Hiroshima : qwerty, apéros et histoire

Crac.

Et meeeeeeerde !

Les spéculations sont allées bon train dans les commentaires mais personne n’a pensé au plus évident. Mon boxer fétiche voyons ! Celui de Mehmet Buchannek, celui d’Alerte en Iran (ou GayWatch, comme vous voulez), celui que je garde en me lavant le soir, qui passe une journée sur le porte-bagage pour sécher et que je remet ensuite pour une nouvelle épopée moite.

Mais non, heureusement c’est pas ça. THE boxer va encore prendre cher pendant quelques semaines et finira sans doute de sa belle mort : dans une poubelle de Vladivostok après avoir essuyé les chaînes, les jantes et la sueur sous mes bras.

Crac.

Et meeeeeerde !

J’ai posé qu’un tout petit bout de fesse dessus, j’ai pas mis tout mon poids, ayant rapidement senti la boulette et le tout petit « crac » de rien du tout. Mais déjà que je suis pas bien épais en temps normal alors après 14 mois de vélo j’ai carrément un cul de déporté… heu oups c’est un peu antisémite là… alors disons un cul d’éthiopien… mince c’est raciste… donc disons que je peux péter des écrans de netbook, car c’est ce qui s’est passé. Voilà, fin du suspense à 2 balles et félicitation à Alice qui a trouvé !

Je ne me suis pas inquiété sur le coup, ce netbook en a vu d’autres pendant plus de 2 ans dans les sacoches ,mais il faut croire que l’un de mes ischions saillant a appuyé pile au mauvais endroit, sur un bord. Et crac, dalle pétée. Je suis dégoûté mais heureusement Ophélie est là pour me consoler avec ses « ah tu vois que t’as le cul pointu » ou les « pffff tu fais jamais attention ». Et encore plus dégoûté de me rendre compte qu’on est devenu dépendant de ce truc et qu’il faut qu’on le remplace : pour le blog, pour les liseuses électroniques, pour stocker les photos, pour mettre des cartes dans le GPS, pour youporn, pour mater Expendables 3, Hunger Games ou un bon p’tit Nicolas Cage les jours de pluie… En plus on va se taper un clavier qwerty, la misère.

Donc pas de film ce soir, on bouquine. Je lis du Noam Chomsky histoire d’être bien à bloc contre les États-Unis avant d’arriver à Hiroshima, ville symbole de leur connerie.

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Le lendemain, le ciel se lève rapidement et on repart avec la tente sèche, c’est toujours plus agréable. La route est superbe sur cette île d’Etajima et nous arrivons un peu trop vite à l’embarcadère. IMG_3503Le ferry nous amène donc à Hiroshima, la ville est petite, aérée, agréable et arborée. Rien d’ancien, tout a été soufflé ou brûlé il y a 67 ans. Seulement 4 km pour arriver au centre et trouver notre logement AirBnB pour 4 nuits, et une 5eme au final parce qu’on retombe bien vite dans le piège du confort et qu’on a eu beaucoup d’invités et de choses affreuses à faire comme (ne ratons JAMAIS une occasion de mettre une liste à puce, ça structure les choses, ça les rend simple et lisible. N’ayons pas peur des mots, ça rend le monde plus beau. Également valable pour les listes numérotées ou alphabétiques) :

  • acheter un nouveau netbook, si possible ischio-proof. Mission accomplie avec brio et une vendeuse parlant quelques mots d’anglais. Heureusement qu’Asus fait toujours des netbooks sympa, pas cher et avec une grosse autonomie sinon le choix est limité : tablette à la con, pc hybride inutile, Windows Surface et MacBook aux prix totalement injustifiés. On s’en tire pour 250 euros, on ne paye pas les taxes nippones vu qu’on est gaijin. Bel écran contrasté, windows 10, dernière norme wifi, 12 heures de batterie, nous voici enfin dans la modernité ! Nous voilà avec notre nouveau Minitel 2.0 ! Le clavier qwzerty me fera péter un câble au début ;ais ca va bien ,ieu ,qintenqnt: ; je co,,ence q ,;habituer:   Le slogan d’Asus, c’est « in search of incredible », rien que ça. Faut reconnaître le talent et l’humilité des gars du marketing qui ont pondu ça. Si un jour Asus fait des vélo, ça sera sûrement « flying to the moon » ou « ride the futur of believe ». Mais bon, j’aime bien Asus, ça rappelle Azub (et Ah Zut, je me suis assis sur un PC)
  • réserver nos places dans le Transsibérien. Horrible, presque rien n’est traduit et on galère un bon moment avec le cyrillique. Quand la libération arrive enfin, que j’ai changé 3 fois de t-shirt à cause du stress et de ce PUTAIN DE CLAVIER QWERTY et qu’il n’y a plus qu’à payer par CB, on se retrouve bloqué à cause de ces foutus codes de confirmation envoyés par la banque mais qu’on ne reçoit jamais. On joint immédiatement le QG mais mes parents passent la journée en vélo à Paris, les salauds. On devra tout refaire le lendemain, on connaît le site par cœur maintenant. On va passer 7 jours et 7 nuits en 3eme classe les amis, un voyage dans le voyage avec la plèbe, sans douche ni repas inclus, et un départ à 1h du matin le jour de l’anniversaire d’Ophélie. Elle fait déjà des cauchemars à base de nouilles instantanées et de cheveux gras. Moi j’suis tout foufou, ça va être une expérience unique, 9500 km, de quoi gagner à Aventurier du rail.
  • Réparer des crevaisons lentes. Nan trop la flemme en fait, ça peut attendre encore. Ça me fait du bien de pomper 150 fois tout les matins. Oui, je compte quand je pompe, trouble obsessionnel compulsif. Je le fais dans ma tête pour pas faire peur aux passants.
  • Définir notre trajet pour les 3 semaines à venir.
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Pour se remettre de tout ça, on va goûter la spécialité du coin : le  Okonomiyaki, une sorte de crêpe avec du choux râpé, du lard, des nouilles et un œuf. Pas mauvais. Ophélie adore la bouffe japonaise; de mon côté je trouve que c’est pas très varié et qu’on est très très loin du pied qu’on a pris en Chine ou en Thaïlande.

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Nos amis Risa et Kendji, les fans des Gipsy King qui nous ont sauvé de la pluie sur Kyushu, ont fait 7h de route pour nous rejoindre (et voir leur fils étudiant accessoirement) et on se retrouve avec joie au mémorial de la bombe atomique pour aller visiter le musée.

Très belle visite, toute en retenue, pragmatique, à la japonaise. Il y a beaucoup de touristes occidentaux, pas mal de ricains. Ils doivent se sentir comme des touristes allemands en visite à Auschwitz. On en reparle à la fin de l’article.

On va à l’hypocentre, le point au-dessus duquel la bombe a explosé, à 600m d’altitude, courageusement largué d’un bombardier, créant une mini-nova aussi éphémère que meurtrière. IMG_3569L’histoire retient un acte de guerre un poil exagéré, une petite tape sur la tête pour montrer qui c’est l’pâtron suite au carnage de Pearl Harbor. Un crime contre l’humanité ?? Non non.

