Les PanarLaos, au pays des clusters

 

J 224 à 233 / de Mohan (Chine) à Luang Prabang (Laos) / 295 km

  • 14/11/16 Mohan – Na Mor = 50 km / + 270m
  • 15/11/16 … – Odoumxai = 51 km / + 600m
  • 16 & 17 Odoumxai = repos
  • 18/11/16 … – Pakmong = 83 km / + 1350 m
  • 19/11/16 … – Luang Prabang = 111 km / + 700m
  • du 20 au 23/11 Luang Prabang = tourisme

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4 étapes en 10 jours, y’a du relâchement dans l’air, ça aurait presque un parfum de vacance.

A Mohan, on profite du petit déjeuner inclus de l’hôtel : Ophélie se contente de quelques pains vapeurs et de raviolis fourrés pendant que je m’enfile une soupe de noodles bien relevée. Je suis devenu un vrai nouach, je rajoute des trucs piquants et du glutamate à chaque fois, finissant la bouche en feu en me disant que j’en ai mis trop. On se prépare rapidement et filons à la frontière, ne sachant pas comment ça va se présenter et ne voulant pas y passer des heures.

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tournage d’un téléfilm à la frontière. Mon vélo a pu rester en place pendant que je devais reculer. Ça en dit long.

C’est rapide, un coup de tampon côté chinois et un visa délivré en 10 minutes côté laotien contre 31 $ chacun. C’est parti pour environ 3 semaines au Laos, 700 km plein sud vers Vientiane, la capitale, avant d’entrer en Thaïlande. Autant dire qu’on a beaucoup de temps et qu’on n’a pas besoin de se presser.

Le changement est radicale et on est tout de suite séduit par les charmes du Laos, dont le slogan est « simply beautiful », très proche de notre slogan à nous « simplets et bogosses ».p1110379

D’abord les villages pittoresques avec toutes ces petites cahutes en bois sur pilotis qui s’intègrent si bien au paysage, parfois remplacées par des constructions en dure au couleurs vives. J’aime pas ce mot, mais tout nous semble « authentique », comme dans le journal de 13h du grand journaliste percutant Jean-Pierre Pernault. p1110361Ça fait très carte postale, les paysages sont fidèles aux images d’Épinal qu’on peut avoir de ce pays. Dans les villes, les administrations arborent encore des inscriptions en français, héritage du protectorat de la France apportant un charme suranné.p1110340

Ensuite les gens : très présents en bord de route, sauf à l’heure de la sieste, ils nous saluent en souriant avec un enthousiaste « Saibaidee » (bonjour en laotien). Les nombreux enfants, très petits et mignons, ne manquent jamais de nous faire coucou ou de tendre la main pour qu’on tape dedans, ça nous rappelle le Tadjikistan, en moins exubérant. Impossible de faire mieux qu’un gamin Tadjik, celui qui déboule de n’importe où, tapant un 100 m en tong en moins de 10 secondes en criant HELLO HELLO HELLO !!!, comme si on était le père Noël.

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route bloquée par un accident, seul les vélos passent, la route est à nous.

On nous avait pourtant dit que le Laotien était plutôt froid mais il semble que nos vélos de clown arrivent à briser la glace. Ils sont certes tout en retenue, assez discrets, courtois, pas intrusifs et calmes mais ce n’est pas pour nous déplaire. Comble du bonheur, on voit très peu de smartphone ! Fini d’être filmé ou photographié à la dérobée, sans un bonjour ni rien. Les gens ont une vraie vie ici ! Sans Facebook ni Tweeter ! Si si, c’est possible apparemment !

Enfin les routes : nous pédalons sur l’axe principale du pays et c’est l’équivalent d’une petite départementale française, aussi bien au niveau de la largeur que du trafic. C’est magnifique, la route serpente le plus souvent à flan de montagne ou sur des crêtes, révélant des paysages grandioses, intacts, à peine troublé par quelques lignes électriques ou téléphoniques. On est loin de la Chine où le moindre m2 exploitable est exploité. Le Laos est encore en grande partie recouvert de forêts primaires, même si elles sont de plus en plus menacées, comme partout.p1110381

