Des lapins et des trolls, à l’ouest l’eden

 

J 500 à 517 / de Trondheim à Bergen / 938 km / + 11900m de D+ 

  • du 17 août au 3 septembre 2017
  • 15 étapes consécutives
  • des écureuils

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Lapins

 

J’en ai marre d’écrire ce blog, c’est toujours la même chose : vélo…blablabla…bivouac…on a la dalle…blablabla…ça monte sa race…blablabla…lessive…blablabla…bogosses…blablabla…spot de ouf… , ça devient très lassant au bout de 17 mois et je ne sais plus comment tourner la chose pour que ça reste plaisant à écrire et donc à lire, même si ça reste toujours génial à vivre. Donc plus tellement envie de me coller derrière ce clavier qwerty japonais.

Alors j’ai piqué le journal de bord de ma mère et je vais le recopier. Hop, vite fait bien fait, c’est parti. Ne faites pas attention aux fautes d’orthographes, je laisse tel quel. J’ouvre la première page, le papier est fin et craquant, légèrement jauni, il est drôlement épais ce journal…

Chère Journal,

Aujourdui j’ai allé à la école pour les filles, c’est la rentré, j’été contente car je aime beaucoup la école. C’était long pour y allé et mes sabots font mal à les pieds. Je mettra des fougères dedans pour qu’ils sont plus confortable. Ma maitresse s’apel Madame Boudon mais avec ma nouvelle copine, on l’appel déjà Madame Boulon hihihi c’est trop rigolo, j’ai failli faire pipi culotte. On va apprendre le latin cet année, je sui si heureuse de apprendre enfin une langue moderne. Ma nouvelle copine s’apelle Marie-Andrée, elle est tré marrante, c’est elle qui a eu l’idée de faire une bataille de bouse de vache à la récré. Elle sera ma copine pour la vie, même quand on sera tré tré vieille comme Madame Boulon hihihi. Demain, on va traire les vache enssemble. J’ai tré peur parsseque la dernière fois j’ai confondu avec le taureau et…

Oh putain, c’est pas uniquement son journal de bord des vacances ! C’est son journal intime ! Je me disais aussi qu’il ressemblait à une vieille bible. Et cette photo du Maréchal Pétain collée sur la couverture, je ne voyais pas le rapport avec la Norvège.

Bon, ça ne se fait pas de lire ça, c’est comme un viol. Oh aller, juste un peu, tournons quelques pages.

Cher Journal,

Aujourd’hui j’ai donné naissance à mon premier enfant. Que dire de ce moment unique…Ah je ne devrais pas penser ça mais je peux le dire à toi journal : pouah qu’il est moche ! On dirait un croisement entre une crevette, une taupe et une paupiette de veau, affreux ! Il est tout maigre, tout rouge, tout chauve et tout fripé. On dirait un bébé Shar Pei en fait, il couine pareil. Les médecins disent que c’est parce qu’il est né prématurément mais bon quand même, on pouvait espérer un peu mieux au bout de 7 mois et demi. Les médecins disent aussi qu’il n’aura pas de séquelles et qu’il grandira normalement, sauf au niveau du pénis et des mollets, le pauvre. Oui, c’est bien un garçon si on regarde de près. Pas grave, on fera sûrement un deuxième enfant, il sera plus costaud, plus fini.

Pour le prénom, on a déjà choisi. On voulait quelque-chose de viril, masculin et puissant alors on l’a appelé comme le chanteur de Queen, Frédéric. Ils ont refusé Freddy à la mairie, c’est dommage. Mon mari voulait l’appeler Kevin mais je sens que ce prénom sera difficile à porter dans quelques années, je ne sais pas pourquoi, instinct maternel. On a aussi beaucoup hésité avec un prénom composé, c’est original. On avait pensé à Emile-Louis ou Guy-Georges, c’est pas commun et ça sonne bien.

Si ça avait été une fille, aucune hésitation, on l’aurait appelé Clara-Morgane, c’est chic.

