Les routes à la sauce Sichuan

J 199 à 209 / de Chengdu à Xichang / 553 km

  • 20/10/16 Chengdu – Meishan = 93 km
  • 21/10/16 Meishan – Chengdu – Meishan = en bus, pour consultation médicale
  • 22/10/16 Meishan – Leshan = 83 km, ça va, c’est pas si grave
  • 23/10/16 Leshan = visite du Bouddha géant
  • 24/10/16 Leshan – Ebian = 98 km / + 1320 m
  • 25/10/16 Ebian – Ganluo = 106 km / + 1580 m
  • 26/10/16 Ganluo – qqpart sur la S208 = 42 km / + 910 m
  • 27/10/16 … – Yuexi = 42 km / + 750 m
  • 28/10/16 Yuexi = repos
  • 29/10/16 Yuexi – Luguzhen = 77 km / + 1450 m
  • 30/10/16 … – Xichang = 54 km / +

    tripline

    Cliques pour agrandir

Les routes sauce Sichuan, c’est comme les plats, tu sais pas trop sur quoi tu vas tomber et des fois ça pique fort.


 

On part donc des chez nos amis australiens Sarah et Scott, on serait bien resté 2 semaines de plus mais on risquait vraiment de se transformer en loukoums géants. Et on a quand même hâte de quitter la pollution et de pédaler à nouveau après ces 11 jours d’interruption.

La sortie de Chengdu se passe en douceur grâces aux voies réservées aux 2 roues et on se retrouve vite à filer dans une espèce de campagne post-apocalypse, le smog planant toujours au-dessus des plantations. On traverse quelques bleds animés, les gens sont souriants et on créé l’attraction lorsqu’on s’arrête pour manger dans un petit resto. Comme on ne comprend rien au menu et qu’il n’y a pas de photos, on choisit au hasard. On est assez débile pour prendre tout les 2 la même choses, histoire de maximiser le risque d’échec. L’échec pouvant se traduire par des abats, un truc hyper épicé ou le summum : des abats hyper épicés. Mais pas de mauvaise surprise cette fois, des petits morceaux de viande non identifiée sautés avec des légumes inconnus, très très bon. Les portions sont généreuses et on partira en bon crevard avec les restes et du rab de riz, ce dernier étant servi à volonté.

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Je n’ai pas pris de photo sur cette étape, donc je mets un chaton pour meubler un peu

On arrive rapidement à Meishan et tombons avec chance sur un hôtel pas cher qui nous accepte, l’étape était de type hollandaise et on est en pleine forme. Cependant, Ophélie a un pépin inquiétant, rien de grave mais du genre qui pourrait suspendre le voyage, donc on flippe à mort et on contacte l’assurance. Décision est prise, on file à Chengdu en bus le lendemain pour voir un docteur dans un bel hôpital pour gentils blancs expatriés, nos affaires restants à l’hôtel. A 120 € la consultation, heureusement qu’on se fera rembourser. On fait vite, le Doc nous file un traitement, on espère que ça suffira et on retourne à Meishan retrouver Pottok et Bourriquet (c’est les noms ridicules de nos vélos, on les appelle jamais comme ça dans la vrais vie).

Le lendemain, Xena (c’est le surnom trop classe d’Ophélie, on ne l’appelle jamais comme ça dans le vraie vie) se sent d’attaque et on claque 83 km comme des fleurs. Je dirais même comme des tulipes vu que c’était encore tout plat.

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Lumière dégueulasse ==> on shoote en noir & blanc

Le midi, on s’arrête dans un petit resto, on dirait un garage ou un petit hangar mais les gens sont adorables et nous laissent aller en cuisine pour montrer ce qu’on aimerait. Et on se régale. Riz à volonté, la classe comme au Flunch !img_7650

A Leshan, on se pose dans un hôtel humide et déambulons le soir devant les nombreux stands de bouffe. Je craque pour des patates sautées accompagnées de tofu frits beaucoup trop épicé pour le palais d’Ophélie. Je finis le repas en sueur avec une grosse envie de glace ou de yaourt. Ophélie se rabattra sur des sushis, des vrais faits devant nous.img_7668

