Golden Week sur Kyushu

J 390 à 399 / de Seiyo (Shikoku) à Oosaki (Kyushu) / 383 km

  • Une traversée en ferry
  • 8 petites étapes
  • des plages
  • des très belles rencontres
  • 29/04/17  Seiyo – ferry – après Usuki = 34 km / +190m

On a super bien dormi après le feu d’artifice, toutes les voitures sont parties rapidement de NOTRE coin de bivouac. On se lève tôt, redescendons vers la côte et arrivons largement à temps pour embarquer dans le 1er ferry pour Kyushu, la grande île du sud.IMG_2802

Cette fois encore, le personnel est aux petits soins pour nos monstres avec petites cales individuelles et sangles soigneusement positionnées.IMG_2804

A bord, glandouille confortable sur la moquette, le trajet dure à peine 3 heuresIMG_2805

A destination, on fait le plein de bouffe et longeons la côte jusqu’à la 1ere plage pour se baigner et bivouaquer. IMG_2807

Il y a des bungalows avec de la pelouse devant et des toilettes publiques, le tout sous les palmiers et vue sur la plage, au top. On demande à des locataires si on peut planter la tente et ils finissent par nous inviter à dormir à l’étage, à prendre une douche chaude et à partager un BBQ. On est comme des rois, ils nous mettent 2 chaises à disposition (celles avec porte-gobelet), nous offrent des bières, du saké et un gars part même en voiture acheter 2 bouteilles de vin rouge, la réputation des français est solide. On dit que c’est trop, qu’il ne faut pas mais ils sont adorables, ils insistent et disent qu’ils aiment ça aussi. On sifflera les 2 bouteilles à 3 seulement.P1120202

Pendant ce temps, un gars démarre le BBQ au chalumeau et on ne tarde pas à avoir un bol dans lequel on trempe la viande grillée dans une délicieuse sauce inconnue des Panardos. On passe une super soirée, un des gars nous pose plein de questions par le truchement de son smartphone. Ils sont en week-end pour fêter le début de la Golden Week, une semaine ou quelques japonais sont en vacances, pas tous, loin de là. Ils bossent tous dans une petite boîte de transport routier, ils n’arrêtent pas de se charrier, comme en France.

Une bande de motard vient se garer près de la plage, je vais voir, on parle un peu et ça finit en grosse séance photos délires. J’ai dû prendre la pose sur 7 motos. Veuillez excuser la piètre qualité des clichés, les photographes avaient le mal de mer.P1120215

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Tout le monde est KO à 22h, on se dit à demain 5h pour le levé de soleil. Ophélie dit juste à demain, elle ne précise pas l’heure.

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5h, personne à part des pêcheurs au loin et Bibi tout seul avec son appareil photo made in Japan. Pas grave, c’est joli et j’attends tranquillement le soleilIMG_2837

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On prend un p’tit dej’ argentin avec le boss de la boîte et ses enfants : viande grillée, quelques poivrons pour la déco et du riz pour bien caler. On partage avec eux notre trésor : du beurre de cacahuète Skippy, version crunshy, le caviar du cyclo, le Fred’s fuel. Tout le monde aime. Les gouts des japonais sont très proches des nôtres, on ne tombe plus sur des trucs bizarres comme en Chine ou en Asie du Sud-est, genre hyper pimenté ou genre sucré quand tu t’attends à du salé.

On leur dit au revoir chaleureusement. Contrairement à ce qu’on pensait, les japonais ne sont pas distants du tout et très faciles à aborder. On salue en s’inclinant et on sert les mains, c’est plus amicale. Et comme s’ils n’avaient pas été assez sympa, ils nous donnent un sac avec des pommes, du poisson en boîte et de la sauce curry. Quelle 1ere journée à Kyushu.

