Shanghai – 1 an – 15 000 km

J 356 à 364 / Mong Cai (Vietnam) – Shanghai (Chine) / 285 km

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On est tout content de retourner en Chine pour quelques jours, en partie parce qu’on saturait de l’Asie du sud-est et en grande partie parce qu’on y bouffe trop bien ! Des fois je me demande si c’est nous ou nos estomacs qui établissent l’itinéraire. Non, ça peut pas être complètement nos bides sinon on aurait fait 6 mois dans le Massif Central (dont 2 chez ma Tata à Thiers), 2 mois dans le Jura, 2 mois en Savoie et le reste en Turquie. Et on ferait 120 kg à l’heure qu’il est, le guidon coincé entre les bourrelets.

La frontière est à 400m de l’hôtel et nous y sommes pour l’ouverture. Comme souvent, on tente de passer à l’arrache mais les douaniers insistent pour qu’on passe les sacoches au scanner pendant qu’ils surveillent nos chars d’assaut. Et comme souvent, personne n’est derrière l’écran du scanner, comme si les rayons suffisaient à faire disparaître drogues, armes, argent liquide et chatons empaillés comme ça, par magie.

Un coup de tampon de sortie, un pont entre les 2 pays, un autre passage au scan Gérard Majax et nous voilà à nouveau les Pieds en Chine. La 1er fois, c’était fin septembre à la pointe nord-ouest du pays et ce coup-ci, c’est par l’extrémité sud-est que nous entrons, 6000 km à vol d’oiseau.

Pourtant c’est pas très différent, les grues effectuent toujours leur ballet pour faire pousser de nouveaux immeubles, la consommation tourne à plein régime dans les nombreux magasins, le pays vibre de sa frénésie de croissance.IMG_2017

On échange nos derniers Dongs contre du pain et des galettes de riz, retirons un paquet de Yuans et filons sur la route.

Première impression : le calme. Je ne pensais pas dire ça un jour de la Chine mais c’est tellement zen en comparaison du Vietnam. Les véhiculent klaxonnent extrêmement peu et les scooters électriques glissent en silence autour de nous, le tout sur de larges voies dédiées aux 2 roues.

On navigue sur une rivière paisible, 2 splendides fleurs de lotus (nous) au milieu des anguilles (les scooters) et des crapauds à essence.

On les aimerait presque ces scooters zen mais on n’oublie pas que toutes ces batteries et cette électricité, sous un maquillage green et clean, ravage la planète aussi sûrement que le pétrole.

Les chinois brûlent du charbon pour faire de l’électricité, ils n’ont pas la chance de tirer leur énergie d’une source magique (comme les scanners), inépuisable, sûr, résistante aux tsunamis, et absolument écolo : le nucléaire. Lol.

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traitement des déchets en cours

Peut-être les autorités sentent-elles le vent tourner, ou peut-être plus probablement veulent-elles juste désengorger les centre-villes, mais on voit énormément de vélos en libre service dans cette partie de la Chine. Pneus pleins, transmissions à cardan, selles non réglables : entretien minimum, rendement très mauvais, on les double sans peine même avec nos chaînes qui font « poui-pouic-on-veut-de-l’huile ! ».

Si vous voulez tout savoir sur les vélib’ chinois, je vous invite à lire ce superbe article de nos collègues cyclos avec qui on a partagé un bout de route au nord du Laos.

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difficile de garer son vélo à Shanghai

On enchaîne les kilomètres sur une petite départementale chinoise, c’est-à-dire une 2×2 voies, puis la quittons pour une vraie route de campagne avec de longs passages en travaux pour faire aventure. On traverse des tout petits bleds assez glauques avec des bâtiments en brique de 2 ou 3 étages, impossible de dire si ils sont abandonnés, en construction ou sur le point d’être rasés. Le style grecque.

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En fin de journée, on se met à chercher un coin pour camper. On fait le plein d’eau et visons une rivière sur la carte. On s’imagine toujours des spots de fou en bord de rivière, avec de l’herbe bien rase, une eau limpide, un coucher de soleil et des petits chiots. Mais ça se passe pas du coup comme ça, il se met à tomber un crachin ignoble, la rivière est repoussante et ça commence à cailler. On est devenu des chochottes, on grelote dès qu’il fait moins de 20°C. Alors on continue un peu et répétons cette vieille phrase qui n’a plus servi depuis longtemps : « dès qu’on trouve un coin potable, on s’arrête ». Par chance, on tombe sur un hôtel dans la prochaine ville western et passons la nuit au sec. Pas au calme en revanche, un camionneur a eu la bonne idée de s’arrêter juste sous nos fenêtres et de changer des pneus à 2 heures du matin , avec cette visseuse/dévisseuse énorme qui fait un bruit de dingue.

