Shikoku sur des VC, la suite

  • 23/04/17 … – Ochi = 57 km / +400m

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    Petit repas de bivouac en toute simplicité : restes de pancake du matin, patates douces bouillies, nouilles japonaises au sarrasin et poêlée tofu-oignon sauce au gingembre.

Ça devient lassant d’écrire « superbe étape le long de rivières turquoises » mais on fait une superbe étape le long de rivières couleur lapis-lazuli. J’adore ce mot « lapis-lazuli », on dirait le nom d’une planète lointaine.

  • Lieutenant, mettons le cap sur Lapis-Lazuli !
  • Mais, Commandant, cette planète est infestée d’ignoble Trugoulfe !
  • C’est quoi ça encore ?
  • C’est pire que des Vietnamiens dans un karaoké
  • Ok, cap sur Shikoku alors ! Armement des toboggans !
  • Armement des quoi ?
  • Laissez tomber lieutenant, c’est une vieille blague terrienne

IMG_2613IMG_2612Après une bonne montée et une cannette de café offerte par un automobiliste, on s’arrête sur une aire de repos pleine de motards. Ils ont des super engins ici : de belles Harley-Davidson et beaucoup d’anciennes Kawasaki et Honda très vintages. IMG_2621L’ancien Fred adore les motos mais le Green Fred, ce connard bobo, les dénigrent : encore un joujou onéreux, bruyant et dangereux qui brûle du pétrole pour rien. Mais la vérité c’est que pour le prix d’une Harley moyenne, on peut voyager 2 ans à vélo. Le choix est vite fait. Rien qu’avec le prix de l’assurance, on se paye 2 belles paires de roues par an. Et même, soyons fous (et cons), des Marathons Plus, le luxe totale ! Bon, j’cracherai pas sur un p’tite 883 si on m’en donne une, faut pas déconner. Mais avec le plein hein !

Un stand vend des brochettes de viande grillée. Y’a du lard donc impossible de résister.IMG_2628

On arrive en début d’après-midi dans un grand parc en bord de rivière où l’on peut camper gratuitement (et légalement). Des japonais pique-niquent en famille, c’est champêtre. Ils regardent les 2 gaijins qui vont se rincer dans l’eau glacée. Pour me changer les idées, j’écoute un podcast sur Poulidor, passionnant.IMG_2634

  • 24/04/17 … – avant Shimanto = 81 km / +820m

Le spot pour la tente était bien choisi et le soleil a vite fait de nous réchauffer après une nuit très fraîche à nouveau. Une fois n’est pas coutume, on allume le téléphone pour voir les résultats du 1er tour et un message laconique de ma génitrice fait tout de suite tomber le couperet : la raciste VS la tête de gondole. Paf dans la gueule.


On est très triste. Mais respectons le choix du peuple, respectons la médiocratie… heu pardon la démocratie. Le peuple a fait le choix des médias, respectons ce choix.

Donc Le Pen VS Macron, le repli sur soi VS la marionnette au service de l’oligarchie et du statu quo.

Mais c’est génial en fait ! Avec Ophélie, on avait tellement peur de ne pas reconnaître notre pays en rentrant, là on est rassuré ! Là on est sûr que personne ne va toucher à l’égalité sociale, à la démocratie ni à l’écologie. Super ! Les riches vont pouvoir continuer à amasser encore plus sur le dos de ces cons de prolo et de( ces pitoyables classes moyennes, très très moyennes. Et franchement, tout ces acquis sociaux débiles qui empêchent la France d’être aussi compétitive que le Bangladesh, il est temps de faire place nette ! Des fous prétendent que les gains de productivité et les progrès techniques devraient permettre de ne travailler que 20h par semaine, grand max. N’importe quoi !! Ils doivent servir à augmenter les dividendes versés aux braves actionnaires ! Point barre ! Si on commence à répartir les richesses, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! J’ai pas raison ?

Les financiers et les économistes vont continuer à diriger le pays, on peut leur faire confiance, ils ont fait leur preuve ! GE-NIAL !