  • 30/04/17 … – après Saiki = 45 km / +253m

On n’a pas de grandes ambitions kilométriques après la soirée de la veille et le réveil aux aurores pour les braves. Alors on vise un camping à une quarantaine de bornes, route exceptionnelle encore. La mer, la montagne, des petits ports de pêche, des gens qui nous sourient et nous disent « gambaté ».P1120216

Le camping est en haut de la montagne, loin de la plage 200m de dénivelé en 2 km, non merci. Surtout qu’il a l’air bien cher, ça se voit rien qu’au panneau. Alors on suit mon plan, à savoir bivouac (=gratuit) au bord de la plage. On trouve tout de suite notre bonheur avec coin à l’ombre, tables, douches de plage et toilettes, ce pays est un paradis du cyclocamping. On y passe toute l’après-midi entre baignade, lessive et réparation d’une crevaison très très lente.

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  • 01/05/17 … – Nabeoka = 59 km / +710m

Que dire ? C’est beau. On fait la pause pique-nique dans un parc où l’on aurait pu camper sans problème. Des jeunes mariés viennent faire une séance photo : 2 photographes, 1 maquilleuse et une coiffeuse, gros budget.

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Mais nous sommes accueillis par une couchsurfeuse ce soir, on a rdv à 16h. On a le temps, on flâne, on roule doucement et on arrive à 16h01 devant chez elle. Tout de suite on sent qu’on va bien s’entendre, Rika est easy-going, funny , full of humour, very friendly, talkative, interesting et prof d’anglais. Self-made woman, elle a principalement appris cette langue en regardant la série TV Friends. Super, je savais pas qu’on pouvait apprendre des trucs comme ça. Du coup j’suis content car je sais maintenant que je peux :

  • m’échapper de n’importe où (Prison Break)
  • massacrer du zombie (The Walking Dead)
  • intuber 10 personnes en 45 secondes (Urgences)
  • jouer de la batterie comme un dieu (Hélène et les garçons)
  • fabriquer du crystal meth dans un camping-car (Breaking Bad)
  • avoir une morale et un high-kick irréprochables (Walker Texas Ranger)
  • mater des culs à la jumelle (Alerte à Malibu)
  • diriger une mafia locale (Peaky Blinders)
  • souder un cadre de vélo avec mon réchaud et des piquets de tente (MacGyver)
  • transformer mon Doblo en char d’assaut (L’Agence tout risque)
  • aller à l’église, aimer mon prochain et me droguer en cachette (7 à la maison)

On prend une douche, attendons son compagnon Koji (déjà le 3eme Koji chez qui on dort !) et allons au resto, pour notre plus grand bonheur. IMG_2900Rika connaît un peu les cyclos et dans ce resto tout l’accompagnement est à volonté : riz, salade de choux et soupe au miso. On se régale, le porc est croustillant et fondant. Le prix ? A peine 9 € par tête. Les restos sont globalement bien moins chers qu’en France. Dans les sushis-bar, on peut se péter le bide pour moins de 10 €, hors boisson, sauf le thé, inclus et à volonté via un petit robinet sur la table.

On va ensuite à son cours d’anglais et y participons en tant que guest stars, la classe. A cause de la Golden Week, il n’y a qu’une douzaine d’élèves au lieu des 23 habituels, tous des adultes. On fait un dessin au tableau et expliquons notre voyage, ils se montrent très curieux et enthousiastes. Ensuite on s’assoit et suivons le cours, thème du jour : le cinéma (niveau fin de collège je dirais). Je me retrouve à discuter avec une nana, elle me dit que son film préféré est Reine des Neiges. Je lui dit non, c’est pas possible mais elle confirme.

On change de place et je me retrouve avec Hidé, un retraité dynamique. Ses films préférés : Top Gun et Inspecteur Harry, y’a du mieux. Top Gun, quand même… je me pose des questions sur le bonhomme du coup mais je n’ose pas lui demander si sa scène préférée est celle où les mecs jouent au volleyball torses nus, avec gros ralentis sur les smashs. Après ça nous gave et on parle un peu de nous, je lui demande son âge, il me répond « devine ! ». Le piège, les jap’ font toujours beaucoup plus jeunes, alors je réponds 65 ans. Loupé, il a 62 ans et semble un peu vexé. Il me demande le mien, « try to guess ! » que j’lui dit. 39 ans. Que… quoi… comment.. ?! Enfoiré ! J’en ai que 35 ! C’est mes poils blancs dans la barbe qui a dû le tromper, ou bien ma maturité évidente.IMG_2906

Le cours se termine, Rika met vraiment une super ambiance, tout le monde se marre. On sert les mains et l’un des élèves nous offre un porte-clef en forme de tong. Rika éclate de rire, ça vient de Guam, une île du pacifique appartenant aux USA, rien à voir avec le Japon. Mais le gars nous dit que ça nous portera bonheur, c’est émouvant tant de gentillesse.