Quand on pense au Laos, on imagine aussi des paysans sautant sur des vieilles mines datant de la guerre du Vietnam. Ce qui n’est pas totalement faux, même si ce n’est pas des mines. Le Laos est sans conteste la plus grande victime de cette guerre. Sans même avoir jamais été engagé dans le conflit, il a tout de même été le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité. De 1965 à 75, juste parce qu’il était au mauvaise endroit (entre les méchants communistes Vietnamiens et les gentils américains basés en Thaïlande), l’aviation US a déversé sur le Laos plus de 3 millions de tonnes de bombes, de clusters  et d’agent Orange (un herbicide sur-dosé, rien à voir avec des vendeurs en téléphonie mobile, encore plus nocif. Et produit par vous savez qui ? Monsanto…), c’est à dire plus que le Japon et l’Allemagne réunis durant la 2eme guerre mondiale. Certaines montagnes ont perdu 7m d’altitude sous l’impact des bombes. Bon, pour nous à vélo, c’est 7m de moins à grimper, voyons le bon côté des choses.

img_8590Les clusters, parlons en un peu. On les appelle « Bombies » ici, c’est mignon « bombies ». Alors, les clusters, c’est génial, les psychopathes ayant passé des journées entières à jouer à Worms 2D sur un vieux PC savent de quoi je parle. Un cluster est une sous-munition, de la forme et de la taille d’une balle de tennis, les enfants du Laos adorent jouer avec quand ils en trouvent un en forêt. img_8589

Les bombes contenaient 680 clusters, ayant chacun un rayon mortel de 30m lors de leur explosion. On estime que sur les 260 000 000 de clusters gentiment semés dans les belles foret Laotiennes, 80 000 000 n’ont pas explosé, ce qui laisse de belles opportunités aux habitants de perdre un bras, une jambe, la mâchoire, la vie ou un proche.Ou tout à la fois pour les grands gagnants.img_8606

Non, c’est génial le cluster. L’Homme est tellement créatif et imaginatif pour ce genre de choses ! Il a inventé des trucs vaguement beaux et utiles comme l’écriture, les vaccins, l’agriculture, la bicyclette, la crème de marron et les réchauds à essence. Mais les clusters bordel, ça c’est de l’invention ! Le napalm, la classe ! Le lance-flamme, splendide ! La mine-S, trop forte ! Le truc te saute à hauteur de la ceinture et le shrapnel te coupe en 2, toi et tes potes ! Je dis « prix Nobel » pour ça !

Donc, comme 1/3 des bombes n’a pas explosé, le Laos est truffé d’environ 1 million de tonnes de joujous en métal sur lesquels il ne vaut mieux pas donner un coup de bêche. Pas étonnant qu’il y ait encore aujourd’hui, 40 ans plus tard, 300 morts par an. La bêche est très populaire parmi les cultivateurs.

Le dépollution coûte extrêmement cher, surtout dans un pays aux pentes escarpées recouvertes de forêts. Heureusement, les USA, pas chiens, versent 1 million de dollar par an. Généreux les gars, surtout quand on sait qu’ils ont dépensé 900 milliards durant la guerre du Vietnam, pour rien. Désamorcer définitivement tout un district du Laos ou acheter un nouveau drone pour amener paix et bonheur au Pakistan, c’est le même prix mais, franchement, tout le monde choisirait le drone. Quand t’es gamin, si on te laisse le choix entre jouer à la voiture radio-commandée ou ramasser le plat de lasagne que t’a renversé sur la moquette du salon, tu réfléchis pas longtemps.

Non vraiment, faudrait être mauvaise langue pour dire que l’histoire s’est répétée avec l’Irak et l’Afghanistan.

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Faudra pas oublier de regarder dans nos chaussures avant de les mettre le matin au bivouac. Heureusement, celui-ci est bien trop gros pour y entrer. Ouf !

Nous faisons 2 courtes étapes pour arriver à Odoumxai, prenant nos marques doucement : à quelles heures sont les repas ? Combien coûte les choses ? Ou trouver du pain ? C’est la grosse panique le pain, on se sent perdu si on en a pas dans les sacoches. On a toujours réussi à en trouver jusque là, même en Chine, mais le Laos risque d’être un gros défis.img_8058

On découvre le mode de vie des Laotiens, plutôt très cool, z’ont pas l’air trop stressés, ça nous plaît. Un dicton du coin dit : « Les vietnamiens labourent la rizière, sèment et repiquent le riz, les cambodgiens le regardent pousser et les laotiens l’écoutent pousser ». Leur rythme est calé sur le soleil, ils se lèvent tôt et les rues sont vites désertes dès qu’il fait nuit, vers 18h. Aux alentours de 16h, on croise souvent des gens se lavant en slip ou même carrément à poil sous un robinet en bord de route. Même comme ça ils nous saluent avec un grand sourire. J’essaye encore cependant d’effacer de ma mémoire la vieille mamie croisé au détour d’un virage… elle avait au moins 160 ans.