Voilà, cher journal, Frédéric est dans sa couveuse avec des tuyaux, alors j’suis peinarde et je peux me siffler mon Ricard en douce, mais un peu moins en douce que quand j’étais enceinte hihihi. Demain je commence la rééducation du périnée, les électrodes sont énormes et je ne sais pas si ça ren…

Oh bordel, j’peux pas aller plus loin là. On va se rendre directement aux dernières pages. Ah y’a un marque-page «Sheila, mon idole», nous y voilà.

 

17/08  Sortland – Orkanger = 77 km / +895m 

Cher Journal,

Quel bonheur de pédaler avec les Pedalos… heu les Patatos… heu les Placardos… rhooo je retiens jamais ! Bref, quel bonheur de pédaler avec Fred et Aurélie ! Il fait beau, ce pays est magnifique, les routes sont calmes et je leur mets une branlée dans toutes les montées héhé ! Ils font moins les malins les p’tits bâtards !

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Je n’avais qu’une hantise, c’était de les freiner. Mais au final, je passe mon temps à cueillir des framboises en les attendant en haut des côtes.

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le coup de barre après manger, héréditaire

Je suis toutefois obligée de pousser mon vélo quand la pente se fait trop forte. Fred me parle d’un petit plateau trop grand… ça ne veut rien dire, comment peut-on être petit et grand à la fois ? Qu’il est con parfois. Enfin bon, 7 mois et demi…

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Le soir on retrouve Dom au camping. Fred pêche une truite «énorme» d’après lui, ça décore les pâtes, on lui dit que c’est bien, qu’on est très fier de lui. Aurélie lui tapote le haut du crâne, il sourit.

18/08  … – Kyrksaeterora = 59 km / +890m 

Peinardos 0 – 2 La vioque, ils ne m’ont vu que de dos toute la journée ! Bon, ils ont quand même remarqué mon hypoglycémie quand je me suis allongée sur le banc à la pause déjeuné, blanche comme un linge, et ont accepté d’écourter l’étape en allant au camping juste à côté. On a de la chance, ils restaient une cabane de libre. Sinon c’était à 3 sous la tente et je sens qu’Aurélie n’aurait pas trop apprécié.IMG_5608

Fredounet ceuille 2 beaux maquereaux. Là on ne parle plus de pêche mais de cueillette tellement c’est rapide. En vidant ses poissons, des allemands lui offrent un gros filet de lotte, bien plus appétissant. Le maquereau, c’est sympa mais la chair est tellement dense que j’ai peur d’y laisser mon dentier parfois.

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Aurélie entre alors dans une transe étrange, elle bave, parle de pomme-de-terre, de crème fraîche et part à vélo faire des courses à quelques kilomètres.

On se fait un bon repas, il manquait juste le cubi de vin blanc, un petit de 5 litres aurait suffi, nous ne sommes que 3. Fred poêle les maquereaux pour le pique-nique du lendemain. C’est incroyable, les Paniquos ont toujours 3 repas d’avance, ils ne pensent qu’à ça.

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19/08  … – Nothaugen = 64 km / +1020m

20/08  … – Kristiasund = 31 km / +503m sous la pluie

 

 Comme c’est beau, je pourrais pédaler tout le temps avec eux. Fred me dit d’attendre de voir quand il pleut et qu’on doit faire un bivouac. On dirait qu’il a un problème avec la pluie… Serait-ce à cause de ces fois où je le punissais à cause de ses 2 en dictée en le mettant tout nu dans le jardin sous la pluie ? Il n’avait que 7 ans, il a dû oublier tout ça.

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Bref, elle finit par arriver cette pluie et elle tombe pendant plus de 36 heures d’affilée. Ils me font pitié à être couchés sous la pluie mais ils gardent bizarrement le sourire. On se trouve une cabane le soir et ils sont bien contents d’avoir Maman-carte-bleue avec eux pour leur offrir du confort. Sinon, ils auraient frappé à la porte d’une église pour être hébergés qu’ils me disent. Comme je suis soulagée de voir que mon Fredounet aime trouver refuge dans la religion. Amen.