Alors on entend des insoumis, des défenseurs d’un potentiel tyran, d’un dictateur, d’un Staline gaulois, on les entend dire (liiiiisssste nuuuuuméroooootéééééeeee !!!) :

  1. Heu ouais mais c’est quand même à cause des financiers qu’on a connu une crise financière non ? ===> non, c’est à cause des bougnoules qui touchent le RSA et des ouvriers qui prennent trop de pauses. Sans parler des intermittents du spectacle qui ruinent la nation.
  2. Le banquier n’avait même pas de programme avant de démarrer sa campagne, il a des principes et des idéaux ? ===> Hé ho, espèce d’anarchiste, on fait du business là, laisse faire les grands, va jouer à la Wii.
  3. Et les entreprises qui délocalisent, ne payent pas d’impôts et versent plein de dividendes et de stock option, c’est normal ? ===> ha ha ha, saleté d’insoumis, tu ne comprendras jamais rien à rien à la compétitivité. On ne va tout de même pas filer des tunes à ceux qui font tourner les boîtes, si ?
  4. En 2002, c’était un choc de voir le FN au 2eme tour, là c’est normal ? ===> oui oui, pas de soucis, démocratie. Ne retenons surtout pas les erreurs du passé.
  5. Heu, mais ça choque personne que 1% des plus riches possèdent plus de la moitié du patrimoine mondiale ? ===> non, sale bolchevique, c’est dans l’ordre des choses. Les riches méritent d’être riche, et même encore plus.
  6. Et la planète sinon ? Les enjeux climatiques, tout ça tout ça, on fait quoi ? ===> Rien, on verra plus tard petit hippy ridicule. Il faut d’abord penser printemps : un beau pré verdoyant (impeccable grâce au fabuleux Round-up de Monsanto), des fleurs de lys et plein de mouton broutant paisiblement. Avec de la merde plein les yeux.
  7. Et le vent de l’insoumission, vous le sentez ? Vous n’avez pas peur qu’il ébouriffe vos moutons et qu’il arrache vos putain de fleurs de lys ? ===> Sécurité !! Sécurité !! On a un terroriste !! État d’urgence, vite !

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dans 5 ans, le bout du tunnel !

Nous, ce vent insoumis, on l’aime bien, il nous souffle dans le dos et on se fait une belle petite étape encore avec de l’océan puis une grimpette nous dévoilant toutes les nuances de vert pétant.IMG_2640IMG_2648

En cours de journée, le temps devient très menaçant et la pluie tombe lorsqu’on fait nos courses au supermarché. Alors on prend notre temps et on achète plein de cochonneries. La pluie cesse, on repart et on monte la tente in extremis dans un parc avant que la pluie ne s’abatte à nouveau.

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  • 25/04/17 … – Tosashimizu = 73 km / +500m

Les nuages menacent toute la journée à nouveau mais on arrive sec au camping visé. Demain la météo annonce une nouvelle journée complète de pluie. Plein de bouffe => OK. Abris => OK. Le soir, 2 vieux débarquent, ils parlent un peu anglais et on papote longtemps. Ils ont 73 et 67 ans, ils campent à la dure et se font des randos à pied, impressionnant. Ils nous offrent une boîte de chocolat, de quoi tenir durant la triste journée du lendemain.IMG_2687

  • 26/04/17 Pluie totale

La fin du monde, il flotte pendant plus de 16h d’affilée. Le chocolat n’a pas duré longtemps, ni la batterie du netbook après 2 films sous la tente. J’en profite pour nettoyer les chaînes à l’essence, on aura l’impression de rouler sur des vélos neufs ensuite. Premier nettoyage en près de 5000km, c’était pas du luxe.

On n’est pas trop d’accord avec la pluie, on est même plutôt contre. Ou alors pas là où on est.

  • 27/04/17 … – Ainan = 73 km / +690m

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Beau temps de retour, on overkiffe et la route continue de port en port. On file 40 km vers le ferry et pique-niquons en attendant le départ pour l’île de Kyushu, affiché à 16h. On arrivera de nuit à destination mais on est rodé maintenant. Mais alors qu’on attaque le yaourt, en plein touillage du sucre, un gars de la compagnie se pointe et nous explique que le bateau a un soucis technique et qu’il n’y a plus de traversée pour les 3 prochains jour. Ophélie est bouleversée, c’est quelqu’un de très organisé, même en plein touillage de sucre. Alors je la laisse manger du chocolat . Moi, je ne suis pas contre le fait que Shikoku nous retienne encore un peu plus, et le prochain port n’est qu’à une centaine de kilomètres vers le nord.

