La Thaïlande de la route 105

 

J 256 à 262 / de Sukhothaï à Mae Sariang / 419 km

  • 16/12/16 Sukhothaï – Ban Luang = 100 km / + 340m
  • 17/12/16Mae Sot = 68 km / + 1280 m
  • 18/12/16 Mae Sot = visite du marché Birman – 16 km
  • 19/12/16 … – Ban Mai = 89 km / + 770m
  • 20/12/16 … – après un col = 68 km / + 1200m
  • 21/12/16 … – Mae Sariang = 78 km / + 1430m
  • 22/12/16 Mae Sariang = Repos total
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petit indice pour la suite de l’article

On repart en forme de Sukhothaï et avalons rapidement les 100 km vent dans le dos, ça fait du bien du facile, on crache pas dessus. On ne sait pas où dormir, on voudrait juste se poser avant le début des montagnes. Sur place, on a le choix entre le poste de police ou un temple et comme on a nos petites habitudes, on va demander l’hospitalité aux moines. Ceux-là sont un peu taciturnes mais nous montrent immédiatement l’endroit où l’on peut monter la moustiquaire. Il y a une table avec des bancs, de quoi faire sécher nos t-shirt, une épicerie en face, on se fait un apéro et la cuisine : brochettes de porc caramélisé achetées plus tôt sur un marché, salade riz-tomates-oignons avec une vraie vinaigrette (grâce à la moutarde qu’on trimballe depuis Almaty, soit environ 4000 km) et petits pains vapeur sucrés en dessert. Sans oublier les bananes et les clémentines histoire de bien caler tout ça.

Ce qui n’empêche pas d’avoir les crocs au réveil et de s’enfiler un gros tas de pain de mie tartiné de margarine et grillé à la poêle.

Voilà, fin de ce petit intermède passionnant « la bouffe au bivouac ».

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L’échauffement est rapide avec une pente à plus de 10 %, beaucoup de trafic et des travaux tout le long. Pas une partie de plaisir. Heureusement le temps est couvert et on ne se fait pas assommer par le soleil. On fait le plein de calories après le 1er col et enchaînons avec le 2eme, sous le cagnard cette fois. C’est dur, les cuisses brûlent, on en voit pas le Bouddha. Ce dernier, gigantesque, marque la fin de la côte et la longue descente vers Mae Sot, dernière ville de l’ouest Thaï avant la Birmanie.

On déboule crevé dans une guesthouse et y posons les sacoches pour 2 nuits. Le soir, après quelques cochonneries huileuses achetées au marché de nuit, on rencontre Guillemette et JB, 2 basques en vacance pendant 8 mois en Asie du sud-est. Faut toujours qu’ils aient des prénoms bizarres ces basques, ils peuvent pas s’appeler Paul, Jean-Patrick, Kévina, Gédéone, Alain-Jésus, Kimberley ou Eustache comme tout le monde ?

Bref, comme souvent quand des français se retrouvent loin de chez eux (ou pas), on finit au bar autour d’une bière, puis 2, puis 3. Très important la réhydratation après un long effort. On s’entend bien avec eux, c’est pas juste des backpackers, ils ont voyagé à vélo auparavant. On se sent à l’aise avec des gens qui ont déjà porté le même t-shirt pendant 5 jours, qui ont enlevé des limaces de leurs tasses avant d’y verser le café et qui pensent que vaut mieux pas attendre la retraite pour se donner le temps de découvrir, goûter, sentir et rencontrer.

Je me réveille avec un mal de crâne pas possible, l’alcool et Fred, ça fait 2. Mais la réhydratation a fonctionné et on enfourche les tanks pour une séance de « récupération active » et une visite du marché Birman, à la frontière. Rien de folichon, très peu d’artisanat, beaucoup de made in China et pas mal de mendiants tendant le bras. On peut tout de même observer les birmans, très différents de Thaï. Les femmes se mettent une sorte de poudre jaunâtre sur les joues et le front, c’est pour faire jolie mais aussi pour protéger du soleil parait-il. On croise à nouveaux nos basques et déjeunons ensemble. Ça les fait marrer de voir qu’on a encore la dalle à la faim du repas. Oui, ici, on écrit la faim du repas, c’est pas une faute.

