J 256 à 262 / de Sukhothaï à Mae Sariang / 419 km
- 16/12/16 Sukhothaï – Ban Luang = 100 km / + 340m
- 17/12/16 … – Mae Sot = 68 km / + 1280 m
- 18/12/16 Mae Sot = visite du marché Birman – 16 km
- 19/12/16 … – Ban Mai = 89 km / + 770m
- 20/12/16 … – après un col = 68 km / + 1200m
- 21/12/16 … – Mae Sariang = 78 km / + 1430m
- 22/12/16 Mae Sariang = Repos total

petit indice pour la suite de l’article
On repart en forme de Sukhothaï et avalons rapidement les 100 km vent dans le dos, ça fait du bien du facile, on crache pas dessus. On ne sait pas où dormir, on voudrait juste se poser avant le début des montagnes. Sur place, on a le choix entre le poste de police ou un temple et comme on a nos petites habitudes, on va demander l’hospitalité aux moines. Ceux-là sont un peu taciturnes mais nous montrent immédiatement l’endroit où l’on peut monter la moustiquaire. Il y a une table avec des bancs, de quoi faire sécher nos t-shirt, une épicerie en face, on se fait un apéro et la cuisine : brochettes de porc caramélisé achetées plus tôt sur un marché, salade riz-tomates-oignons avec une vraie vinaigrette (grâce à la moutarde qu’on trimballe depuis Almaty, soit environ 4000 km) et petits pains vapeur sucrés en dessert. Sans oublier les bananes et les clémentines histoire de bien caler tout ça.
Ce qui n’empêche pas d’avoir les crocs au réveil et de s’enfiler un gros tas de pain de mie tartiné de margarine et grillé à la poêle.
Voilà, fin de ce petit intermède passionnant « la bouffe au bivouac ».

L’échauffement est rapide avec une pente à plus de 10 %, beaucoup de trafic et des travaux tout le long. Pas une partie de plaisir. Heureusement le temps est couvert et on ne se fait pas assommer par le soleil. On fait le plein de calories après le 1er col et enchaînons avec le 2eme, sous le cagnard cette fois. C’est dur, les cuisses brûlent, on en voit pas le Bouddha. Ce dernier, gigantesque, marque la fin de la côte et la longue descente vers Mae Sot, dernière ville de l’ouest Thaï avant la Birmanie.
On déboule crevé dans une guesthouse et y posons les sacoches pour 2 nuits. Le soir, après quelques cochonneries huileuses achetées au marché de nuit, on rencontre Guillemette et JB, 2 basques en vacance pendant 8 mois en Asie du sud-est. Faut toujours qu’ils aient des prénoms bizarres ces basques, ils peuvent pas s’appeler Paul, Jean-Patrick, Kévina, Gédéone, Alain-Jésus, Kimberley ou Eustache comme tout le monde ?
Bref, comme souvent quand des français se retrouvent loin de chez eux (ou pas), on finit au bar autour d’une bière, puis 2, puis 3. Très important la réhydratation après un long effort. On s’entend bien avec eux, c’est pas juste des backpackers, ils ont voyagé à vélo auparavant. On se sent à l’aise avec des gens qui ont déjà porté le même t-shirt pendant 5 jours, qui ont enlevé des limaces de leurs tasses avant d’y verser le café et qui pensent que vaut mieux pas attendre la retraite pour se donner le temps de découvrir, goûter, sentir et rencontrer.
Je me réveille avec un mal de crâne pas possible, l’alcool et Fred, ça fait 2. Mais la réhydratation a fonctionné et on enfourche les tanks pour une séance de « récupération active » et une visite du marché Birman, à la frontière. Rien de folichon, très peu d’artisanat, beaucoup de made in China et pas mal de mendiants tendant le bras. On peut tout de même observer les birmans, très différents de Thaï. Les femmes se mettent une sorte de poudre jaunâtre sur les joues et le front, c’est pour faire jolie mais aussi pour protéger du soleil parait-il. On croise à nouveaux nos basques et déjeunons ensemble. Ça les fait marrer de voir qu’on a encore la dalle à la faim du repas. Oui, ici, on écrit la faim du repas, c’est pas une faute.
Au retour, on croise un énorme supermarché et craquons complètement pour du Bleu (le fromage oui oui!) du Toblerone et une imitation de Chocapic, j’me souviens plus du nom, ça devait être un truc du genre Kokopic ou Cacao Fun. Un truc sans aucune trace de cacao, c’est certain.