En écrivant, je me rends compte qu’une phrase sur 2 parle de nourriture… Je me demande ce qu’en dirait mon psychanalyste ardennais adoré… probablement un trouble remontant à l’enfance…img_7664

Dis maman, quand tu m’enfermais dans la cave pendant plusieurs jour parce que j’avais eu moins de 18/20 en dictée (==> problèmes d’orthographe 25 ans plus tard, inévitable), tu me détachais de temps en temps pour que je puisse ramper jusqu’à la gamelle du chat ou pas ? Ma mémoire me joue des tours (conséquence probable de mes nombreuses « chutes dans les escaliers »).

Aaaaah, les bons vieux souvenirs d’enfances ! Pardons, je m’égare.

On profite de notre passage à Leshan pour se fondre dans la masse des touristes chinois et aller jeter un œil au Bouddha géant. J’ai réussi l’exploit, un poil suicidaire, de réveiller Ophélie aux aurores et on entre au parc peu après l’ouverture. De nombreux guides, à la voix délicieusement amplifiée par une enceinte qu’ils portent à la ceinture, mènent des groupes de chinois avides de culture, d’histoire et de patrimoine. Non je plaisante, ils passent leur temps à faire des selfies en pensant au prochain repas. Anguille ou tortue, gros dilemme.img_7804

On fonce le long des marches, faut aller au Bouddha avant la cohue, après on sera peinard pour se balader dans le parc. La file d’attente est courte mais déjà présente, on s’insère, l’accès se resserre, comme un entonnoir, pour accéder aux marches étroites taillées dans la falaise, flash-back de douane kazakh, ok faut se battre. img_7695Les chinois sont 1,3 milliards, ils ont l’habitude de s’entasser de temps en temps, pas nous. On pète un câble dans cette marée humaine et menaçons ceux qui nous bousculent. On menace en français mais le ton et le geste sont explicites, et on mets quelques coup de coude pour être sûr que le message passe. L’autre gourdasse devant me soûle avec sa perche à selfie, elle est contente, elle aura un français qui fait la gueule sur la moitié de ses clichés. Bon, ça nous fait quand même marrer tout ça, ça fait partie du folklore. Même le fait qu’il se soit donné le mot pour tous bouffer de l’ail au petit déj’.img_7698

On arrive au pied du Bouddha, impressionnant avec ces 71 m de haut, ses yeux de 3 m de large et ses oreilles de 7 m, plus grandes que celles du Prince Charles, incroyable.img_7715 Derrière nous, un mouton crevé vogue tranquillement sur la rivière Min. Bizarrement, je suis le seul à le prendre en photo.p1110182

Copié/collé Wikipedia :

Le Grand Bouddha de Leshan est une statue monumentale de Bouddha taillée dans la falaise du mont Lingyun (, língyún shān, « la montagne qui monte dans les nuages »), sur la rive est de la rivière Min dans la région du mont Emei, au Sichuan. Édifié approximativement entre 713 et 803, il doit son existence — dit la légende — à un moine bouddhiste qui souhaitait protéger les marins empruntant le périlleux confluent des trois rivières : Dadu he (大渡河), Qingyi jiang (青衣江) et Minjiang (岷江) et prévenir les inondations de la ville de Leshan. Il se situe au sud de la province du Sichuan, en République populaire de Chine.

Ce site, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1996, et premier lieu d’établissement en Chine du bouddhisme (dès le premier siècle de notre ère), est, par ses dimensions, le plus grand Bouddha du monde antérieur au XXe siècle1,N 1, et la plus haute statue de Maitreya, avec ses 71 mètres de haut pour 28 mètres de large2.


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On remonte la falaise par un autre escalier, heureusement car on n’était pas armé, et pouvons désormais déambuler dans le reste du parc, presque seuls. La plupart des chinois viennent uniquement pour le Bouddha, clic-clac Kodak et bye-bye. Mont-St Michel – Paris – Rome – Sochaux -Venise – Londres – Barcelone en 7 jours, donc 7 minutes suffisent pour le Bouddha (après les 3 h de queue pour les lève-tard).img_7809

Et c’est dommage puisque le parc est de toute beauté et c’est là qu’on ne regrette pas d’être venu.

