Hello Money ! Goodbye Turquie !

 

  • 21 & 22/06/16  Kars = repos et anniversaire de Xena
  • 23/06/16  Kars – Ani – 8 km avant Digor = 76 km / +700m
  • 24/06/16  … – Igdir = 105 km / +620m -1400m
  • 25/06/16  … – Dogubayazit = 67 km / +1180m
  • 26/06/16  Dogubayazit = repos en attendant d’entrer en Iran

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Pour son anniversaire, Ophélie voulait, je cite, « ne rien faire » et « surtout pas du vélo » car « c’est trop nul de pédaler le jour de son anniversaire ! Déjà que je vais être vieille !! ». Ah ah, on se rattrapera pour MON anniversaire sur la Pamir Highway. Alors va pour de la glandouille et c’est vrai que ça fait du bien de se poser quelques jours au même endroit. Et Kars s’y prête bien, il y règne une bonne atmosphère et on prend plaisir à déambuler dans le centre-ville pour y faire nos courses ou partir en quête d’un petit resto sympa à 19h50, heure de fin du ramadan annoncée par un violent coup de canon qui résonne dans toute la ville. Pendant 10 minutes, on entend les mouches voler. Elles font le même bruit qu’en France.IMG_4420

Un matin, alors qu’on cherche des tendeurs neufs pour notre paquetage, on est invité dans un magasin de chaussure. Le gars sort 2 tabourets, nous assoie, nous sert du thé et envoie son commis chercher des tendeurs pendant qu’on papote. Vous imaginez ça en France ? « Quelle pointure désirez-vous monsieur ? » – « Je prendrais juste un thé avec 2 sucres, merci ». Le gamin revient bredouille mais on trouvera notre bonheur dans le quartier des marchands de vélo. C’est beau une ville sans supermarché. C’est beau une vie sans supermarché.IMG_4423

Côté tourisme, on grimpe en haut de la citadelle. On a les jambes terriblement lourdes et un truc mangé la veille nous a un peu retourné le bide. Résultat, on met au moins 30 minutes pour faire 1 km, puis on est pressé de rentrer à l’hôtel avant la cacatastrophe.

Pour son gâteau d’anniversaire, on dégote une pâtisserie de fou et dégustons un cheese-cake digne de New-York.P1100004

Il est temps de reprendre les vélos, Ophélie soupire un peu. C’est jamais facile de s’arracher au piège du confort mais le voyage n’a plus de sens si on n’avance pas. On démarre par un faux-plat montant de 25 km vent de face. Les jambes sont en guimauves mais une séance d’étirement leur redonnerons tout leur tonus et on a la patate ensuite. Sur cette portion, 7 ou 8 abeilles viendront s’engouffrer dans mon short et me piqueront 2 ou 3 fois chacune avant que je les écrase et les extirpe tout en roulant. Même mortes, elles piquent ! L’une d’entre elle arrivera à atteindre le caleçon et à me piquer les fesses. Le concept est intéressant, il semble que les abeilles aient décidé de fonder une ruche dans mon cul. Bien qu’une telle symbiose serait magnifique, j’ai bien peur de connaître quelques désagréments par la suite.

Au km 48, nous arrivons à Ani, patelin du bout du bout de la Turquie à quelques mètres de la frontière arménienne. C’était une grande citée médievale de 100 000 habitants, capitale de l’Arménie il y a 1000 ans. Le reste est dans wikipedia. P1100042

Ce site nous avait été conseillé par un cycliste croisé il y a 1 mois, on espère que ça vaut les 250 km de détour. Et c’est bien le cas, même pour nous qui ne sommes pas du tout férus d’histoire et de vieilles pierres. Le site est magnifique, autant que son cadre. Et on est très fier d’y être venu à vélo.IMG_4441

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en bas à gauche, les vestiges d’un pont de la mythique route de la soie

La petite chapelle nous rappelle la basilique St Julien de Brioude. Certainement le même type de pierre volcanique.

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Une pause casse-croute à l’ombre et nous repartons vers du sauvage. On demande de l’eau dans un village d’un autre temps, avec les vaches dans la cour et des maisons de pierre au toit recouverts d’herbe. Les gens sont sympas et le gars qui nous donne de l’eau porte une veste New Holland élimée, j’ai presque la même à la maison. On leur offre des échantillons de parfum qu’on trimballe depuis le début, on espère que ça leur fait plaisir.