On remonte sur les vélos et prenons la route côtière à la place de l’axe principal, plus direct. J’aurais dû zoomer un peu sur le GPS, j’aurais deviné que ça allait être sport : on passe 15 km sur des montagnes russes avec nombreux passage au-delà de 10%. Ophélie se souviendra longtemps de ça et me ressortira souvent « tu me fais plus le coup de la route 7 hein ?! ». J’avoue que c’était dur, surtout qu’on était censé faire la sieste dans un ferry, à la base.IMG_2704

En fin d’après-midi, on se trouve un parc en pleine ville avec toilettes-pour-se-laver -discretos-en-calbart-préviens-moi-si-quelqu’un-arrive. Des joggeurs passent en nous disant bonjour et le gardien vient nous dire que c’est interdit de camper. On fait ceux qui comprennent pas et on passe une nuit tranquille. Sauf quand une fofolle vient nous réveiller super tard (21h30) pour nous inviter à prendre une douche chez elle. C’était assez bizarre mais sympathique.

  • 28/04/17 … – Seiyo = 78 km / +870m

Longue étape entre mer et montagne, usante pour les cuisses. C’est jamais plat et 6% est le tarif minimum. Heureusement qu’il y a beaucoup de tunnels à travers ces pentes escarpées sinon on y serait encore. On croise nos pèlerins qui vont de temple en temple autour de Shikoku, avec leur chapeau traditionnel, le bâton gravé et le gilet blanc. C’est le St Jaques de Compostelle japonais, des gens viennent du monde entier pour le faire, on a croisé quelques bouddhistes occidentaux.IMG_2727

On fait la pause déjeuné (celle entre le 2eme gouter du matin et le 1er gouter de l’après-midi) sur une aire de repos et on digère avec les pieds dans une source d’eau chaude à l’entrée d’un onsen. Y’a même des petites serviettes pour s’essuyer. De discrets haut-parleurs diffusent une musique zen traditionnelle, la même que dans Zelda. Je détestais ce jeu, je finissais par tuer des poules au bout de 10 minutes.

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Comme souvent, on vise le bord de mer pour bivouaquer mais c’est l’échec cette fois et on se tape 4 km de détour et 2 bonnes grimpettes pour rien, on est lessivé. Alors on continue et on finit par trouver un spot au calme, en plein champs, juste avant le coucher du soleil.IMG_2738 On est bien, on se fait la tambouille et on s’apprête à aller se mettre au chaud quand un gars accompagné de son fils vient garer sa bagnole juste à côté de notre tente. Que… Quoi… ? Mais il peut pas aller ailleurs bordel, on est en plein champs, loin de tout ? Comment elle va faire pour aller pisser Ophélie ?

Le gars sort et nous explique qu’il va y avoir un feux d’artifice ce soir et qu’on est aux premières loges. Génial, le coup de pot ! Vraiment, on pouvait pas avoir mieux pour notre dernier jour sur Shikoku.

Donc, en effet, plein de voiture débarquent et viennent se garer derrière, surréaliste.IMG_2759

On attend un peu, en se disant que ça va être un petit truc mignon, surtout pour des habitués des Nuits de Feu de Chantilly. Et BADABOOOUUUMMMM ! Superbe spectacle de 20 minutes avec des explosions impressionnantes faisant écho dans les montagnes !IMG_2777

Y’a des jours ou tu te dis que tu passerais bien toute ta vie sur un vélo, et des jours comme ça, on en a beaucoup au Japon.

Attendez un peu de voir l’île de Kyushu, un feu d’artifice de paysages et de chaleur humaine. Avec quelques bières et des motards pour commencer.P1120207


 

Les Animaux de la route

Ça faisait longtemps, n’est-ce pas ? Bah c’est qu’on manquait de sujets intéressants et je n’allais quand même pas pousser le vice jusqu’à les écraser moi-même. « Éclater » serait probablement le terme le plus approprié. Et figurez-vous que des amis cyclos m’ont carrément envoyé des photos ! Toujours avec un p’tit mot gentil, du genre « tiens, on a pensé à toi ! », sous-entendu : « mets la photo sur ton blog, le notre est lu par des écoles et des maisons de retraite, faut que ça reste clean ».

Donc on commence en douceur avec la photo de Coco et Lolo, prise en Espagne entre Bilbao et Madrid : un vautour de belle envergureIMG_1443

Ouais elle est naze, je me serai certainement arrêté pour prélever une belle plume mais je n’aurais même pas sorti l’appareil photo, ça manque de couleur, on ne sent pas l’impact. Je dirais même que ça manque de vie. Peut mieux faire. J’attends du lourd de votre part les amis : du lama décapité, du chien en bouilli, de la vigogne en charpie ! Vous êtes en Amérique du Sud, une terre d’espoir et d’opportunité que diable !