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Retour à Leshan, des petites brochettes avec du riz sauté et au dodo. On ne le sait pas encore, mais va falloir être en forme pour la suite.

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Je crois qu’on n’avait pas bien regardé le dénivelé sur Openrunner, on s’attendait à du plat. Mais en fait, c’est mieux de ne pas savoir des fois, c’est trop dur mentalement de te dire que tu vas devoir faire 98 km sans jamais voir un coin de bivouac, pédaler 7h30 sans vraie pause, grimper 2 cols dont 1 sous la pluie et faire un finish de nuit sans éclairage. img_7832Là, comme on ne savait pas, on s’est régalé, sauf au milieu quand on s’est rendu compte du truc. Les paysages étaient certainement grandiose, faudra refaire le parcours sans le brouillard. Faudra aussi choisir autre chose au menu car en chemin (juste avant la grimpette, burp), on s’arrête dans un boui-boui et on fait un double échec : la même chose pour tout les 2, la chose étant des tripes. On est vraiment trop con quand on a faim. Malgré l’odeur, c’est plutôt correct en fait, je finis mon plat et traîne une bonne haleine de chacal toute l’après-midi. Ophélie fait la tronche et ne mange qu’un demi-bol de riz. Elle devient très efficiente, c’est bien. 1 bol de riz au 100 km, on frôle le métabolisme parfait.

A Ebian, une gentille maman (comme quoi, ça existe) nous conduit à un hôtel. Un resto gagnant (pas de tripes, pas de piments, que du bon) et au pieu, on s’endort avant de bailler.

Le lendemain, c’est opération « route interdite aux étrangers ». Notre pote Sebaroudeur (c’est pas son vrai nom, il s’appelle Chantal en fait, comme vous l’aurez deviné) nous a prévenu : « Prenez pas à gauche les Panardos ! c’est l’Enfer du Devoir avec 1 col dans la gadoue, une horreur !! Pire que mon slip un lendemain de fête !! ».

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Oui, on est des aliens dans ce pays, pas juste des étrangers, des aliens.

Alors on passe en mode Ninja furtifs, Ophélie enlève son drapeau, on met casquette + lunettes de soleil + cache-cou sur le visage. On est carrément invisible ! Et je chante en chinois pour parfaire l’illusion.

Dans le doute on sert un peu les fesses et on roule le plus vite possible. Au bout de 15 km, probablement suite à la dénonciation d’un chinois particulièrement observateur, la police débarque avec le gyrophare et nous stoppe. Ophélie me sort son « tu vois, je te l’avais dit, tu faisais le malin avec tes chansons à la con et on s’est fait choppé ! ». Contrôle des passeports… blablabla… route interdite… blablabla… éboulements… blablabla… route bloquée…zone militaire…blablabla…faites demi-tour…blablabla… vous voulez un Mc Morning ?…

Bon, déjà, faudrait qu’ils s’accordent sur le pipeau, c’est un éboulement ou une zone militaire ? Petit résumé du dialogue qui s’en suit (un peu édulcoré, une discussion via un traducteur de smartphone et un mauvais anglais n’est pas très marrante) :

  • Policière chinoise : vous devez retourner à Ebian et prendre l’autre route !
  • Nous : Ouech garde la pêche cousine, y’a pas moyen ! Notre pote Chantal nous a dit que l’autre route était mortelle. Il parlait de son slip aussi, on a pas tout compris
  • C’est qui Chantal ?
  • Bah c’est Sebaroudeur !
  • Ah d’accord ! C’est plus clair maintenant. Mais, non, vous ne pouvez pas passer
  • On ne peut pas, l’autre route est trop dure et on est des grosses merdes !
  • Mais si, vous le pouvez, vous êtes les Panardos voyons
  • Comment vous le savez ?
  • La police chinoise sait tout cher Fredounet
  • Truc de ouf ! Y’a que ma mère qui m’appelle comme ça !
  • Ça aussi on le sait. Allez, zou maintenant, demi-tour les tafioles