Le lendemain, on est chaud pour boucler plus de 100 km et arriver à Nanning. Mais la météo, le dénivelé et la loi de Murphy en décident autrement et on morfle comme il faut pendant 3 heures, sous la pluie, en montée la plupart du temps et sur une route défoncée.IMG_2025 Mon câble de dérailleur casse, on s’arrête à un station service et je répare pendant qu’Ophélie essaye d’oublier que son slip est trempé. Les 2 nanas de la station nous observent en buvant un thé bien chaud et on se dit qu’on aimerait bien être en Turquie. La pluie redouble, on attend que ça passe un peu et repartons nous assurer que nos vestes sont bien perméables.

On stoppe à la ville suivante et la pluie s’arrête pendant qu’on mange au resto (trop bon => Chine). Le ciel s’éclaircit légèrement, le vent se lève et on commence à se dire qu’on a le temps de rejoindre Nanning. Mais mon pneu avant se déchire au bout de 20m, chambre à air crevée. Saleté de Marathon Plus, ça confirme bien que c’est de la daube. Flanc déchiré au bout de seulement 2500 km dans de bonnes conditions, inacceptable. Heureusement qu’on peut compter sur le SAV de Schwalbe pour… ne jamais répondre aux mails.

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le Marathon Plus, tellement bien qu’on peut lui mettre un doigt

pneu

Punaise ! ‘sont optimistes les teutons

A défaut de marchand de vélo, on va dans un magasin de scooter. Je montre le pneu, ils n’ont pas de ça chez eux mais le gars nous dit d’attendre et part en scooter. Il revient 15 minutes plus tard avec le pneu qu’il faut et une chambre à air qui va bien. Trop sympa, il se propose même de la changer mais j’ai ma fierté tout de même.

Il est 15h, c’est trop juste pour arriver avant la nuit et on risque de s’ouvrir les veines s’il se remet à pleuvoir en route. Et de la veine, justement, on n’en a pas tellement aujourd’hui alors on envisage un instant de monter dans un bus puis on dégote le seul hôtel de la ville et passons une bonne soirée avec un tour au marché, des petits pains vapeurs, un plat de nouilles monstrueux et une bonne douche chaude.

La dernière étape est agréable, la route est sèche, sans travaux et on arrive comme des fleurs dans Nanning, petite bourgade de 8 millions d’habitant. On roule une douzaine de kilomètre en ville et nous posons pour 2 nuits dans un hôtel à 2 pas de la gare.IMG_2028

Le soir, un gars arpente les couloirs du bâtiment et glisse des cartes de visites de call-girl. Jamais on a vu des filles pareilles dans la vraie vie, je sais pas où ils les cachent. Je dois bien reconnaître que j’ai un petit faible pour l’infirmière cochonne avec les gros nichons et l’écolière espiègle avec la jupe plissée, les petites chaussettes blanches et les gros nichons.IMG_2210

On se fait une opération matos pour se ré-équiper un peu, on choisit de faire confiance à une petite marque locale : Decathlon. Pas facile à trouver, faut pas mal marcher et quand on arrive au magasin, c’est comme si on avait fait une rando. On est bien dans l’esprit Quechua, ils auraient dû nous faire une réduc rien que pour ça. Pantalons, sandales et thermos, c’est bon, on est prêt à affronter des températures un peu plus fraîches. Donc que font les sandales dans cette liste me direz-vous ? Je ne sais pas mais elles sont trop confortables.

Avant ça, on se fait aussi l’opération confier nos vélos et nos sacoches au service de fret de la gare. La communication est difficile et la nana du guichet s’en sort admirablement en demandant à un collégien timide qu’avait rien demandé à personne de tout traduire. On stresse un peu en voyant partir les vélos sans aucune étiquette ni rien mais ça avait bien marché la dernière fois. Coût de l’opération : 26 € pour les 2 vélos et 35 kg de bagage. Rhaaaaa, pourquoi y’a pas ça en France ??!! Surtout avec l’interdiction d’embarquer un vélo-couché dans le train.