A Odoumxai, nous restons 3 nuits pour reposer les cuisses et profiter des petits resto à tomber. La nourriture coûte bizarrement 2 fois plu cher qu’en Chine mais ça reste raisonnable. Le vrai problème vient des quantités, souvent insuffisantes pour un appétit de cyclo. Alors on complète avec les petites bananes qu’on trouve au marché.

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Pas de perte de temps ici, tu peux tout faire en même temps : douche, brossage de dent, pipi, électrocution et lessive

On croise des touristes occidentaux, pour la 1ere fois depuis trèèèèssss longtemps. Va falloir qu’on s’y habitue, ce n’est que le début. Les alentours proposent quelques attractions touristiques, toutes payantes, alors on préfère rester peinard dans la ville. On rencontre 2 autres cyclos suisses : Romain et Julien. Mais c’est des pseudos, ils s’appellent Ricola et Ovomaltine en vrai. On sympathise vite, on se raconte nos souvenirs de guerre sur la Pamir et débattons âprement sur le bien fondé de lubrifier sa chaîne de vélo avec du Téflon dans des régions humides. Passionnant, Ophélie a failli tomber dans le coma.img_8049

On reprend les vélos direction Luang Prabang. Comme il y a du dénivelé, on part tôt afin de profiter au maximum de la fraîcheur matinale. Mais pas de bol, Ophélie crève au bout de 10 km et je perd une heure à tenter de faire tenir une rustine. Peine perdue, le collage ne prend pas à cause de l’humidité et je mets une chambre à air neuve (l’une des 3 qu’on trimballe pour rien depuis plus de 7 mois). Ça grimpe gentiment, sans aucune difficulté. Comme tout les matins, le ciel se dégage entre 10h et midi et révèle les montagnes auxquels s’accrochent les restes de brumes et nuages. Entre 2 cols, on s’arrête à un boui-boui en bord de route et mangeons le plat unique habituel du coin : une soupe de nouilles de riz avec quelques lamelles de bœuf et des tranches d’une espèce de boudin blanc. On ajoute à ça quelques haricots verts crus, quantité d’herbes fraîches (menthe, basilique, coriandre, ciboule), un peu de salade et on assaisonne avec de la sauce soja, de la sauce poisson et de la pâte d’écrevisse pour les plus téméraires (ce truc pue encore plus que les pieds d’Alice en Iran, c’est dire). Frais, diététique, hydratant et facile à digérer, on a les crocs 2 heures plus tard. Ça vaut pas un bon hachis parmentier des familles mais ça permet d’enchaîner un 2eme col sans transitions et sans rototos.

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Ophélie a refusé de camper ici, j’ai boudé une heure

Après 1 nuit dans une guesthouse un peu glauque à Pakmong, on file d’une traite à Luang Prabang. On pensait le faire tranquillement en 2 étapes mais on est frais au bout de 70 km et une glace Magnum hors de prix et on enchaîne les 40 km restant assez rapidement, arrivant au bout de 7 heures de pédalage, euphoriques et affamés, dans le coin le plus touristique du pays.img_8011

La ville est rempli d’occidentaux en vacance, c’est déroutant et j’ai du mal à m’y faire au début. C’est juste des gens en vacance, comme nous, et je me retiens très fort pour pas être acerbe. Mais y’a quand même un portrait type qui se dégage des touristes et la médisance crasse est une des caractéristiques de ce blog, avec la mauvaise foi, les fautes d’orthographe, les généralités, la stigmatisation et les animaux crevés. On a bien conscience de ne pas valoir mieux que les autres.

Donc, portrait type du touriste à Luang Prabang :

  • Jeune, bronzé, tatouages nombreux, barbe de hipster. Presque un footballeur
  • Débardeur distingué (d’une marque de bière de préférence), short de bain (le Laos n’a aucun accès à la mer) et tong (même pour marcher 3 heures). En cas de soirée frisquette, peut porter un magnifique sarouel motif éléphant fabriqué au Vietnam.
  • Ne dis pas bonjour, mais « how much ? »
  • Aime aller dans les endroits plein de gens comme lui
  • Pour les plus âgés, le classique et indémodable sandales-chaussettes. On note aussi un étonnant retour du sac banane, très très classe avec une mini-jupe.
  • Premier réflexe en débarquant : acheter une carte SIM et recharger la GoPro pour filmer des trucs extrêmes comme la visite d’une grotte, un plongeon monumentale de 1m50 dans une rivière ou la traversée du Night Market.
  • Capable de porter un bonnet sous 28°C. Comme Yannick Noah.
  • Est très préoccupé par les problèmes d’écologie et les bouleversements climatiques. N’hésites pas à traverser la planète en avion pour une semaine de vacance.
  • Ne vois presque rien du Laos (nous n’avons croisé quasiment personne avant d’arriver à LP)
  • Est en manque de pizzas et hamburgers au bout de 3 jours. Heureusement trouvables à Luang Prabang, pour 4 fois le prix qu’un plat traditionnel.
  • File ensuite par avion à Phuket ou Pattaya, là où il pourra vraiment s’épanouir à fond au milieux des siens
  • Réserve ses chambres sur Booking, mettant parfois dans la panade les cyclos n’y pensant pas

Cependant, la ville a beaucoup de charme et la zone touristique est très concentrée. Et puis on trouve de la vraie baguette française, des vrais croissants et on peut refaire le plein de Nutella et beurre de cacahuète.

