompréhensible.IMG_5197

Côté fruits et légumes, on se contente de quelques tomates à 4 ou 5€ le kilo et de bananes et nectarines à 2,50 € le kilo. Mais les vitamines ne sont pas notre priorité, les glucides restent nos chouchous et on se fait régulièrement des patates à 2 ou 3 roros le kilo et le plein de protéines avec des œufs à 2,50 € les 6. Voilà pour le petit topo «prix dans le pays au salaire médian de 6000€ net par mois». Ça fait rêver hein ? Mais pourquoi nous n’avons absolument jamais croisé de voyageurs norvégiens ? En France, on a moins de thunes mais on a des idées !

Et le congés sabbatique.

Et la rupture conventionnelle.

Et du camembert à 1 €.

Et Kendji Girac.

 

01 août … – Bodo = 39 km / +390m

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On rejoint rapidement le ferry pour rallier le continent. La route est incroyable, les villages sortis tout droit d’un guide touristique ou d’une pub pour voiture, ils les tournent toujours dans des endroits bout du monde comme ça. Du coup Paul-Fabrice, quand il part au travail avec son Audi Q7 avec siège en cuir, climatisation et Bluetooth, quand il fait son Evry – La Défense tous les jours pour faire blablabli et blablabla avec ses potes super sérieux en cravate, bref Paul-Fabrice il est pas sur le périph’ en train d’écouter J-J Bourdin, Paul-Fabrice il est Mike Horn et il roule au milieu des guanacos ! Putain il kiffe le mec ! Ça c’est l’aventure ! Vivement qu’il ait la dernière Go Pro pour faire des vidéos de déglingo ! Et un drône, ouais putain, il faut un drône ! Ça va chier sur Instagram !!

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La traversée dure 3 heures, on fait nos tartines Wasa-beurre-salami avant de trop baver devant les assiettes saucisses-frites des camping-caristes, encore eux. Il n’y a rien à voir par les fenêtre, juste de l’eau grise et des nuages, on pionce.

A Bodo, la pluie nous accueille, on revoit nos ambitions et filons au camping pour mettre à bouillir 1,7 kg de patate. On rencontre un jeune couple de Danois à vélo. Totalement irresponsables, ils trimbalent leur gamin d’1 an dans une remorque depuis plus de 2 mois. Il va mal tourner celui-là, il finira bientôt sur un vélo, pédalera dans des pays au noms imprononçables, crachera sur les camping-cars et le capitalisme et consultera des blogs de voyageurs. Il tombera peut-être sur le nôtre, dans 20 ans. Il rigolera en voyant des tentes de plus de 500 grammes, des pneus qui crèvent, des transmissions qui s’encrassent et des vestes pas étanches plus de 2 heures. Et il se dira qu’ils mangeaient beaucoup de patates les gens à l’époque, mein Got !

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pour finir en beauté