Le soir, on dégote un marché de nuit de malade, y’a des stands de bouffe sur 1 kilomètre. Ça serait trop long à décrire et ça risque de me donner les crocs, alors matez un peu cette vidéo. C’est vers la fin, au début c’est juste nous, du vélo et des passages piétons, c’est assez ennuyant mais ça met dans l’ambiance.

Le lendemain, c’est donc le départ en train pour un « petit » trajet de 26 h jusqu’au village de Shanghai. J’aimerais écrire qu’on est allé en 3eme classe car on est des oufs d’aventuriers mais y’avait plus de place en seconde. Donc on se retrouve avec les prolos dans des compartiments de 6 et c’est pas mal du tout en fait.

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Ophélie a la couchette du bas, très pratique pour s’asseoir et manger des nouilles. Moi, j’ai la couchette Cliffhanger, celle ou t’es obligé de resté couché mais ou t’es peinard pour mater des p’tits films sur le netbook (dont Dernier train pour Busan, une daube mais c’était le moment ou jamais de le voir). Nos compagnons sont très calmes; en face d’Ophélie y’a Papy Prout. Très gentil, souriant et attendrissant avec sa braguette ouverte en permanence, il nous a embaumé le compartiment avec de jolis bruits marrons.

Le trajet passe vite et nous voilà déjà à Shanghai. On retrouve enfin un climat tempéré avec un temps beaucoup plus frais et sec, un régal. On file au guichet de fret en croisant les doigts car les vélos ne sont censés arriver que le lendemain. Mais on les retrouve de suite, intacts, avec toutes les sacoches.IMG_2056

GPS en place, on s’engage dans l’une des plus grandes mégalopoles du monde, 2eme ville la plus peuplée de Chine avec 25 millions d’habitants, derrière Chongqing (33 millions) et devant Pékin (21 millions). Les buildings sont gigantesques, très nombreux mais les rues sont larges et aérées et, une fois de plus, c’est facile et plaisant d’y pédaler. Heureusement, la gare est très bien placée et nous n’avons qu’une vingtaine de km pour arriver en centre-ville, non loin du port pour le ferry.

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nos premiers cerisiers en fleur, on risque d’en voir quelques-uns dan e pays suivant

On passe sans le vouloir dans le Bund, le quartier ultra-touristique de la ville. Un flic nous arrête et nous oblige à pousser nos vélos sur le trottoir, il est armé d’un sifflet strident, on obtempère immédiatement en faisant tout de même un salut militaire.

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le quartier d’affaire. Rhooo qu’c’est beau le capitalisme

On prend ensuite une rue parallèle, faisons quelques kilomètres et partons en quête d’un hôtel, la pêche au couchsurfers et au warmshowers ayant été vaine. La galère commence et on enchaîne les refus, soit c’est interdit aux étrangers, soit c’est plein à cause d’un jour férié pendant lequel des touristes chinois viennent gonfler un peu plus le nombre d’habitants.IMG_2131

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Au pied d’un hôtel, un jeune étudiant anglophone nous aide beaucoup et nous apprend que tout est blindé et qu’on aura de la chance si on trouve un dortoir à 15 € pour 2 lits. Il s’appelle Logan, c’est pas son vrai nom mais les chinois sont souvent obligés de s’en inventer un quand ils sont en contact avec des occidentaux.

Là, je ne sais pas ce qui me prend mais je lui fais une petite démonstration de culture française, pays des Lumières, de Molière, de Diderot et de Brice Hortefeux :

Logan, ah ouais ! comme Wolverine dans X-Men !

Bref, Ophélie sort l’arme secrète et trouve un hôtel pas loin sur Agoda. Sur place, il reste des chambres, c’est le même prix qu’un dortoir et c’est assez grand pour y loger les vélos et faire sécher du linge, Ophélie est aux anges. C’est au milieu d’un quartier populaire comme on aime et comme on en voit de moins en moins dans cette ville ultra-moderne et riche.IMG_2080

On passe 2 jours très agréables à Shanghai, le métro permet de nous déplacer très facilement pour quelques centimes. Ici, on paye au trajet, pas comme à Paris où il faut laisser un bout de rein même pour 2 stations (dégueulasses, puantes et pleines de publicité qui devraient largement suffire à le rendre gratuit).