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comme vous l’aurez deviné, la nana au milieu est allemande

Le lendemain, on retrouve Ovomaltine et Ricola pour aller visiter les chutes de Kang Si en fin d’après-midi, en partageant un Tuk-tuk pour y aller. C’est très jolie et après une baignade rafraîchissante avec des poissons nous mordant les doigts de pied, nous grimpons en haut de la grande chute de 70m. La zone est déserte, le soleil se couche, moment unique.img_8130

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Retour à Luang Prabang et les suisses nous amènent manger dans une ruelle du night market (marché de nuit, presque aussi classe que celui de St Raphael sur la côte d’azur). Ils nous préviennent, cette ruelle est un piège. Poissons grillés, saucisses, lards, boudin noir, poulets grillés, pancake à la noix de coco, crêpes, jus de fruit, on est comme des dingues devant cette profusion. Sans surprise Ophélie prend des saucisses, râlant qu’il n’y ait pas de galettes. Moi, j’opte pour le poisson, que je finis avec les doigts, ça va bien 2 minutes les baguettes. On accompagne ça d’un « bol du crevard » : tu payes 1,7 euros pour le bol et tu le remplis au maximum de riz, légumes sautés, beignets de banane, courges, nouilles diverses, tofu et chips. Les suisses ont même développé la technique dites « des tranches d’aubergines » : ils en glissent sur le côté pour augmenter la contenance du bol. La Suisse est un pays ayant connu de grandes privations.

Le jours suivant, Ophélie me traîne pour visiter un atelier de tissage de la soie. Impressionnant, les nanas passent 8 heures par jour dans une sorte de cage très bien pensée à réaliser des foulards ou des tentures, travaillant parfois plusieurs mois pour réaliser une seule pièce. On comprend pourquoi ils vendent des bouts de rideau à 2000 $.

On s’offre ensuite un massage à la croix rouge laotienne, le bon plan à 2 pas de notre maison d’hôte. Vaut mieux pas être sensible car ils appuient comme des brutes pendant 1 heures non stop, du vrai massage, parfait pour nos jambes dures et nos bras et dos atrophiés.img_8254

Le soir, on retrouve Nico et Brigitte, 2 cyclos français qu’on avait déjà croisé à Chengdu. On décide d’aller ensemble visiter les grottes de Pak Ou le lendemain. Les grottes nous laissent un peu indifférents mais la petite croisière sur le Mekong est agréable et nous donne l’occasion de voir des buffles et nos premiers éléphants. C’est tellement beau un éléphant, on espère en voir de plus près, sans touristes juchés dessus.img_8227

Le soir, je me sens patraque, j’ai mal partout. Pendant la nuit, je brûle de fièvre et suis tout courbaturé. Est-ce le massage qui a libéré 20 ans de tensions accumulées ? Est-ce Ophélie qui m’a empoisonné pour repousser les 4000m de D+ sur 220 km qui nous attendent ? Est-ce les touristes qui m’ont refilé une bonne vieille grippe de chez nous ? Est-ce une saleté de moustique qui m’a refilé la dengue ? Est-ce les premiers symptômes de la pécole ?img_8306

On reste donc une journée supplémentaire, à bouquiner et écrire ce billet manquant de vélo et donc d’entrain, espérant que ça ira mieux demain pour repartir les pieds devant et continuer à crever loin de chez nous !

Une pincée de Sichuan, une louche de Yunnan, fin des chinoiseries

J 211 à 222 / de Xichang à Mohan / 714 km

  • 01/11/16 Xichang – qqpart = 90 km / + 720m
  • 02/11/16 … – 50km avant Panzhihua = 95 km / + 1280m
  • 03/11/16 … – Panzhihua = 46 km / + 530m
  • 04/11/16 … – Yongren = 89 km / + 1550 m
  • 05/11/16 … – Kunming = 20 km à vélo + 220 km en bus
  • 06/11/16 … – Pu’er = 16 km à vélo + 400 km en bus
  • 07 & 08 Pu’er = Repos
  • 09/11/16 … – Dadugang = 72 km / + 700 m
  • 10/11/16 … – Mengyangzhen = 52 km / + 440 m
  • 11/11/16 … – Menglun = 52 km / + 350 m
  • 12/11/16 … – Mengla = 80 km / + 1200 m
  • 13/11/16 … – Mohan = 50 km / + 500 m

 

 

Oh putain le retard dans le récit, j’vais jamais me souvenir de tout !