Au retour, on croise un énorme supermarché et craquons complètement pour du Bleu (le fromage oui oui!) du Toblerone et une imitation de Chocapic, j’me souviens plus du nom, ça devait être un truc du genre Kokopic ou Cacao Fun. Un truc sans aucune trace de cacao, c’est certain.

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Le lendemain, étape pas trop compliqué dans des paysages de plus en plus beau. On longe une belle rivière puis un très long village de réfugiés Birman : plein de huttes sur pilotis, des grands arbres, de la fumée sortant des foyers. De loin, on dirait le village d’Astérix et Obélix. Magnifique.

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La route est jalonné de check-point de police. Les gars, dans leurs beaux uniformes cintrés, sont adorables et quand on s’y arrête pour y faire le plein d’eau potable, ils nous offrent le café ou des boissons énergisantes dégueulasses au goût de sirop. Y’en a même un qui veut nous donner des pansements, du paracétamol et une crème analgésique pour douleurs musculaires. On doit vraiment avoir l’air crevé parfois mais cette gentillesse est vraiment émouvante.

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en arrière plan, le roi défunt, omniprésent dans tout le pays

Depuis qu’on est en Asie du sud-est, les gens nous demandent d’abord où l’on va, « where you go ? ». C’est marrant ce basculement car jusque-là on nous demandait d’où l’on vient, systématiquement, « A kouda ? Where you from ?». Bon, c’est sûr qu’avec nos tronches, on peut pas venir d’ailleurs que de l’occident mais ça dénote un changement profond de mentalité. Lequel, je ne sais pas, j’ai pas assez lu la rubrique psycho de Elle. Et ils en parlaient jamais dans le Journal de Mickey.

On boucle l’étape à la nuit tombée, c’est un régal de rouler pendant que le soleil descend, la T°C baisse et la lumière flatte le paysage. Il n’y a plus de temple ici, c’est un coin catholique. Heureusement, un gars en scooter nous alpague et nous conduit à sa guesthouse, un truc magnifique avec des bungalows posés sur l’eau pour 8 € la nuit. On se permet de négocier le prix vu qu’on n’utilisera pas la climatisation et on passe la nuit au frais, entendant les poissons-chats attraper tout ce qui passe. La gérante nous offre 2 kilos de banane, en plus de son sourire.img_9003

Le lendemain, on continue sur cette route, l’une des plus belles de notre voyage. Ça roule bien pendant 55 km, ensuite c’est l’enfer. Il est 14h, pleine chaleur et on vient de manger pour 4 (les nanas ont pas compris quand on a recommandé la même chose). On attaque la côte de la mort, une dizaine de kilomètres avec des pentes dépassant les 15 % par endroit, et les 10 % la plupart du temps.

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Les cuisses sont asphyxiées et je sens chaque millilitres des 8 litres d’eau que je trimballe (pas d’habitations pendant un certain temps, qu’on croit). Dans un passage que j’évalue à 18 %, je déclipse et pousse le vélo sur quelques mètres, pour la 1ere fois du voyage sur une route bitumée. Ophélie passe, chapeau. On souffle dans les courts passage « faciles » à 6 % avant d’attaquer d’autres murs. Chaque mètre est un combat, on aimerait avoir un bouton permettant d’annuler la gravité pendant quelques minutes, juste le temps de passer ce putain de virage dessiné par un psychopathe. C’est des fous les mecs qui ont fait ces routes, j’en ai jamais vu des comme ça ailleurs, même dans le Cantal, même dans les Pyrénées et même sur l’île de Chiloe !

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Le col est là, enfin ! On descend un peu et tombons avec chance sur un superbe emplacement de camping avec pelouse moelleuse, rivière juste à côté et pas un chat aux alentours. On est récompensé de nos efforts et la baignade est un délice, même si j’ai trimballé de l’eau pour rien au final. La nuit est calme et fraîche dans cette jungle, on enfile un pull au réveil, à 6h30.