  • Carnage absolue de Pearl Harbor = 2403 morts dont 68 civils
  • petite tape sur la tête d’Hiroshima = 140 000 morts, en très grande majorité des civils
  • pichenette à Nagasaki = 70 000 mortsIMG_3528

Bon, après on a dit « non, la bombe atomique c’est pas bien, on arrête les gars ». Et la bombe à hydrogène a vu le jour quelques années plus tard, 600 fois plus puissante que celle larguée sur Hiroshima. Elle a été amélioré depuis, ça faisait un peu léger sinon. On peut les envoyer de l’espace maintenant, c’est génial !

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On va ensuite dans une espèce de foire de l’artisanat, genre vintage bohème, retour à la nature et aux choses simples, chapeaux en paille made in China, meubles cérusés, du faux vieux, les japonais sont dingues de ça. Bon, en même temps, tu peux pas trop trouver du vrai vieux à Hiroshima. Un mec de l’organisation m’offre un ballon blanc en forme de cœur. A moi, pas à Ophélie. Un stand vend des bouts de bois flotté, le genre qu’on a vu partout sur la côte pendant 2000 km. Avec Ophélie, on se dit qu’on devrait ramasser des graviers par terre et faire un stand  » Les Pierres Bio Sans Gluten du Mont St Michel « , carton assuré. Je propose aussi  » Les Poils de Cul Label Rouge de la Mère Poularde », j’ai un stock avec ma tresse de yak, entre autre. Dès que c’est en français ça fait vendre, même si c’est approximatif, florilège :

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Après on a faim fain et ça tombe bien car nos amis nous invitent dans un restaurant à volonté ou ils ont réservé une table. J’adore le principe, tu payes à l’heure et tu t’enfiles tout ce que tu veux : tempuras, poisson cru, sashimi, bière, poulet frit, shochu, vin blanc, saké, petites omelettes… on ressort joyeux au bout de 2 heures. Kenji va faire un gros dodo cette nuit et il aura mal à la tête le lendemain. On offre un petit collier en nacre à Risa, acheté en cachette au marché bobo. C’était pas facile d’être discret avec le ballon en forme de cœur.

En rentrant à l’appart, on croise nos nouveaux voisins :  Nico et ses parents en vacance au Japon pendant 1 mois et à Hiroshima pour quelques jours. On fait vite connaissance, on a plein de choses à se raconter, on ne peut que s’entendre. Nico a tout lâché à un moment de sa vie pour partir voyager à vélo pendant 2 ans et demi entre le Japon et la France, il a même écrit un bouquin. Et puis il est très jeune, 35 ans. La maturité alliée à la force. Par respect pour lui, je ne dirais pas comment sa mère le surnomme tendrement car, à côté, Fredounet fait très viril.

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Le monde des cyclos est petit décidément, on a même quelques connaissances en commun. Du coup, on prend nos petits dej’ et nos dîners ensemble pendant 2 jours, superbe rencontre. On se revoit à Dieppe ou Rouen les amis. Ou les 2.

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C’était marrant d’aller faire nos courses ensemble le soir, à 19h30 précise, lorsque tous les plats sont bradés à -50%. Le vin n’était pas bradé lui, mais les parents de Nico ont le sens de l’apéro.IMG_3593

Un matin, c’est nos Gispsy Japs adorés qui sont venus bruncher à la maison et déguster les Fred’s Heavy Pancakes et la Ophelie’s Magic Mousse au Chocolat, avec les blancs montés uniquement à la fourchette. On leur a fait découvrir le Nutella, ils sont foutus.

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Petit essai des vélos-couchés, Kenji se débrouille du premier coup, sur le trottoir en fredonnant Djobi Djoba, véridique. On se dit au revoir pour de de bon et peut-être à un de ces jours en France. Avant de partir, ils voient le vieux netbook dans la poubelle et nous demandent un peu gênés s’ils peuvent le récupérer. Pourquoi que je leur demande, l’écran est cassé et j’ai massacré tout le reste en récupérant le disque SSD. Pour de la déco, le clavier azerty les fait triper et les autocollants voyager. Note pour plus tard, monter un business de vieux claviers cérusés au japon.

Super de savoir que ce vieux machin va connaître une 2eme vie.

Voilà, cet article s’arrête là car voici un pavé sur l’histoire. J’espère que vous prendrez le temps de tout lire, c’est intéressant. Pour ceux que ça soûle d’avance, allez au moins jeter un œil plus bas, à partir de « Là ça devient croustillant » écrit en gros caractère rouge.

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HIROSHIMA – 6 août 1945 – 8h15

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On sait évidemment tous ce qu’il s’est passé ce jour là mais je crois qu’on oublie rapidement les tenants qui ont fait aboutir à ce massacre. Pour comprendre tout ça, rien de mieux qu’Howard Zinn et son livre Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours. Une autre version de l’histoire…

Extraits du chapitre XVI – Une guerre populaire ?

Bonne lecture

unehistoirepopulairedesetatsunis

Ce n’est pas la barbarie de Hitler vis-à-vis des Juifs qui fit entrer les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale – pas plus que le sort des quatre millions d’esclaves noirs n’avait entraîné la guerre de Sécession en 1861. L’agression italienne contre L’Éthiopie, l’invasion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie par Hitler, son offensive contre la Pologne n’y furent pour rien elles non plus, même si elles conduisirent Roosevelt à aider considérablement les Anglais. Ce fut le bombardement par les Japonais de la base navale de Pearl Harbor, à Hawaï, le 7 décembre 1941, qui déclencha l’entrée en guerre des États-Unis.  Les bombardements de civils par les Japonais – attaques japonaises sur la Chine en 1937, bombardement de Nankin – n’avaient pas suffi à entraîner les Américains dans une guerre. L’attaque d’une base de l’impérialisme américain dans le Pacifique provoqua en revanche immédiatement la vibrante déclaration de guerre de Roosevelt.

Tant que le Japon était resté un membre respectable du club des puissances impérialistes qui, par le biais de la politique de la porte ouverte, exploitaient conjointement la Chine, les États-Unis n’avaient jamais émis la moindre critique. Il existe des notes américaines échangées avec le Japon en 1917 qui déclarent que « les États-Unis reconnaissent les intérêts spécifiques du Japon en Chine ». En 1928, si l’on en croit Akira Iriye (After lmperialism), les consuls américains en Chine accueillirent positivement l’arrivée de troupes japonaises. Les États-Unis commencèrent à s’inquiéter lorsque le Japon se mit à menacer les marchés potentiels américains en Chine par sa tentative d’annexion totale de la Chine et surtout par son implantation dans le Sud-Est asiatique. À l’été 1941, les Américains mirent en place des embargos stricts sur le fer et sur le pétrole, mesures qui provoquèrent finalement l’attaque japonaise sur Pearl Harbor.

Comme Bruce Russet le confirme (No Clear and Present Danger) : « Au cours des années 1930, le gouvernement des États-Unis n’avait que très faiblement résisté à l’avancée japonaise sur le continent asiatique. « le Sud-Ouest du Pacifique était d’une indéniable importance pour les États-Unis. À cette époque, en effet, la plus grande part de l’acier et du caoutchouc utilisés en Amérique, comme d’ailleurs d’importantes quantités d’autres matières premières, provenaient de cette région ».

