- du 16/08 au 26/08/16
- de Douchanbé à Khorog
- 11 étapes d’affilé / 550 km
- de la piste défoncée
- un col à 3250 m
- des bivouacs de psychopathe
- du très très grand voyage vélo

Ceci est une œuvre d’art éphémère
Bon bon bon, comment faire un récit 1 mois après les évènements en ayant une mémoire de poisson rouge ? Gros défis. Nan parce qu’à part le titre, j’ai rien pour l’instant. Mais on pense à vous chers followers, en pleine rentrée, aux portes de l’automne, au lendemain de la candidature de Sarkozy et de Juppé (« Prophète du bonheur » que je viens de lire, mdr), en plein débat passionnant sur le burkini. Donc nous voilà pour vous sauver de la tristitude les amis ! Tadaaa !
Aux chiottes Sarko et Juppé !
Et puis, c’était quelque-chose cette traversée du Tadjikistan. Ça vaut bien le coup de geeker sur le netbook pour vous raconter et montrer tout ça. En 3 actes, bande de veinards. Enfin peut-être que 2, en fonction de la flemme.

On part donc de Douchanbé à 6 : vos serviteurs, Alice & Benoît ainsi que Kevin et le cyborg est-allemand (Matthias 2.0). Ça roule tout seul, c’est bitumé et c’est tant mieux vu qu’on a systématiquement les jambes en coton après quelques jours de pause. Le soir, Kevin prend en charge la recherche du sport de bivouac et on se retrouve dans un bel endroit. Mais faut pas trop regarder autour vu que c’est un peu au milieu d’une décharge.
Je pars vers la rivière pour voir si on peut s’y laver mais c’est à sec. Enfin, juste de là ou j’étais vu que si j’avais pas eu la flemme de faire 5m de plus, j’aurais vu le jolie petit ruisseau rafraichissant. J’ai eu des bouffées de chaleur toute la journée, soit j’ai de la fièvre, soit c’est la ménopause. Je penche pour de la fièvre tout de même.
Bref, soirée sympa, les filles bavent devant Matthias une dernière fois puisque, le lendemain, il trace la route avec Kevin. Entre hommes donc. Ce qui confirme la théorie qu’on avait Benoit et moi. et toc !
On se retrouve à nouveau à 4, la bande des bogosses (surtout 2 en fait, pas vrai Benoit ?) et on en termine avec le bitume.
Benoit – 13h04 : » Je me demande quel goût ça a le lait de chien « .
La piste est parfois roulante, trop souvent défoncée, l’aventure commence et les paysages deviennent déjà sympa. J’ai encore eu mes bouffées de chaleur et je finis la journée en compote. Le spot de bivouac est grandiose.
Mal au bide toute la nuit, je vais lâcher ma galette avant le p’tit dej. Le p’tit dej, de toute façon, il était foutu quand on s’est rendu compte la veille que notre stock d’avoine était plein d’insectes. Faudra trouver du pain.
Alice aussi est malade et on se trainera toute la journée avec des courbatures dans tout le corps et une fatigue écrasante. Oui, même les héros peuvent être malades. Ophélie jubile, elle me double en côte en me disant « courage, on est bientôt en haut ». Bordel, c’est moi qui encourage d’habitude !! Ce jour là, j’ai pas du tout envie d’être sur le vélo, c’est trop dure. Je veux être chez ma maman, rester couché jusqu’à midi, manger des yaourts et des tartines grillées, me plaindre que j’ai mal partout et aller mettre une grosse branlée à mon pote Mimi sur FIFA 15 en buvant du thé.
Journée interminable avec des côtes à 12% sur de la piste défoncée et 30°C à l’ombre. Ça fait partie du voyage à vélo, on sert les dents, ça passe et on est récompensé en fin de journée avec un bivouac au top. On ne fait que 30 km ce jour-là.
Le lendemain, ça va bien mieux. Alice trainera encore une saloperie au bide pendant quelques jours, ce qui lui vaudra le jolie surnom de « Colonel Moutarde ». On quitte notre large vallée pour une autre beaucoup plus encaissée et encore plus belle. La piste est difficile, très cassante. Alors quand on passe devant un lac turquoise ou des gosses se baignent, on n’hésite pas longtemps malgré le peu de kilomètre au compteur.
Mais on arrive à repartir après la baignade et, en faisant le plein d’eau au village suivant, des gens nous invitent à boire un thé. Mais on a dû mal comprendre car on en verra pas la couleur de ce thé et, à la place, on a dû se contenter de pain, de miel, de mouton confis, de pastèque et de raisin. La vie est dure.

Bivouac à la sortie du village
En repartant, ils nous offrent du pain et des œufs. Plus tôt dans la journée, un gars nous avait déjà offert des pommes. Les Tadjiks sont très sympas, autant que les Ouzbeks mais c’est encore plus marquant dans des coins isolés et apparemment plus pauvres comme ici. Ils sont très souriants et les gosses accourent comme des fous dès qu’ils nous voient : » Hello ! Hello ! Hello ! ». 
On croise régulièrement des villages et comme a) Les gosses sont en vacance scolaire, b) Ils n’ont pas la TV ni internet (donc obligés de jouer dehors, en bord de route) et c) la pilule, la capote, l’ablation des ovaires ou le stérilet semblent encore être au stade de concept, les gosses sont partout et on passe beaucoup de temps à leur dire bonjour et à leur faire coucou de la main.