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On retrouve aussi Ludo, un ami de nos sérieuses (Ophélie) et déjantées (Bibi et Los Vatos Locos) années d’études. Il suit bien le blog et nous emmène donc logiquement goûter des nouveaux trucs dans un superbe resto : tofu soyeux, anguilles, divers raviolis, canard… tout est délicieux. Et le lendemain, c’est chez lui qu’on va faire d’autres raviolis maison et en manger à se péter le ventre en compagnie de sa famille qui vient tout juste de s’agrandir. Merci Ludo, t’es roux mais on t’aime beaucoup.

Hop, nous voilà déjà le 4 avril. Nous démarrions ce voyage il y a un an jour pour jour, hésitants, blafards et fébriles. Nous ne savions pas jusqu’où la route nous mènerait et le hasard fait qu’on peut célébrer cet anniversaire sur un beau bateau pour le Japon, chouettos non ?

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On vous racontera ça au prochain épisode, y’aura du rosé, du fromage, des cacahuètes et 2 anarchistes. Et le Japon évidemment.

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de quoi survivre quelques heures au Japon

Le Vietnam avec un ptit vélo dans la tête

J 349 à 356 / de Tam Coc à Mong Cai via Cat Ba / 404 km

  • 19/03/17 Tam Coc – Thm Ninh = 64 km
  • 20/03/17 … – Haiphong = 73 km
  • 21/03/17 … – Cat Ba = 55 km
  • 22 & 23 Cat Ba = repos et croisière dans la baie d’Halong
  • 24/03/17 … – Cam Pha = 68 km
  • 25/03/17 … – Dam Ha = 82 km
  • 26/03/17 … – Mong Cai (à 500m de la Chine) = 62 km

 

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Après un gavage en règle au buffet du petit déjeuner, nous repartons sous le ciel gris habituel et retrouvons notre autoroute à klaxon. C’est juste un peu plus calme que d’habitude car c’est dimanche. On s’ennuie ferme jusqu’à ce qu’on voit débouler dans notre rétro un missile avec une fillette devant.IMG_1658

Il s’agit en fait d’un des rares vélos plus bizarre que les nôtres : un tandem Pino. Yvan, le papa, est aux commandes alors qu’Anne-Lyse, la petite, fait semblant de s’évertue à pédaler. Derrière arrivent  le bondissant Felix, presque 10 ans, et Magalie la maman. Ils forment la vaillante famille un ptit vélo dans la tête.

On sympathise tout de suite et nous rendons vite compte qu’on a des amis en commun ! Philippe/Velofasto (le vendeur de nos tanks) et les Cyclomigrateurs (des Bretons en tank actuellement en pays Hobbit).

Ils vont sur l’île de Cat Ba, comme nous, alors on se met tout de suite d’accord pour rouler ensemble. Hop, envolée la morosité! Eux aussi avaient le moral en berne à cause du temps et de l’ambiance sur la route.IMG_1656

Avec Ophélie, on se dit intérieurement que ça va être peinard de rouler avec une famille. Tu parles ! Ils pédalent fort et on tape souvent du 21 ou 22 km/h sur le plat ! Yvan a bouclé le Roc d’Azur dans les 100 premiers et Felix est bien parti pour claquer un Paris-Brest-Paris à 16 ans sur un BMX. Et Magalie suit sans problème avec son énorme sacoche de bouffe. Et je m’y connais en énorme sacoche de bouffe.

Ils sont dans leur 9eme mois d’un grand voyage qui les a emmené en Amérique du Sud puis en Nouvelle-Zélande avant d’atterrir en Asie du sud-est. Ils voleront bientôt vers Istanbul avant de rentrer chez eux à vélo, non loin de Rennes. Ainsi, en 1 an, ils auront pédalé entre 12 & 13 000 km, guère moins qu’un couple sans enfant qui n’a pas à faire l’école le soir ni à gérer 2 boules d’énergie.