La suite, c’est une piste magnifique serpentant entre les volcans, plaçant cette étape dans notre top 5 Turquie.

Au soir, on se pose au milieu de nulle-part, en contre bas de la piste. Le vent souffle très fort et renverse mon vélo, c’est un truc qui m’énerve ça. Surtout quand je vois que le bouchon de notre tout nouveau bidon d’eau a sauté et que tout s’est renversé. Heureusement qu’on avait pris plus, on aura assez pour boire mais pas pour se laver.IMG_4512

Le vent forcit encore et on est obligé de manger sous la tente. Au loin, le ciel se charge et les éclairs tombent toutes les 5 secondes. Ça fait très peur car on n’est pas du tout à l’abri. On met le masque de nuit en essayant de ne pas y penser et arrivons facilement à sombrer malgré la menace. L’orage restera sagement au loin et le vent finira par tomber dans la nuit.IMG_4516

Le matin, en sortant de la tente (surchauffée dès 5h30…), je me retourne et 2 bergers menant des chèvres me crient « surprise !! ». Ils sont marrants et restent nous observer pendant le pliage de tente. Je leur propose du café mais ils se contenterons de dattes séchées. Je me demande comment est leur vie et comment ils la ressentent, eux qui ont certainement des smartphone et la télé-satellite ventant si bien la société de consommation.P1100067

On quitte la piste pour retrouver le bitume d’une route principale. Avant ça, on est alpagué par des gosses dans une montée, impossible de s’échapper. Ophélie continue mais je m’arrête pour tenter une communication. Je comprends rien à ce qu’ils disent mais ça doit être l’équivalent de « Hello ! Money ! ». La sœur ainée mime un appareil photo, alors je prend un cliché vite-fait. Mais ce qu’elle veut, c’est que je lui donne l’appareil et elle insiste pendant que les autres me réclament mes lunettes de soleil et ma casquette. C’est bon, ça me gave. On peut pas leur en vouloir mais c’est pesant cette ambiance.’font chier les pauvres, ils peuvent pas être riches comme tout le monde ?

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ils ont de bonnes bouilles ces p’tits Gremlins

A une première station service, Ophélie tente une opération WC. Échec, c’est tellement crade que ça la bloque. Pas grave, les gars nous offrent le thé et des pâtisseries. Nouvelle tentative 1 km plus loin, réussite. Et les gars nous offrent du thé à nouveau.

Ensuite, on enquille les kilomètres dans un paysage de plus en plus sec. On passe de 1700m à 850m d’altitude et prenons 15°C en plus. Le paysage est grandiose et nous rappelle les routes à crotales des USA. Ça devient très éprouvant de rouler par 35°C et le soleil nous tabasse. On mouille les casquettes et tours de cou dès qu’on peut. On croise encore des gosses « Hello ! Money ! », parfois assez agressifs quand ils sont en bande. Mais ils sont petits heureusement et vite effrayés quand je déploie mes 180 cm de force pure et suante. Mais qui sont les touristes qui ont instigué ce phénomène ? C’est une vrai plaie, en 1er pour les gosses.P1100084

On finit par 30 km de plat reposant pour arriver à Igdir, en surchauffe. Bivouac impossible donc on vise un hôtel et on se régale sous la climatisation. Et on se félicite lorsque l’orage éclate, le même qu’hier sauf que cette fois on est juste en-dessous.IMG_4519

Le lendemain, on embraye à 9h, impossible de partir plus tôt quand on a un vrai lit et un buffet à volonté pour le petit déjeuner. Il fait déjà plus de 25°C et ça montera jusqu’à 35°C au soleil le long des 25 km de côte qui nous ramènent à 1650m. Pas d’ombre, pas de points d’eau, c’est éprouvant. Bordel, Ophélie a grandi en Normandie et moi en Picardie, on a chaud dès qu’il fait plus de 20°C !

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c’est jamais un soucis d’entrer nos vélos cradingues dans ces temples en marbres

Après le col, on descend dans un cirque immense bordé d’anciens volcans, dont le fameux Mont Ararat, caché dans les nuages. Superbe. Un nouvel animal fait une entrée fracassante dans notre liste des massacrés de la route : le chevache, tellement défoncé qu’on sait pas si c’est un cheval ou une vache. L’odeur n’incitait pas à vérifier de plus près, ni à gouter la viande. On voyait même pas ou était la tête, ni si y’en avait une.