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On se dit qu’on a fait le plus dur la veille et que la descente va venir vite. Erreur. Sans s’élever en altitude, on se bouffe un dénivelé positif bien pire que la veille avec une route en dent de scie et des pourcentages affolants.

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AAAAAAHHHHHHHH !!!!!

Aujourd’hui, c’est Ophélie qui met le pied à terre, sa roue arrière patine sur les tronçon de piste, signe qu’on est sur du très raide. On ne prend aucun plaisir à pédaler sur des pentes aussi fortes mais le paysage est là et c’est juste un moment à passer. Ça ne finit jamais, on enchaîne les murs et les toboggans, poussant des cris à la vue de la côte suivante.

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Mais les jambes tiennent le coup, le morale est bon et on arrive enfin à la descente. On est carbonisé mais il ne reste que 30 km pour rejoindre la prochaine ville alors on enchaîne après un soda et des chips. Oui, c’est ça qui est cool avec le vélo, on peut manger gras, salé et sucré en permanence et en quantité.

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Quand tu vois ce panneau alors que t’es déjà sur du 10%, t’as juste envie de te rouler par terre en position fœtale. Du 16% sur cette photo

La route est plus facile et les petites grimpettes finissent par nous délier les cuisses et redonner de la fluidité au pédalage. Sur du 15 %, on pédale triangle ; sur du 10 %, on pédale carré, le reste du temps, c’est plus ou moins rond ! Petite géométrie du pédalage.

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Crevaison

On arrive enfin à Mae Sariang, tout petit bled sans touristes, le compteur a dépassé les 11 000 km en ce premier jour d’hiver. On stoppe au premier hôtel, négocions un bon prix pour 2 nuits, montons les sacoches au bord de l’hypoglycémie et filons faire un carnage au resto sans même nous changer. A 2, on a plus mangé que 5 thaïlandais, on a pu comparé avec la table d’à côté.

Après une bonne nuit, on se sent finalement en forme, les cuisses ont bien récupérées. On va tout de même dans un centre de massage pour les préparer à la suite qui s’annonce bien costaud. Dans ce centre, les masseurs sont aveugles, comme ceux qui dessinent les routes se dit-on. Ça fait moins mal que la dernière fois, peut-être qu’on est habitué ou peut-être qu’ils appuient moins fort histoire qu’on se venge pas en planquant leurs cannes blanches ou en payant en billet de Monopoly.

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notre cadeau de Noël

Demain, on part à l’attaque de la route 108. Au programme : 420 km et 7000m de D+ pour rejoindre Chiang Mai le 31 décembre. Donc pas d’autre article avant le début de l’année prochaine.

Les Panardos vous souhaitent à tous, cher followers, même ceux qui ne lisent pas tous les articles, même ceux qui ne commentent jamais, même ceux qui aiment les chatons, même ceux qui mangent du boudin aux pommes, même ceux qui ne comprennent rien à ces histoires barbantes de dénivelé et de pédalage carré, de joyeuses fêtes en famille. Puissiez-vous vous tenir éloignés de l’orgie consumériste.

De notre côté, on fêtera Noël en se mettant dans la peau des rennes, tractant nos traîneaux sur des pentes raides comme des cheminées, et sentant comme… bah des rennes.

A l’année prochaine.