Pearl Harbor fut présenté à l’opinion publique américaine comme un acte soudain, surprenant et immoral. Immoral comme tout bombardement, cet acte n’était en revanche ni soudain ni surprenant pour le gouvernement américain. Russet affirme que « l’agression japonaise contre la base navale américaine venait couronner une longue série d’agressions mutuelles entre le Japon et les États-Unis. En se lançant dans une politique de rétorsion économique contre le Japon, les États-Unis agissaient d’une manière que l’on considérait, même à Washington, comme comportant de sérieux risques de guerre ».

Si l’on écarte les accusations non fondées portées contre Roosevelt (« il était au courant pour Pearl Harbor mais n’en a rien dit », voire « il a délibérément provoqué le raid japonais sur Pearl Harbor »), il semble assez évident qu’il a agi comme James Polk l’avait fait avant lui lors de la guerre contre le Mexique et comme Lyndon Johnson le ferait plus tard lors de la guerre du Vietnam : il mentit à l’opinion pour ce qu’il croyait être une bonne cause. En septembre et octobre 1941, il mentit à propos de deux événements impliquant des sous-marins allemands et un destroyer américain. Un historien favorable à Roosevelt, Thomas A. Bailey, écrit que « Franklin Roosevelt [avait] trompé à plusieurs reprises le peuple américain au cours de la période qui précéda Pearl Harbor. [ . . . ] Il était comme le médecin qui doit mentir à son patient pour son propre bien [ . . . ], parce que les masses ont notoirement la vue courte et qu’elles ne voient le danger que lorsqu’il leur saute à la gorge ».

L’un des juges du procès pour crimes de guerre qui se tint à Tokyo après la Seconde Guerre mondiale, Radhabinod Pal, s’éleva contre l’ensemble des verdicts rendus à l’encontre des responsables japonais. Il affirmait que les États-Unis avaient à l’évidence provoqué la guerre avec le Japon et qu’ils avaient espéré que le Japon réagirait. Richard Minear (Victors’ justice) résume le point de vue de Pal à propos des embargos sur le fer et le pétrole. Pal affirmait que « ces mesures constituaient une menace claire et réelle pour l’existence même du Japon ». Les archives montrent qu’une réunion à la Maison-Blanche, deux semaines avant Pearl Harbor, anticipait une guerre et s’interrogeait sur les moyens de la justifier.

Un rapport du département d’État sur l’expansion japonaise, un an avant Pearl Harbor, n’évoquait nullement l’indépendance de la Chine ou le principe d’autodétermination, mais affirmait en revanche : « Nos positions stratégiques et politiques globales seraient considérablement affaiblies par la perte des marchés chinois, indien et du Sud-Est asiatique (ainsi que par la perte du marché japonais puisque le Japon se suffit de plus en plus à lui-même). Elles seraient également affaiblies par toute atteinte irrémédiable à nos capacités d’accès à des ressources comme le caoutchouc, le fer, la jute et autres matières premières vitales des régions asiatiques et pacifiques.

Le comportement des États-Unis, désormais alliés aux Russes et aux Anglais (l’Allemagne ayant déclaré la guerre aux États-Unis juste après Pearl Harbor), témoigna-t-il d’un souci essentiellement humanitaire ou plutôt d’objectifs de puissance et de profit ? L’Amérique faisait-elle la guerre pour mettre fin à la domination de certaines nations sur d’autres ou pour s’assurer que les nations qui garderaient la maîtrise du monde seraient des pays amis ? En août 1941, Roosevelt et Churchill se rencontrèrent au large de Terre Neuve et présentèrent au monde la « charte de l’Atlantique ». Elle fixait de nobles objectifs pour l’après-guerre et stipulait que les deux nations décidaient de ne pas « rechercher d’expansions territoriales ou autres » et qu’ils respecteraient « le droit de tous les peuples à décider du gouvernement sous lequel ils voulaient vivre ». Cette charte fut célébrée comme une reconnaissance du droit des nations à l’autodétermination.

Pourtant, deux semaines avant l’annonce de la charte de l’Atlantique, le secrétaire d’État américain, Summer Welles, avait assuré le gouvernement français que la France conserverait son empire. « [Notre] gouvernement, respectueux de son amitié historique avec la France, a très bien compris le désir du peuple français de conserver l’intégralité de son territoire. » Le département de la Défense (The Pentagon Papers), dans sa section « Histoire du Vietnam » , soulignait lui-même ce qui lui apparaissait comme une politique « ambivalente » à l’égard de l’Indochine, remarquant : « Par la charte de l’Atlantique et autres déclarations publiques, les États-Unis ont apporté leur soutien au principe d’autodétermination et d’indépendance nationales » alors que, « pendant le cours de la guerre, ils avaient assuré à plusieurs reprises aux Français leur intention de leur rendre après la guerre leur empire colonial » .

Fin 1942, le représentant personnel de Roosevelt avait déclaré au général français Henri Giraud : « Il est bien entendu dans nos intentions de voir la souveraineté de la France rétablie aussi vite que possible sur l’ensemble des territoires métropolitains et coloniaux sur lesquels son drapeau flottait en 1939. Ces documents, comme bien d’autres extraits des Pentagon Papers, sont signalés « TOP SECRET – documents sensibles ». En 1945, l’attitude « ambivalente » disparaissait. En mai, Truman assurait aux Français qu’il ne remettrait pas en question leur « souveraineté sur l’Indochine À l’automne, les États-Unis pressèrent la Chine nationaliste, temporairement chargée de la partie septentrionale de l’Indochine par la conférence de Potsdam, de la restituer aux Français malgré le souhait évident des Vietnamiens d’accéder à l’indépendance.

Au-delà des faveurs accordées au gouvernement français, qu’en était-il exactement des propres ambitions impérialistes des États Unis pendant la guerre ? De ces « expansions territoriales ou autres il auxquelles Roosevelt avait renoncé dans la charte de l’Atlantique ?

Dans la presse, on ne parlait que de combats et de mouvements de troupes : l’invasion de l’Afrique du Nord en 1942, l’Italie en 1943, le débarquement massif et spectaculaire sur les côtes normandes en 1944, les difficiles combats pour repousser les Allemands hors de France et les bombardements incessants des aviations anglaise et américaine. De leur côté, au moment du débarquement, les Russes avaient déjà expulsé les Allemands de leur territoire et étaient confrontés à 80 % des effectifs allemands. Par ailleurs, dans le Pacifique, en 1943 et 1944, les soldats américains progressaient d’île en île, créant des bases militaires de plus en plus proches du Japon pour permettre le bombardement des villes japonaises.

Plus discrètement, sans faire l’objet des unes de la presse, les diplomates et les hommes d’affaires américains suaient sang et eau pour s’assurer que la puissance économique américaine, une fois la guerre finie, n’aurait plus de rivale à l’échelle du monde. Le commerce américain devait investir des zones jusque-là dominées par les seuls Anglais. La politique de la porte ouverte et de l’accès équilibré aux marchés étrangers devait s’appliquer de l’Asie à l’Europe. En fait, les Américains avaient l’intention de mettre les Anglais hors jeu et de prendre leur place.