Enchaînons avec la photo de nos Fatbikers Marie-Line & Jeremy, prise au Vietnam :20170413_154922

Là y’a de l’impact, du mouvement ! Là c’est beau ! Un simple poulet, sans fioriture, j’adore. Bravo ! Est-ce l’empreinte de vos gros pneus qu’on voit sur la chaussée ?

Et on finit par la mienne, un classique de la catégorie « peau retournée » : de l’impact, c’est certain, mais je pense que le corps a été déplacé, chaussée bien trop propre.

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Alors chapeau à celui ou celle qui arrive à trouver l’animal à l’origine de ce chef-d’œuvre.

Par chance, nous en avons vu un autre dans un bien meilleur état quelques jours après. Il n’était pas encore mort mais pas loin, je reconnais que ça faisait mal au cœur, il aurait fallu l’achever

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C’est un Tanuki, ou chien viverrin, ou encore chien raton-laveur (les vrais raton-laveurs ont des doigts et non des coussinets). Un canidé qui hiberne. Pas bien réveillé au printemps, il a tendance a traverser la route sans regarder. Et paf le chien.

Côtes sauvages et vallées secrètes – Shikoku sur des VC

 

J 375 à 389 /de Tokushima à Seiyo / Île de Shikoku

  • du 13/04 au 28/04/17
  • 16 jours / 13 étapes
  • 782 km
  • 6660 m de D+
  • 3 jours de repos dont 2 à cause de la pluie
  • toutes les nuits sous la tente, retour aux sources !!

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Il fait jour à 5h et on émerge vers 6h30 sous un beau ciel bleu. La tente est trempée et on la plie telle quelle comme d’habitude, elle séchera le soir ou bien la technicienne de surface attitrée passera un coup de torchon sous l’œil vigilant du responsable qualité. On est au Japon bordel, ON NE PLAISANTE PAS AVEC LA QUALITE !

On quitte rapidement le milieu urbain -enfin ! – pour attaquer des routes bien plus calmes dans la verdure et le chant des oiseaux. Ophélie aperçoit même des singes à face rougeâtres, probablement des babouins, ou alors peut-être des scouts.

En milieu d’après-midi, on descend sur la côte et ça devient très jolie, et même plus que ça puisque ça fait disparaître d’un coup mes sombres pensées (fait chier la ville / Mongolie / me barrer de là / Mongolie / chatons écorchés vifs).IMG_2283

Grâce à une carte trouvée sur le net et répertoriant des spots de camping, on prend alors une petite route côtière menant à une anse et un petit port. Plus paisible que ça, c’est pas possible et on décide tout de suite de rester 2 nuits dans ce petit coin de paradis (à 2 km d’une épicerie, restons pragmatique tout de même).

Le camping est désert et consiste uniquement en un beau plan d’herbe rase et un bâtiment pour les sanitaires à 10m de la mer. Personne en vue, peut-être que la saison n’a pas commencé, peut-être que ça va être gratos, YEEESSS !! Mais une mamie en scooter viendra le lendemain matin, 8 € la nuit, ça va vu la beauté du spot.IMG_2333

Pendant qu’Ophélie se mouche, je vais faire un tour et tombe sur un gars qui file des crevettes congelées à des espèces de bigorneaux fukushimiesques enfermés dans des casiers. Par des signes, il m’explique que ces derniers serviront d’appât pour pêcher à la ligne des poissons mesurant jusqu’à 70 cm. Grâce à notre guide de conversation, je lui propose de l’accompagner demain matin sur son bateau mais soit il n’a pas compris soit il m’a mis un vent. Mais très poli le vent.

Le lendemain, on va visiter le temple du coin. Il fait beau, on voit la mer, il y a des pèlerins et il neige des pétales de cerisier, c’est parfait. Je ne suis pas très porté sur la religion mais ces temples dégagent vraiment quelque-chose d’apaisant. C’est beaucoup moins flippant qu’un Jésus sur sa croix avec des clous, du sang et une couronne d’épine.IMG_2352

Tiens, j’en profite pour saluer nos tout derniers abonnés à la newsletter : Ainsi parle l’éternel – l’écriture de la sainte bible et Les miracles scientifiques du Coran. Youhou les gars ?! Vous vous êtes perdus sur le web en tapant « sextape + Scarlett Johansson » ou quoi ? Ici on cause vélo et réchaud. Ainsi parle le Fred, la Crevure de ce blog, pets et amour. Mais bon, partez pas tout de suite les gars, z’allez voir des animaux post-jugement dernier et découvrir si les japonais ont vraiment des petites kikounettes.