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Les Panarthaïs, au pays du sourire

 

J 246 à 255 / de Vientiane à Sukhothai (Thaïlande) / 564 km

  • 06/12/16 Vientiane – Van Wiang Khuk = 45 km
  • 07/12/16 … – Ban Khok Wao = 105 km
  • 08/12/16 … – Chiang Khan = 68 km
  • 09/12/16 … – Loei = 50 km
  • 10/12/16 Loei = Repos
  • 11/12/16 Loei – Ban Kok Pho = 63 km
  • 12/12/16 … – Ban Tha Sa Kae = 103 km
  • 13/12/16 … – avant Si Samrong = 108 km
  • 14/12/16 … – Sukhothai = 32 km
  • 15/12/16 Sukhothai = visite
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Notre trajet au Laos et en Thaïlande

Plus niais comme titre, tu meurs. Ou tu retournes regarder Joséphine Ange-gardien, ce qui revient au même. « Le pays du sourire » donc, c’est le petit surnom de la Thaïlande. Pour le Laos, c’est « le pays des 1000 éléphants » et on en a vu un seul, de loin. Espérons que cette fois le surnom n’est pas usurpé sinon les gens vont nous faire la tronche pendant 2 mois. Aller zou, récit des derniers jours

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On n’en peut plus de Vientiane, la ville est sympa, on s’occupe bien, on voit nos amis cyclo mais on a besoin de retrouver un rythme vélo-dodo-vélo-T-shirt-crados. Alors même s’il est difficile de dire au revoir à Alessio, Binh et Tim, on est tout content de remonter sur nos tanks et de filer au consulat récupérer nos passeports visés. Et encore plus content quand on apprend que c’est gratuit en ce moment. Cadeau du nouveau roi Thaïlandais qui nous fait économiser 60€, toujours ça qu’on pourra réinvestir dans du vital comme le beurre de cacahuète (Fred) ou de la poudre à lessive (Ophélie). On file ensuite vers la frontière à 20 km de là et passons les contrôles comme un Schwalbe Marathon Plus sur des bouts de verre (référence de spécialiste, ça veut dire sans encombres). Ici, rien à déclarer, pas de rayons X, pas de poches à eau explosant par terre, pas de fouilles rectales, pas de douaniers allumant le PC à la recherche d’un bout de nichon. Vraiment pas marrant.

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Nous traversons le pont de l’amitié au-dessus du Mékong et nous voilà en Thaïlande. Première surprise, ça roule à gauche ici, on ne savait pas. Je râle un peu car va falloir que je mette les rétroviseur à droite (ndlr : à ce jour, toujours pas fait, la flemme). On note mentalement les différences avec le Laos :

  • Alphabet différent, toujours incompréhensible pour nous. Et, contrairement au Laos où presque tout était traduit en anglais, ici c’est DemerdenSieSich et on mets un peu de temps à repérer les guesthouses. Ça changera sûrement dans les coins touristiques
  • Pays plus riche : plus de voitures, plus de maisons en dure, routes nickels, plus de cultures dans les champs (ils n’ont pas à déterrer 3 bombes avant de pouvoir planter un bananier, les veinards)
  • Côté bouffe, ça a l’air d’être plus ou moins la même chose, un poil plus varié, un poil moins cher. On va encore bouffer pas mal de riz. Mais comme au Laos, les portions sont désespérément trop petites et on arrive jamais à être rassasié.
  • Les têtes diffèrent un peu, on voit des cheveux ondulés, voire même frisés. Les corps changent aussi, on voit des obèses. Cool, on va sûrement trouver des KFC !! De la vrai bouffe bien de chez nous !

Avec le consulat qui n’ouvrait qu’à 13h30 et la frontière à passer, on n’a pas eu le temps de beaucoup rouler et nous voilà déjà à galérer à la nuit tombée à la recherche d’une guesthouse. On apprend qu’en ce moment se déroule des festivités dans tout le pays en l’honneur du nouveau roi, de la constitution et de l’anniversaire de l’ancien roi mort récemment. Bref, ils font un méga pont et tout est blindé de touristes Thaïs. Alors on se replie, à mon grand bonheur, sur l’option camping sauvage. Mais comme d’hab, tout les coins sympas sont derrière nous et on se réfugie dans un établissement particulier. Indices :

  • Il n’y a que des mecs
  • Ils ont pris perpète
  • la plupart ont le crâne rasé et des tatouages
  • Ophélie n’en laisse pas certains indifférents
  • ils sont habillés en orange
  • ils n’ont pas beaucoup de distractions

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Y’a peu de différence avec une prison américaine mais nous sommes en faite dans un temple bouddhiste. Les gars sont sympas et nous accueillent avec le sourire, nous montrant un endroit agréable où monter la moustiquaire. Un mec nous apportera 2 kg de banane, un autre quelques boissons en brique, adorable, on ne sait pas comment les remercier. On passe la nuit au frais et sommes réveillés aux aurores -6h15- par un moine tapant sur une cloche. On déjeune tranquillement et assistons au balais des dames du village venant nourrir les moines.