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  • Génitrice : « Pourquoi t’arrêtes-tu ? »
  • Prématuré : « J’ai vu un écureuil, faut que je le prenne en photo
  • Oh comme c’est mignon, où est-il ?
  • Oohhhhhhhh noooooooonnnnn ! C’est dégoûtant !
  • Je dois le faire, it’s my duty « IMG_5654

Le lendemain, on se prend une saucée de fin du monde mais je prend mon pied avec les Pieds en Avant, les paysages sont grandioses, les cascades et la mer partout. Fred me dit qu’on se croirait en Patagonie. Je lui répond que je ne sais pas, je ne suis jamais allée si loin au sud de l’Espagne.

 

On débarque du ferry en héros, Dom nous attend, je roule devant pour qu’on voit bien qui est la pâââtronne sur les photos. On fait quelques kilomètres jusqu’au camping, sous une pluie qui redouble encore. Je suis mouillée jusqu’au slip, oulalala je ne suis vraiment pas pressée de devenir incontinente ! On retrouve ma cop’s MAM avec Tango et passons une bonne après-midi au chaud. Fred fait de la couture, Aurélie tricote… en voilà une belle paire d’aventuriers !

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 21/08  … – Bud = 68 km / +670m

22/08  … – Molde = 45 km / +480m 

On rejoint rapidement l’Atlantic Road, ça veut dire la route de l’Atlantique en anglais. J’ai fait beaucoup de progrès grâce au séjour en Thaïlande. A la fin, je n’hésitais plus à demander les prix dans les guouèstouzes, ni à commander une bonne assiette de chikène vize raïce plize gracias. Les Palourdos étaient épatés, je le voyais bien.

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Bus obligatoire pour passer un tunnel sous la mer. Pas de soucis en Norvège, le conducteur donne même un coup de main.

Donc, cette Altantic Rohade est l’une des plus belle route du monde et nous avons tous bien voulu en convenir.

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Une belle bande de bitume sautant d’un îlot rocheux à un autre, un pont aux allures de tremplin géant, les puissants courants marins, splendide. Mon homme a failli arracher la chaussée en accélérant à fond sur son VAE du futur.

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Je suis heureuse de ne pas encore avoir de glaucome pour voir tout ça. Et puis on a bien eu le temps de l’admirer cette route car le câble de deraillage du vélo d’Aurélie a cassé et Fred a dû réparer en enlevant des fragments à la pince à épiler. Avec tout ça, il a pris du retard pour préparer nos tartines.

 

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Ma cop’s nous accompagne sur les 37 derniers kilomètres et on peut dire qu’elle a bien choisi son jour : tout plat et vent dans le dos, le seul endroit comme ça dans tout le pays.

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Le soir, on se trouve à nouveau une cabane charmante en bord de mer. Fredounet va encore pêcher, j’en peux déjà plus de ces foutus maquereaux. Heureusement il revient bredouille et il nous sort une histoire sur une soi-disante morue de 4 ou 5 kilos qui aurait cassé le fil et embarqué à nouveau une cuillère lorsqu’il a voulu la sortir de l’eau. Quel gros bêta, il croit que les pêcheurs ont des épuisettes pour faire jolie ? Il maugréé toute la soirée «elle était énoooorme maman, j’suis dégouté ! J’me voyais déjà la balancer dans l’évier en vous disant «à table les grognasses, ce soir c’est morue, ça vous dérange pas de faire un peu de cannibalisme ?»»

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Et puis vient le dernier jour, l’ultime étape avec les Picantos. Je suis triste, j’aimerais continuer avec eux. Mais faut rentrer, j’ai un boulot, faut bien qu’il y en ait qui fasse tourner la boîte du beau Macron. Tout le monde a la flemme sur les vélos et le détour de 14 km pour contourner un tunnel fait mal.

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Mais ensuite ça descend bien et on se fait un bon pique-nique au bord de l’eau avec vue sur les sommets enneigés.