C’est ce qui arriva au Moyen-Orient et à son pétrole. En août 1945, un responsable du département d’État déclarait : « Un tour d’horizon de l’histoire diplomatique des trente-cinq dernières années apporte la preuve que le pétrole a joué un rôle plus important dans les affaires extérieures américaines que toute autre matière première. » L’Arabie saoudite était la plus grande réserve de pétrole du Moyen-Orient. Par l’intermédiaire du secrétaire à l’Intérieur américain, Harold Ickes, le pétrolier ARAMCO avait convaincu Roosevelt d’accorder un prêt-bail à l’Arabie saoudite, établissant ainsi des intérêts américains dans ce pays. En 1944, la Grande-Bretagne et les États-Unis signèrent un pacte pétrolier, s’accordant sur le « principe d’un accès égal selon Lloyd Gardner (Economic Aspects of New Deal Diplomacy), « la politique de la porte ouverte avait finalement triomphé dans tout le Moyen-Orient ».

L’historien Gabriel Kolko ( The Politics of War) conclut pour sa part que « l’objectif économique de l’Amérique en guerre était de sauver le capitalisme à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières »

En avril 1944, un responsable du département d’État déclara : « Comme vous le savez sans doute, nous prévoyons une gigantesque augmentation de la production américaine après la guerre que le marché domestique américain ne pourra pas absorber indéfiniment. De toute évidence, accroître nos marchés deviendra une nécessité. »

Dans son étude sur le commerce pétrolier international (The Seven Sisters) , Anthony Sampson rappelle qu’« à la fin de la guerre la puissance dominante en Arabie saoudite était incontestablement les États-Unis. Le roi Ibn Séoud n’était plus considéré par les Américains comme un farouche guerrier du désert mais comme une pièce maîtresse dans le jeu du pouvoir, qu’il fallait ranger du côté des Occidentaux. Au retour de Yalta, en février 1945, Roosevelt reçut le roi sur le croiseur américain le Quincy avec tout son entourage (cinquante personnes), dont ses deux fils, un Premier ministre, un astrologue et des moutons destinés au sacrifice ».

Roosevelt lui écrivit ensuite pour lui promettre que les États Unis ne changeraient pas leur politique palestinienne sans consulter les Arabes. Si plus tard, au Moyen-Orient, la question pétrolière entrerait constamment en conflit avec la politique menée en faveur de l’État hébreu, la question du pétrole était clairement prépondérante à cette époque.

La domination impérialiste anglaise ayant disparu pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’apprêtaient à reprendre la main. Hull déclarait au début de la guerre : « Le rôle principal dans un nouveau système de relations commerciales et économiques internationales reviendra en grande partie aux États-Unis étant donné notre puissance économique. Nous devrions être en mesure d’assumer ce rôle et les responsabilités qui en découlent, et ce, avant tout, dans le simple intérêt de la nation. »

Avant même la fin de la guerre, l’administration avait dessiné les grandes lignes d’un nouvel ordre économique international fondé sur le partenariat entre le gouvernement et les milieux d’affaires. Lloyd Gardner affirme à propos de Harry Hopkins, conseiller principal de Roosevelt, organisateur des programmes d’aides sociales du New Deal, qu’« aucun conservateur ne pouvait rivaliser avec Hopkins lorsqu’il s’agissait de soutenir les investissements à l’étranger et d’assurer leur protection ».

Le poète Archibald MacLeish, alors sous-secrétaire d’État, critiqua amèrement ce à quoi il assistait juste après la guerre : « À l’allure où vont les choses, la paix que nous ferons, la paix que nous sommes apparemment en train de faire, sera une paix du pétrole, une paix de l’or, des échanges commerciaux. Bref, une paix sans but moral sans soucis humanistes. »

Pendant la guerre, la Grande-Bretagne et les États-Unis mirent en place le Fonds monétaire international (FMI) pour réguler les échanges internationaux de devises. Le poids du vote étant proportionnel aux capitaux mis à disposition, les Américains contrôlaient cet organisme. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement fut également créée sous prétexte d’aider au relèvement des régions détruites par la guerre. Pourtant, l’un de ses principaux objectifs était, du propre aveu de ses fondateurs, de « promouvoir les investissements à l’étranger ».

Là ça devient croustillant

Quoi qu’il en soit, la grande majorité des Américains se trouvait mobilisée, dans l’armée comme dans la vie civile, en faveur de la guerre. Les sondages d’opinion montrent que la plupart des soldats souhaitaient que le système de la conscription se poursuive après la guerre. La haine de l’ennemi, et en particulier des Japonais, était largement partagée. Le racisme s’épanouissait. Le magazine Time, rendant compte de la bataille d’Iwo Jima, écrivit : « Le jap de base est parfaitement ignorant. Peut-être est-il humain. [ . . . ] En tout cas [ . . . ), rien ne l’indique. »

Il y eut donc bien un large soutien à ce qui devait devenir la plus abominable campagne de bombardements de civils jamais entreprise au cours d’une guerre : les attaques aériennes sur les villes allemandes et japonaises. Certains pourraient prétendre que ce très large soutien démontre qu’il s’agissait bien d’une « guerre populaire ) . Mais si l’expression « guerre populaire » désigne la guerre d’un peuple contre l’agression, une guerre défensive – si elle désigne une guerre conduite pour des raisons humanitaires et non dans l’intérêt d’une petite élite ; une guerre contre les responsables et non contre la masse des civils -, la stratégie des bombardements aériens sur les populations civiles allemande et japonaise a réduit cette idée à néant.

L’Italie avait bombardé les villes éthiopiennes ; l’Italie et l’Allemagne avaient bombardé les civils espagnols pendant la guerre d’Espagne ; au début de la Seconde Guerre mondiale, les avions allemands avaient lâché leurs bombes sur Rotterdam aux Pays-Bas, sur Coventry en Angleterre, et ailleurs. A l’époque, Roosevelt avait dénoncé cette « barbarie inhumaine qui a profondément choqué la conscience de l’humanité ».