Un grand ado s’approche d’Ophélie, il porte un caleçon en pilou-pilou, on dirait un pyjama. Ou plutôt un pyjafouette, le genre porté pendant 3 semaines. On voit que c’est pas un moine mais on n’est pas sûr. Il a un air un peu hébété mais peut-être que c’est juste qu’il a la lumière divine en lui, il est habité. Il s’agenouille et pose ses mains sur les épaules d’Ophélie, qui a un mouvement de recul. Je lui dit de se détendre, « il veut sûrement te bénir ».

En fait, non. Le gars n’a pas la lumière en lui, ni même à tous les étages. Et il n’est habité que pas le désir de copuler avec une cycliste exotique. On s’en rend compte quand il lui prend fermement les poignets et l’attire vers ses grosses lèvres pour un baiser inoubliable. Là, j’ai 2 options : soit je sors l’appareil photo pour filmer tout ça, soit je m’interpose. Malheureusement, dans de telles situations, on ne fait pas forcément les bons choix, et je le repousse.

Il reste à côté de nous mais des moinillons le chasseront avec quelques gentils coups de bâtons. Une fois ces derniers occupés à leur messe, notre ami fera une nouvelle tentative. Ne trouvant pas Ophélie, il me demande où elle est. Y’avait moyen de se faire un petit billet là mais je suis un gentleman et je lui indique la mauvaise direction.

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On reprend les vélos et faisons une très belle étape le long du Mékong. Le pays mérite bien son surnom, les gens ont le sourire très facile, sont enthousiastes à notre passage et les gestes amicaux sont permanents. Ça nous rappelle l’Ouzbékistan, ça met de bonne humeur. Nos premiers pas dans ce pays sont très agréables et la bonne impression se confirmera tous les jours.

On stoppe dans un resto le midi. Prudente, Ophélie commande un classique riz sauté avec du poulet alors que j’opte pour la même chose mais au curry vert. J’en avais déjà pris au Laos, je suis confiant. Jusqu’à la 3eme bouchée, reposant la fourchette, la larme à l’œil et les lèvres en feu. J’ai eu l’impression de bouffer du napalm et pour la toute première fois du voyage je n’arrive pas à finir mon assiette. On apprendra qu’il faut absolument dire non quand un Thaï demande si on veut épicé, même un tout petit peu.

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Le soir, on demande l’hospitalité dans un autre temple. Il y en a beaucoup, comme les églises en France. On monte la tente dans un spot de rêve face au Mékong.p1110480 Le moine nous apporte un grand cierge et des bouteilles d’eau avant de nous indiquer les sanitaires. C’est rustique, c’est propre, c’est parfait. Pas besoin d’eau chaude dans ce pays. Nuit au calme, pas de moustiques.img_8764

Notre moine s’offre une grasse mat’ et sa cloche nous réveille seulement à 6h30. Le Mékong nous accompagne jusqu’à Chiang Khan, haut lieu du tourisme où de nombreux thaïlandais de Bangkok viennent goûter au « froid », dixit un gars avec qui on discute dans la rue. On renonce rapidement à une guesthouse, hors de prix ou glauque, et ce même gars nous conduit gentiment à un camp de l’armée dans lequel on peut camper gratos. Un beau terrain de foot en bord de Mékong, avec sanitaires et électricité. Il fait effectivement frais par ici et c’est un plaisir de camper.img_8781