 

J’ai l’impression que c’est ça le voyage à vélo, rien de plus : pédaler, respirer, avoir très faim, flipper de la pluie, manger et dormir. Il paraît que les rencontres apportent un gros plus également, mais la Scandinavie ne s’y prête pas trop. J’irais avec eux la prochaine fois en Turquie ou au Tidja… heu Tajdak… heu Tarkmouli…heu Kraboulist… là-bas. J’amènerais Marie-Andrée, on essayera de traire un yak.

C’était vraiment kikinou la Norvège à vélo.

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Ah j’oubliais l’un des rares instants culture de notre voyage : la visite d’un village traditionnel reconstitué. Les toits végétalisés sont magnifiques et l’étanchéité assurée par de l’écorce de bouleau. Voilà.

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Fin du journal, je reprends la main.

Bravo cher Mère, tu as mérité ton diplôme de «maman warrior de l’année». T’étais en concurrence avec la mère de Mike Horn mais ,cet été, elle n’a fait que du poney-kayak en Tchétchénie. On peut considérer les pentes norvégienne comme bien plus ardues. Il fallait la voir avec sa capuche, en train se prendre des sauts d’eau tout en criant «ah, que j’me régale !»

Un fidèle follower m’a demandé pourquoi les articles avec ma mère sont plus inspirés que les autres. Et bien, très cher follower, saches que ça fait 30 ans que je taille ma mère et que j’ai eu pendant longtemps un complice, mon frère. Y’a eu des moments terribles quand on la voyait lutter avec le magnétoscope.

Jusqu’à 6 ans, tu te tiens tranquille, t’es gentil, t’as comme qui dirait le respect pour la génisse… heu la génitrice pardon, celle qui t’a mis au monde, même si c’était un peu trop tôt.

Après tu te lâches, tu commences à sortir des «tu piques Maman» quand elle te fait un bisou ou des «c’est meilleur à la cantine» quand elle sort les endives au jambon du four (pour la 3eme fois de la semaine).

Ensuite, un peu plus grand, tu regardes en boucle les spectacles de Dieudo et tu deviens vraiment taquin, t’es foutu. Voilà.

 


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23/08  … – après Andalsnes = 58 km / +497m

24/08  … – Eislade = 58 km / +1095m 

On dit à bientôt aux Lapins et à Tango & Cash, c’était vraiment sympa ces 2 semaines. Ils filent retrouver la France en 4 étapes, pour nous ça prendra 5 ou 6 semaines.

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petit kit de survie laissé par mes parents. N’apparaissent pas sur la photo 600g de chocolat, le Lonzo et tout les trucs qu’on a mangé bien trop vite pour que je m’en souvienne. Mais y’avait bien 3 kg de plus dans mes sacoches

Ophélie dit que ça fait bizarre de se retrouver à nouveau tout les 2. Je lui dis que Billy, mon ami imaginaire, est toujours là. Je crois qu’elle a peur de lui, il vient tout juste de sortir de prison. Pas vrai Billy ?

 

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On quitte la côte pour rejoindre la route des Trolls. On ne connaissait pas mais on nous en a parlé et rien que le nom donne envie d’y rouler. Le nom et la grande ascension en lacet ! J’adore ça ! Ça monte vite et c’est toujours beaucoup moins dur que ça en a l’air. On claque les 800m de D+ en un peu plus de 2 heures sous un beau ciel bleu.

IMG_5867 La montée est fantastique, nous sommes les seuls à vélo et les seuls à sortir du lonzo pour le pique-nique en haut. Très belle vue.IMG_5909

On aurait bien acheté un auto-collant souvenir à la boutique mais on se dit que les 8 € pourraient servir pour autre-chose comme 2 cafés ou un quart de pizza. Non, on va garder ces 8 € au chaud, on prendra du pain, des patates, du fromage et des yaourts first price dans le prochain supermarché discount.