Pourtant, ces bombardements allemands avaient été bien moins importants que les bombardements ultérieurs des villes allemandes par l’aviation américaine. En janvier 1943, les Alliés s’étaient rencontrés à Casablanca pour s’accorder sur l’idée d’une campagne de bombardements aériens de grande envergure capable d’entraîner aussi bien « la destruction et la désorganisation totales des systèmes militaire, industriel et économique allemands que l’effondrement moral de la population allemande à un point tel que sa capacité de résistance armée [serait] mortellement touchée ». C’est ainsi que les bombardements incessants des villes allemandes commencèrent – avec des opérations de centaines d’appareils sur Cologne, Essen, Francfort et Hambourg. Les Anglais volaient de nuit sans prétendre viser les objectifs militaires. Les Américains le faisaient de jour en se vantant d’une certaine précision ; ils bombardaient cependant de si haut que cette précision était parfaitement impossible. [ apogée de ces bombardements terroristes fut celui de Dresde, début 1945. Au cours de cette opération, l’extraordinaire chaleur dégagée par les bombes provoqua des incendies qui ravagèrent la ville. Plus de cent mille personnes périrent à Dresde. Winston Churchill rend rapidement compte de cet événement dans ses Mémoires de guerre : « Nous avons opéré un bombardement massif ces derniers mois sur la ville de Dresde, qui était alors un centre de communications allemand pour le front de l’Est. »

Le pilonnage des villes japonaises correspondait également à cette stratégie de saturation destinée à détruire le moral des civils. Un bombardement nocturne sur Tokyo fit quelque quatre-vingt mille victimes. Puis, le 6 août 1945, apparut dans le ciel d’Hiroshima un unique avion américain, qui lâcha la première bombe atomique, faisant environ cent mille morts et des dizaines de milliers d’autres victimes qui allaient mourir lentement de l’effet dévastateur des radiations. Douze officiers américains présents dans les prisons de la ville trouvèrent également la mort. Selon l’historien Manin Sherwin (A World Destroyed), ce fait n’a jamais été officiellement reconnu par les autorités américaines. Trois jours plus tard, une autre bombe atomique était lâchée sur Nagasaki, faisant environ cinquante mille victimes supplémentaires.

Ces actes atroces furent justifiés par la nécessité d’accélérer la fin de la guerre et d’éviter d’envahir le Japon. Une telle opération aurait entraîné de nombreuses pertes humaines, déclara le gouvernement – un million selon le secrétaire d’État Byrnes ; cinq cent mille d’après ce que Truman déclare avoir entendu dire par le général George Marshall. (Lorsque les documents concernant le « projet Manhattan », nom donné au projet de fabrication de la bombe atomique, furent rendus publics des années plus tard, on put constater que le général Marshall avait insisté pour que l’on prévienne le gouvernement japonais afin qu’il fasse évacuer les populations civiles et que seules les cibles militaires soient anéanties.) Ces estimations semblent totalement fantaisistes : on en fit état dans le dessein de justifier une opération de bombardement qui, à mesure que ses effets sur l’être humain devenaient évidents, horrifia de plus en plus de gens. En août 1945, en effet, le Japon était déjà dans une situation désespérée et prêt à se rendre. Le spécialiste militaire du New York Times, Hanson Baldwin, écrivit peu après la guerre : « L’ennemi, du point de vue militaire, se trouvait dans une position stratégique désespérée lorsqu’il lui fut demandé, à la conférence de Potsdam du 26 juillet, de se rendre sans conditions. Telle était donc la situation lorsque nous avons rayé de la carte Hiroshima et Nagasaki. Avons-nous eu raison d’agir ainsi ? Personne ne peut bien entendu en être sûr, mais la réponse est presque certainement négative. »

Le United States Strategie Bombing Survey, mis en place par le secrétariat à la Guerre en 1944 pour étudier les conséquences des attaques aériennes pendant la guerre, interviewa des centaines de civils et de responsables militaires japonais après la reddition du Japon. Immédiatement après la guerre, l’un des rapports de cet organisme déclarait : « S’appuyant sur des enquêtes détaillées concernant les faits et sur les témoignages des responsables japonais qui sont encore en vie, notre institution estime que le Japon se serait à coup sûr rendu avant le 31 décembre 1945 et encore plus probablement avant le 1er novembre de cette même année, même sans l’intervention atomique, même si la Russie n’était pas entrée en guerre contre le Japon et, enfin, même si aucune invasion américaine n’avait été organisée, voire seulement imaginée. »

Les responsables américains pouvaient-ils être au courant de cela avant le mois d’août 1945 ? La réponse est positive. Le code secret des Japonais avait été découvert et leurs messages étaient interceptés. On savait que l’ambassadeur japonais à Moscou avait reçu l’ordre de préparer des négociations de paix avec les Alliés. Les autorités japonaises avaient commencé à évoquer des possibilités de reddition un an auparavant et l’empereur lui-même avait suggéré en juin 1945 qu’il était sans doute temps d’envisager des alternatives au combat à mort. Le 13 juillet, le ministre des Affaires étrangères, Shigenori Togo, avertissait son ambassadeur à Moscou : « La reddition sans conditions est le seul obstacle à la paix. » Après une étude exhaustive de tous les documents historiques disponibles sur ce sujet, Martin Sherwin conclut que, « ayant brisé le code secret japonais avant même le début de la guerre, les services secrets américains étaient en mesure de relayer ce message – et c’est bien ce qu’ils firent – au président américain. Mais cela n’eut aucun effet sur la suite de la guerre ».

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Si les Américains n’avaient pas exigé une reddition inconditionnelle – s’ils avaient accepté ne serait-ce qu’une des conditions japonaises à la reddition (que l’empereur, figure sacrée du Japon, reste en place) -, les Japonais se seraient empressés d’arrêter la guerre. Pour quelle raison les États-Unis n’ont-ils pas saisi cette simple occasion de sauver aussi bien des vies japonaises que des vies américaines? Parce que trop d’argent avait été investi dans la bombe atomique pour qu’on se refuse le luxe de s’en servir ? Le général Leslie Groves, directeur du projet Manhattan, déclara que Truman était comme sur un toboggan et que la dynamique était trop forte pour être arrêtée. Ne serait-ce pas plutôt, comme le suggérait le chercheur britannique P. M. S. Blackett dans Fear, War and the Bomb, que les États-Unis étaient impatients de lancer cette bombe atomique avant que l’URSS n’entre à son tour en guerre contre le Japon ?

Les Soviétiques s’étaient entendus avec les Américains pour entrer en guerre dans la région exactement quatre-vingt-dix jours après la fin du conflit en Europe. Cet événement ayant eu lieu le 8 mai 1945, la date prévue pour rentrée en guerre des Russes contre le Japon était donc le 8 août. Mais à cette date, la bombe avait été lâchée et, le jour suivant, la seconde tomberait sur Nagasaki. Les Japonais allaient se rendre aux Américains et non aux Soviétiques. Ainsi l’Amérique serait-elle la seule force d’occupation au Japon après la guerre. En d’autres termes, conclut Blackett, le largage de la bombe atomique peut être considéré comme « le premier acte diplomatique d’importance de la guerre froide à l’encontre des Russes ». L’interprétation de Blackett est confirmée par l’historien américain Gar Alperovitz (Atomic Diplomacy) qui remarque que, à la date du 28 juillet, le secrétaire à la Marine James Forrestal décrit dans son journal le secrétaire d’État James F. Bymes comme « extrêmement soucieux d’en finir avec les Japonais avant que les Russes ne s’en mêlent

Truman avait déclaré : « Le monde notera que la première bombe atomique a été lâchée sur Hiroshima, une base militaire. Parce que nous souhaitions lors de cette première attaque éviter autant que possible de faire des victimes civiles. Il Déclaration absurde. Les cent mille morts d’Hiroshima étaient presque tous des civils. Le US Strategie Bombing Survey déclara quant à lui dans son rapport que « Hiroshima et Nagasaki. avaient été choisies pour cibles en raison de leur forte concentration d’activités et de population ».