  • « Ophélie, mon chaton, on a fait quoi ces 13 derniers jours ?
  • Bah du vélo, blaireau. Et un peu de bus.
  • Ah oui, c’est vrai, suis-je bête, pardon de t’avoir dérangé. Dois-je continuer à te masser les mollets ? Je commence à avoir mal aux doigts, ça fait 3h quand même.
  • Fermes-là
  • Mais, ma douce licorne, j’ai le blog à mettre à jour et tout et tout…
  • T’as toute la nuit pour le faire tête de nœud
  • Oh. Je comptais dormir mais c’est une bonne idée. Tu es formidable !
  • Tu feras ça dans les chiottes, je veux pas entendre tes sales doigts taper sur le clavier.
  • Super ! Dommage que ça soit des chiottes à la turc mais super !
  • Et n’oublies pas de graisser ma chaîne et de réparer ma crevaison lente, j’veux qu’on parte aux aurores demain matin. Réveille-moi à 10h. Je prendrais des croissants au p’tit dej’
  • Génial ! Heu, pour les croissants, ça va être compliqué, on est en Chine mon lapin
  • Tu te démerdes. Si t’en trouves pas, prends-moi un moka au café
  • Ah ah ah ah ah ah, tu es si drôle poussinou !
  • Je ne plaisante pas. »

Voilà, fin de cette petite parenthèse sur mon quotidien de « tyran ».

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On avait terminé l’article précédent sur : « … on sera content de remonter sur les vélos demain pour de nouvelles côtes, quelques coups de klaxons, un temps ensoleillé, des gens souriants qui font coucou et, rêvons un peu, des beaux coins de bivouac. »

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Et PAF, on a tapé dans le mille ! Beau temps, gens sympas, presque plus de klaxons et 2 bivouacs d’affilé ! Et les 2 en bord de rivière où on a pu se laver. C’était des affluents à l’eau bien clair, on n’a pas osé le faire dans la grosse rivière, pas sûr que le mercure, le cyanure et les pesticides soient très bon pour la peau.

La route est agréable (pour les yeux, un peu moins pour les cuisses), on traverse des petits bleds, tantôt animés par des marchés de fruits et légumes, tantôt amorphes à l’heure de la sieste. Plus on descend vers le sud, moins le chinois est actif semble-t’il. Un chinois qui fait la sieste, vous vous rendez compte ? C’est comme si on disait « un coréen qui bosse moins de 60h par semaine » ou « un Texan qui n’aime pas les armes ».

Dans un resto, Ophélie, hésitante, demande un «  Chao Fan » (riz sauté). La nana fait oui de la tête, elle a compris direct! Ophélie est trop fier et confirme que c’est pour nous 2. Et hop, un double-échec de plus, on se retrouve avec de la viande et des tripes dans un bouillon avec de la salade. J’ai la dalle alors je bouffe tout, Ophélie se contente d’un bol de riz. Un classique.img_7913

Après ces 2 bivouacs, on arrive à Panzhihua, ville sans intérêt hormis une steackhouse où on se tape un bon bout de viande, des frites et avec un verre de rouge. On passe l’après-midi à comater sous la clim de l’hôtel.img_7900

Le lendemain, on se mange une grosse étape. Openrunner indiquait un col à 1600m ; prévoyants, on fait le plein de fruits et d’eau à 1000m et on sort notre grande phrase habituelle qui nous porte la poisse :« dès qu’on trouve un coin sympa, on s’arrête ». On trouve rien, le paysage est superbe mais rien n’est plat ou tout est cultivé. Et ça monte, ça monte… 1200m… 1400…1600…1700… c’est quoi ce bordel ?…1800… 1900m… c’est bon on y est… ah non, ça monte encore là-bas, grouille, il va faire nuit… 2000m, ça y est !… On entre dans le Yunnan ! Oh regardes Ophélie, elle est sympa cette aire de repos, y’a des tables, on pourrait bivouaquer… grmbl grmbl grmbl, j’veux une douche moi, steuplé, y’a plus qu’à descendre… ok, on descend… 15 km, la fin dans le noir, heureusement qu’il n’y avait pas de nid-de-poule, on ne voyait plus rien.p1110285

On trouve un hôtel juste à l’entrée de la ville, montons les sacoches et filons dans un boui-boui-riz-à-volonté. Pfffiiou, grosse journée avec plus de 7h de pédalage, j’ai un début de douleur dans les rotules. Ophélie a la pêche en ce moment, on dirait un lapin Duracell, jamais vraiment fatiguée (sauf quand je chante en chinois).