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Notez le nom très humoristique du bateau

On fait ainsi 3 étapes ensemble, la pluie nous laisse tranquille et on se fait des joyeux pique-nique pain-vache-qui-rit. Avec Yvan, on parle vélo et matos au moins 4h par jour, ça fait du bien de penser à autre-chose. On s’échange aussi nos engins pendant 1 heure, le Pino est vraiment un tandem formidable mais je crois qu’on aurait eu beaucoup de casse si on était parti avec. Deux adultes + des sacoches créent des contraintes énormes sur le cadre, les roues et la transmission.

Yvan se débrouille tout de suite sur mon tank. On dit souvent qu’il faut commencer le vélo-couché tranquillement sur un parking désert. Lui l’a fait au Vietnam, au milieu des camions et des scooters et avec 25 kg de bagage. Pression maximum, la prochaine étape est de s’initier au mono-cycle sur le périph’ aux heures de pointe. Moi j’suis bien sur le Pino, Anne-Lyse fait un formidable auto-radio. Pour baisser le volume, il suffit de lui demander de pédaler. Si elle accepte.

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Oh des petits chats ! On dirait qu’ils se font un câlin ! C’est trop mignon

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Après Haiphong, grande ville au marché pittoresque, on rejoint le port, sans doute le plus grand du Vietnam puisque nous sommes à une encablure d’Hanoï. L’ambiance nous rappelle la traversée du port du Havre, seul endroit en France rivalisant avec le Vietnam au niveau bordel sur la route.P1120041

Nous embarquons sur un bac pour rejoindre l’île de Cat Hai, la traversons à vélo avec un superbe passage tout-terrain, puis empruntons un autre bac pour l’île de Cat Ba, futur fleuron du tourisme Viet dès que le pont la reliant au continent sera fini. Amis touristes, dépêchez-vous d’y aller maintenant car ça sera l’usine dans quelques mois.

La traversée de l’île est sympa, il y a peu de trafic et nos oreilles arrêtent enfin de saigner. On est content de se poser quelque-part, on en a tous plein les pattes.

La baie est magnifique avec ses nombreux bateaux de pêche et ses bateaux restaurant. Il y a énormément d’hôtel et ça construit de partout. Le pont va amener du monde, ils se préparent.IMG_1764

Comme on va rester 3 nuits, on prend le temps de choisir un truc bien. Coup de bol, y’a personne en ce moment et les prix baissent très vite. On se retrouve donc dans une grande chambre avec balcon et vue sur la baie. Les lits, en revanche, sont toujours à la mode Viet : plus durs qu’un tatami.

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vue de la chambre

Le lendemain, c’est repos. Mais le genre de repos propre au voyage à vélo, le repos où y’a finalement plein de truc à faire comme la lessive, les courses, l’école aux enfants pour les chanceux, des mails pour ce putain de visa russe, skype avec maman pour montrer qu’on est un bon petit garçon, réserver une croisière dans la baie d’Halong pour le lendemain…

Pour l’obtention du visa russe, nous faisons appel à l’Agence Russie Autrement, spécialiste  voyage en Russie. Ils nous fournissent 2 lettres d’invitation nécessaire à la demande de visa et nous en offrent une des deux contre ce petit texte de publicité. Aaaarrrghhh ! 35 € d’économisé, ça payera quelques bouteilles de vodka dans le transsibérien.

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Du coup, le soir, il nous reste tout juste assez d’énergie pour faire une soirée galette sur le toit de l’hôtel, sur la bâche avec éclairage à la frontale. L’aventure est partout.P1080076

On se lève tôt pour notre croisière privée dans la baie d’Halong. Comme on a sympathisé avec une famille québecoise et 2 danoises (du calme, une mère et son enfant) en allant réserver la veille, le gars de l’agence nous a proposé d’avoir le bateau rien que pour nous 13, dont 6 enfants.IMG_1931

Tout en bois, moteur qui ronronne tout doucement, mer d’huile, silence, pêcheurs, ostréiculteurs, paysages de carte postale. La baie est immense, on serpente entre les massifs karstique, sans avoir à suer sur les vélos pour une fois.IMG_1947

On jette l’ancre dans une anse pour monter sur des kayaks et se balader le long des parois et sous la roche dans des tunnels naturels. Les yukkas prennent possession du moindre espace disponible et s’épanouissent apparemment bien mieux qu’à Ikea, Jardiland ou une véranda picarde. Comme on a tout dans les jambes et plus rien dans les bras, on arrête de pagayer et restons 15 minutes, seuls dans une anse, juste à regarder et à écouter le silence.IMG_1895

Après on a la dalle alors on rentre. C’est génial de manger avec des enfants, ils laissent la moitié et ne touchent pas au délicieux poisson. Et pas de chance pour eux, y’a pas de dessert donc rien à marchander.