Mais on sent qu’ils ne sont pas très fermes les deux policiers alors on continue à dire qu’on peut pas, que l’autre route est bloquée… Ophélie tente un pathétique « Sivouplé ! Sivouplé ! Sivouplé ! On passe vite fait et on revient pas ! Sivouplé ! On dira qu’on n’a pas vu la grosse usine de tanks qui vont envahir l’Europe et la grosse usine de missiles qui vont bombarder les USA sauf Chinatown ». Ils sont gênés, ils sont prêt pour le FINISH HIM. Je leur sors en toussant, ma vraie toux grasse que je traîne depuis Chengdu, ça y est elle sert à quelque-chose, je leur sors : «  Tufff tufff tufff ! Je suis malade, je ne peux pas aller sur l’autre route dans la montagne, tufff tufff ! » Les 2 derniers tufff étaient faux, ils n’y ont vu que du feu. Là elle appelle son boss et – bingo – on peut continuer sous leur escorte.

Alors ils nous suivent tranquillement pendant 20 km jusqu’à… un mur en ciment ! 1m50 de haut, 1m d’épaisseur, sur toute la largeur de la route. Donc, en effet, elle était bien bloquée. Mais d’après la rumeur, il y aurait bien des usines stratégiques le long de cette route, certains parlent même d’un site d’extraction de kryptonite. Nous n’avons vu que des fonderies.

Ils nous aident à porter notre bardas par-dessus la glissière de sécurité, on se sert la main avec le sourire et c’est parti pour quelques très beaux kilomètres sur une route rien que pour nous.p1110210

On prend un tunnel de 5 km et changeons de vallée. Le temps se dégage et devient agréablement plus sec. Après une pause resto dans un petit village, on enchaîne avec une route sinueuse, montées/descentes non-stop. img_7841Ça devient physique et on ne trouve absolument aucun coin pour poser la tente, c’est soit en pente, soit cultivé, soit bétonné, soit une décharge sauvage, soit un beau mélange de tout ça. La journée part complètement en cacahuète lorsqu’on traverse des zones de travaux, ils sont fans de tunnel, ils en font partout. Les camions de chantier nous malmènent, on est fatigué, on voudrait camper mais rien ne vient. On demande l’hospitalité dans un baraquement pour travailleurs, le gars est sympa mais il ne peut pas, c’est pas le chef. Ô que l’accueil des pays précédents nous manque à ce moment là.p1110212

Alors on continue, la nuit va tomber, on se mange du 10 % avec un gros vent dans le dos heureusement. On finit pas atteindre la ville, perchée sur une colline. Les hôtels ? En haut de la colline évidemment. Alors on se tape la traversée de Ganluo, en montée, au milieu de la fourmilière chinoise : voitures, scooters, camionnettes, pousse-pousses, klaxons, piétons , têtes de canard, pattes de poulet et musiques criardes sortant des magasins. Mais on est zen après 7h30 de vélo, merci l’endorphine, et on cherche tranquillement l’hôtel le moins cher. Dernier effort pour porter les vélos et les sacoches dans la chambre, journée mémorable.

On est d’attaque le lendemain, les jambes dures mais fonctionnelles. On se retrouve vite sur une petite route de campagne très agréable, très auvergnate dirais-je. Ça monte comme j’aime, du 6 ou 7 % en lacet, beau bitume, peu de trafic.

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petit passage à 11%, en souplesse

On traverse des petits villages pittoresques avec les maisons peintes en blancs, les toits aux tuiles relevées au bout et du maïs séchant sous l’avancée. Les gens, pour la 1ere fois, nous semblent très froids. Ils ne sourient pas et ne répondent pas à nos saluts ou à nos « Nihao », ils nous suivent d’un regard vide. Je pense que notre beauté les subjugue, on ne peut pas leur en vouloir. La pente se raidit mais c’est beau et les 10 % s’enchaînent bien. Dans un mini-bled, on s’offre un coca, le 1er depuis au moins 800 ans, et demandons s’ils ont des œufs. Ils nous font coucou avec la main, ça veut dire non en chine. Ok, y’a au moins 12 poules dans un rayon de 5m mais ils n’ont pas d’œufs.