Le largage de la seconde bombe sur Nagasaki semble avoir été planifié à l’avance. Personne ne paraît être en mesure d’expliquer pourquoi ce bombardement eut finalement lieu. Était-ce parce qu’il s’agissait d’une bombe à plutonium alors que celle de Hiroshima était à l’uranium ? Les morts et les irradiés de Nagasaki auraient-ils servi de cobayes à une expérience scientifique ? Martin Sherwin affirme que parmi les victimes de Nagasaki se trouvaient certainement des prisonniers de guerre américains. Il fait état de ce message, daté du 31 juillet, que le quartier général du US Army Strategic Air Forces, installé à Guam, adressa au département à la Guerre : « Certaines sources concernant les prisonniers de guerre et non encore confirmées par des vues photographiques nous informent de la présence de prisonniers de guerre alliés dans un camp situé à quelques kilomètres au nord de Nagasaki. Cela doit-il avoir une quelconque influence sur le choix de la cible dans l’opération Centerboard initialement prévue ? Réponse immédiate demandée. » La réponse fut la suivante : « Les cibles initialement prévues pour l’opération Centerboard demeurent inchangées. »

À la vérité, la guerre prit fin rapidement. L’Italie avait été vaincue un an auparavant. L’Allemagne venait de se rendre, défaite avant tout par les armées soviétiques sur le front de l’Est, avec l’aide des armées alliées à l’Ouest. Après la reddition du Japon, les puissances fascistes étaient battues.

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Du bleu, du vert, la route et des spaghettis – Voyage au pays du bivouac

 

J 401 à 416 / de Oosaki à Hiroshima/ 1060 km

  • 16 étapes consécutives
  • du 10 au 25 mai 2017
  • 8200 m de D+
  • 14 bivouacs – 1 nuit chez l’habitant et 1 camping
  • 1 seule douche chaude
  • Les jambes en miettes
  • 16 jours grandioses

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bivouac \bi.vwak\ masculin

(XVIIe siècle) De l’allemand biwacht (« garde ») dérivé de bewachen ( « garder, monter la garde » ). Le mot est entré en français par l’intermédiaire des mercenaires suisses. Il est adopté par les autres langues européennes lors des guerres napoléoniennes principalement à partir de la forme bivac majoritaire avant le milieu du XIXe siècle.

(Militaire)(Sens étymologique désuet) Garde extraordinaire faite la nuit en plein air.

Être de garde au bivac.

Campement provisoire pour passer la nuit en plein air.

On entendait à six cents pieds plus bas l’agitation, les cris, le murmure du bivouac ennemi. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1868

(Par extension)Lieu de campement.

L’endroit où se trouvait cet homme était admirablement choisi pour une halte de quelques heures. […]. Une source jaillissait à quelques pas du lieu où le chasseur avait établi son bivouac. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)

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Un bivouac est un campement rudimentaire permettant de passer la nuit en pleine nature. Dans les pays développés, le bivouac est le plus souvent pratiqué lors d’activité en plein air, par exemple lors de randonnée pédestre de plusieurs jours (trekking, grande randonnée) mais cette pratique existe depuis l’apparition de l’homo sapiens. Pour de nombreux peuples nomades dans le monde, le bivouac est encore un mode d’hébergement courant. Même si le bivouac nécessite souvent l’usage d’une tente, le fait de dormir sans protection, appelé communément « dormir à la belle étoile » relève aussi du bivouac, tout comme le fait de manger en plein air.

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Panardéfinition

Dodo gratos sous la tente. Se pratique idéalement loin des villes, sur de l’herbe rase, proche d’un point d’eau (robinet, rivière, fontaine à coca, cimentière…) et loin de la route, mais pas trop quand même histoire de pas se coltiner des kilomètres en plus des autres kilomètres. Des chiots jouant autour de la tente est un plus. Ou un bébé cheval.

– Stttttoooooppppp ! Je viens de repérer un bivouac de psychopathe !! On va être au top ! Y’a même un banc ! (Fred – partirlespiedsdevant – 2017)

– Pfffff, encore un bivouac… J’pourrais pas faire de shampoing, mes cheveux sont dégueulasses. Regarde, on dirait que je me suis coiffée avec du beurre ! (Ophélie – partirlespiedsdevant – 2017)

Les grands espaces désertiques et/ou sauvages se prêtent parfaitement au bivouacage de rêve : Patagonie, altiplano bolivien, Lozère,Tadjikistan, le jardin de mes parents, plateau anatolien… Peut devenir très compliqué et désagréable dans les pays à forte densité de population. Une exception : le Japon, 4 fois plus densément peuplé que la France mais paradisiaque pour le gut gut biwacht. En selle !

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Il a encore plus la veille, toute l’après-midi et la nuit, non-stop. C’est comme ça ici, quand il drache, c’est minimum 12h. Alors Goretex ou pas, t’es assuré de pédaler le slip mouillé à un moment ou un autre.

Heureusement, nous avons pu passer l’après-midi au mini-bar du camping sinon ça aurait été la grosse tristesse sous la tente.

Le lendemain, malgré ou à cause des 2,5 jours de repos, les jambes sont atrocement raides et il faudra une bonne trentaine de km pour sentir les premières montées de giclette.

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pause pique-nique

La route est belle et on arrive rapidement à un ferry qui nous emmène sur une péninsule ou l’on dégote rapidement un coin sympa pour la nuit. IMG_3041J’ai une grosse envie de riz en ce moment, je sature un peu des éternels spaghettis. Alors on a acheté un paquet, le plus petit possible, 2 kg. Mais c’est l’échec sur le réchaud, le fond crame et le reste cuit mal. On se retrouve à avaler un espèce de porridge insipide, Ophélie tire une tronche pas possible. Je garde la face en disant «non mais c’est hyper bon pour la santé, y’a pas de gluten» mais je sens qu’on va lutter pour venir à bout de ce truc.

 

On se réveille en observant le lever de soleil, pédalons jusqu’en début d’après-midi entre mer et montagne à travers la péninsule et posons la tente dans un parc idyllique au bord de plage. Baignade et lavage à la gourde avant d’admirer le coucher de soleil. Journée spéciale, il est rare de pouvoir observer un lever et un coucher de soleil le même jour, de la plage, et en se déplaçant à vélo. Doublement spéciale puisque dorénavant, notre route oblique vers le nord avant de filer vers l’ouest dans quelques semaines, vers la maison. Ça y est, on rentre. On est content. Alors on ne gâche pas l’ambiance et c’est donc des spaghettis pour ce soir. Ophélie a fait 10 km de plus pour faire des courses et organiser un super apéro. Elle est prête à tout pour des cacahuètes et une bière.IMG_3064

Le matin, un promeneur vient nous offrir 2 canettes de café, génial ! Le p’tit dej au lit, de mieux en mieux ! La journée commence bien et on enchaîne rapidement les kilomètres jusqu’au pique-nique du midi (à 11h, trop la dalle).IMG_3067 Ensuite la météo part en cacahuète et on se retrouve à pédaler sous une pluie soutenue. Au bout d’une heure, y’a plus grand-chose de sec à part nos pieds, nos sur-chaussettes Goretex sont vraiment efficaces, on devrait renommer le blog partir les pieds devant et secs. D’habitude, mon moral s’écroule totalement sous la pluie mais là je suis bien, j’ai mon plan en tête : on va faire les courses, trouver un bivouac près d’un abris, changer de slip, faire des spaghettis et demain le soleil séchera nos affaires. Ouais j’suis bien, c’est pas la fin du monde dans ma tête pour une fois.