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Sur le retour, on croise un couple franco-japonnais qui nous invite à boire le café chez eux dans une maison traditionnelle. Philippe et Yu sont tombés amoureux de cet endroit et y ont jeté l’ancre, au propre comme au figuré, depuis 6 ans, rentrant tout de même passer l’été en France.

Ils restaurent des vieilles maisons abandonnées pour en faire des chambres d’hôte mais aussi pour préserver ce beau patrimoine. Les jeunes vont vivre en ville, les vieux finissent par mourir (même si ça prend plus de temps au Japon, pays recordman de l’espérance de vie) et l’État ne fait rien pour préserver les vieilles maisons vides, allant même jusqu’à verser une subvention pour leur destruction. A la place, des maisons modernes sont bâtis, faites pour résister à 2 tremblements de terre, ensuite il faut raser pour reconstruire. Alors que les maisons traditionnelles comme celle dans laquelle nous sirotons un bon café, toutes de bois, sans clous ni vis, résistent depuis plus de 100 ans.IMG_2364

Il est bon ce café, il vient de France. Et les petits chocolats aussi, ils viennent de Saint-Pétersbourg, cadeau d’une voisine qui viendra se joindre à nous.IMG_2372

On retourne à nos pénates, une petite baignade à 15°C en regardant des rapaces tourner dans le ciel et on s’endort au son des vagues.

On file ensuite le long de la côte, au plus prêt de l’océan et de son eau limpide, traversant seulement de petits ports de pêche et passant devant des coins où j’arrête pas de crier à Ophélie  » t’as vu ce spot de bivouac de fou ?! « . J’suis comme un dingue, ça y est, j’adore ce pays.

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On avait contacté un Warmshower il y a une semaine et nous recevons sa réponse en début d’après-midi alors que nous ne sommes plus qu’à 10 km de chez lui, timing parfait. On se pointe, le gars est pas franchement chaleureux, nous dit qu’il a plein de taf avec la récolte des tomates et nous propose de dormir dans son garage tout triste, après avoir sorti sa BMW de parvenu. On veut pas le déranger, ni dormir dans un garage, il aurait dû refuser notre demande. Alors on le remercie et filons sur la plage où un spot de bivouac magnifique nous attend. Une nana d’origine néo-zélandaise sort de son van, nous offre du thé et nous indique où planter la tente. Elle campe là de temps en temps et a bien nettoyé un coin de ses épines tueuses de matelas de camping.IMG_2398

Ophélie va se rincer dans la rivière d’eau douce pendant que je tape une baignade dans la mer. L’eau est encore plus claire qu’en Corse. Mais y’a pas le lonzo ni de figatelle.

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C’est pas grave, je fais chanter le réchaud en préparant un poulet basquaise d’anthologie. Et le warmshower, vraiment pas mauvais bougre, passera nous offrir des tomates et des concombres.

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Putain que c’est bon de bivouaquer à nouveau. Putain que c’est bon quand le soleil réchauffe la tente tôt le matin après une nuit fraîche. Putain que c’est bon de retrouver la routine du cyclo-camping, le vrai de vrai. Y’a moins de confort, ça demande plus d’effort, c’est affreux quand il pleut mais on retrouve ce contact fort avec la nature.IMG_2412

  • 16/04/17 Toyo – Cap de Muroto = 53 km / +370m

Partis sans petit déjeuné, on tombe sur l’endroit parfait au bout de 20 km.IMG_2442

Y’a des douches de plage, des toilettes, une table, on pourrait y passer la journée, y camper, je pourrais m’amuser avec une des planches de surf qui traîne dans un coin pendant qu’Ophélie s’extasie devant mon corps ruisselant. Oui, le Japon est le genre de pays où on peut laisser traîner des planches de surf en bord de plage et où on peut laisser un appareil photo reflex sur un siège de vélo-couché pendant qu’on fait les courses.IMG_2451

On repart et roulons jusqu’au Cap Muroto, étape de rêve.P1120169IMG_2454

La météo annonce une journée complète de pluie pour le lendemain alors on s’organise : plein de bouffe pour 3 jours (on prend une petite marge de sécurité) et installation au camping histoire d’avoir un abris pour manger au sec. On monte donc au camping, tout en haut de la montagne avec un beau 10%. L’endroit est parfait, y’a personne, juste un gars qui passera pour passer un coup de balai et encaisser 8 €.