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Photo prise à Xichang

On repart au matin, les jambes sont ok pour attaquer le dénivelé et les quelques jours de vélo qui nous séparent de Kunming où l’on compte prendre un bus. Mais on se rend compte qu’on a eu, comme souvent, les yeux plus gros que les cuisses et qu’on risque d’être un peu short pour être à Chiang Mai à la fin de l’année sans avoir à bourriner tous les jours à travers le Laos et la Thaïlande. Ça serait dommage de ne pas pouvoir glander un peu dans ces beaux endroits. Donc en passant devant le terminal de bus de Yongren, on décide subitement d’y aller et de prendre un bus pour Kunming, s’épargnant 4 ou 5 jours de vélo. Heureusement qu’on n’a pas vu le bus avant de prendre nos tickets sinon on aurait fait demi-tour. Il est tout petit et notre bardas remplis presque toute la soute, on pensait pas que ça pouvait rentrer, mais si !p1110292

3h plus tard, nous sommes à Kunming, capitale du Yunnan, 5 500 000 habitants. Nous qui n’aimons pas les grandes villes, on apprécie celles de Chine dans lesquels il est aisé de circuler à vélo grâce aux voies dédiées. La ville est gigantesque et on pédale 18 km pour aller de la gare au nord au centre-ville. On tente l’auberge de jeunesse conseillé dans les guides : hôtesse parlant anglais, quelques backpackers sur leur smartphones, déco trop hype et lits en dortoir. Le tout pour le prix d’un hôtel. Donc hôtel. On en tente 2 ou 3 où on se voit refuser, ils ne disent pas pourquoi, ils font juste non-non-non avec la main, ça me rend dingue, je sais que c’est pas leur faute, qu’ils n’ont peut-être pas d’autorisation pour accueillir les « aliens » mais ça me rend dingue. Je pars en levant les 2 pouces et en lâchant un très cynique « Welcome in China ». Le cynisme n’existe pas ici, alors ils me sourient en faisant coucou et ça m’énerve encore plus.

On finit par en trouver un au bout d’une ruelle pleine de petit restos et comme on a une dalle pas possible, on va dans 2 différents : raviolis fourrés dans le premier et omelette-tofu-frites-riz dans l’autre. Oui, j’ai une mémoire très sélective, la bouffe d’abord, ensuite les bivouacs, le reste s’efface très vite.img_7939

Dans cette même ruelle, on peut déguster d’autres mets locaux comme des insectes grillés ou du clébard. Donc oui : ils bouffent bien du chien les chinois ! Jusque là, on n’avait vu que des indices comme des chiots dodus en cage ou des photos de bergers allemands dans des boucheries. Malgré ma répugnance pour les animaux morts, vous me connaissez, j’ai bien regardé et ça ressemble beaucoup à de l’agneau. J’ai pas goutté, je n’avais plus faim mais ça a l’air bon. Pour les insectes, on aura d’autres occasions de tester mais je pense que ça n’a que le goût de l’huile dans laquelle ils ont grillés.

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Aller, donne la papatte ! Voilà, bon chien ! Très bon chien !

img_7949Le lendemain, 16 km pour rejoindre le terminal de bus au sud de la ville, ça roule tout seul dans ce flot de scooters électriques. Les bus sont grands et les vélos rentrent dans les soutes sans avoir à jouer à Tetris. 6h plus tard, nous débarquons à Pu’er, ville à taille humaine où nous décidons de rester 3 nuits. La ville n’a rien de particulier mais , attention, liste numérotée, j’adore, ça faisait longtemps :

  1. Grosses étapes + Bus = Fred a des rotules en verre pilé. J’avais déjà eu ça une fois au Chili et ça n’avait pas empêché d’envoyer du lourd ensuite sur la Careterra Australe. Donc pas d’inquiétude, un peu de repos, bien s’hydrater et c’est reparti.
  2. Il pleut, la mousson s’attarde cette année, ça ne motive pas
  3. Le petit dej’ de l’hôtel est inclus. Ça pèse encore plus lourd dans la balance que les douleurs aux genoux, j’aurais dû le mettre en numéro 1
  4. La ville n’a pas grand intérêt mais elle est agréable, y’a des palmiers et un Walmart. Oui, on a honte d’aller au Walmart mais c’est le seul endroit où on trouve notre kit de survie : pain, beurre de cacahuète, pâtes, sauce tomate et fromage si on a de la chance.
  5. Les vêtements mettent du temps à sécher. Ophélie a développé une psychose depuis qu’on est en région tropicale humide, elle passe environ 70 % de son temps à s’inquiéter du séchage de la lessive. Les 30 % restant restent sur les classiques « vais-je bien manger ? » et « vais-je bien dormir ? ».