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les sabots et les restes d’entrave laisse penser à un cheval tout de même.

On est déjà à cours de flotte, ayant vidé nos 4 litres dans la montée. Providence, on passe devant une espèce de grotte ou un p’tit vieux vend des boissons. La roche est tellement dense que c’est un vrai frigo et le coca est un délice sans nom. On propose à manger au p’tit vieux mais il fait le ramadan. Il prendra tout de même 2 abricots pour le coup de canon de 19h50.

Un dernier bout, un dernier groupe de « Hello Money ! », un barrage de policiers en gilet pare-balle, kalachnikov, barrière anti-char et blindés et nous arrivons à Dogubayazit, dernière ville avant l’Iran, aux portes du Kurdistan et du menaçant PKK.

On traverse le centre qui ressemble à ce qu’on s’imagine de Bagdad en mars 2003. Contrairement à Kars, l’ambiance est lourde ici. Beaucoup de véhicules blindés, de militaire en armes, de barbelés, très peu de femmes dans les rues et une ribambelle de gosses mendiants ou proposant d’utiliser leur pèse-personne contre quelques centimes.P1100111

On vise le camping et déchantons quand on voit ou il se trouve : en haut d’une piste bien pentu. On est crevé, il fait chaud mais on a vraiment envie de camper. Alors on sert les dents et grimpons au milieu des camions de chantier nous envoyant de la poussière. Ambiance aventure. Le coca m’a donné des ailes et j’avale les 2km entre 8 et 12% pendant qu’Ophélie pousse. A sa décharge, elle refuse 3 fois d’être embarquée dans un camion, par fierté.

On arrive chancelant au camping qui s’avère décevant, moche et à peine moins cher que l’hôtel. On hésite et le gérant finit par nous convaincre en nous vendant 2 cocas 3 fois plus cher que d’habitude. Donc on redescend tout, pas grave, on aura eu une belle vue de là-haut et ça décrasse bien les jambes une côte pareille.P1100120

On se pose à l’hôtel et apercevons enfin le Mont Ararat qui, une fois dégagé des nuages, écrase le paysage du haut de ses 5137m.

On reste la journée du lendemain pour profiter des charmes de la ville dépenser nos dernières livres en trucs vitaux comme des Danettes et de la limonade chimique sans citron, nous reposer et surtout attendre le 27 juin afin de respecter les 30 jours alloués par notre visa iranien.

A bientôt, là ou on crèvera de chaud.

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29 commentaires sur “Hello Money ! Goodbye Turquie !

  1. « Bordel, Ophélie a grandi en Normandie et moi en Picardie, on a chaud dès qu’il fait plus de 20°C ! »

    Haha, t’as trop raison, explique ça a Agnès !

  2. S’il vous plait Monsieur et Madame, comment on fait pour plus recevoir de vos nouvelles, les histoires de ruche dans la c… m’ont empêché de dormir !

  3. merci pour le retour d expérience du short piège à insectes. je garde mon short running bien collant meme si c est moins bien pour l aération. Le récit est concis , bien illustré , très agréable de vous suivre .

  4. Voilà une traversée de la Turquie , d’une Turquie que je ne connaissait pas , par des routes et chemins de traverses magnifiques …. Les portes de l’orient s’ouvrent à vous et merci pour vos récits et très belles photos . On attend avec impatience votre traversée et séjour en Iran, on vous accompagne de tout cœur ….

  5. Moi je dis chapeau à tous les deux, quelle belle aventure !!!
    Un coucou de la Normandie où on ne crève pas de chaud 😉

  6. On a l’impression que voous avez plus de mal dans les côtes avec vos vélos couchés que nous avec nos vélos droits. C’est vrai qu’on a 40 ans de vélos de carrière ! Pour ce qui est d’être féru de vieilles pierres, pensez-y. Elles sont souvent moins décevantes que le bla-bla-bla de la populace car, en voyage, on rencontre rarement les intellectuels hélas. On dira que c’est de l’ethno pour être gentils.
    Amitiés des USA (un voyage très ethnologique)

    • Vous inquiétez pas, on les mange les côtes. Bon courage pour trouver des vieilles pierres aux US. Quant aux intellos, c’est pas forcément les plus intéressant, non ?

  7. Un petit coucou des infirmières de la SNCF qui suivent votre belle aventure !
    En espérant qu’il n’y a pas trop de grèves de trains pour rejoindre Téhéran 🙂
    Profitez bien , on surveille l’ulcère de la maman !