Quelques centaines de mètre plus loin, on voit le St Grâââââââl mes frères ! Un spot de bivouac, à peu près herbu, à peu près plat, au bord d’une rivière ! Yeaaahhh !! Il n’est même pas 14h mais on se dit qu’il serait plus sage de ne pas bourriner aujourd’hui histoire d’en garder sous le coude pour la suite. p1110224Alors on monte la tente – bonheur – et je m’offre un atelier changement de patin de frein pendant qu’Ophélie va baver sur son oreiller. 8500 km pour ce 1er changement, vive les V-brake ! p1110225

Le lendemain, on boucle 42 km dans la matinée et nous posons dans un hôtel à Yuexi. On est plus fatigué qu’on ne veut bien l’admettre et la pluie du lendemain nous donne un bon prétexte pour rester glander toute la journée.p1110234

On repart donc en pleine forme et avalons sereinement les 1400m de D+ pour arriver au col à 3000m. Le temps est couvert, on ne voit pas à 20m en haut, il fait 5°C mais j’aime bien cette ambiance. Ophélie aussi, sauf la côte, le froid et le brouillard. p1110232Sur l’autre versant, le temps est plus clair et nous permet de foncer en descente pour arriver transi au bled suivant. On avait prévu de camper mais on caille et on ne sait vraiment pas si on trouvera un coin plus loin. Alors on va à l’hôtel. Hop, à peine le temps de s’installer et de commencer à siroter une infusion que les flics débarquent. Via une nana parlant anglais au téléphone, on apprend qu’on ne peut pas rester dans cet hôtel pour des raisons de sécurité et qu’on doit suivre la Gestapo pour aller dans un autre hôtel (sûrement très cher et pas sur notre route) à 7 km d’ici. On refuse et expliquons qu’on va aller camper, qu’on est des super aventuriers de l’aventure, qu’on a pas besoin des flics, tout ça tout ça. Et les mecs sont ok. Va comprendre.

Il est encore tôt et nous remontons sur les vélos en quête d’un nouveau Graal. Mais c’est la loose totale, on ne trouve rien de rien sur près de 20 km, même sans faire les fines bouches. Y’en a marre, on atterrit encore dans une ville, il faut encore aller à l’hôtel et même pour ça on galère :

  • le 1er est trop cher, impossible de négocier. Dommage y’avait un ascenceur.
  • le 2eme est ok mais il faut qu’ils nous enregistrent dans leur système. Ils galèrent pendant 45 minutes avec nos passeports avant qu’on les reprenne et qu’on file au suivant. Ils sont fatiguant parfois ces chinois
  • le 3eme est ok et les mecs s’en tapent un peu de l’enregistrement. Mais faut se coltiner 3 étages et ensuite réclamer un pommeau de douche, des serviettes et une bouilloire électrique. On n’est pas au Pérou.

On se couche fâché avec la Chine, les petits tracas quotidiens sont venus à bout de notre patience aujourd’hui : les flics, la communication difficile, les klaxons, le bivouac impossible, le temps gris, tout ça après une étape assez difficile.

Le lendemain, de mauvaise humeur, on se tape 55 km faciles jusqu’à Xichang. On traverse des villes en effervescence, c’est jour de marché, ça grouille de monde, ça bouchonne et ça klaxonne. On aime bien cette ambiance d’habitude mais pas aujourd’hui. p1110238Aujourd’hui, tout nous fait chier et on en a marre de ce pays de merde. On avait besoin de grands espaces et de nature pour nous calmer. Au lieu de ça, on enchaîne des villes et comme tout est construit entre chaque, on a l’impression de faire ces 55 km en milieu urbain, avec des pots fumants, des déchets un peu partout, des trucs en constructions et de la crasse. On est dimanche mais la Chine ne s’arrête jamais, tout tourne à plein régime, tout le temps. Ce pays nous fait parfois penser à une caisse de Légo géante au mains d’enfants très entreprenants, bordéliques et hyperactifs.