Le lendemain, étape pas trop compliqué dans des paysages de plus en plus beau. On longe une belle rivière puis un très long village de réfugiés Birman : plein de huttes sur pilotis, des grands arbres, de la fumée sortant des foyers. De loin, on dirait le village d’Astérix et Obélix. Magnifique.
La route est jalonné de check-point de police. Les gars, dans leurs beaux uniformes cintrés, sont adorables et quand on s’y arrête pour y faire le plein d’eau potable, ils nous offrent le café ou des boissons énergisantes dégueulasses au goût de sirop. Y’en a même un qui veut nous donner des pansements, du paracétamol et une crème analgésique pour douleurs musculaires. On doit vraiment avoir l’air crevé parfois mais cette gentillesse est vraiment émouvante.

en arrière plan, le roi défunt, omniprésent dans tout le pays
Depuis qu’on est en Asie du sud-est, les gens nous demandent d’abord où l’on va, « where you go ? ». C’est marrant ce basculement car jusque-là on nous demandait d’où l’on vient, systématiquement, « A kouda ? Where you from ?». Bon, c’est sûr qu’avec nos tronches, on peut pas venir d’ailleurs que de l’occident mais ça dénote un changement profond de mentalité. Lequel, je ne sais pas, j’ai pas assez lu la rubrique psycho de Elle. Et ils en parlaient jamais dans le Journal de Mickey.
On boucle l’étape à la nuit tombée, c’est un régal de rouler pendant que le soleil descend, la T°C baisse et la lumière flatte le paysage. Il n’y a plus de temple ici, c’est un coin catholique. Heureusement, un gars en scooter nous alpague et nous conduit à sa guesthouse, un truc magnifique avec des bungalows posés sur l’eau pour 8 € la nuit. On se permet de négocier le prix vu qu’on n’utilisera pas la climatisation et on passe la nuit au frais, entendant les poissons-chats attraper tout ce qui passe. La gérante nous offre 2 kilos de banane, en plus de son sourire.
Le lendemain, on continue sur cette route, l’une des plus belles de notre voyage. Ça roule bien pendant 55 km, ensuite c’est l’enfer. Il est 14h, pleine chaleur et on vient de manger pour 4 (les nanas ont pas compris quand on a recommandé la même chose). On attaque la côte de la mort, une dizaine de kilomètres avec des pentes dépassant les 15 % par endroit, et les 10 % la plupart du temps.

Les cuisses sont asphyxiées et je sens chaque millilitres des 8 litres d’eau que je trimballe (pas d’habitations pendant un certain temps, qu’on croit). Dans un passage que j’évalue à 18 %, je déclipse et pousse le vélo sur quelques mètres, pour la 1ere fois du voyage sur une route bitumée. Ophélie passe, chapeau. On souffle dans les courts passage « faciles » à 6 % avant d’attaquer d’autres murs. Chaque mètre est un combat, on aimerait avoir un bouton permettant d’annuler la gravité pendant quelques minutes, juste le temps de passer ce putain de virage dessiné par un psychopathe. C’est des fous les mecs qui ont fait ces routes, j’en ai jamais vu des comme ça ailleurs, même dans le Cantal, même dans les Pyrénées et même sur l’île de Chiloe !
Le col est là, enfin ! On descend un peu et tombons avec chance sur un superbe emplacement de camping avec pelouse moelleuse, rivière juste à côté et pas un chat aux alentours. On est récompensé de nos efforts et la baignade est un délice, même si j’ai trimballé de l’eau pour rien au final. La nuit est calme et fraîche dans cette jungle, on enfile un pull au réveil, à 6h30.