On rentre chez Rika, buvons une bière avec Koji et installons les futons dans le salon.IMG_2909

Des chats se bagarrant dans la rue nous empêchent de bien dormir. Je suis pas contre le principe de chats qui s’entretuent, mais qu’ils fassent ça ailleurs, sur une route par exemple, ou en silence.

Pour remercier Rika, on prépare des pancakes le matin, avec le fameux Skippy à tartiner dessus, généreusement. Il est temps de repartir, à contrecœur, mais on décide de se revoir le lendemain pour une autre pancake party en mode camping cette fois.

  • 02/05/17  … – Hyuga = 43 km / +310m

 

On roule jusqu’à Umagase, une petit cap au sud de Nabeoka, idéal pour la pause du midi. On a encore un peu ressenti le vin rouge dans le raidillon à 15%.

On rejoint ensuite un camping charmant, la météo annonce de la pluie pour le lendemain et on a grand besoin d’une journée sans vélo. On ne fait pas de grosses étapes mais les up & down nous flinguent vite le cuissot.

  • 03/05/17  Hyuga = resto et calligraphie

Comme prévu, Rika et Koji nous rejoignent pour le p’tit dej’ à côté de la tente. Les pancakes sont mieux réussi que la veille, on vit une grande histoire d’amour mon réchaud et moi. Et quand on se fait un plan à 3 avec la poêle, c’est hyper excitant.

Nos amis décident ensuite de nous emmener faire un tour en Pryus. Où ? Aucune idée, on verra en route. Rika repère un panneau indiquant une manifestation dans un temple. Koji se gare, en marche arrière comme la plupart des japonais, ça doit être pour s’enfuir rapidement en cas de tremblement de terre ou de tsunami.f Dans le temple, il y a des ateliers créatifs et on est tout de suite invité à dessiner un camélia en mode traditionnel avec un gros pinceau et de l’encre de Chine. On a un prof chacun, c’est super. Les gens sont ravis de voir 2 gaijins et quand Rika raconte qu’on est venus à vélo, ils font des « waouhh » japonais. C’est très différent du waouh qu’on connait, ça ressemble plus à un « Hmmmm » qui monte légèrement dans les aigus. Y’a même un gars qui nous filme et prend des photos, super ambiance. On se souviendra toujours de ce moment donc je dis Camélia forever !

On s’installe à un atelier calligraphie et on se demande comment ils font pour retenir l’alphabet et encore plus pour écrire rapidement.

Un moine nous offre un sorte de porte-clef en bois pour nous porter chance mais on ne voit pas bien comment on pourrait être plus en veine que maintenant.

On va ensuite dans un des resto préférés de Rika et Koji, spécialité nouilles. Je prend comme Koji (menu morfale), pendant qu’Ophélie prend comme Rika (nouille et tempura de légume). On se régale.

Nos amis nous redéposent au camping et avant de se dire au revoir, Koji se ramasse avec le vélo d’Ophélie et Rika nous offre des petits koinobori à mettre sur nos vélos, c’est des fanions en forme de carpe qu’on voit partout en ce moment. Ça symbolise la fête des enfants, le 5 mai.

Pourquoi une carpe ?

les Japonais la considèrent comme le poisson le plus vif, le plus énergique et si plein de vigueur qu’il peut se frayer un chemin jusqu’à contre-courant des ruisseaux ou des des cascades”. Ce symbolisme de force et de persévérance de la carpe prendrait sa source dans un ancienne légende chinoise selon laquelle de tous les poissons du Fleuve Jaune remontant le fleuve, seules les carpes ont réussi à passer la cascade du Dragon, s’envolant alors vers le ciel en se transformant en dragons.

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Parfait pour le voyage à vélo, merci les amis !