On repart donc en forme mais, pour moi, le voyage s’arrête là. Il ne m’est plus possible de pédaler et encore moins de monter des côtes, je ne peux plus, c’est fini. Tant pis pour la suite de notre parenthèse nomade, tant pis pour le Laos, tant pis pour la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam, c’est fini, faut qu’on rentre. Ophélie essaye de me convaincre que c’est possible, qu’il faut que je m’accroche, qu’on ne peut pas abandonner comme ça, bordel. Mais c’est trop dure, je n’y arriverais pas ! J’veux bien en chier mais y’a des limites !

Mes genoux ? Non, ils vont très bien merci. La vérité est bien pire :

MON COMPTEUR NE MARCHE PLUS !!

Je suis anéanti, le câble a été abîmé dans une soute de bus et le compteur reste muet malgré mes réparations. C’est la fin du monde. On s’en fout du voyage, des paysages, des rencontres et de la bouffe, y’a que les kilomètres qui comptent vraiment, à quelle vitesse on roule, combien on grimpe, tout ça. Le compteur d’Ophélie est déjà HS depuis 1 mois, et il faisait pas altimètre alors on s’en fout aussi.

Mais j’ai finalement surmonté l’épreuve et ravaler mes larmes, comme un guerrier, un vrai. Y’a des choses pires que ça dans la vie, très peu, mais y’en a. Aller, on continue. J’aurais un nouveau câble dans quelques semaines, cadeau du fabriquant.

  • « C’est bon lapinou,on peut repartir, j’vais mettre le GPS à la place, ça donne les kilomètres et la vitesse, au top.
  • T’es trop con
  • Ne dis plus ce mot s’il te plaît, ça me rappelle mon compteur OINNNNNNNN !!! »

De là, on enchaîne 3 étapes sous la pluie. On déteste la pluie, on déteste enfiler nos vestes « imper-respirantes », on déteste se prendre la boue envoyée par la roue arrière de l’enfoiré(e) en Azub 5 qui roule devant. Mais on s’y fait, on roule au milieu des ficus, des palmiers, des lianes, des bananiers et de toutes cette flore composant la jungle. La route est belle et serpente le long de rivières. Malgré des murets de rétention, de la boue rouge envahi par endroit la chaussée et met à l’agonie nos transmissions et nos patins de frein, tout neufs, pour ceux qui suivent. Voilà, j’étais super fier d’avoir claqué 8500 km avec les précédents, ceux-là n’en feront pas plus de 500 si on se tape encore cette boue abrasive.img_7957

On s’arrête le minimum, quand ton slip est mouillé, faut pas refroidir même s’il fait 20°C et que la pluie est tiède.

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rencontre avec des cyclistes chinois lors d’une accalmie

Ça serait un cauchemar ambiance Rambo si on devait camper dans ces conditions et on est bien content de croiser des hôtels pas chers régulièrement. Les gérants ne disent rien quand on débarque dans les halls étincelants avec nos sacoches dégoulinantes de bouillasse et nos sandales qui font pouic-pouic, osant même négocier le prix de la chambre. Ce pouic-pouic, ça casse complètement l’image de l’aventurier à vélo, faudra qu’on trouve une solution.

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je m’échappe in extremis de ce traquenard alcoolisé

Tous les soirs, on regarde la météo, espérant un changement. Mais on dirait qu’on va faire pouic-pouic jusqu’à la fin des temps. Ophélie est désespérée, RIEN NE SECHE ! C’est horrible !

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pas de détecteur de fumée, c’est bon, on peut cuisiner dans la chambre. La petite balayette est très pratique pour laver la vaisselle.