On lève l’ancre et faisons cap vers ailleurs. Oui, je maîtrise le langage de la mer, j’ai mon permis côtier (obtenu sur un bout de Seine d’environ 200m, vent force nulle, pas de houle ni de récifs).IMG_1867

On s’arrête près de petites plages désertes et sautons du bateau pour y aller à la nage, sauf les flipettes qui préfèrent s’y rendre en kayak. Sensationnel.IMG_1900

On ramasse quelques coquillages et d’étonnant galets troués qui décorerons à merveille nos sacoches. On pourra se la raconter à mort en rentrant :


  • « C’est quoi ce coquillage ?
  • Nihao… heu sorry, excuse-moi, je n’ai plus l’habitude de parler faguo. Ça ? Oh, c’est simplement un truc que j’ai ramassé à Koh Lanta juste before de prendre un mojito devant le coucher de soleil sur la plage (avec ma mère)

  • C’est quoi ce galet Fred ? C’est magnifique !
  • Mouais, pas mal. Je l’ai trouvé sur une playa déserte après avoir nagé pendant 8 km dans une mer déchaînée, j’étais tout mouillé. T’as vu ? il a un trou.
  • Comme ton cul
  • Nan c’est pas pareil. Et ne sois pas vulgaire comme ça !

  • C’est quoi ces poils pubiens ?
  • NON NON NON, j’en ai marre qu’on me dise ça !! C’EST UNE TRESSE EN POIL DE YAK BORDEL !! UN YAK !!
  • Tu l’as trouvé où ?
  • Où ? -regard lointain vers l’horizon- Simplement en me baladant à vélo sous la neige au Tadjikistan, à 4200m d’altitude, what esle ? »

Ah ah ah, on va être des vrais connards, ça va être génial !


Retour au bateau (à cheval sur un kayak, trop la flemme) et on se fait une grosse séance de saut dans l’eau. Des sauts basiques pour commencer, puis j’ai calmé tout le monde avec triple salto arrière tendu vrillé, finish en bombe, pour le délire.

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Juste après la dernière vrille, avant le groupé pour la bombe

Après une halte sur la Monkey Island, on rentre finalement au port. Pas de coucher de soleil, trop couvert. C’est pas grave, on en verra d’autre ailleurs, mais peut-être pas au Vietnam.IMG_1981

C’était marrant cette « îles des singes », ça se voyait à mille mille (terme marin) que c’est un truc bidon. Ils ont mis 4 ou 5 pauvres singes et un bar sur une île et hop : Monkey Island ! On voit des touristes se faire racketter leur bouffe par des singes très agressifs. Y’a même une nana qui se fait attraper une barre en chocolat, j’ai failli intervenir. Du chocolat bordel ! Ça coute une fortune ici !

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Y’a un filon, faudrait que je pense à faire visiter la Red Crushed Dog Road (Thaïlande), la Horse’s Head Highway (Kazakhstan) ou la Dead Crow Valley (Turquie). Ça tombe bien, j’ai déjà plein de belles photos pour faire un prospectus.

Le lendemain, on est crevé et on serait volontier resté avec nos nouveaux amis mais nous devons quitter le pays dans 3 jours et il reste quelques kilomètre à faire. Donc on dit au revoir à la petite famille, Ophélie offre un de ses doudous de la route à Anne-Lyse et nous filons vers un embarcadère au nord de l’île, 30 km d’une petite route magnifique. Piiooouuu, ce séjour à Cat Ba nous a vraiment fait du bien.