Le lendemain, on apparaitra dans la gazette locale :a

Bon, j’ai pas trop le temps de tout vous traduire mais il est question de beau-gosses, de Mont St-Michel, de grand honneur et du plus beau camélia jamais dessiné.

  • 04/05/17  … – Takanabe = 32 km / +230m

Il a plu pratiquement toute l’après-midi de la veille et ça menace pas mal le matin. Il se remet à tomber des gouttes en plein petit déjeuner, le pire moment, quand tout est en bordel par terre et qu’on fait saucette sur les œufs au plat. L’ondée passée, le ciel devient plus clair et on décide de plier et de repartir. Nous sommes désormais des carpes vaillantes et vigoureuses qui vont se frayer un chemin à travers la flotte pour s’envoler vers le ciel, rien ne nous arrêtera !! Yahhhhhh !

Mais on la joue carpette au bout de 30 km et 3 averses et plantons la tente sous le crachin dans un camping gratuit en bord de mer, le moral dans les nageoires. On papote avec un surfeur-campeur, ancien coiffeur-styliste à Tokyo qui, suite aux gros tremblement de terre de Kobe et au tsunami de Fukushima, s’est dit que « flûte, la vie est trop courte pour passer son temps à bosser comme une brute, profitons un peu ». Une exception au Japon le gars, où faire carrière reste une priorité pour une grande majorité et où les vacances sont difficiles à prendre pour les autres. Koji n’a pas pu en prendre ces 10 dernières années. IMG_2942

  • 05/05/17  … – après Miyazaki = 63 km / +200m

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Temps couvert encore mais le plafond est plus haut alors on repart à peu près confiant et on frétille à nouveau quand le soleil apparait en fin de matinée, carpe diem ! Mon vélo se transforme en séchoir ambulant.

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Pause pique-nique en bord de plage avec petite baignade pour se mettre en appétit. IMG_2953Je fais joujou dans les vagues au milieu des nombreux surfeurs. Ce sport de glisse connait un succès fou ici, le pays s’y prête idéalement et les pratiquants ont tous les âges. C’est beau à voir, ils n’en font pas pour se la raconter, juste pour la beauté du sport.IMG_2952

On continue à longer la côte, les palmiers se font de plus en plus présents et on surprend parfois des singes au détour d’un virage.

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En fin d’après-midi, le temps se gâte à nouveau mais on a la chance de tomber sur un petit camping installé dans une ancienne école. La tente est montée avant la bruine et on mange sous un toit pendant la pluie. Ophélie ouvre un paquet de cacahuète et on se dit que ça irait bien avec une petite bière. 5 minutes plus tard, un campeur se pointe et nous offre une grande canette bien fraîche.

Serions-nous dans un endroit magique où il suffit de penser très fort à quelque-chose pour que ça se produise ? On a pensé très fort à des cheeseburgers mais on dû se contenter des nouilles et du tofu.

  • 06/05/17  … – après Kushima = 78 km / +750m

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Beau temps, belle route déserte, montées, descentes, pique-nique en bord de plage.

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On mange nos sandwichs face à la petite île de Kojima, 3,5 km de circonférence. Elle est connue dans le monde des primatologues car une communauté de singe y vit et leur comportement y est étudié depuis très longtemps. C’est ici qu’à pu être vérifié des comportements d’imitation quand les chercheurs ont observé une femelle laver des patates douces dans l’eau de mer et être ensuite copiée par ses congénères. Comme chez les humains, les singes apprennent par imitation.

Alors pourquoi Ophélie ne sait toujours pas réparer une crevaison ? Elle m’a vu le faire des dizaines de fois ! Et pourquoi je ne sais toujours pas laver correctement des vêtements ? Mystère.