Mais le ciel se dégage et ça devient bien plus plaisant de pédaler sous le soleil. Je repense encore à mon compteur, compteurinou comme je l’appelais affectueusement. Il y a un vide sur mon guidon, à l’emplacement où il était. Je me surprend à caresser du bout du doigt cet endroit, entre le levier de vitesse et le rétroviseur, le cœur emplie de nostalgie. Chienne de vie !p1110320

On se fait une belle étape jusqu’à Mengla avec pas mal de travaux sur la route et quelques tunnels dont un qui restera dans les annales : 3 km, en montée, non ventilé et non éclairé sur une bonne partie. On ne faisait pas trop les malins avec nos petites lampes frontales mais il semble que les camions nous aient vu, sinon je serais pas là pour vous raconter nos vacances à vélo. Le soir, on se mouchera noir, preuve que le nez est un filtre formidable. Si un jour je me mets à fumer, ça sera par le nez, je serais sûr de ne pas choper un cancer. Incroyable que personne n’y ait pensé avant.img_7981

Une dernière demi-étape nous amène à Mohan, ville frontière avec le Laos. Il est tôt, on pourrait passer la douane et filer plus loin mais on veut passer un dernier moment en Chine. On a vu plein de petits resto sympa, ça nous incite beaucoup. Comme on a presque rien mangé pour midi, on se lâche le soir avec 2 plats chacun, excellents : une soupe de noodles pleine de bon glutamate, puis un plat de riz aux légumes pour Ophélie et un délicieux poisson assaisonné pour Bibi. Un bon gros mollard en sortant de table et voilà une belle façon de quitter la Chine.


BILAN SUR LA CHINE

Z’avez qu’à lire les articles, je crois qu’il est assez clair qu’on a plutôt passé du bon temps, que les gens étaient sympas malgré la barrière de la langue et qu’on a mangé 2 ou 3 trucs intéressants. Le pays est immense, on sait bien qu’on n’a fait que le survoler. Les cultures sont riches et variées, nous ne les avons qu’appréhender. La cuisine est incroyable, nous n’y avons que trempé le bout des lèvres. Les chinois ont été parfois horripilants, nous ne les avons pas frappés.

Enfin , quelques chiffres en la mémoire de compteurinou :

  • 49 jours dont 31 sur les vélos
  • 2036 km à travers le Xichiang, le Sichuan et le Yunnan
  • 17200 m de D+
  • 1 animal mort (le mouton flottant)
  • 2 oreilles gauches toujours sifflantes à cause des klaxons
  • 4532 photos et vidéos de nous sur des smartphones. Le chiffre est approximatif, certains nous filmaient discrètement. Le chinois est fourbe.

FIN DU BILAN SUR LA CHINE


Nous avons quitté ce grand pays il y a quelques jours. En entrant au Laos, marchant à côté de son destrier, Ophélie a enfin vécu un moment qu’elle attendait depuis longtemps, un rêve de petite fille  : arriver à pied, par la Chine.

L’article commençant par « oh putain », il me paraissait important de finir sur une note un peu plus classe.

A bientôt pour la suite.


PORTRAIT

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Tiens, on va tester une nouvelle rubrique dans le blog : le portrait. Un truc sérieux qui parle des gens du cru.

Aujourd’hui, on vous présente Lee Yang, vendeur de pneus avant de scooter, 48 ans. Ou peut-être bien 64. Dans son village de 130 habitants, ils sont 78 à s’appeler comme ça et lors des rassemblements, ça créé des situations ubuesques :

  •  » Quelqu’un a vu Lee Yang ?
  • C’est pas toi Lee Yang ?
  • Je suis là au fond !
  • Je l’ai vu, il était près de la rivière avec Lee Yang
  • Oui, que me veux-tu l’ami ?
  • Bah, il est pas mort y’a 3 ans ?
  • Il dort encore, il a bu tout son biberon à midi
  • Ah tiens, le voilà qui arrive avec Lee Yang et Lee Yang
  • Il est parti mangé chez Lee Yang il me semble, il était avec Phong Tao
  • Sûrement pas, c’est moins Phong Tao !
  • Moi aussi !
  • Oh putain ! Vous me gavez, j’me casse !
  • Oh… bah salut Phong Yang, à la prochaine
  • Bordel ! Moi c’est Lee Tao ! « 

Notre Lee Yang a sa petite histoire à lui cependant. En Octobre-Novembre 2000, un concours de circonstance a fait que lui et ses potes ont suivi l’élection présidentielle américaine. Ça le faisait bien marrer Lee, la plus grande puissance du monde en train d’élire un planteur de cacahuète attardé et toute sa clique de vendeur de conflits internationaux. Et encore plus aux élections de 2004 quand ils remettent ça, à coup de YEEHAA ! comme fondement de leur politique étrangère.

Lee et ses potes boivent un peu trop ce soir là, les vannes fusent :

  •  » Non mais pourquoi pas élire Mickey Mouse aussi ?!
  • Dingo s’en sortirait même mieux !
  • Oui, ou même Donald ! Il dit que des conneries en postillonnant !

Lee est mort de rire et lâche :  » Eeeee Eeeee Eeeee (rire chinois) ! le jour où Donald est élu, j’veux bien m’arracher l’œil gauche ! »

Il a tenu parole.