On fait un tour en ville et mangeons un plat un tout petit peu épicé dans un boui-boui. On ressort la bouche en feu et nous calmons avec des bons pancake à la noix de coco. Avant de nous coucher, on sert de dîner aux moustiques en observant un match de sepak takraw, un sport national ici en Thaïlande, mais aussi pratiqué dans toute l’Asie du sud-est. C’est comme un tennis-ballon avec un filet à 1m55 et une balle en rotin tressé. Moi qui me prenait pour une star du tennis ballon (je suis champion incontesté du quartier nord du Bois St Denis, catégorie vétéran droitier chaussant du 43,5), j’ai pris une leçon d’humilité en voyant ces gars claquer des smash avec le pied au-dessus du filet.img_8774

Le matin, point de moine pour nous réveiller mais le Chef d’Expédition veille sur son infanterie et la troupe est sur le front dès 8h. Vu qu’on n’a que 50 km à faire, le soldat Ophélie a dû mal à comprendre et on frôle la mutinerie. Je dois lui rappeler qu’on a réservé une chambre dans la prochaine ville et la perspective de glander au frais et de lancer 1 ou 2 lessive la fait rapidement rentrer dans le rang.

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On arrive donc tôt à Loei et profitons de l’après-midi comme sus-mentionné, avant d’aller dîner dans un night food market. Ça fait toujours cool quand on écrit en anglais, c’est vendeur. Et quand ça finit par -ing, c’est encore mieux. On ne fait pas de la course à pied, on fait du running. On ne vérifie pas, on check. On ne boit pas un verre après le boulot, on fait un after-work. On ne fait pas de la merde à prix d’or, on fait du consulting. On n’entube pas les gens, on fait du marketing. Pardon, je m’égare.

Donc night food market, un marché de nuit pour la bouffe, un truc qui rend un peu dingue quand t’as pédalé et que t’as la dalle. On prend le risque d’un truc inconnu SANS EPICES MERCI et c’est gagnant : une espèce de pâte à beignet avec des fruits de mer ou du porc, au choix. Délicieux. On complète avec des bananes fourrée avec de la crème d’haricots rouges sucrés. Même goût que la châtaigne, très bon.

On est bien dans cette ville et dans cette guesthouse et décidons de rester une nuit de plus.

Le matin, on va dans un centre de massage thaïlandais traditionnel. Je parle de l’ancienne tradition, pas de la tradition 2.0 qui sévit dans le sud du pays et où tu peux choisir la fille, les accessoires et où le massage finit immanquablement sur un organe qui n’est même pas un muscle. Désolé de décevoir nos lecteurs qui s’entraînent avec des petites haltères.

Ici, la masseuse d’Ophélie fait bien 80 kilos et la mienne est une adorable mamie au beau visage creusé de rides profondes. Les photos à l’entrée font un peu peur et par l’entrebâillement d’un rideau, on voit une nana se faire piétiner le haut des cuisses. Ok, c’est pas un massage comme les autres, pas un truc pour les touristes, mais on choisit tout de même la séance de 2 heures.

Le massage thaï se fait par des points de pression sur des zones bien définis. Nos nanas savent ce qu’elles font, elles ont de l’expérience mais bordel ! Ça fait super mal ! Elles appuient fort sur des zones hyper sensibles, surtout après des mois de vélos : autour des rotules, derrière les genoux (là ou c’est plein de tendons et de ligaments), sur les petits muscles des hanches, les adducteurs… Quand elles s’attaquent aux mollets et aux cuisses, on dirait qu’elles veulent aller masser l’os directement. Elles appuient avec la paume, l’avant bras (côté os bien sûr), les coudes pointus ou carrément avec les pieds, debout sur nous. Devant nos couinement de chiots, elles n’y vont pas à fond mais on le sent bien passer. C’est pas agréable sur le coup mais on sent qu’elles appuient où il faut. Comme dirait mon pote David de Coye-La-Forêt en parlant de ses pratiques sexuelles (passives) : « ça fait mal au début, après c’est que du plaisir. Un p’tit verre de rosé ? » Mon pote David finit souvent ses phrases par « un p’tit verre de rosé ? ».