Mais on n’aura pas besoin d’être des héros aujourd’hui car une jeune femme arrête sa voiture, en sort et vient à notre rencontre sous une pluie battante. «Do you want to come in my home ?». Je lève mes 2 pouces dans leurs mouffles étanches ridicules «Of course ! We follow you !». Quelques kilomètres et nous voilà donc chez Risa au moment ou un déluge s’abat pour de bon, si fort qu’il y aura un éboulement au fond du jardin, les tanks ont eu chaud.IMG_3107

On fait connaissance avec son mari Kenji. Je lui dit que c’est le nom d’un chanteur connu en France, un gars qui a gagné un concours grâce à sa belle gueule et un soupçon de talent mais qui fait de la merde, au fond. Toute ressemblance avec un nouveau président français serait fortuite.IMG_3087

Bref on lui chante GIIITAAAAANOOOO et Kenji nous apprend qu’il adore les Gipsy Kings. Les Gipsy Kings ! Le mec connaît les Gipsy Kings ! Si avant le départ on m’avait dit qu’on chanterait Djobi Djoba au sud du Japon, j’aurais répondu «lol, et pourquoi pas Trump président ! ah ah ah !». Déjà qu’on prévoyait pas d’aller au Japon, alors y chanter Djobi Djoba et Bamboleo…

Risa et Kenji font pousser du raisin – c’est leur gagne-pain – et pratiquent le surf. Ils aiment la campagne, la nature et avoir du temps libre. C’est pas des vrais japonais en fait. Risa a 45 ans, elle en parait 12 de moins.

Elle nous sert un banana-cake à tomber par terre et un gâteau au chocolat et avocat, grosse grosse tuerie ce truc, ça donne une consistance crémeuse et les saveurs se marient parfaitement, comme des rillettes avec du camembert (si si je vous assure, c’est génial). On crevait la dalle y’a 20 minutes sur nos vélos sous la pluie, et là on se régale bien au chaud avec des gens adorables. Y’a même des chats qui viennent ronronner sur nos cuisses, ça fait sécher les slips plus vite, j’adore.

On passe donc toute l’après-midi sur les tatamis, Risa pratique son anglais, Kenji nous sert du Shochu et nous on le boit en parlant voyage. On n’a pas tellement d’autre sujet ces derniers temps mais c’est toujours passionnant.

Risa s’éclipse ensuite en cuisine et nous prépare un festin, elle a vite remarqué qu’on est bon client et elle adore cuisiner. Elle essaye de manger bio au maximum mais c’est très difficile au Japon, à moins d’avoir son potager. Le bio est très peu diffusé et coûte affreusement cher. On a vu des pots de miel à 60 euros les 500 grammes.

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On passe une soirée génial mais on est claqué et on s’écroule à 21h, Ophélie dans un lit, moi sur un futon. M’en fout, j’aime bien et le Shochu rend le sommeil très lourd.P1120236

Pour le petit dej, Risa nous demande quelle cuisson on préfère pour les œufs au plat. On répond le jaune bien coulant histoire de faire saucette avec le pain fait maison encore tout chaud.IMG_3089

Ils nous emmène alors voir leur spot de surf et une petite île qu’ils appellent leur Mont St Michel.

Avant de partir, Risa nous fait goûter un sorte de dessert à base de riz très gluant mélangé à de la cendre de bois puis elle nous offre des petites pâtisseries et des boulettes de riz pour la route. C’est pas encore aujourd’hui qu’on crèvera de faim.

On repart ému mais le ciel est a nouveau dégagé et la route nous appelle. Les étapes qui suivent sont les plus belles de notre séjour au Japon : petites routes calmes dans des fjords, plages sauvages, végétation abondante et générosité débordante.

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Après une courte traversée dans un bac, on achète des fruits dans une épicerie, y’a des patates nouvelles à moins de 2 euros le kg !! Le gars nous offre 3 pamplemousses et 2 oranges. On fait un pique-nique juste après au bord d’un terrain de croquet, une activité très populaire chez les seniors. C’est un peu le golf du pauvre et ça peut se pratiquer sans problème avec des hanches en plastique, un glaucome et des rotules en titane. Une mamie nous offre des bonbons, 2 chacun, les mêmes, pour pas qu’on se bagarre ensuite.IMG_3139

On remonte sur les vélo et passons devant 2 églises catholiques dans des petits village de pêcheurs. C’est les portugais qui les ont construit, ceux-là ils peuvent pas s’empêcher de faire un peu de maçonnerie des qu’ils débarquent quelque-part.

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Quelques kilomètres plus loin, alors qu’il est encore tôt et que le compteur n’affiche que 51 km, on tombe sur un spot de bivouac de PSYCHOPATHE : pelouse face à une plage déserte et des îles, sanitaires avec toilettes, douches (froides, faut pas rêver) et prises électriques.IMG_3167

Le top du top, on décide tout de suite de monter la tente. On vit vraiment des moments fantastiques sur cette île de Kyushu et la suite le confirme car on enchaîne 3 étapes similaires avec à chaque fois un bivouac en bord de mer ou dans des parcs et des offrandes quotidiennes: ici une dame qui nous amène en courant des boules de riz toutes chaudes au p’tit dejeuner, là un gars qui nous tend un sac contenant 2 bon kg de nèfles, un fruit qu’on avait goûté pour la première fois en Turquie, il y a 1 an.

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On quitte alors la côte pour les montagnes, à l’assaut du mont Aso, mais sans lasso.  On se fait une étape de warrior avec un long passage sur du 8% et un flux continue de voitures et camions, un tremblement de terre ayant provisoirement fermé un tunnel sur l’axe principal. On franchit la caldeira (vaste dépression causée par un volcan, comme un très grand cirque) et arrivons crevés dans la ville avec un plan en tête : faire des courses pour 2 jours, se poser dans un camping à 2 km, qu’on espère aussi beau que pas cher, et monter le lendemain au volcan du mont Aso en stop histoire de reposer les jambes.P1120257

A part pour les courses, c’est l’échec, liste à puce :

  • Le camping est en fait à 6 km, dans la montagne. Mais c’est du 3%, c’est presque reposant et c’est très très beau
  • Il coûte un bras : 15 euros et même pas de douches. Il est vide, c’est juste un sorte de pré avec des chiottes alors on demande une réduction. Le gars veut rien savoir, c’est un camping publique, il nous conseille de redescendre dans la ville pour camper gratos sur l’aire de repos. Gros sens du commerce.
  • On fait le plein d’eau et on se casse, un peu vénèreIMG_3271

Et c’est dans ses moments que la magie du voyage à vélo opère. On reprend la route pendant 1 km, ouvrons une barrière, descendons un peu et BAM : bivouac de fou avec un bébé cheval et une lumière magique.