 

La descente est en pente douce, donc bien plus longue que la montée. Elle nous amène à un nouveau ferry et à une autre montée que nous entamons avant de poser la tente dans un champs à 300m d’un camping où l’on a fait le plein d’eau. On est sans pitié, à la réception du camping, y’avait juste un écriteau du genre «installez-vous dans le champs en pente, je viendrais ramasser l’argent entre 22 et 23h». On se lave dans l’eau glaciale de la rivière, les jambes adorent.

25/08  … – Hellesylt = 24 km / +520m, après-midi repos

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Toute petite étape mais grandiose. On monte le col, on se croirait à plus de 3000m, puis descendons vers le fameux et très encaissé fjord de Geiranger, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Un car entier de coréen embarque dans le ferry juste avant nous et s’accaparent tous les fauteuils sur le pont supérieur. On arrive de justesse à choper un siège à côté de la poubelle. Ils sont marrants, on est content de les revoir.

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La traversée est la plus belle qu’on ait fait dans les fjords, on se croirait dans Jurassic Park avec ces cascades géantes et dans Cliffhanger avec ces immenses parois rocheuses. Pour ceux qui n’ont pas vu ces films, disons que c’est les gorges du Tarn puissance 10. Pour ceux qui qui n’ont jamais vu les gorges du Tarn, disons que ça ne manque pas de majesté. Et disons aussi «allez voir le Tarn ! L’Aligot est juste à côté !».

 

Après le ferry, on est pris d’un coup de flemme monstrueux et on pose la tente au petit camping. On discute avec un yougoslave et on mange des maquereaux, encore. Le premier à mordu au 1er lancer, 3 secondes après que la cuillère ait plongé dans l’eau. Je crois qu’ils vont finir par sauter dans ma poche dès que j’approche du bord. Peut-être même qu’ils allumeront le réchaud eux-même avec leurs petites nageoires, avant de se jeter dans la poêle. 

26/08  … – après Loen = 66 km / +755m

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Encore une étape au top, on ne se lasse pas du beau temps, on s’attendait tellement à bouffer de la pluie dans ce pays. Dans une descente, Aurélie Ophélie m’alerte sur un problème mécanique et me fait une description précise et détaillée : «ça fait clac-clac à l’avant et ça freine presque plus». Coup d’œil sur la jante, ça ne fait pas un pli, elle est fissurée sur la bande de freinage. Du classique, un peu prématuré tout de même. J’ordonne à Ophélie de ne plus freiner de l’avant et dégonfle un peu le pneu, il faut la changer au plus vite, on ne peut pas continuer comme ça, pas ici. Si elle casse dans l’une des nombreuses descentes à 8%, c’est sûr que ça fera un super rebondissement pour le blog mais ça sera le seul côté positif.IMG_6061

On finit la descente et arrivons dans une ville. En France, on appellerait ça un village mais ici c’est en gras sur la carte routière. On est inquiet pour cette jante mais pas au point de sauter un repas alors a) on fait les courses, b) on mange et c) on part en quête d’un magasin de sport. Coup de bol, cette ville en comporte 2. C’est vraiment pas tout les jours qu’on croise des mégapoles de cette importance, ni même toutes les semaines. Maintenant l’idéal serait de trouver une jante double paroi à 36 trous mais faut pas rêver, même en France j’aurais dû commander sur internet. Ça m’aurait coûter 20 balles et 3 heures de concentration intense avec ma clef à rayon.

Au deuxième magasin, le gars a une roue avant complète de BMX : axe plein et 28 mm de large, soit 11 ou 12 mm de plus que les nôtres. C’est énorme et limite pour le réglage des freins. Elle fait à peu près le poids d’un cadre de vélo de course mais on ne va pas faire les fines bouches et on lâche 80 euros. Ça fait mal mais se râper la gueule à 70 km/h sur du goudron doit être encore plus douloureux.

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Voici la jante Dwayne Johnson

On file se trouver un coin de bivouac et on tombe sur un spot de ouf au bord d’une petite plage. Je prend la jante de Hummer sur mon vélo, plus adaptée à mon pneu large. Ophélie récupère ma roue qui, bizarrement, ne présente pas de trace d’usure.