  • 17/04/17 Pluie et vent, journée au camping

Un point pour la météo, on était content d’être au camping. On passe la journée à bouffer. On refera plus souvent des pancakes et des patates douces.IMG_2475

  • 18/04/17 Muroto – avant Kankoku = 67 km /+300m

Tempête pendant la nuit, le vent hurlait et on l’entendait clairement venir de la mer et remonter entre les arbres avant de secouer violemment la tente. Épreuve du feu réussi pour cette dernière, on en est très content.IMG_2479

Encore une très belle étape avec son lot d’eau bleue et de cerisiers en fleur.

On passe une nuit très calme dans un camping gratuit, en haut d’une belle côte encore, z’ont vachement peur des tsunamis. Un gars nous offre 2 pamplemousses le matin.

Bon anniversaire à mon frère, champion de kite et toujours pas en chaise roulante !

  • 19/04/17 … – après Otoyo = 61 km / +560m

On s’arrache du bord de mer pour aller dans les montagnes et pédaler dans la vallée de l’Iya, l’une des vallées secrètes du pays. Il y en a 3 autres parait-il, mais tellement secrètes que je n’ai rien trouvé sur le net (en cherchant 10 secondes, je l’avoue).

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Sur la route, un jeune en scooter nous arrête pour nous offrir des jus de pamplemousse, spécialité du coin, trop sympa le gars. C’est un cyclo lui aussi, il a roulé 10 jours en Australie avec les gars de Solidream.IMG_2502

On remonte des rivières aux eaux turquoises, le printemps explose de partout, c’est plus que beau.IMG_2516

On se trouve un bivouac sympa en fin de journée, juste au pied de la grande côte qui nous attend pour le lendemain et au bord d’une rivière. On se lave avec les derniers rayons de soleil, l’eau est très froide mais ça fait du bien.IMG_2505

  • 20/04/17 … – Kazurabashi = 47 km / +1070m

Depuis le nord de la Thaïlande qu’on n’avait pas fait une grande ascension ! Plus de 4 mois !

Mais les jambes sont là, la route est belle, très étroite et peu empruntée. Je ne dirais pas que c’est que du plaisir car les portions à plus de 8% se font quand même ressentir. On retrouve ce qui commençait à disparaître en bord de mer : des fleurs aux cerisiers.

On atteint le col à 1133m, notons la présence de panneaux « attention aux ours », enfilons des couches de vêtement et redescendons retrouver un peu de chaleur pour pique-niquer et se faire chauffer un café-giclette.

On rejoint ensuite un petit site touristique. Rien à voir avec la Chine, c’est pas massacré et y’a pas 20 000 personnes. Un simple pont suspendu en liane qui aurait plus de 1000 ans, impressionnant. 5 € pour le traverser, on va se contenter de quelques photos, merci.IMG_2577

On rejoint un camping le long de cette même rivière qui passe sous le pont. La saison commence à peine semble-t’il, on est seul à nouveau. Mais vous allez me dire « pourquoi payer un camping alors que y’a des spots gratos un peu partout ? » => pour la douche chaude => Ophélie me met une grosse pression avec ça, elle a appris la carte des campings par cœur la traîtresse. Elle est plus forte que Michael Scoffield, même pas besoin de se la faire tatouer.IMG_2559

Nuit très froide, on ferme les sacs de couchage.

  • 21/04/17 … – avant Otoyo = 54 km / +425m

Journée dans les gorges presque aussi belles que celles du Tarn.

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petit 12% à froid

Après le pique-nique de midi, on va tester un onsen, le fameux bain japonais, le pays étant truffés de sources d’eaux chaudes. Hommes et femmes séparés.

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la photo de l’année

On sait pas trop comment ça marche, j’entrouvre la porte pour jeter un œil, ok, tout le monde à poil. Je le dis à Ophélie avant qu’elle aille chez les femelles en ajoutant qu’elle n’a pas à s’en faire côté maillot, la mode japonaise a l’air d’être au tablier de forgeron.