Et en effet, on se sent en pleine forme le lendemain pour aller taquiner de la montagne Thaï. On valide le massage traditionnel, on recommencera avec plaisir et appréhension, les 2 en même temps.

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L’air se rafraîchit en grimpant et les gens sont toujours aussi souriant, c’est vraiment un pays facile pour le cyclotourisme, sur tous les aspects. Les paysages sont sauvages avec des massifs sur notre droite et une plaine sur notre gauche, le tout souvent recouvert de forêts primaires aux essences très variées. On voit des banians magnifiques, des frangipaniers fleuris, des tamariniers, des papayiers, des bananiers, des palmiers, des champs entiers d’ananas, des grands cocotiers de carte postale et quelques cactus. Ça change de Chantilly où tu trouves juste des noisettes et des châtaignes rabougris dans la forêt. Heureusement compensé par les boulangeries, boucheries et charcuteries… aaahhh je bave…. ne penses pas aux rillettes et aux patés de campagne Fred, n’y penses pas. Reste concentré sur ton riz collant et tes putain de bananes.

On s’arrête tôt dans un temple, à nouveau, et vaquons à nos occupations avant de se réfugier sous la tente vers 18h, l’heure de la nuit et des moustiques.img_8805

Cloche à 6h30, sur les vélos à 8h. Ce blog devient répétitif, c’est chiant, on devrait échanger nos vélos contre des poneys, ou des luges. Y’aurait des truc à raconter sur un voyage en luge en Thaïlande : « Aujourd’hui on a fait 6 km en 8 heures, c’était horrible, on a du pousser tout le temps. Pas de crevaisons ».

Malgré un relief un peu bosselé, on se fait une grosse étape. Comme je disais, c’est un pays facile à rouler : on s’arrête dans des stands pour un café frappé, on mange dans un boui-boui en bord de route, on se rafraîchit dans les toilettes de stations-services et les glaces sont pas chers.

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Le café Fast & Furious, ça donne un bon coup de NOS

Dans un petit stand où nous buvons un simple café boosté au lait concentré sucré (un truc de champion, interdit si t’as un pacemaker), la nana nous offre une infusion et des rouleaux de printemps.

On squatte à nouveau un temple le soir, un 5 étoiles celui-là : petite pelouse tondu, toilette-douche impeccable et coin cuisine. Pas de wifi en revanche, on a failli gueuler. Peut-être qu’il y en aura un jour, la plupart des moines ont un smartphone. Ils ont sûrement leur compte sur FaceBouddha, ah ah ah ! Enorme ! Jean Roucasse, sors de mon corps !!p1110510

On se refait une étape de 100 km le lendemain, c’est caviar avec une route assez plate entre des rizières au vert surréaliste.img_8849 Et le soir, vous devinerez jamais où on a campé ! Un temple ! Il est un peu moins bien que le précédent, y’a des moustiques dans les sanitaires. Mais on se trouve un chouette coin, des gars m’offrent un verre de whisky et les moines nous apportent des tonnes de bouffe malgré nos refus : bananes, noodles, agrumes à tremper dans un mélange sel-sucre-piment, riz, bols de viande non identifiée baignant dans du bouillon… Ils nous filent même un casse-croute pour la route du lendemain : du riz sucré avec les haricots rouges magiques fourré dans des tiges évidée de bambou. Il se conserve très bien comme ça et ça fait un super goûté.img_8857

Ils sont gentils ces moines, ils viennent s’asseoir avec nous, certains parlent un anglais correct, on partage du raisin.

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Ils sont plutôt souriants mais se figent pour la photo, genre méditation express

On repart donc bien lesté et reconnaissant et rejoignons rapidement Sukhothaï à une trentaine de kilomètre. On se pose dans une guesthouse avec piscine, bien agréable dans cette chaleur épaisse des plaines humides. Le lendemain matin, on se lève tôt pour visiter la vieille ville et on vous laisse avec quelques photos de ce bel endroit.

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A bientôt pour la suite.

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