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100 fois mieux que n’importe quel camping, même Ophélie en convient malgré l’impossibilité de faire un shampoing. On s’endort avec un silence total et nous réveillons en compagnie des vaches et de la brume se levant au fond de la caldeira.IMG_3283

C’est donc logiquement qu’on se fait le mont Aso à vélo, la route est splendide et porte par endroits les stigmates de séismes. IMG_3296L’accès au cratère est malheureusement interdit à cause des gaz toxiques mais on est hyper content d’y être monté, l’odeur de souffre nous a replongé dans nos souvenirs du Yellowstone et les paysages dans un mélange de pozzis corses et du Crater Lake.

On redescend par la même route, traversons la plaine de la caldeira et grimpons pour franchir ses murailles à nouveau. Bivouac dans un parc, Ophélie se lave les cheveux au robinet, tout va bien.

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Retour sur la côte le lendemain, on quitte le paradis de Kyushu à bord d’un petit ferry pour rejoindre le nord de Shikoku, non moins paradisiaque comme vous verrez. Du bateau, on repère un coin de bivouac sur une plage et le rejoignons illico après le débarquement. Baignade revigorante et douche à la poche à eau sous les derniers rayons du soleil. On rencontre un japonais voyageant à vélo en mode bikepaking : engin de 9 kg et seulement 3 ou 4 kg de matos. Le mec enchaîne des étapes de 160 km mais doit se réfugier à l’hôtel dès que le temps se gâte ou qu’il fait froid. Et pas de patates sautées le soir au bivouac; c’est un choix, j’aimerais bien essayer un jour (le bikepaking, pas les patates sautées, ça je connais bien).


  • Ophélie – 16h33 : «Elle est trop moche ta barbe
  • Fred : bah ça va bien avec le reste, non ?
  • C’est pas faux
  • J’vais me raser
  • Faudra que t’ailles chez le coiffeur aussi, c’est horrible
  • J’ai pas le temps »

 

Les jambes sont lourdes le lendemain et ça monte méchamment, j’en peux plus de grimper aujourd’hui et j’ai envie de balancer le vélo du haut de la falaise, ça n’arrive pas souvent, c’était au Tadjikistan la dernière fois. Ça fait marrer Ophélie-la-sans-pitié «ah tu vois ce que ça fait !!». C’est le mec d’hier qui a dû démoraliser mes guibolles avec son vélo ultra-léger. Ça ira bien mieux ensuite après un bon coca, ce truc est magique et on finit l’étape sur les chapeaux de roue avec 93 km au compteur et un nouveau bivouac balnéaire entre 2 palmiers, dans la ville d’Iyo. Un marcheur nous a offert 2 oranges, les bonnes, sans pépins, les chers, celles qu’on n’achète jamais (à cause du grand retour du budget Coca).

Le coucher de soleil embrase le ciel ce soir. Spaghettis aux tomates concassées. On a refilé le sac de riz à Risa, elle en fera un meilleur usage.

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Enfin une étape plate le lendemain, on récupère et faisons un stop à Matasayama chez un réparateur de scooter, j’ai pilé quand j’ai vu sa panoplie d’outils accrochés au mur. Le guidon d’Ophélie s’est desserré et la vis est complètement grippé, j’avais tout tenté déjà avec mes petits outils. Je démonte le guidon et avec mon nouveau pote mécano, nous arrosons de dégrippant, bloquons dans un étaux, puis dans un autre encore plus gros et utilisons sa plus grosse clef à cliquet pour en venir à bout, à 4 mains. Ça nous prend 30 bonnes minutes et on arrive à tout sortir sans dommages. Un coup de brosse métallique pour enlever la corrosion, un tartinage à la graisse épaisse et je remonte le tout proprement. Aaaah que c’est bon une bonne petite réparation comme ça ! Évidemment, le gars refuse qu’on le paye alors on fait une photo et le voilà sur le wall of fame des Panardos.IMG_3385

On repart pour Imbari, le départ de la Shimanami Kaido, une piste cyclable très célèbre dans le pays, entre Shikoku et Honshu, d’îles en îles, de ponts en ponts, 70 km entre ciel et terre, ou entre selle et terre comme dirait Claude Marthaler. Paysages de cartes postales sur la route, et un paquet de cormorrans.

On s’arrête juste avant pour camper, dans un parc en bord de plage. Herbe tondue, toilettes, robinet et banc devant la tente, gratuit. Spaghettis sauce tomate et fromage râpé. Il coûte une blinde ce fromage mais ça change tout.IMG_3417


La Shimanami Kaido

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Ça se passe de commentaires, les photos parlent d’elles-même.

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Pour la première fois, on croise beaucoup de touristes occidentaux. Jusqu’à maintenant, c’était pas plus de 1 ou 2 par semaine, ce qui nous faisait bénéficier d’une bonne petite discrimination positive. Ils louent des vélos et roulent à la journée sur une partie de cette piste fabuleuse.IMG_3472

Nous on avait prévu de se la faire tranquillement en 2 jours mais les choses ont fait qu’on a pratiquement tout claqué d’un coup et on campe le soir non loin du dernier pont. Ophélie râle un peu car on a rien trouvé de potable en bord de mer mais le spot est plus que correct et on serait comme des dingues si on trouvait ça en France. Herbe, robinet pour la douche à la gourde, banc, vue sur la baie et le petit plus de ce soir : une belle horloge Seiko, summum de la précision. Spaghettis natures et omelette au menu.IMG_3463

Le lendemain, nous voilà donc sur Honshu, la grande île au centre du pays (Osaka, Tokyo, Nagano, Fukushima, Kobe, Kyoto…). C’est toujours jolie et agréable mais un poil moins marrant car les villes sont plus présentes sur cette côte et le trafic plus important. On trouve tout de même un bon bivouac dans un parc en bord de mer et y passons toute l’après-midi. Un vieux monsieur vient nous parler et prend plein de photos, on se prête au jeu, on prend la pose.  Devant les vélos, voilà, avec la mer derrière, un peu plus à gauche, souriez, voilà ! Ophélie a un peu peur mais il n’ira pas jusqu’à nous demander d’être des tigresses et de faire l’amour à l’objectif. Et puis ils nous filent du thé et des fruits, moi pour ça j’veux bien poser à poil, y’a pas de soucis.

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Réveil sous la pluie, on l’accepte après toutes ces journées de beau temps. Ça tombe pas trop fort et nos scaphandres font leur job pour une fois. IMG_3495On quitte la côte et allons sur les îles au sud d’Hiroshima afin d’arriver dans cette ville tristement célèbre par la mer, ce qui nous évitera des joyeux moments de pédalage urbains et quelques douzaines de feux rouges. Mais ça sera pour le lendemain, la pluie n’invite pas à faire une grosse étape et on se pose dans un camping payant après 60 km. On est dégoûté de payer alors qu’il n’y a même pas de douche mais on a pas trop le choix cette fois et on a au moins un abris pour manger au sec (des spaghettis mais je crois que c’est plus la peine de préciser).

On va se regarder un p’tit film au chaud, je vais gonfler les matelas sous la tente, je plie les genoux, je bascule légèrement en arrière, je m’assoie.

Crac.

Et meeeeeerde !!!