A l’intérieur : 2 bains très chauds, 1 bain très froid, sauna et douches avec gel douche, shampoing et après-shampoing. J’observe les gars pour voir comment on procède mais y’a pas d’ordre précis, on va de l’un à l’autre (je parle des bains), en gardant le bain froid après le sauna histoire de bien tester son système cardio-vasculaire. J’observe les gars et – oh putain ! – ils ont… non, je ne peux pas vous le dire, leur vallée à eux doit également rester secrète. Disons juste que je comprend mieux leur attrait pour les bonsaïs.

En sortant, Ophélie confirme que la mode n’est pas au ticket de métro, mais plutôt au bon vieux billet SNCF. Voilà, vous savez tout.

On reprend ensuite les vélo et nos t-shirt sales pour retourner au coin de bivouac de l’avant-veille. C’était marrant, on avait l’impression de rentrer chez nous, d’être à la maison.

  • 22/04/17 … – Tosa = 33 km / +330m

Petite étape, majestueuse une fois de plus. Pas envie de rouler beaucoup aujourd’hui, alors on traîne et nous posons très tôt sur une aire de pique-nique près d’un barrage. Ophélie se fait une séance dans un onsen non loin pendant que je geek sur le netbook, pour mettre à jour ce carnet de bord. Pas de wifi, je tape le texte, sélectionne les photos et tente timidement de corriger les fautes d’orthographe.


 

Ce 22 avril est un jour très spécial : c’est l’ultime étape du voyage de nos compagnons de route Alice & Benoît. La veille, le 21, ils ont claqué 160 km pour être à temps à leur fête d’arrivée et se mettre du munster plein le gosier. 160 km pour du munster… Imaginez un peu ce qu’ils seraient capables de faire pour une raclette.

Bon retour à la vie normale les amis ! Ça fait quoi de porter d’autres habits, de manger assis sur une chaise et sans avoir à pomper une bouteille d’essence au préalable ? Ça fait quoi de ne plus avoir de cales sous les chaussures et de ne plus chercher de fissures sur les vélos ? Ça fait quoi de ne plus avoir à renifler son t-shirt le matin en disant qu’il peut encore faire une ou deux journée de plus ?Benoît s’est enfin rasé (je ne parle pas de la barbe) ? Alice, il était comment le kouign-amann que tu t’es enfilée toute seule en ajoutant une grosse couche de caramel au beurre salé ?

Ce 22 avril, c’est aussi le jour de départ de nos amis Coco et Lolo qui reprennent la route 9 ans après leur grand voyage en Eurasie (celui qu’on fait actuellement). Ils partent rouler sur nos traces et un peu plus en Amérique du Sud, le continent sans visa, les veinards.

Bonne route les amis ! Ça fait quoi d’être habillé en permanence avec du Quechua ? Ça fait quoi de manger à nouveau par terre, en tailleur, comme des merdes ? Ça fait quoi de chialer quand vous voyez une côte se profiler en vous disant « bordel, on aurait dû s’entraîner un peu au lieu de bouffer des galettes ! » ?

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Avec Alice & Benoît, nous avons bâti la légende des 4 Azub 5, un 4 a 5, une belle partie de jambes en l’air. De la survoltée Iran aux sommets du Tadjikistan, nous avons écrit les lignes d’un mythe qui fera long feu. Un feu de bouses de yak…

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…Quelque part sur le haut plateau Tadjik, 4000m d’altitude, non loin de la Pamir Highway.

Un mince filet de fumée s’échappe du sommet de la yourte, la nuit est tombée depuis une heure, les yaks se sont rassemblés, dos au vent. Le silence est totale, à peine troublé par les crépitements du petit poêle au centre qui délivre un peu de chaleur à toute la famille dormant là : les enfants aux joues rougis par l’air vif, la grand-mère et la femme. L’air empeste le gras de mouton et le lait caillé.

Kiçifrott, le chef de famille, tend un verre de vodka à Ssipik, son frère. Ils veillent cette nuit car Azuba, leur plus belle dri (femelle du yak), est sur le point de mettre bas et 4 bras vigoureux ne seront pas de trop pour l’y aider. Ssipik se réjouit déjà de la bonne soupe qu’ils feront avec le placenta.