Bivouac en bord de mer, loin de tout (mais juste à côté d’un super parc avec toilettes et herbe rase qu’on croisera le lendemain en repartant). Alors qu’on se fait la gueule pour une sombre histoire de poche à eau (il suffit de pas grand-chose parfois après 5 ou 6 heures de vélo) une dame pique-niquant non loin avec son mari vient nous offrir une bière et des pâtisseries japonaises qu’on adore (pâte de riz gluant fourré avec une purée de haricots sucré). Y’a un peu d’Iran dans ce pays en ce moment, on a des cadeaux tous les jours.IMG_3002

  • 07/05/17  … – Oosaki = 29 km

Courte étape, on en a plein les jambes, il faut qu’on fasse un vrai break. Les derniers jours de repos ont été imposé par la pluie et quand il pleut, on ne se repose pas, on déprime comme des loques en soupirant. Cette fois, on tombe sur un camping de rêve : dans une pinède, avec tables (disposant de prises électriques !!), plage à 3 minutes à pied et wifi gratuit !! Enfin !

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Le camping est désert et Hiro, le tenancier anglophone, nous chouchoute en nous offrant un vrai café, un emplacement de choix et une nuit offerte sur les 3 que nous y passerons. Quand on voudra le payer pour la 3eme nuit, il dira « non, le ciel est couvert aujourd’hui, c’est gratuit pour vous ! Un p’tit café ? ».

  • 08 & 09/05/17  Oosaki = repos dans la pinède

Enfin une journée de repos avec le soleil ! Les criquets se réveillent et des espèces de sandflies viennent nous enquiquiner, on dirait qu’elles veulent pondre leurs œufs dans nos yeux.

Des cyclos sont arrivés hier soir très tard et on fait connaissance le matin.IMG_3009

Le mec a 71 ans et sa femme 67 ! Et ils dorment à la dure dans une toute petite tente pendant leur périple de 10 jours au sud de l’île. On leur offre des petits pamplemousses et ils nous donnent du chocolat. J’essaye son vélo, une plume de 10 ou 11 kg, ça fait envie ces p’tits gravelbikes.

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Le lendemain, c’est pluie à nouveau pendant une bonne partie de la journée. Alors c’est blog à fond avec 3 articles mis en ligne pour Bibi et tricotage de bonnet pour Baba, au chaud dans le bar du camping. Il sera peut-être fini dans 8 ans ce bonnet.

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Demain le giclomètre sera remonté à son plus haut niveau et les carpettes pourront s’envoler vers d’autres plages, un château, des montagnes et un volcan.

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Shikoku sur des VC, la suite

  • 23/04/17 … – Ochi = 57 km / +400m

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    Petit repas de bivouac en toute simplicité : restes de pancake du matin, patates douces bouillies, nouilles japonaises au sarrasin et poêlée tofu-oignon sauce au gingembre.

Ça devient lassant d’écrire « superbe étape le long de rivières turquoises » mais on fait une superbe étape le long de rivières couleur lapis-lazuli. J’adore ce mot « lapis-lazuli », on dirait le nom d’une planète lointaine.

  • Lieutenant, mettons le cap sur Lapis-Lazuli !
  • Mais, Commandant, cette planète est infestée d’ignoble Trugoulfe !
  • C’est quoi ça encore ?
  • C’est pire que des Vietnamiens dans un karaoké
  • Ok, cap sur Shikoku alors ! Armement des toboggans !
  • Armement des quoi ?
  • Laissez tomber lieutenant, c’est une vieille blague terrienne

IMG_2613IMG_2612Après une bonne montée et une cannette de café offerte par un automobiliste, on s’arrête sur une aire de repos pleine de motards. Ils ont des super engins ici : de belles Harley-Davidson et beaucoup d’anciennes Kawasaki et Honda très vintages. IMG_2621L’ancien Fred adore les motos mais le Green Fred, ce connard bobo, les dénigrent : encore un joujou onéreux, bruyant et dangereux qui brûle du pétrole pour rien. Mais la vérité c’est que pour le prix d’une Harley moyenne, on peut voyager 2 ans à vélo. Le choix est vite fait. Rien qu’avec le prix de l’assurance, on se paye 2 belles paires de roues par an. Et même, soyons fous (et cons), des Marathons Plus, le luxe totale ! Bon, j’cracherai pas sur un p’tite 883 si on m’en donne une, faut pas déconner. Mais avec le plein hein !