Comme on ne s’est pas renseigné sur les horaires de traversée, on poireaute de 10h30 à 13h. Y’a des vieux hamacs accrochés entre des arbres, je me pose dedans : « regardes Ophélie, on va être trop bien pour faire une sieste ». Un gars se pointe illico et demande 10 000 dongs (= 0,40 €), je l’ai mauvaise, je m’assoie par terre et je lui demande si c’est 5000 pour ça. Il me dit non non en souriant et repart. C’est impossible d’aller au conflit avec un asiatique, on dirait qu’ils ne s’énervent jamais, ils gardent la face quoiqu’il arrive.P1120090

On embarque finalement sur le bac et profitons à nouveau de la baie jusqu’à la presque-île de Tuan Chau. Grandiose, mais pas de plongeon cette fois.IMG_1984IMG_1989

Fin du calme, on retrouve le vacarme de la route, des camions, des scooters et des pouet-pouets. Je considère que la plupart des gens deviennent un peu con dès qu’ils sont derrière un volant, mais les Vietnamiens sont vraiment les rois dans ce domaine, ils conduisent comme des abrutis. Heureusement, ils savent que tout les autres usagers sont aussi des abrutis donc ils sont vigilants et ne roulent pas très vite. On ne se sent finalement pas en danger sur ces routes, même si on reste un peu plus attentif que sur l’Altiplano bolivien (« Hmmm ? Plaît-il ? Oui, tout à fait, nous avons roulé de Cusco hasta Ushuaia – fin del mundo – con bicycletas. What else. »).

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Les Viets ne roulent pas à tombeau ouvert, ce qui n’empêche pas certains de partir les pieds devant. Ici sur une pâle imitation de tandem Pino

On s’arrête dans un hôtel le soir, les nerfs à vif à cause de la fatigue et du traumatisme auditif. Puis on va en ville, on fait nos emplettes auprès d’une petite mamie qui pèse nos tomates et met 7 œufs au lieu de 6, on prend de bon plats à emporté et on boit des bières avec des employés ayant fini leur journée de travail, tout va bien, c’est un chouette pays. On voit jamais le soleil mais c’est chouette.

Les mecs semblent bourrés au bout de 2 verres. Ah ah les p’tits joueurs, ils n’ont pas une glorieuse et lointaine tradition alcoolique comme chez nous !

Voilà, c’est le Vietnam, un pays qu’on adore et qu’on déteste à la fois. Parfois on adore le côté anarchique, chaotique, bordélique, crade, brut de décoffrage, bruyant et parfois on aimerait un lance-flamme, surtout quand on est sur nos p’tits vélos.

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y’a peut-être même un nourrisson, dans le coffre du scooter

Les 2 étapes suivantes sont plus calmes, les camions se font plus discrets et les paysages plus sauvages. La T°C chute et on se retrouve à pédaler sous la pluie avec 15°C juste avant d’arriver à Mong Cai, aux portes de la Chine.

A la 3eme tentative, on trouve enfin un hôtel dans nos prix, échangeons le slip mouillé contre un sec, déjeunons dans la rue et allons marcher en ville.

Comme lors de notre tout premier jour au Vietnam, le soleil apparaît en fin de journée, juste au moment où l’on se commande un dernier jus de canne à sucre. Un clin d’œil de la pacha mama pour la fin de notre périple en Asie du sud-est.

Demain la Chine, ensuite les nippons !

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en exclusivité, la 1ere photo de la Chine

 


Bilan froid et clinique de l’Asie du sud-est

  • 133 jours à travers le nord du Laos, la Thaïlande, un bout de Cambodge, le sud du Laos et un morceau de Vietnam
  • 75 étapes à vélos
  • 1 mois complet de vacance
  • 5542 km, dont presque la moitié en Thaïlande
  • 34200 m de D+, dont la moitié en Thaïlande, surtout le nord-ouest
  • 164 kg de riz par personne
  • 76 Litres de jus de canne à sucre
  • 1 torticolique

Pays préféré ? Peut-être bien le Laos, mais la Thaïlande n’est pas loin et même carrément en tête pour la bouffe et la gentillesse des gens.

Y revenir un jour ? Pas autant que l’Asie Centrale, la Turquie ou l’Iran.

Y s’installer un jour comme beaucoup d’occidentaux en rêvent ? Pas du tout, ce climat n’est pas pour nous, la culture non plus. Les saisons nous manqueraient trop, on déteste le karaoké et on aime beaucoup la France. Quoiqu’on en dise, il y fait bon vivre, il suffit juste d’éteindre la TV et de lever le nez.

Et pour ceux qui sont allés jusqu’au bout de cet article, voici une petite vidéo sur notre passage au sud du Laos. Monté à la va-vite sur media maker, le rendu est nettement moins bon.