On se dit qu’on a fait le plus dur la veille et que la descente va venir vite. Erreur. Sans s’élever en altitude, on se bouffe un dénivelé positif bien pire que la veille avec une route en dent de scie et des pourcentages affolants.

AAAAAAHHHHHHHH !!!!!
Aujourd’hui, c’est Ophélie qui met le pied à terre, sa roue arrière patine sur les tronçon de piste, signe qu’on est sur du très raide. On ne prend aucun plaisir à pédaler sur des pentes aussi fortes mais le paysage est là et c’est juste un moment à passer. Ça ne finit jamais, on enchaîne les murs et les toboggans, poussant des cris à la vue de la côte suivante.
Mais les jambes tiennent le coup, le morale est bon et on arrive enfin à la descente. On est carbonisé mais il ne reste que 30 km pour rejoindre la prochaine ville alors on enchaîne après un soda et des chips. Oui, c’est ça qui est cool avec le vélo, on peut manger gras, salé et sucré en permanence et en quantité.

Quand tu vois ce panneau alors que t’es déjà sur du 10%, t’as juste envie de te rouler par terre en position fœtale. Du 16% sur cette photo
La route est plus facile et les petites grimpettes finissent par nous délier les cuisses et redonner de la fluidité au pédalage. Sur du 15 %, on pédale triangle ; sur du 10 %, on pédale carré, le reste du temps, c’est plus ou moins rond ! Petite géométrie du pédalage.

Crevaison
On arrive enfin à Mae Sariang, tout petit bled sans touristes, le compteur a dépassé les 11 000 km en ce premier jour d’hiver. On stoppe au premier hôtel, négocions un bon prix pour 2 nuits, montons les sacoches au bord de l’hypoglycémie et filons faire un carnage au resto sans même nous changer. A 2, on a plus mangé que 5 thaïlandais, on a pu comparé avec la table d’à côté.
Après une bonne nuit, on se sent finalement en forme, les cuisses ont bien récupérées. On va tout de même dans un centre de massage pour les préparer à la suite qui s’annonce bien costaud. Dans ce centre, les masseurs sont aveugles, comme ceux qui dessinent les routes se dit-on. Ça fait moins mal que la dernière fois, peut-être qu’on est habitué ou peut-être qu’ils appuient moins fort histoire qu’on se venge pas en planquant leurs cannes blanches ou en payant en billet de Monopoly.

notre cadeau de Noël
Demain, on part à l’attaque de la route 108. Au programme : 420 km et 7000m de D+ pour rejoindre Chiang Mai le 31 décembre. Donc pas d’autre article avant le début de l’année prochaine.
Les Panardos vous souhaitent à tous, cher followers, même ceux qui ne lisent pas tous les articles, même ceux qui ne commentent jamais, même ceux qui aiment les chatons, même ceux qui mangent du boudin aux pommes, même ceux qui ne comprennent rien à ces histoires barbantes de dénivelé et de pédalage carré, de joyeuses fêtes en famille. Puissiez-vous vous tenir éloignés de l’orgie consumériste.
De notre côté, on fêtera Noël en se mettant dans la peau des rennes, tractant nos traîneaux sur des pentes raides comme des cheminées, et sentant comme… bah des rennes.
A l’année prochaine.





Le moine nous apporte un grand cierge et des bouteilles d’eau avant de nous indiquer les sanitaires. C’est rustique, c’est propre, c’est parfait. Pas besoin d’eau chaude dans ce pays. Nuit au calme, pas de moustiques.






Et le soir, vous devinerez jamais où on a campé ! Un temple ! Il est un peu moins bien que le précédent, y’a des moustiques dans les sanitaires. Mais on se trouve un chouette coin, des gars m’offrent un verre de whisky et les moines nous apportent des tonnes de bouffe malgré nos refus : bananes, noodles, agrumes à tremper dans un mélange sel-sucre-piment, riz, bols de viande non identifiée baignant dans du bouillon… Ils nous filent même un casse-croute pour la route du lendemain : du riz sucré avec les haricots rouges magiques fourré dans des tiges évidée de bambou. Il se conserve très bien comme ça et ça fait un super goûté.