Un stand vend des brochettes de viande grillée. Y’a du lard donc impossible de résister.IMG_2628

On arrive en début d’après-midi dans un grand parc en bord de rivière où l’on peut camper gratuitement (et légalement). Des japonais pique-niquent en famille, c’est champêtre. Ils regardent les 2 gaijins qui vont se rincer dans l’eau glacée. Pour me changer les idées, j’écoute un podcast sur Poulidor, passionnant.IMG_2634

  • 24/04/17 … – avant Shimanto = 81 km / +820m

Le spot pour la tente était bien choisi et le soleil a vite fait de nous réchauffer après une nuit très fraîche à nouveau. Une fois n’est pas coutume, on allume le téléphone pour voir les résultats du 1er tour et un message laconique de ma génitrice fait tout de suite tomber le couperet : la raciste VS la tête de gondole. Paf dans la gueule.


On est très triste. Mais respectons le choix du peuple, respectons la médiocratie… heu pardon la démocratie. Le peuple a fait le choix des médias, respectons ce choix.

Donc Le Pen VS Macron, le repli sur soi VS la marionnette au service de l’oligarchie et du statu quo.

Mais c’est génial en fait ! Avec Ophélie, on avait tellement peur de ne pas reconnaître notre pays en rentrant, là on est rassuré ! Là on est sûr que personne ne va toucher à l’égalité sociale, à la démocratie ni à l’écologie. Super ! Les riches vont pouvoir continuer à amasser encore plus sur le dos de ces cons de prolo et de( ces pitoyables classes moyennes, très très moyennes. Et franchement, tout ces acquis sociaux débiles qui empêchent la France d’être aussi compétitive que le Bangladesh, il est temps de faire place nette ! Des fous prétendent que les gains de productivité et les progrès techniques devraient permettre de ne travailler que 20h par semaine, grand max. N’importe quoi !! Ils doivent servir à augmenter les dividendes versés aux braves actionnaires ! Point barre ! Si on commence à répartir les richesses, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! J’ai pas raison ?

Les financiers et les économistes vont continuer à diriger le pays, on peut leur faire confiance, ils ont fait leur preuve ! GE-NIAL !

Alors on entend des insoumis, des défenseurs d’un potentiel tyran, d’un dictateur, d’un Staline gaulois, on les entend dire (liiiiisssste nuuuuuméroooootéééééeeee !!!) :

  1. Heu ouais mais c’est quand même à cause des financiers qu’on a connu une crise financière non ? ===> non, c’est à cause des bougnoules qui touchent le RSA et des ouvriers qui prennent trop de pauses. Sans parler des intermittents du spectacle qui ruinent la nation.
  2. Le banquier n’avait même pas de programme avant de démarrer sa campagne, il a des principes et des idéaux ? ===> Hé ho, espèce d’anarchiste, on fait du business là, laisse faire les grands, va jouer à la Wii.
  3. Et les entreprises qui délocalisent, ne payent pas d’impôts et versent plein de dividendes et de stock option, c’est normal ? ===> ha ha ha, saleté d’insoumis, tu ne comprendras jamais rien à rien à la compétitivité. On ne va tout de même pas filer des tunes à ceux qui font tourner les boîtes, si ?
  4. En 2002, c’était un choc de voir le FN au 2eme tour, là c’est normal ? ===> oui oui, pas de soucis, démocratie. Ne retenons surtout pas les erreurs du passé.
  5. Heu, mais ça choque personne que 1% des plus riches possèdent plus de la moitié du patrimoine mondiale ? ===> non, sale bolchevique, c’est dans l’ordre des choses. Les riches méritent d’être riche, et même encore plus.
  6. Et la planète sinon ? Les enjeux climatiques, tout ça tout ça, on fait quoi ? ===> Rien, on verra plus tard petit hippy ridicule. Il faut d’abord penser printemps : un beau pré verdoyant (impeccable grâce au fabuleux Round-up de Monsanto), des fleurs de lys et plein de mouton broutant paisiblement. Avec de la merde plein les yeux.
  7. Et le vent de l’insoumission, vous le sentez ? Vous n’avez pas peur qu’il ébouriffe vos moutons et qu’il arrache vos putain de fleurs de lys ? ===> Sécurité !! Sécurité !! On a un terroriste !! État d’urgence, vite !

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dans 5 ans, le bout du tunnel !