 

On se baigne et papotons avec notre voisin de bivouac, un chilien de Puerto Mont, excellent ! Ça fait plaisir de croiser un touriste d’Amérique du sud. Salvator Allende serait content de voir ça.

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27/08  … – après Skei = 68 km / +900m

28/08  … – Jolstraholmen = 25 km / +83m, après-midi repos

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Je ne pouvais pas jeter la roue comme ça, pas après 21000 km (et aussi parce que j’ai moyennement confiance en la nouvelle). Alors on lui offre un baroud d’honneur et on l’emmène en haut d’un col à 600m avec un début anaérobique à 16% et tout le reste à 8 ou 9%, un pique-nique en haut, une belle descente mettant à l’épreuve sa remplaçante, puis une route splendide entre des monts escarpés et pour finir un bivouac entre les glaciers. Si après ça on me dit que je ne prend pas soin de la jante féminine, je ne sais plus quoi faire (jeu de mot déjà fait sur ce blog, au Chili, y’a prescription).

 

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Le matin suivant, elle finit dans la plus belle poubelle du monde.

IMG_6149Nous rejoignons la ville suivante, c’est plat, ça fait du bien. La météo annonce de la pluie pour toute l’après-midi, on se réfugie dans un camping et on regarde le crachin de la cuisine pendant que 3 tonnes de patates sont en train de bouillir.

Mehmet a retrouvé son bateau !!

 

 

  • 29/08  … – avant Dale = 69 km / +810m
  • 30/08  … – avant Hyesttstat = 81 km / +1150m
  • 31/08  … – Leirvag = 65 km / +985m
  • 01/09  … – avant Bergen = 52 km / +770m, après-midi repos

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On enchaîne 3 bivouacs et de la pluie à répétition, fallait bien que ça arrive, on approche de Bergen, la ville aux 285 jours de pluie par an. Ce ne sont que des averses, on reste secs mais c’est usant. On mange sous la tente, y’a rien de pire qu’une averse quand tout est déballé dehors.

 

Un temps de grenouille en somme.

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Tout est mouillé, même les écureuils morts.

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Le bon côté, c’est les cascades, elles sont partout et gonflées par les pluies. Et la lumière après une averse en fin de journée est tout simplement féerique, ou plutôt trollesque.

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Les forêts sont tapissées d’une mousse très épaisse, c’est comme une couche de neige mais en vert et moelleux. C’est dommage qu’on ne connaisse rien aux champignons sinon on aurait fait des belles omelettes. Mais on n’avait pas d’œufs.

 

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Les midges, bien connus sous le nom de Culicoides impunctatus, ou moustiques des Highlands pour le profane, font leur apparition et nous pourrissent 2 bivouacs. Leurs piqûres sont douloureuses et laissent des beaux boutons rouges. Se faire piquer les paupières pendant que tu luttes avec un réchaud branlant en fin de vie est un moment délicieux.

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Et pour faire la vaisselle, vaut mieux se mettre en mode ninja furtif. On voit bien les midges sur cette photo

Un matin, on a même eu le droit à un piège de la nature : une toile d’araignée rempli de midges à l’entrée de la tente, obligé de se faire massacrer en sortant. On plie rapidement et roulons jusqu’au premier abris-bus pour le petit-déjeuné. Les abris-bus sont nos grands amis.

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On rejoint le seul camping de Bergen, à 20 km de la ville en fait. Hôtels et auberges de jeunesse sont hors de prix dans le centre très touristique. On est claqué après toutes ces étapes et ces montées incessantes et je reconnais que la lessive devient vraiment indispensable après 12 jours avec les même t-shirts. Même la laine merino a ses limites et elles se situent autour de 5 ou 6 jours. Ophélie est folle de joie, y’a des machines et c’est gratos ! Petit bonheur avec un cycle long et un séchage digne de ce nom. 