    • Merci ! On vient de tester le train Iranien. 2 heures de retard mais ça parait tout à fait normal ici. Et puis les vélos ont voyagé séparément, dans un autre train ?! Et sont arrivés 2h30 plus tard encore !
      Mais pas de grèves ni de contrôleurs ronchons en voyant nos vélos !

  8. Salut les gens ! Ayé, je suis de retour !! (pas pour longtemps, mais je reviendrai…). Et ben, j’ai du retard à lire et vous avez roulé à ce que je vois. Mais d’abord : Bonne anniversaire Ophélie (tu mettras un badge pour que je te reconnaisse quand tu reviendras parce qu’à ton age on change beaucoup en un an !).
    Ça m’a l’air bien sympathique le décor là-bas, j’y tremperai bien mes pneus également… Allez, avoue Fred, t’as voulu battre ton record de vitesse quitte à sacrifier un cheval !
    Nota : au fait m’en veux pas, j’ai fait pipi sur mon nouveau canapé… du coup j’hésite à le refourguer contre deux élastique à couette !
    Poutoux les amis !

    • Pédalez bien, en espérant que vous n’aurez pas trop de pluie sinon elle va être dégouté du vélo la Gigi ! Imagine, enfermé dans une tente avec toi et une guitare ! L’enfer !
      Et t’as intérêt à mieux suivre le blog que ça !

  9. Je vote pour un cheval vu le sabot et la jambe. Vous en voyez de ces trucs ! Joyeux anniversaire à Ophelie avec tout le retard qui nous caracterise. Et… welcome to (crazy) Iran !

    • Oui, je vote pour le cheval également. C’est pour quand votre section  » animaux pas beaux  » ? La barre est haute avec le lynx mais un yak ou un chameau pourraient être sympa. Ou même un yameau

  10. Bon Anniv’ à Ophélie, j’espère Fred que tu lui as fais un bon gâteau avec le miel que tu as dans le cul. Cela dit une ruche portable çà peut être pratique… Une petite fringale sur le vélo et Hop un peu de miel !! Eclatez vous bien en Iran !! Bisous

  11. Bon anniv , Ophélie!
    Entre les abeilles , les chars militaires, les véhicules de chantier,les chèvres, les lézards et les amni étalés sur la route , vous ne vous ennuyez pas !
    On aimerait vachement être à votre place car ici on essuie des pluies systématiques toutes les heures avec de la bruine entre et on rêve de températures dépassant 20 degrés……..( on rêve aussi de routes parcourues seulement par des vélos).
    Aujourd’hui on a attendu jusque 17 h pour pouvoir s’entrainer sur les vélos couchés de Pascal et on a pu pédaler 3/4 d’heure avant les gouttes…
    Je fais mon apprentissage de cycliste couchée et ça me plait de plus en plus ( mais je ne suis pas du tout au point avec les pédales clipsées! ).
    Bon courage pour la suite, à bientôt.
    Gigi

  12. Salutations de Genève, les voyageurs.
    J’ai un conseil: Trouves-vous un ou deux parapluie pour vous abriter du soleil. J’ai a mon temps fait la même chose dans les déserts aux USA, un bon parapluie accroché au dossier. Ça aide beaucoup par grosse chaleur.

    • Merci du conseil mais on pensait plutôt à des chapeaux. J’ai peur que le parapluie ne tiennent pas longtemps avec les vitesses folles qu’on atteint. Parfois 15 km/h !!!

  13. Coucou les jeunes ca fait plaisir de vous retrouvez.J ai un peu de retard dans la lecture. OPhélie m en avez parlé l année dernière. Ça y est vous êtes parti.vous allez en Chine c est ça. Du coup avec un peu retard je souhaite un bon anniversaire a OPhélie. Je remarque que tu préserve bien ta moitié. Bon courage. Bonne journée. Je me met toute de suite au début de votre aventure. J ai des commentaires et des photos en retard.J espère qu’ on aura le droit à qqle vidéo et la danse mythique qui a fait votre renommée aux états unies .

  14. Super bon anniversaire Ophélie j’espère que le cheese cake était bon .
    Je suis encore dans la vie supermarché , précipitation, stress , c’est vous qui avez raison , vos photos me font réver merci . Profitez bien de ce voyage ,attention à la nourriture : pas n’importe quoi , aprés mal au bide assuré . Je vous fait une grosse bise et soyez prudents

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