Nous, ce vent insoumis, on l’aime bien, il nous souffle dans le dos et on se fait une belle petite étape encore avec de l’océan puis une grimpette nous dévoilant toutes les nuances de vert pétant.IMG_2640IMG_2648

En cours de journée, le temps devient très menaçant et la pluie tombe lorsqu’on fait nos courses au supermarché. Alors on prend notre temps et on achète plein de cochonneries. La pluie cesse, on repart et on monte la tente in extremis dans un parc avant que la pluie ne s’abatte à nouveau.

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  • 25/04/17 … – Tosashimizu = 73 km / +500m

Les nuages menacent toute la journée à nouveau mais on arrive sec au camping visé. Demain la météo annonce une nouvelle journée complète de pluie. Plein de bouffe => OK. Abris => OK. Le soir, 2 vieux débarquent, ils parlent un peu anglais et on papote longtemps. Ils ont 73 et 67 ans, ils campent à la dure et se font des randos à pied, impressionnant. Ils nous offrent une boîte de chocolat, de quoi tenir durant la triste journée du lendemain.IMG_2687

  • 26/04/17 Pluie totale

La fin du monde, il flotte pendant plus de 16h d’affilée. Le chocolat n’a pas duré longtemps, ni la batterie du netbook après 2 films sous la tente. J’en profite pour nettoyer les chaînes à l’essence, on aura l’impression de rouler sur des vélos neufs ensuite. Premier nettoyage en près de 5000km, c’était pas du luxe.

On n’est pas trop d’accord avec la pluie, on est même plutôt contre. Ou alors pas là où on est.

  • 27/04/17 … – Ainan = 73 km / +690m

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Beau temps de retour, on overkiffe et la route continue de port en port. On file 40 km vers le ferry et pique-niquons en attendant le départ pour l’île de Kyushu, affiché à 16h. On arrivera de nuit à destination mais on est rodé maintenant. Mais alors qu’on attaque le yaourt, en plein touillage du sucre, un gars de la compagnie se pointe et nous explique que le bateau a un soucis technique et qu’il n’y a plus de traversée pour les 3 prochains jour. Ophélie est bouleversée, c’est quelqu’un de très organisé, même en plein touillage de sucre. Alors je la laisse manger du chocolat . Moi, je ne suis pas contre le fait que Shikoku nous retienne encore un peu plus, et le prochain port n’est qu’à une centaine de kilomètres vers le nord.

On remonte sur les vélos et prenons la route côtière à la place de l’axe principal, plus direct. J’aurais dû zoomer un peu sur le GPS, j’aurais deviné que ça allait être sport : on passe 15 km sur des montagnes russes avec nombreux passage au-delà de 10%. Ophélie se souviendra longtemps de ça et me ressortira souvent « tu me fais plus le coup de la route 7 hein ?! ». J’avoue que c’était dur, surtout qu’on était censé faire la sieste dans un ferry, à la base.IMG_2704

En fin d’après-midi, on se trouve un parc en pleine ville avec toilettes-pour-se-laver -discretos-en-calbart-préviens-moi-si-quelqu’un-arrive. Des joggeurs passent en nous disant bonjour et le gardien vient nous dire que c’est interdit de camper. On fait ceux qui comprennent pas et on passe une nuit tranquille. Sauf quand une fofolle vient nous réveiller super tard (21h30) pour nous inviter à prendre une douche chez elle. C’était assez bizarre mais sympathique.

  • 28/04/17 … – Seiyo = 78 km / +870m

Longue étape entre mer et montagne, usante pour les cuisses. C’est jamais plat et 6% est le tarif minimum. Heureusement qu’il y a beaucoup de tunnels à travers ces pentes escarpées sinon on y serait encore. On croise nos pèlerins qui vont de temple en temple autour de Shikoku, avec leur chapeau traditionnel, le bâton gravé et le gilet blanc. C’est le St Jaques de Compostelle japonais, des gens viennent du monde entier pour le faire, on a croisé quelques bouddhistes occidentaux.IMG_2727

On fait la pause déjeuné (celle entre le 2eme gouter du matin et le 1er gouter de l’après-midi) sur une aire de repos et on digère avec les pieds dans une source d’eau chaude à l’entrée d’un onsen. Y’a même des petites serviettes pour s’essuyer. De discrets haut-parleurs diffusent une musique zen traditionnelle, la même que dans Zelda. Je détestais ce jeu, je finissais par tuer des poules au bout de 10 minutes.