On retrouve Dawid, notre hôte Couchsurfing contacté la veille et la journée pourrie s’achève avec un 7eme étage sans ascenseur. Je suis au bout de ma vie après le 2eme vélo et on regrette de ne pas être aller à l’hôtel finalement. Heureusement Dawid est un gars extraordinaire et l’après-midi et la soirée passées avec lui nous redonnent le sourire. Il a une histoire de vie vraiment original : polonais, 36 ans, il a atterrit à Xichang un peu par hasard il y a 8 ans, jouant de la guitare dans la rue pour gagner sa vie et continuer à rouler sa bosse. Mais le coin lui a plu et, de fil en aiguille, il est devenu prof d’anglais. On assiste donc à un cours, qu’il donne chez lui, à des p’tits bouts de choux de 5 à 7 ans. Peinture, cuisine, jeux, le mec est doué pour garder leur attention.img_7870

A côté de ça, il voyage un peu. Récemment, il a passé 6 mois en Amérique du Sud avec une traversée à pied du désert d’Atacama, seul, avec 15 litres d’eau pour 10 jours. J’avoue que j’ai été sceptique mais le gars a l’air costaud.

L’éducation est un business monstrueux en Chine et il y a un manque considérable de prof de langue. Si on galère en France, on pourra toujours revenir en Chine se faire 3000 € par mois pour lire du Oui-Oui à la ferme et chanter Frère Jacques. Dixit Dawid. Les parents mettent beaucoup de fric pour faire de leur gosse (unique jusqu’à il y a 2 ans) des bêtes de compétition.

L’appart de Dawid donne sur une école pour adolescent et il nous en parle un peu. Les gosses, de 9 à 16 ans si je me souviens bien, se lèvent à 6h. À 6h30, ils courent autour de l’école, c’est l’échauffement. Ensuite, tous en rang à 7h pour la gymnastique collective en musique. Les cours commencent à 7h30 et finirons le soir à 21h avec 2 heures de pause le midi !! Dire que j’étais au bord du suicide en terminant à 16h30.

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7h du mat’…

Dawid nous explique qu’ils ingurgitent énormément de connaissances, de données brutes, comme des machines. A la fin de leurs études, ils savent plein de choses mais il leur manque la logique, l’imagination et la réflexion. Et n’ayant pas eu de hobby pendant leurs adolescence(ils prennent souvent des cours privés le week-end et pendant les vacances), ils ne savent pas vraiment quoi faire de leur temps libre à l’âge adulte, à part manger, dépenser du fric, tripoter leur smartphone, conduire une bagnole et consommer, consommer, consommer. Drôle de vie.

Le lendemain, on quitte Dawid et filons dans un hôtel pour un vrai repos et bosser au calme sur le blog et la suite de notre parcours. C’est pas facile, faut faire des choix, on veut tout faire à vélo, tout voir, mais faut pas qu’on se mettre la pression avec trop de kilomètres, ni trop peu sinon on casse le rythme. Alors on réfléchit très très fort, changeons 4 fois de plans, skypons nos amis Daniel & Frederique, mattons les blogs de nos collègues Zwwoooffff, Trike-it-easy et Pedalling West et traçons ce qui sera notre route pour les 2 prochains mois. Sauf si on rechange de plan. On ne regarde pas trop le dénivelé, vaut mieux pas savoir, on verra bien.

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On risque de faire des étapes de porc quand même

On s’est déjà réconcilié avec la Chine, ça va mieux, et on sera content de remonter sur les vélos demain pour de nouvelles côtes, quelques coups de klaxons, un temps ensoleillé, de la bouffe qui pique, des gens souriants qui font coucou et, rêvons un peu, des beaux coins de bivouac.

Et au prochain épisode, on répondra à une grande question :  » Ils bouffent vraiment du chien là-bas ?  »

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A+

Krilin et Bulma

Le Tadjikistan en vidéo

Les paysages de ce pays méritaient largement un petit montage vidéo. Ceci est la 1ere partie, il y en aura une autre plus tard. Mettez le son à fond et laissez la musique vous portez dans nos roues, sur ces routes où on se demandait parfois où aller, comment exister, sans la force de résister. Ô oui, vous la garderez en tête toute la journée cette musique, ne me remerciez pas.