En fin de journée, un peu las, on ne fait plus qu’un mouvement désinvolte du poignet, tel la Reine d’Angleterre saluant ses sujets. Voilà, ça explique le début du titre de l’article. Non mais vous croyiez vraiment qu’il y avait une histoire impliquant la vioc The Queen, de la vaseline et une gorge profonde ? Oh my god !!
Après une autre étape dans cette belle vallée, on entre officiellement dans le Pamir : massif de haute montagne centré sur l’Est du Tadjikistan avec des prolongements en Afghanistan, en République populaire de Chine et au Kirghizistan, comme qui disent dans wikipedia. Bref, de la montagne, de la vrai.
Donc ça grimpe, et pas qu’un peu.
On passe la nuit à 2800m et atteignons le col à 3250m le lendemain matin. On redescend et arrivons tôt à Kail-Khoum pour une après-midi de repos dans l’hôtel des mouches. Trop bizarre cette guest-house : en plus des mouches à foison, y’a un gars étrange (attardé mental qu’on apprendra plus tard) qui casse du petit bois et qui se tape une crise d’épilepsie devant nous, en s’éclatant une arcade contre le sol. Moi je croyais qu’il faisait une sieste dans une position bizarre mais Benoit-le-sauveteur intervient rapidement en l’empêchant d’avaler sa langue et en appelant à l’aide. Il pisse le sang et se redresse rapidement. Sa famille semble avoir l’habitude et la nana lui fout une baffe monstrueuse pour le réveiller totalement. Ensuite, elle lui rase le crâne. On a pas trop compris, ça doit être une tradition locale.

A 10 minutes près, on assistait à l’abattage d’une vache. Dommage
Les 4 étapes suivantes se passent dans une gorge profonde (Reine Elisabeth, gorge profonde… vous suivez ?) avec l’Afghanistan juste de l’autre côté du fleuve. Magnifique.
On aperçoit des bergers Afghans, très beaux dans leurs habits traditionnels. Z’ont pas tellement l’air de dangereux terroristes en fait. Mais il faut se méfier des apparences et c’est les mains tremblantes, la tête pleine de flash-back que je vous écris que j’ai été :
LA CIBLE D’UN ODIEUX ACTE TERRORISTE
Pas de cellule psychologique ni de prise en charge de la victime (moi), pas d’interview sur TF1 dans 7 à 8 avec la petite musique larmoyante, pas de « Nous sommes Fred ». Non, rien, j’ai dû surmonter ça tout seul. Je ne sais pas si je pourrais à nouveau vivre normalement. Chaque fois que je ferme les yeux, je revois ce monstre (enfant de 10 ans) sortir son arme lourde (une fronde de 30 cm), et me tirer dessus (cailloux tombant à 2m de moi). Oui, mes amis, un attentat contre la bogossitude a été commis, cet enfant a voulu s’attaquer à un symbole. Il y a eu les tours jumelles, il y a failli y avoir Fred.
En représaille, j’ai d’abord pensé à la méthode choc Bush-Cheney (soutenu par la bible) : « OK les gars, on bombarde les maternelles, les écoles et les hopitaux pendant 15 jours ». Et puis j’me suis dit que c’était un p’tit con comme y’en a partout, alors j’ai juste gueuler un coup et sorti l’appareil photo pour le souvenir. Le gosse, sûrement traumatisé par le traitement de choc de « l’axe du bien », s’est mis a détaler en se baissant comme si je tenais un flingue. Tiens tiens, c’est qui la victime finalement ?

Nous sommes Afghans
Puuuuutainnn ! Ce blog est génial.
On passe 4 jours au top le long de l’Afghanistan.
La piste est difficile, poussiéreuse, les bivouacs sont à pleurer et les gens adorables. On croise toujours régulièrement des villages, l’occasion de se ravitailler. Alors, que trouve-t’on dans ces magasins Tadjiks ? La plupart du temps, c’est :
- Bonbons
- Maillots de foot de Barcelone
- Gateaux secs
- Noodles
- Vaseline
Vaseline, le truc le plus facile à trouver au Tadjikistan, ou que tu sois. On se dit d’abord que c’est normal dans un pays ou des hommes, seuls, passent tellement de temps avec des chèvres. Et ensuite on se rappelle qu’il fait horriblement froid en hiver et que la vaseline sert tout simplement à protéger la peau (du visage et des mains bande de pervers !!!).
Au dernier bivouac de carte postale, Alice et Benoit sont également victimes d’actes terroristes. On ne sait comment, des Talibans (probablement déguisés en lapin) ont réussi à déchirer le flanc du pneu de Benoit et à décoller des boudins du matelas d’Alice, le même jour ! La coïncidence est trop forte, il s’agit d’une opération coordonnée visant à créer un chaos totale au sein de leur couple. Ça a failli marcher. Heureusement qu’ils avaient un pneu de rechange.

Hiiiiiii !!! Chéri, y’a un serpent dans la salle de bain !!!
Une belle étape facile nous amène enfin à Khorog, capitale du Pamir. On se pose dans une guest-house pour 4 nuits, histoire de souffler, de se ravitailler (bien trop, comme d’habitude) et de se faire enregistrer auprès des autorités incompétentes. Rien de passionnant, je vous assure. Sauf quand Benoit a gueulé bien fort sur la fonctionnaire qui essayait de nous soutirer un bakchich.

La suite dans quelques jours, à plus de 4000m, avec de la neige et tout et tout.




C’est des vrais bourrins, ils boivent cul-sec et resservent illico, avec une bouchée de shashlik (brochette de viande grillée) entre chaque. Je commence à être bien et à parler Ouzbek couramment. Je rejoins mes compagnons d’aventure et 2 autres gars nous offrent une tournée de boissons obtenue par fermentation de matières blablabla… On discute un peu et je sors, en parlant de leur dirigeant, « President or Diktator ? ». Oh la boulette. Le gars me fait les gros yeux, les autres sont morts de rire, il me prend le bras en me répétant « President ! President ! Not diktator ! ».