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Comme souvent, on vise le bord de mer pour bivouaquer mais c’est l’échec cette fois et on se tape 4 km de détour et 2 bonnes grimpettes pour rien, on est lessivé. Alors on continue et on finit par trouver un spot au calme, en plein champs, juste avant le coucher du soleil.IMG_2738 On est bien, on se fait la tambouille et on s’apprête à aller se mettre au chaud quand un gars accompagné de son fils vient garer sa bagnole juste à côté de notre tente. Que… Quoi… ? Mais il peut pas aller ailleurs bordel, on est en plein champs, loin de tout ? Comment elle va faire pour aller pisser Ophélie ?

Le gars sort et nous explique qu’il va y avoir un feux d’artifice ce soir et qu’on est aux premières loges. Génial, le coup de pot ! Vraiment, on pouvait pas avoir mieux pour notre dernier jour sur Shikoku.

Donc, en effet, plein de voiture débarquent et viennent se garer derrière, surréaliste.IMG_2759

On attend un peu, en se disant que ça va être un petit truc mignon, surtout pour des habitués des Nuits de Feu de Chantilly. Et BADABOOOUUUMMMM ! Superbe spectacle de 20 minutes avec des explosions impressionnantes faisant écho dans les montagnes !IMG_2777

Y’a des jours ou tu te dis que tu passerais bien toute ta vie sur un vélo, et des jours comme ça, on en a beaucoup au Japon.

Attendez un peu de voir l’île de Kyushu, un feu d’artifice de paysages et de chaleur humaine. Avec quelques bières et des motards pour commencer.P1120207


 

Les Animaux de la route

Ça faisait longtemps, n’est-ce pas ? Bah c’est qu’on manquait de sujets intéressants et je n’allais quand même pas pousser le vice jusqu’à les écraser moi-même. « Éclater » serait probablement le terme le plus approprié. Et figurez-vous que des amis cyclos m’ont carrément envoyé des photos ! Toujours avec un p’tit mot gentil, du genre « tiens, on a pensé à toi ! », sous-entendu : « mets la photo sur ton blog, le notre est lu par des écoles et des maisons de retraite, faut que ça reste clean ».

Donc on commence en douceur avec la photo de Coco et Lolo, prise en Espagne entre Bilbao et Madrid : un vautour de belle envergureIMG_1443

Ouais elle est naze, je me serai certainement arrêté pour prélever une belle plume mais je n’aurais même pas sorti l’appareil photo, ça manque de couleur, on ne sent pas l’impact. Je dirais même que ça manque de vie. Peut mieux faire. J’attends du lourd de votre part les amis : du lama décapité, du chien en bouilli, de la vigogne en charpie ! Vous êtes en Amérique du Sud, une terre d’espoir et d’opportunité que diable !

Enchaînons avec la photo de nos Fatbikers Marie-Line & Jeremy, prise au Vietnam :20170413_154922

Là y’a de l’impact, du mouvement ! Là c’est beau ! Un simple poulet, sans fioriture, j’adore. Bravo ! Est-ce l’empreinte de vos gros pneus qu’on voit sur la chaussée ?

Et on finit par la mienne, un classique de la catégorie « peau retournée » : de l’impact, c’est certain, mais je pense que le corps a été déplacé, chaussée bien trop propre.

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Alors chapeau à celui ou celle qui arrive à trouver l’animal à l’origine de ce chef-d’œuvre.

Par chance, nous en avons vu un autre dans un bien meilleur état quelques jours après. Il n’était pas encore mort mais pas loin, je reconnais que ça faisait mal au cœur, il aurait fallu l’achever

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C’est un Tanuki, ou chien viverrin, ou encore chien raton-laveur (les vrais raton-laveurs ont des doigts et non des coussinets). Un canidé qui hiberne. Pas bien réveillé au printemps, il a tendance a traverser la route sans regarder. Et paf le chien.