  • Santé mon frère
  • A la tienne Kiçifrott
  • La saison va être bonne, j’ai vu un aigle parler à un renard aujourd’hui
  • C’est ça, et mon cul chante en latin… tu as encore trop bu. J’ai checké sur google, ils annoncent un temps de chiotte pour les mois à venir
  • Ton smartphone te rend aveugle comme un cailloux et tu ne vois plus les signes ancestraux. Passe-moi la bouteille.
  • Tu as peut-être raison mais j’en peux plus de cette vie si rude. Et j’aimerais voir le monde, comme ces 4 voyageurs sur leurs étranges vélos, tu te souviens ? C’était l’été dernier.
  • Oui, ils étaient très beaux. Comme des Marco Polo.
  • C’est vrai, et ils sentaient pareil.P1090560
  • Les 2 mâles étaient impressionnants de force, je les ai vu rigoler après avoir mis 12 litres d’eau sur leur vélo et grimper le col du lapin féroce, en plein vent ! Y’en a un, le barbu avec les bouclettes, il avait son vélo qui craquait de partout et l’autre, celui avec les jambes en allumette, il courrait comme un con pour prendre en photo les 2 femelles courageuses.DSC_8384
  • C’est où ce col ?
  • C’est celui au nord de Karakol, juste après le ruisseau du bouquetin frileux
  • Hmmm, je croix que tu confonds avec le col des bouses
  • ah oui, c’est exact. Un beau 14% au finish, une horreur ! Et les mecs rigolaient ! Ils ont même pris la pose pour faire des photos bizarres en haut
  • Oui, mon cousin Kaproul les a aussi vu faire des trucs affreux sur une statut de mouflon non loin de la frontière.DSC_8038
  • J’suis sûr qu’ils sont gay
  • C’est quoi « gay » ?
  • M’enfin Kiçifrott, mets-toi à la page mon vieux ! Arrête de regarder les aigles parler aux renard ! Un gay est un homme qui aime un autre homme.
  • Comme toi et moi ?
  • Encore plusIMG_7080
  • Ça ressemble à quoi ?
  • Tiens, regarde sur mon I-Phone. C’est un chanteur connu, il s’appelle Ricky Martin. Un parc porte même son nom à Teheran. Tiens et là, c’est un banquier, il est au second tour de la présidentielle en France.
  • Impossible, les 2 beaux cyclistes n’avaient pas les sourcils épilés, ni le reste d’ailleurs
  • Comment le sais-tu Kiçifrott ?
  • Hein ? Heu… je… enfin…hum…
  • Oh nom d’un putois, t’as encore maté des cyclos en train de chier ?!
  • J’y peux rien, j’peux pas m’en empêcher ! T’aurais vu ces paires de fesses !!!
  • T’es relou avec ça. Tiens, ressert moi un verre et remet une bouse séchée dans le poêle
  • N’empêche qu’ils étaient beaux. Les femelles aussi étaient bonnasses, y’en a une qui toussait tout le temps et l’autre qui courait souvent avec du papier WC à la main.
  • Ah ah, je me rappelle les avoir entendu l’appeler « colonel Moutarde » !IMG_6721

Un ange passe, nos 2 éleveurs sirotent leur vodka en se remémorant ces 4 comètes de l’occident, flottant sur la route, entre ciel et terre. Kiçifrott lâche une caisse monstrueuse.IMG_7001

  • J’aimerais voyager moi aussi, j’ai la force qu’il faut pour le faire
  • Ssipik, mon frère, tes rêves te perdront, ta vie est ici.
  • Mais je voudrais trouver mieux que mon lopin de terre, que mon vieil arbre tordu au milieu ! Trouver mieux que cette douce lumière du soir, près du feu, qui réchauffait mon père et la troupe entière de mes aïeux !
  • Oui oui, je connais la chanson petit frère. Mais sache que si tu pars, ils te manqueront ces murs de poussières. Tu vis dans le plus beau pays du monde
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Tu as vu le ciel aujourd’hui ? Tu as vu les nuages ? Tu as vu les sommets enneigés ? Les torrents et les lacs ? Et la voie lactée, tu as vu comme elle brille ? Tu as vu la fierté de ton peuple ? Tu as vu le sourire des enfants ?
  • Oui et alors ?
  • Alors jamais tu ne verras ça ailleurs

Ssipik se fait pensif, son regard se perd dans la fumée s’échappant du poêle. Il songe qu’on n’a qu’une vie et qu’il y a temps de chose à faire et à voir avant de partir les pieds devant.DSC_8163

Kiçifrott se rapproche de son frère, il n’a plus de vodka à lui offrir alors il pause une main terreuse sur son épaule. D’une voix légèrement pâteuse, l’haleine insupportable, il lui murmure à l’oreille :

  • t’aurais d’autres photos de ce Ricky Martin ?

 

La suite du récit à Shikoku dans quelques jours.