02/09  REPOS TOTAL 

On est dégoûté, il fait super beau. On voulait qu’il pleuve à mort et se dire qu’on avait drôlement bien fait de prendre une chambre plutôt que de monter la tente. Alors on se venge sur la bouffe, on se tape 2,5 kg de patate en seulement 2 repas et je me coltine 7 km pour refaire des courses. 

En ouvrant une nouvelle plaquette de beurre, indispensable pour manger avec les patates, le ciel nous a envoyé un signe. Vous savez, comme quand Jésus apparaît sur un toast ou la Vierge Marie dans un nœud de tronc d’arbre ou dans les restes d’un pneu brûlé. Bah nous ça a donné ça :

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Avis aux followers pour décrypté cet énigmatique message. Je vous dispense d’écrire « c’est parce que vous avez des têtes de bite ».

03/09  … – Bergen = 21 km et hop dans le ferry 

Ouais, et hop dans le ferry, on sera au Danemark demain matin, le 4 septembre, pour entamer le 18eme mois de voyage.

 


BILAN NORVEGE

 

  • De Tromso à Bergen, du 22 juillet au 3 septembre 2017
  • 2260 km et 25400 m de grimpette
  • 43 jours dont 36 sur les vélos
  • Beau, spectaculaire, sauvage et poissonneux de bout en bout. Les paysages changent tout le temps, la seule lassitude possible est celle de l’enchaînement des montées par des cyclistes trop chargés en patates et essayant de suivre une sexigénaire sous amphétamine.
  • Très peu de pluie pour la région : 10 jours au total, souvent des averses, beaucoup moins traumatisantes que des précipitations continues
  • Bouffe très triste, nous en sommes venus à la conclusion que les Scandinaves ne prennent pas de plaisir à manger. Incompréhensible pour un français, unique au monde, surtout pour des pays extrêmement riches, surtout pour des pays aux longs hivers propices aux après-midi crêpes et aux soirées raclette. Je ne dis pas qu’ils faut tomber dans le délire de la haute gastronomie étoilée française avec une pauvre coquille St-Jacques posée sur un galet (40 euros) ou un suprême de chapon farcie (50 grammes) de sa compotée de fleurs sauvage et sa dentelle de pomme marquise (65 euros), ni même dans l’orgie carnivore Argentine, mais entre ça et des tartines de mayonnaise aromatisée sur des biscottes, y’a un monde. Et pas mieux pour les restos, nous n’avons vu que des pizzerias et des Thaï, trop douteux et chers pour qu’on y mette les pieds. Alors, on se moque souvent des britanniques côté gastronomie mais ils ont au moins des p’tits dej fantastiques, des pubs proposant des trucs sympas et des bons restos des 4 coins du monde. Et des bières. Et des scones. Et la panse de brebis farcie.
  • Au sujet des pubs, symbole d’un lien social fort, surtout dans les coins pluvieux et reculés comme en Écosse ou en Irlande. Ici rien, très peu de bars, très peu de cafés, très peu de lieux de regroupement ou d’activités associatives. Les gens ont l’air de vivre reclus, se croisant seulement dans les tristes supérettes. Un autre mode de vie, probablement façonné par des générations de vie dans le grand nord et son climat. Ceci dit, les gens nous ont paru sympas et serviables, et on a eu des coucous des automobilistes sur tout le trajet.
  • Merci aux cyclos nous ayant convaincu d’y rouler, en particulier Coco et Lolo qui ont lourdement insisté. Z’aviez raison les copains ! Parfait pour un retour en douceur !

 

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Beaucoup d’écureuils en ce moment. Celui-ci vient de l’Oise et nous a été envoyé par un ami psychopathe n’ayant pas hésité à freiner en pleine descente et faire demi-tour. Pas de sang mais la position est originale. On sent bien que le pare-choc a eu le dernier mot. Merci Phire !

 

 

 

 

 

 

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23 commentaires sur “Des lapins et des trolls, à l’ouest l’eden

  1. Et bien moi j’en marre de lire un blog de vélo qui n’en fini pas au lieu de vivre un blog constamment ! Et pis en plus, même l’anti-spam d’orange en a marre et m’oblige à aller repêcher à chaque fois vos bafouille dans son indésirable antre !
    Marre aussi de voir que ma mère n’a pas eu un mot pour moi dans son carnet, si elle continu comme cela à m’ignorer, je lui colle un procès pour déni d’enfant !
    Et puis marre d’aller au cinoche sans à me mettre derrière la cravate dans mon resto sympa (et pas chère (je sais pas si c’est le «pas chère» qui fait qu’il est sympa, ou bien parce que le cuistot est un prématuré)).
    Sinon, pour le beurre, moi quand j’ai ouvert ma dernière barquette, y’avait ça : https://flepi.net/wp-content/uploads/2008/10/sculpture-beurre-5.jpg
    Si vous pouvez m’expliquer ce que je dois comprendre…
    Poutoux à tous les deux mais plus à Ophélie !

  2. La route des Trolls en vélos !!! Vous êtes des oufs les Panardos. Vous êtes mes héros modernes préférés. Juste derrière, il y a Denis Brogniart.
    Encore un article savoureux qui m’a valu d’arriver à la bourre au boulot et de finir de le lire entre deux appels clients. Trop drôle, ça valait le coup d’attendre 3 semaines pour avoir un article de cette qualité.

    Biz et bonne route les cadets

  3. Bien ! Bien ! Bien ! Encore une bonne poilade !
    Par contre, je ne comprends pas pourquoi Calamity Mama dit sans arrêt Aurélie ??? C’est pas difficile à retenir Amélie…
    J’ai hâte que vous passiez à la maison, que Billy puisse rencontre mon ami imaginaire américano-coréen, Kim-Donald ! (KD pour les intimes…)

    • Billy est très raciste, surtout envers les coréens, faudra les surveiller. Billy a beaucoup de défaut, il est dangereux aussi, faut le reconnaître (faut voir comment il s’amuse avec des chatons et une pelle), mais c’est un brave type. J’hésite à le faire intervenir un peu plus sur le blog

  4. vélo bla bla…vent de face bla bla…bogosse bla bla boblog bla
    fatigue, usure … comme une jante féminine sur la route de la soie.
    et puis soudain la créativité.
    ca passe en rose. On découvre Aurélie et puis le petit prémat’ qui grandira jamais des mollets. et tout part en vrille sur les routes monotones de norvège qui nous faisaient grelotter.
    DINGUE. Et jamais vulgaire, toujours stoppé juste avant. les maquereaux restent à leur place, mème la tentation de la morue canibale est maitrisée. chapeau
    Mais d’où il sort tout ca Freddy? le spécialiste ne dit il pas que souvent cette fulgurence contrebalance l’atrophie d’un membre.
    une bien belle fulgurence, de quoi consoler Aurélie finalement.

    ps : les photos sont toujours super.
    la aussi créativité : le rétro: bien vu.
    sinon la photo du pont est superbe. paysage splendide, pont magnifique, pose extra.
    isolement, nature sauvage, seuls au monde…. mème pas un coréen dans le champ

  5. Nous avons bien rigoler à cette fiction « journal intime » …mm si on aurait préféré l original bonne continuation à vous

  6. Fred, avant que le Panardo 2017 se clôture, Amélie, 7ans, admiratrice du Fred0phélie team demande :  » dans votre voyage vous avez vécu des soirées glaciales sur la Pamir. Dans ce cas que faisiez vous? Vous vous mettiez tout de suite dans vos sacs de couchage des 19 heures?
    Peux tu lui raconter ça. Merci, et à bien vite pour vos aventures Danoises

    • Là je dois dire que je suis un peu inquiet qu’une fillette de 7 ans soit fan du blog. Elle aime les animaux morts et tout et tout ? Et les dictées à l’école, ça va ?
      Alors, cher Amélie, oui, on se peulait un peu les miches le soir et on se réfugiait sous la tente juste après mangé. Mais c’est un froid sec, et c’est très supportable quand le vent ne souffle pas et qu’on a un bonnet.
      Bisous bisous

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